- Les paraboles -

(volume 1)

(thème : les paraboles) ➡️ (pdf)

Introduction.

(les paraboles 01 à 08 sont une suite exploitant un seul thème)

01 - Le semeur (Matthieu 13.4-9) (Marc 4.3-17) (Luc 8.5-8)

02 - Le bon grain et l'Ivraie (Matthieu 13.24-30)

03 - Le grain de sénevé (Matthieu 13.31-32) (Marc 4.30-32) (Luc 13.18-19)

04 - Le levain (Mathieu 13.33) (Luc 13.20-21)

05 - Le trésor caché (Matthieu 13.44)

06 - La perle (Matthieu 13.45-46)

07 - Le filet (Matthieu 13.47-50)

08 - Le maître de maison (Matthieu 13.51-53)


09 - L'Ami importun (Luc 11. 5-8)

10 - Le bon Samaritain (Luc 10.25-37)


(les paraboles 11 et 12 sont une suite exploitant un seul thème)

11 - La brebis égarée / la drachme perdue (Matthieu 18.12-14) (Luc 15.4-7) / (Luc 15.8-10)

12 - Le fils prodigue (Luc 15.11-32)


13 - La dette (le serviteur impitoyable) (Matthieu 18.23-35)

14 - Les deux débiteurs (Luc 7.41-43)

15 - Les deux fils (Matthieu 21.28-32)


(les paraboles 16 et 17 sont une suite exploitant un seul thème)

16 - Les dix vierges (Matthieu 25.1-13)

17 - Les talents (les mines) (Matthieu 25.14-30) (Luc 19.12-27)

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     Introduction.

Jésus a pratiqué son ministère non pas auprès des érudits (qu'il n'a cependant pas exclus), mais auprès des pauvres et des non-instruits. La méthode qu'il a choisie, diamétralement opposée à celle utilisée de nos jours, c'est de faire simple. Et quoi de plus simple que de transformer ses enseignements en histoires.

Dieu a envoyé son Fils Jésus afin qu'il nous raconte des histoires, et nous avons décidé, au lieu d'accroître notre attention et de nous réveiller, de les utiliser pour nous endormir.

Je vais essayer ici, au grès du temps, de les détailler l'une après l'autre. Elles sont nombreuses, certaines se comprennent de suite, d'autres sont devenues plus ardues parce que notre endormissement nous a spirituellement asséché. Alors précisons de suite la raison pour laquelle Jésus a parlé en paraboles. Ce n'est pas QUE pour raconter des histoires faciles à comprendre, sinon, tout le monde les comprendrait, ce qui me paraît logique. Il faut se rappeler que lors de son ministère terrestre, le Saint-Esprit n'avait pas encore été donné, et c'est la raison fondamentale de ces paraboles. Il y avait un temps pour les comprendre, et Jésus ne pouvait donner ouvertement ses enseignements parce que ce n'était pas le temps de les comprendre. Ce n'est qu'à partir de la pentecôte que nous avons eu accès à ce qu'elles signifiaient et uniquement par le truchement de l'Esprit.


Les paraboles sont nombreuses et une partie non négligeable d'entre elles ne nécessitent que quelques lignes pour en expliquer le sens. En faire systématiquement des fichiers séparés provoquerait une surabondance qui noierait le tout, je vais donc les regrouper en quelques fichiers dont le nombre est indéterminé à ce jour (en fonction de la taille finale) et dont celui-ci est le premier.

Les paraboles sont un moyen qu'utilise Jésus pour faire comprendre ce qui est spirituel à des personnes qui ne l'étaient pas encore. Elles lui permettent de mettre en avant des choses qui ne sont destinées à être comprises que plus tard. Le piège principal est un peu le même que dans toute la Parole de Dieu. Il est toujours possible de comprendre certaines choses humainement, et le fait que ces histoires racontées par Jésus soient plongées dans le concret leur donne obligatoirement une compréhension humaine. Cependant Jésus parle toujours spirituellement et prendre ces histoires au premier degré est particulièrement dangereux, tout comme l'est le fait de mélanger une compréhension charnelle et spirituelle.

Dans l'ensemble des paraboles présentes dans les quatre versions de l'évangile, il ne permettra qu'une seule fois que nous en recevions l'explication dans le texte lui-même, et une raison existe pour cette particularité. Pour toutes les autres, il donnait les explications à ses disciples en privé, ce qui en soi est particulièrement intéressant.

Pourquoi parler en paraboles si de tout manière il devait les expliquer par après à ses disciples ?

Lorsque l'on imagine les différentes scènes où Jésus s'exprimait de la sorte, ça nous dépeint un Jésus parlant à des foules en leur racontant des histoires qu'ils n'avaient aucun moyen de comprendre et qu'il devait faire suivre par des sessions d'explications qui elles n'étaient accessibles qu'à ses disciples. L'étrangeté ne s'arrête pas là. Les disciples ne comprenaient pas ces histoires et avaient besoin d'une explication, pourtant lorsque certains d'entre eux, poussés par l'esprit, vont rédiger deux des versions de l'évangile (Matthieu et Jean), ils ne feront que transmettre l'histoire que Jésus a transmise à tous et garderont sous silence l'explication qu'il leur a donné en privé.

Ça signifie donc que la raison pour laquelle Jésus parlait de la sorte est toujours valable de nos jours. Le texte tel que nous le lisons est trompeur. Un peu comme si nous étions capables de lire phonétiquement une langue sans pour autant la comprendre. Simplement ici il est possible de comprendre le langage de la chair, mais celui de l'esprit ne peut l'être que par l'intermédiaire qu'est justement le Saint-Esprit.

N'oublions pas que les disciples de Jésus n'avaient pas le Saint-Esprit au moment des paraboles, ils n'avaient 'que' Jésus et c'est donc lui qui leur éclairait ce qu'ils avaient reçu. Une fois que Jésus est monté au ciel, il envoie son Esprit pour continuer cette œuvre. Le Saint-Esprit, qui est l'esprit de Jésus, fait donc pour nous ce que Jésus faisait pour ses disciples du temps de sa présence sur terre. C'est ce que nous dit Jean au chapitre 16 : « Quand le consolateur sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. 16.14 Il me glorifiera, parce qu'il prendra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera » (Jean 16.13-14). La vérité en question étant Jésus (Jean 14.6 : « Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi).

C'est à chacun d'entre nous de décider s'il veut être de ceux qui recevaient les histoires de Jésus comme de simples historiettes, où s'il veut s'attacher à l'Esprit, qui est le seul à pouvoir en transmettre le sens caché.

Par ailleurs il est bon de garder à l'esprit qu'aucune explication ne clôt réellement une parabole et qu'il est parfaitement envisageable que plusieurs explications soient bonnes.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     1 - Le semeur (Matthieu 13.4-9) (Marc 4.3-17) (Luc 8.5-8)

De très nombreux passages dans la Parole de Dieu relève de particularités uniques. Les choses sont toujours présentées de manières étonnantes, et les surprises ne tarissent pas. Cette série explicative des paraboles se trouvant dans les quatre versions de l'évangile recèlent elle également de savoureuses spécificités. Le chapitre 13 de la version de l'évangile selon Matthieu est une de ces choses qui usent d'une forme unique. Ce chapitre contient sept paraboles successives parlant exactement du même sujet et se concluant dans une huitième qui les résume toute. Chacune étant une aide à la compréhension des six autres, on va les regarder l'une après l'autre, et si leurs dimensions sont variables, il n'en reste pas moins qu'il y a de nombreuses choses à dire.

Les huit paraboles en question sont les suivantes :

  • Parabole du semeur (Matthieu 13.4-9) (Marc 4.3-17) (Luc 8.5-8)
  • Parabole du bon grain et de l'ivraie (Matthieu 13.24-30)
  • Parabole du grain de sénevé (Matthieu 13.31-32) (Marc 4.30-32) (Luc 13.18-19)
  • Parabole du levain (Mathieu 13.33) (Luc 13.20-21)
  • Parabole du trésor caché (Matthieu 13.44)
  • Parabole de la perle (Matthieu 13.45-46)
  • Parabole du filet (Matthieu 13.47-50)
  • Parabole du maître de maison (Matthieu 13.51-53)

Pourtant, avant de voir les huit paraboles en question, il convient de réaliser la présence de deux 'interludes' intercalés dans leur énonciation.


a) Une explication dissimulée.

a.1) Premier interlude (*).

🔘 Matthieu 13.10-17 : « Les disciples s'approchèrent, et lui dirent : Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? 11 Jésus leur répondit : Parce qu'il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, et que cela ne leur a pas été donné. 12 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. 13 C'est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en entendant ils n'entendent ni ne comprennent. 14 Et pour eux s'accomplit cette prophétie d'Ésaïe : Vous entendrez de vos oreilles, et vous ne comprendrez point ; Vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. 15 Car le cœur de ce peuple est devenu insensible ; Ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, De peur qu'ils ne voient de leurs yeux, qu'ils n'entendent de leurs oreilles, Qu'ils ne comprennent de leur cœur, Qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse (➡️ Esaïe 6.9-10). 16 Mais heureux sont vos yeux, parce qu'ils voient, et vos oreilles, parce qu'elles entendent ! 17 Je vous le dis en vérité, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu ».

Tout le but des sept premières paraboles va être de faire la différence entre ceux qui appartiennent à Dieu et les autres. Etrangement, c'est le moment que Jésus choisit pour faire l'affirmation qui précède. Elle est généralement regardée indépendamment du chapitre dans laquelle elle se trouve, pourtant cette position n'est clairement pas due au hasard.

Ici, Jésus explique le but premier de toutes les paraboles. Parler en n'étant compris que de ceux qui ont été choisis. Il remet une fois de plus en avant une affirmation d'Esaïe, annonçant, cette fois-ci, une période où les gens entendront sans comprendre et regarderont sans voir. Il s'agit donc d'une séparation claire entre deux types de personnes. Celles en capacités de voir et de comprendre, et celles ayant une impossibilité de faire l'un comme l'autre.

La séparation que nous montre ce texte se trouve entre ceux qui suivent Jésus et ceux qui ne le suivent pas. Ceux qui le suivent recevront de lui l'explication, parce que personne, de sa propre intelligence, ne peut comprendre les paraboles. Pour les autres, le peu qu'ils pourraient comprendre sera planté dans un sol rocailleux et sera éphémère.

(*) La version de l'évangile selon Marc transmet la même clarification entre la parabole du semeur et son explication : 🔘 Marc 4.11-13 : « Il leur dit : C'est à vous qu'a été donné le mystère du royaume de Dieu ; Mais pour ceux qui sont dehors tout se passe en paraboles, 12 afin qu'en voyant ils voient et n'aperçoivent point, et qu'en entendant ils entendent et ne comprennent point, de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés (➡️ Esaïe 6.9-10). 13 Il leur dit encore : Vous ne comprenez pas cette parabole ? Comment donc comprendrez-vous toutes les paraboles ? ». La version de Luc est plus concise mais place également cette clarification : 🔘 Luc 8.10 Il répondit : « Il vous a été donné de connaître les mystères du royaume de Dieu ; Mais pour les autres, cela leur est dit en paraboles, afin qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en entendant ils ne comprennent point ».


a.2) Deuxième interlude.

🔘 Matthieu 13.34-35 : « Jésus dit à la foule toutes ces choses en paraboles, et il ne lui parlait point sans parabole, 35 afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète : J'ouvrirai ma bouche en paraboles, je publierai des choses cachées depuis la création du monde (➡️ Psaumes 78.2) ».

Cet interlude nous annonce que les paraboles de Jésus sont des secrets qui étaient mis de côté depuis la création du monde. Ça en change la dimension. Ce ne sont pas seulement des histoires qui aident à la compréhension de telle ou de telle chose, elles sont partie intégrante de la raison de sa venue.

Cela montre également que si le temps est venu de les révéler, bien que le premier interlude nous dit que les incroyants entendaient mais ne comprenaient pas, alors la conclusion en est qu'un élément vient de s'ajouter à la donne. Ces vérités ont toujours été latentes, mais elles sont maintenant révélées non pas parce que nous sommes proches de la fin, mais parce que le filtre qui permet de les comprendre s'étant fait chair, a vaincu, ressuscité, et est retourné au ciel d'où il nous a envoyé son Esprit qui nous les explique, tout comme Jésus le faisait avec ses disciples du temps de sa présence sur terre.

Tout comme la loi est nécessaire pour comprendre la grâce, la grâce est nécessaire pour comprendre les paraboles.


b) L'introduction.

🔘 Matthieu 13.1-3 : « Ce même jour, Jésus sortit de la maison, et s'assit au bord de la mer. 2 Une grande foule s'étant assemblée auprès de lui, il monta dans une barque, et il s'assit. Toute la foule se tenait sur le rivage. 3 Il leur parla en paraboles sur beaucoup de choses, et il dit : ».


Rien que l'introduction de ce treizième chapitre de l'évangile de Matthieu est intrigante. Jésus ne parle pas à ses disciples, il parle à la foule, donc à tout le monde. Il aurait pu s'adresser à ses disciples et laisser la foule entendre, un peu comme la femme qui se contente des miettes qui tombent de la table, mais il inclut ses disciples à la foule et parle autant aux uns qu'aux autres. Pourtant, les interludes ont montré qu'il ne parlait pas à la foule pour qu'elle le comprenne, ça n'était pas le but. On s'attache souvent à la signification des paraboles sans réellement nous demander l'intérêt de les prononcer devant un parterre non seulement incapable de les comprendre, mais qui en plus n'en recevra de toute manière pas l'explication.

La raison nous est justement montrée dans les paraboles qui vont suivre. La construction de ce chapitre est impressionnante. Chaque parabole est autonome, mais se comprend également à travers les autres, et les passages du chapitre qui ne sont pas dans les paraboles agissent en échos de ces dernières ou les annoncent. Tout est centré autour du même but, la séparation, parce qu'aussi fou que cela puisse paraître, il ne peut y avoir d'unité sans séparation et comme l'unité est obligatoire, alors la séparation l'est également.

Si Jésus parle à tous, c'est pour que chacun soit interpellé, mais leur cœur déterminera la possibilité de comprendre. S'ils sont sincères et recherchent réellement Dieu, alors ils recevront la compréhension, soit en allant vers Jésus pour la demander, soit en recevant l'Esprit plus tard. Les paraboles sont les graines que Jésus plante.

Regardons-les donc dans l'ordre.


c) Le texte.

🔘 Matthieu 13.4-9 : « Un semeur sortit pour semer. Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin : Les oiseaux vinrent, et la mangèrent. 5 Une autre partie tomba dans les endroits pierreux, où elle n'avait pas beaucoup de terre : Elle leva aussitôt, parce qu'elle ne trouva pas un sol profond ; 6 Mais, quand le soleil parut, elle fut brûlée et sécha, faute de racines. 7 Une autre partie tomba parmi les épines : Les épines montèrent, et l'étouffèrent. 8 Une autre partie tomba dans la bonne terre : Elle donna du fruit, un grain cent, un autre soixante, un autre trente. 9 Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ».

🔘 Marc 4.3-9 : « Écoutez ! Un semeur sortit pour semer. 4 Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin : Les oiseaux vinrent, et la mangèrent. 5 Une autre partie tomba dans un endroit pierreux, où elle n'avait pas beaucoup de terre ; elle leva aussitôt, parce qu'elle ne trouva pas un sol profond ; 6 Mais, quand le soleil parut, elle fut brûlée et sécha, faute de racines. 7 Une autre partie tomba parmi les épines : Les épines montèrent, et l'étouffèrent, et elle ne donna point de fruit. 8 Une autre partie tomba dans la bonne terre : elle donna du fruit qui montait et croissait, et elle rapporta trente, soixante, et cent pour un. 9 Puis il dit : Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ».

🔘 Luc 8.5-8 : « Un semeur sortit pour semer sa semence. Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin : Elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent. 6 Une autre partie tomba sur le roc : quand elle fut levée, elle sécha, parce qu'elle n'avait point d'humidité. 7 Une autre partie tomba au milieu des épines : Les épines crûrent avec elle, et l'étouffèrent. 8 Une autre partie tomba dans la bonne terre : Quand elle fut levée, elle donna du fruit au centuple. Après avoir ainsi parlé, Jésus (l'Eternel sauve) dit à haute voix : Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ».


d) L'explication.

La chose n'étant pas aussi commune qu'on pourrait le penser, précisons que les trois versions de la parabole du semeur semblent parler du même discours de Jésus. Dans de nombreux cas il s'agit de la même histoire racontée à des moments et des endroits différents et contenant en conséquent quelques variations dans la forme. Ici ça n'est pas le cas. Si les précisions de Luc ne sont pas aussi claires que celles de Matthieu et Marc, elles correspondantes cependant.

🔘 Matthieu 13.1-2 : « Ce même jour, Jésus sortit de la maison, et s'assit au bord de la mer. 2 Une grande foule s'étant assemblée auprès de lui, il monta dans une barque, et il s'assit. Toute la foule se tenait sur le rivage ».

🔘 Marc 4.1 : « Jésus se mit de nouveau à enseigner au bord de la mer. Une grande foule s'étant assemblée auprès de lui, il monta et s'assit dans une barque, sur la mer. Toute la foule était à terre sur le rivage ».

🔘 Luc 8.4 : « Une grande foule s'étant assemblée, et des gens étant venus de diverses villes auprès de lui, il dit cette parabole ».

Les textes de Matthieu et de Marc se superposent sans problèmes, celui de Luc a une forme très sensiblement différente mais n'ajoute ni n'enlève rien.


d.1) Parabole du semeur.

Dans cette parabole, la graine c'est la parole du royaume des cieux (Luc 8.11), c'est pour ça que sur cette première parabole parmi la suite de sept, c'est la seule fois où Jésus n'introduira pas son discours en disant : « Le royaume des cieux est semblable » (Matthieu 13.24 ; Matthieu 13.31 ; Matthieu 13.33) ou « Le royaume des cieux est encore semblable » (Matthieu 13.44 ; Matthieu 13.45 ; Matthieu 13.47). Il parle ici de la Parole qui doit être acceptée ou refusée afin d'entrer dans le royaume en question impliquant qu'elle doit être dite.

Dans l'ensemble, cette parabole fait partie des très rares dont l'explication nous a été transmise par le texte, sachant que même dans ce cas, sans l'esprit la compréhension reste abstraite.

Les éléments qui constituent ce que Jésus dit se divisent de la sorte :

Le long du chemin

Les endroits pierreux

Les épines

La bonne terre

Ce sont les endroits où la semence tombe. A priori, on peut constater qu'il y a plus d'endroits où elle ne sera pas la bienvenue que d'endroit où elle le sera. La distinction en plaçant trois comme inhospitalières et une seule adéquate, si elle est correcte dans la vérité, ne l'est pas dans les apparences, et on sait très bien que les apparences sont fréquemment préférées à la vérité. Aussi, si la réalité de ce que Jésus dit est qu'il y a trois sols qui sont mauvais pour la pousse de la semence et un seul qui est bon, les apparences montrent exactement l'inverse.


d.2) Les enfants du malin.

🔘 Matthieu 13.4 : « Un semeur sortit pour semer. Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin : Les oiseaux vinrent, et la mangèrent ».

Dans cette situation, les choses sont claires. La parole qu'est la semence n'est pas même venue mourir en terre. Ceux qui l'ont reçu n'y ont prêté aucune attention et s'en moquent ouvertement. C'est le seul cas où la vérité du mépris et les apparences se rejoignent. Dans son explication*, Jésus nous dira que celui qui entend la parole que représente cette semence ne la comprend pas et qu'en conséquence, le malin en profite pour la faire de suite disparaître de ses pensées (le cœur représente presque toujours le siège des pensées).

C'est également pour cela que la graine est semée le long du chemin, ça nous parle de d'un endroit passant, ou on ne s'arrête pas.

(*) 🔘 Matthieu 13.19 : « Lorsqu'un homme écoute la parole du royaume et ne la comprend pas, le malin vient et enlève ce qui a été semé dans son cœur : Cet homme est celui qui a reçu la semence le long du chemin ».


d.3) Les parasites.

Viennent alors deux situations qui sont ouvertement différentes mais qui ont la même finalité. La première nous parle d'un sol pierreux lorsque la deuxième nous parle d'épines :


1️⃣ Le sol pierreux.

🔘 Matthieu 13.5-6 : « Une autre partie tomba dans les endroits pierreux, où elle n'avait pas beaucoup de terre : Elle leva aussitôt, parce qu'elle ne trouva pas un sol profond ; 6 Mais, quand le soleil parut, elle fut brûlée et sécha, faute de racines ».

Présentée de la sorte on range trop rapidement cette situation dans la catégorie de ceux qui ont refusé la Parole de Dieu, alors que cela ne parle pas réellement de ça. Le sol peu profond parle d'une absence de fondements. La semence est bonne et elle est accueilli (« avec joie » selon l'explication de Jésus*), par contre ceux qui l'ont accueilli n'ont pas de bases solides et ne peuvent la comprendre correctement. Ils sont dans l'incapacité de la méditer et la recrache sans réellement la comprendre. Finalement à la première épreuve ils cessent de croire parce qu'ils n'ont pas la persévérance que la foi donne.

C'est pour ça que les sols pierreux ne parlent pas de ceux qui ont refusé la Parole et qui sont en dehors du royaume de Dieu, mais de ceux qui l'ayant accepté l'ont négligé en ne la laissant pas les travailler en profondeur. Ils finiront brûlés quand le soleil paraîtra.

(*) 🔘 Matthieu 13.20-21 : « Celui qui a reçu la semence dans les endroits pierreux, c'est celui qui entend la parole et la reçoit aussitôt avec joie ; 21 Mais il n'a pas de racines en lui-même, il manque de persistance, et, dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, il y trouve une occasion de chute (skandalizo».


2️⃣ Les épines.

Les épines ne correspondent pas du tout aux mêmes personnes, même si elles finiront au même endroit. Adjoindre la version de Luc est importante pour comprendre une chose qui n'est que sous-entendue dans les versions de Matthieu et de Marc :

🔘 Matthieu 13.7 : « Une autre partie tomba parmi les épines : Les épines montèrent, et l'étouffèrent ».

🔘 Luc 8.7 : « Une autre partie tomba au milieu des épines : Les épines crûrent avec elle, et l'étouffèrent ».

 La chose sous-entendue est que la semence a germé. On pourrait croire que ça n'est pas le cas dans les versions de Matthieu et de Marc, et que les épines l'ont étouffé avant sa croissance, mais la version de Luc nous précise la chose. La croissance est commune, elles poussent simultanément. Le problème ne vient pas de la terre comme dans le cas du sol pierreux, d'autant que les épines poussent généralement dans de bonnes terres.

La substance du problème est différente, elle consiste dans l'entourage, soit intérieur soit extérieur. Le sol est bon, mais la surface est inhospitalière. Cela parle des mauvais conseillers (de nous-même aux intervenants extérieurs) tout comme ça nous parle des laboureurs qui ne prennent pas soins de la terre et laissent les épines prendre toute la place. Quand bien même une personne de bonne volonté recevrait avec sincérité la Parole, le champ dans lequel elle va croitre peut l'amener à sa perte. Reprenant le livre du prophète Jérémie (51.45), le livre de l'apocalypse nous dit : « Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin que vous ne participiez point à ses péchés, et que vous n'ayez point de part à ses fléaux » (Apocalypse 18.4). Ce ne sont pas des avertissements vains, « celui qui fréquente les sages devient sage, mais celui qui se plaît avec les insensés s'en trouve mal » (Proverbes 13.20). Bien que les insensés soient du monde, cela ne signifie pas forcément que la séparation soit aussi nette que cela et ils peuvent se retrouver en compagnie des vrais-croyants dont ils simulent la foi, consciemment ou non.

Mais comme je le disais, nous pouvons être nos propres mauvais conseillers lorsque nous décidons de tempérer ce que nous avons compris parce que nous réalisons que la vérité est excluante. Admettre une chose, c'est presque toujours en rejeter une autre. Accepter la 'vérité' nous fait automatiquement rejeter le 'mensonge' correspondant, qu'on le veuille ou non. C'est de cela que Jésus nous parle dans l'explication qu'il nous transmet*.

(*) 🔘 Matthieu 13.22 : « Celui qui a reçu la semence parmi les épines, c'est celui qui entend la parole, mais en qui les soucis du siècle et la séduction des richesses étouffent cette parole, et la rendent infructueuse ».


Le sol pierreux et les épines paraissent de suite de mauvaises choses dans les textes parlant d'eux, et il est évident que c'en sont, mais dans le concret leur apparence est un piège et peut leurs permettre d'attirer la sympathie quand ils ne feront en réalité que nuire. La bonne terre ne suffit pas, encore faut-il que quelqu'un s'en occupe, et si ça n'est pas le cas, rester dans la présence de mauvais laboureurs conduira à la même fin que si la terre était mauvaise. De la même manière, une bonne compréhension ne signifie pas obligatoirement que la Parole est acceptée en l'état et parfois on en vient à tempérer notre compréhension, ne réalisant pas que nous retirons toute puissance à ce que nous avions compris.

Heureusement reporté aux hommes, chacun peut choisir son champ.


d.4) Les enfants de Dieu.

🔘 Matthieu 13.8-9 : « Une autre partie tomba dans la bonne terre : Elle donna du fruit, un grain cent, un autre soixante, un autre trente. 9 Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ».

Finalement c'est quand les choses se passent bien qu'il n'y a presque rien à dire et même l'explication de Jésus ne fait que répéter ce qu'il disait ici :

🔘 Matthieu 13.23 : « Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est celui qui entend la parole et la comprend ; Il porte du fruit, et un grain en donne cent, un autre soixante, un autre trente ».

Le grain qui est tombé dans la bonne terre ne donne pas nécessairement la même quantité de récolte. Dans une autre parabole qui sera présentée sous deux angles différents, celle des talents (Matthieu 25.14-30) et celle des mines (Luc 19.12-27) et qui sont détaillées dans "17 - les talents/les mines", j'explique la raison de cette différence de production de la terre. Cela se rapporte spécifiquement à la parabole des mines, où la même base produit des résultats différents. La base est en réalité l'expression du don de Dieu, qui est différent pour chacun, et la parabole des talents nous montre que chacun reçoit ce qu'il peut porter et produira en conséquence, sans que l'un soit moins que l'autre parce qu'il aurait moins et produirait moins. Ainsi si celui qui reçoit 4 produit 3, il a été un moins bon serviteur que celui qui a eu 1 et a produit 1 parce que celui qui a reçu 1 a entièrement fait ce qui lui était demandé, ce qui n'est pas le cas de celui qui a reçu 4 et produit 3.

De la même manière, ici, ceux qui ont reçu 1 graine peuvent pour certains en produire 100, d'autres 60 et d'autres encore 30.


e) Les textes des explications.

e.1) Explication de Matthieu.

🔘 Matthieu 13.19-23 : « Lorsqu'un homme écoute la parole du royaume et ne la comprend pas, le malin vient et enlève ce qui a été semé dans son cœur : Cet homme est celui qui a reçu la semence le long du chemin20 Celui qui a reçu la semence dans les endroits pierreux, c'est celui qui entend la parole et la reçoit aussitôt avec joie ; 21 Mais il n'a pas de racines en lui-même, il manque de persistance, et, dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, il y trouve une occasion de chute (skandalizo)22 Celui qui a reçu la semence parmi les épines, c'est celui qui entend la parole, mais en qui les soucis du siècle et la séduction des richesses étouffent cette parole, et la rendent infructueuse. 23 Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est celui qui entend la parole et la comprend ; Il porte du fruit, et un grain en donne cent, un autre soixante, un autre trente ».


e.2) Explication de Marc.

🔘 Marc 4.14-20 : « Le semeur sème la parole15 Les uns sont le long du chemin, où la parole est semée ; Quand ils l'ont entendue, aussitôt Satan vient et enlève la parole qui a été semée en eux. 16 Les autres, pareillement, reçoivent la semence dans les endroits pierreux ; Quand ils entendent la parole, ils la reçoivent d'abord avec joie ; 17 Mais ils n'ont pas de racine en eux-mêmes, ils manquent de persistance, et, dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, ils y trouvent une occasion de chute (skandalizo)18 D'autres reçoivent la semence parmi les épines ; ce sont ceux qui entendent la parole, 19 mais en qui les soucis du siècle, la séduction des richesses et l'invasion des autres convoitises, étouffent la parole, et la rendent infructueuse. 20 D'autres reçoivent la semence dans la bonne terre ; Ce sont ceux qui entendent la parole, la reçoivent, et portent du fruit, trente, soixante, et cent pour un ».


e.3) Explication de Luc.

🔘 Luc 8.11-15 : « Voici ce que signifie cette parabole : La semence, c'est la parole de Dieu. 12 Ceux qui sont le long du chemin, ce sont ceux qui entendent ; Puis le diable vient, et enlève de leur cœur la parole, de peur qu'ils ne croient et soient sauvés. 13 Ceux qui sont sur le roc, ce sont ceux qui, lorsqu'ils entendent la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n'ont point de racine, ils croient pour un temps, et ils succombent au moment de la tentation14 Ce qui est tombé parmi les épines, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, s'en vont, et la laissent étouffer par les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils ne portent point de fruit qui vienne à maturité15 Ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole avec un cœur honnête et bon, la retiennent, et portent du fruit avec persévérance ».


f) Conclusion.

Alors que Jésus se propose de nous expliquer à quoi le royaume de Dieu est semblable dans le chapitre 13 de la version de l'évangile selon Matthieu, il commence par nous expliquer ce qui en définit l'appartenance, c'est à dire la semence qui représente la Parole. On notera qu'il ne parle pas de quoi que ce soit d'autre que la Parole.

Ce qui définit notre appartenance au royaume de Dieu c'est sa Parole, et la manière dont vous l'appréhenderez définira votre salut.

Dans les 6 paraboles qui vont suivre, il va maintenant clarifier les choses, élément après élément, en nous expliquant à quoi le royaume des cieux est comparable.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     02 - Le bon grain et l'Ivraie (Matthieu 13.24-30)

Le chapitre 13 de la version de l'évangile selon Matthieu est une de ces choses qui usent d'une forme unique. Ce chapitre contient sept paraboles successives parlant exactement du même sujet et se concluant dans une huitième qui les résume toute. Chacune étant une aide à la compréhension des six autres, on va les regarder l'une après l'autre, et si leurs dimensions sont variables, il n'en reste pas moins qu'il y a de nombreuses choses à dire.

Les huit paraboles en question sont les suivantes :

  • Parabole du semeur (Matthieu 13.4-9) (Marc 4.3-17) (Luc 8.5-8)
  • Parabole du bon grain et de l'ivraie (Matthieu 13.24-30)
  • Parabole du grain de sénevé (Matthieu 13.31-32) (Marc 4.30-32) (Luc 13.18-19)
  • Parabole du levain (Mathieu 13.33) (Luc 13.20-21)
  • Parabole du trésor caché (Matthieu 13.44)
  • Parabole de la perle (Matthieu 13.45-46)
  • Parabole du filet (Matthieu 13.47-50)
  • Parabole du maître de maison (Matthieu 13.51-53)


a) Le texte.

Tout le chapitre 13 de la version de l'évangile transmise par Matthieu nous parle d'une seule et même chose, et ce au travers de sept paraboles successives. Je reviendrais sur cette particularité dans un point à part et ne la traiterai pas dans celui-ci. Dans le cas présent je me contenterai de rester focalisé sur le sens individuel de cette parabole dont le texte suit :

🔘 Matthieu 13.24-30 : « Il leur proposa une autre parabole, et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ. 25 Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l'ivraie [Zizanion] parmi le blé, et s'en alla26 Lorsque l'herbe eut poussé et donné du fruit, l'ivraie parut aussi. 27 Les serviteurs [doulos] du maître de la maison vinrent lui dire : Seigneur, n'as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? 28 Il leur répondit : C'est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs [doulos] lui dirent : Veux-tu que nous allions l'arracher ? 29 Non, dit-il, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. 30 Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, à l'époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier ».


b) L'explication.

Cette parabole a fréquemment été identifiée comme étant le fait que certains acceptent la Parole de Dieu et que d'autres la refusent. Tristement, ça a été interprété comme la séparation entre le monde et l'église, dans le sens large du terme. Le monde ayant été désigné comme l'ivraie, et l'église comme le bon grain. Cette explication peut satisfaire à la recherche d'autosatisfaction de certains qui sentent que quelque chose ne va pas dans leurs conceptions générales et qui ne veulent surtout pas qu'on la mette en avant. La réalité de cette parabole est toute autre. Commençons par souligner qu'elle s'adresse uniquement au royaume des cieux, donc à ce qu'on appelle communément l'église et qu'en aucun cas, elle ne parle des personnes vivant dans le monde.

Je disais plus tôt qu'il n'y a qu'une seule parabole qui soit expliquée, et il se trouve que c'est celle-ci. L'explication se trouve quelques versets plus loin :

🔘 Matthieu 13.36-43 : « Alors il renvoya la foule, et entra dans la maison. Ses disciples s'approchèrent de lui, et dirent : Explique-nous la parabole de l'ivraie du champ. 37 Il répondit : Celui qui sème la bonne semence, c'est le Fils de l'homme ; 38 Le champ, c'est le monde ; La bonne semence, ce sont les fils du royaume ; L'ivraie, ce sont les fils du malin ; 39 L'ennemi qui l'a semée, c'est le diable ; La moisson, c'est la fin du monde ; Les moissonneurs, ce sont les anges. 40 Or, comme on arrache l'ivraie et qu'on la jette au feu, il en sera de même à la fin du monde41 Le Fils de l'homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité : 42 Et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. 43 Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ».

Il se trouve qu'elle est tellement importante qu'il était nécessaire qu'elle soit comprise correctement, et on constate dans les fausses doctrines modernes que ce garde-fou n'a pas suffi.


b.1) Les protagonistes.

Il faut évidemment commencer par prendre en compte l'explication que Jésus donne concernant les protagonistes :

🔘 Matthieu 13.37-37 : « Il répondit : Celui qui sème la bonne semence, c'est le Fils de l'homme ; 38 le champ, c'est le monde ; la bonne semence, ce sont les fils du royaume ; l'ivraie, ce sont les fils du malin ; 39 l'ennemi qui l'a semée, c'est le diable ; la moisson, c'est la fin du monde; les moissonneurs, ce sont les anges ».

Nous avons donc :

  • Le semeur : le Fils de l'homme.
  • Le champ : le monde.
  • Le blé : les fils du royaume.
  • L'ivraie : les fils du malin.
  • L'ennemi : le diable.
  • La moisson : la fin du monde.
  • Les anges : les moissonneurs.

Avoir ces éléments en tête est déjà un bon point de départ pour ne pas se tromper dans ce que signifie cette parabole, et les doctrines communes actuelles se retrouvent assez rapidement balayées si on s'attache à cette démarche, je reviendrai plus précisément sur ce point dans peu de temps.


b.2) Le sens (première partie).

1️⃣ La double semence. 

Le problème dans la compréhension commune, c'est l'oubli d'une précision dans la parabole. Oui, elle nous dit que la parole de Dieu a été semée dans le monde (13.24 + 13.38), ce qui inclut la terre entière, par contre, lorsque Jésus nous parle du diable semant de l'ivraie, il ne le fait pas dans le monde, mais dans l'église. Les termes exacts sont : « sema de l'ivraie parmi le blé, et s'en alla ». Il est donc fait mention uniquement de l'église et non du monde, le monde ne servant qu'à poser le cadre global de l'amour de Dieu, de la même manière que ce qui nous est dit dans Jean 3.16 (« Car Dieu a tant aimé le monde … »).

Il est intéressant de prendre en compte cette affirmation. Elle pointe le fait que Jésus cible tout le monde, mais que le diable ne cible que les croyants. Il est évident que cela fait écho aux affirmations de Jésus concernant le fait que « celui qui n'assemble pas avec » lui « disperse » (*). Cela signifie donc également, et c'est la partie la plus intéressante, que le diable ne sème pas d'Ivraie dans le monde. Leurs doctrines ne sont pas de lui, elles viennent de leur propre cœur. On prête tellement souvent à satan la pérennité des mauvaises actions des hommes qu'on a fini par oublier que le cœur de l'homme est mauvais par nature (**). S'il n'est pas tempéré par l'Esprit de Dieu, il ne peut que laisser libre court à ses aspirations les plus basses. Le diable est bien souvent plus une excuse qu'une cause réelle. Ce que les mille ans de la fin démontreront avec clarté.

Et même pour ce qui est de semer l'Ivraie, il se contente de semer et s'en va. Il n'assure pas le service après-vente. Il ne fait que donner une direction, et il laisse les croyants endormis se trouver les excuses nécessaires pour prendre des directions qui ne sont pas celles que la Parole de Dieu montre.

En outre, si le diable a pu semer de l'Ivraie parmi le blé, c'est spécifiquement « pendant que les gens dormaient ». Dans une époque où on entend constamment parler d'un supposé réveil c'est presque ironique. Il ne faut pas s'égarer non plus. Si le diable n'a répandu de l'Ivraie que parmi le blé, donc parmi les croyants, cela signifie que lorsque Jésus nous apprend que cela s'est fait « pendant que les gens dormaient », il nous parle en réalité du sommeil de l'église, et ce, malgré le fait que « les gens » soit un terme global. Le sommeil du monde n'a pas de rapport avec l'absence de vigilance des croyants. C'est donc parce qu'il ne parle que de l'église lorsqu'il mentionne l'Ivraie qu'il ne parle que des croyants lorsqu'il parle de sommeil.


2️⃣ Ce qu'est la semence. 

Comme on a rarement le temps d'entrer dans les détails, on raccourcit souvent les choses et on passe à côté d'invisibles connections entre les affirmations. Les non-dits, les sous-entendus, les lapalissades, les choses si évidentes qu'il n'est pas nécessaire de les dires et auxquelles on finit par ne plus prêter attention.

On passe généralement du début de ce que Jésus vient de dire à la suite, sans réfléchir à ce qu'est réellement l'Ivraie. Et même une recherche sur ce que c'est concrètement ne permet pas forcément de comprendre le point que je vais soulever. Pour mieux le comprendre, il suffit de regarder ce que représente le blé. Il n'est pas la même chose aux différents stades de sa croissance, de la même manière que nous, qui sommes représentés par lui, sommes tour à tour « petits enfants » « jeunes gens » et « pères » (1 Jean 2.12-18) tout en étant toujours les mêmes personnes. Adultes, si nous regardons des photographies nous représentant bébés, on ne pense pas que ça n'est pas nous, mais que c'est nous à une autre époque. Toute chose qui évolue avec le temps suit cette logique, elle change. Le ver a beau devenir un papillon, il continue de porter le ver en lui, et ce qu'il était, bien que différent reste partie intégrante de ce qu'il est, mais ne suit pas forcément les mêmes règles. Il est passé d'un être rampant à un être volant, pourtant c'est toujours la même créature.

L'Ivraie reste de l'Ivraie, mais son stade change, et dans la parabole, on nous parle bien de ce qu'il va advenir lorsqu'elle aura poussé. Il y a donc une différence entre l'Ivraie dont nous parle Jésus lorsqu'il mentionne les semailles, et l'Ivraie qui a poussé.

L'Ivraie ce sont les fausses croyances, les faux enseignements, et c'est là que le stade différent de la croissance de la plante a de l'importance. Les enseignements ne sont pas les mêmes lorsque nous sommes des « petits enfants » des « jeunes gens » et des « pères ». Or, la première graine, celle qui est planté dans le monde et qui aura pour finalité de former l'église, ne peut être constituée que d'une seule prédication, celle de la repentance, qui est la seule doctrine préalable à la conversion qui puisse porter du fruit parce que c'est la seule que le Saint-Esprit permettra aux non-croyants de comprendre.

N'oublions pas que l'ivraie dans cette parabole est plantée juste après le blé, et que les deux le sont avant de pousser.

Comme dans tous les domaines, si les fondements sont mauvais, les connaissances qui reposeront dessus seront mauvaises, les bâtiments s'effondreront. Tous ceux qui ne sont pas entrés par la porte étroite (***) peuvent faire montre d'autant de sincérité qu'ils veulent, ils peuvent avoir autant l'apparence de la droiture qu'ils peuvent, ils sont de l'ivraie. Ils ne sont pas entrés par la porte unique, et ils vont se reproduire, ils vont répandre leur trajet autour d'eux, devenir des exemples qui parleront aux hommes du monde, mais pas à ceux qui recherchent réellement Dieu. Ils sont la mollesse des assemblées, la perdition de beaucoup. S'ils ne sont pas entrés par la porte étroite, leur Dieu n'est pas notre Dieu même s'ils lui donnent le même nom. Finalement beaucoup d'entre eux vont devenir pasteurs et entraîner encore plus de ces croyants endormis dans le gouffre.

(*) Matthieu 12.30 : « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, et celui qui n'assemble pas avec moi disperse ».

(**) Jérémie 17.9 : « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : Qui peut le connaître ? ».

(***) Matthieu 7.13 : « Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par-là ».


3️⃣ Ce qu'est l'ivraie.

C'est une plante très particulière. Elle ressemble à se méprendre au blé et à la particularité d'être une plante envahissante qui va se propager très rapidement. Elle peut se propager dans n'importe quel champ, mais sa ressemblance avec le blé la rend particulièrement dangereuse dans des champs de ce type. Si Jésus l'utilise en exemple c'est essentiellement pour cela. Elle serait tout autant dangereuse dans un autre champ, mais serait repérée bien plus facilement.

Dans le texte grec, le mot utilisé est le mot [Zizanion] qui renvoie évidemment à la zizanie. Semer la zizanie est donc exactement la même chose que semer l'ivraie. Ça consiste à créer des dissensions là où il n'y en avait pas.

L'ivraie était presque une plante militarisée à l'époque de Jésus. Il était fréquent d'en répandre dans les champs de blés de ses ennemis, ce qui permet de mieux comprendre la raison de la parabole. A faible dose elle provoque une ivresse (même racine), alors qu'à forte dose elle devient ouvertement toxique. Rapporté au royaume de Dieu, le parallèle paraît évident lorsque l'on prend en compte les différentes excuses des uns et des autres pour justifier l'ivresse spirituelle à tout va, issue de faux enseignements (non pas que cela soit impossible, la pentecôte le prouve, mais lors de la pentecôte elle était une conséquence inattendue, maintenant pour beaucoup elle devient une recherche). Ce genre de fausses croyances finissent rapidement par devenir particulièrement toxique au sein des assemblées.


4️⃣ Sa visibilité.

🔘 Matthieu 13.26-29 : « Lorsque l'herbe eut poussé et donné du fruit, l'ivraie parut aussi. 27 Les serviteurs [doulos] du maître de la maison vinrent lui dire : Seigneur, n'as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? ».

Elle était invisible au premier regard, mais une fois qu'elle a poussé, sa présence devient évidente. On constate que si c'étaient anciennement « les gens » dont Jésus parlait, ceux qui réalisent la présence de l'ivraie sont bien plus restreints. Cette fois-ci cela se réduit aux « serviteurs [doulos] du maître de la maison ». Cependant ils ne peuvent qu'être inclut dans « les gens ». Lorsque Jésus en parlait il faisait spécifiquement cas des croyants, donc les personnes qui réalisent la supercherie portent partiellement la responsabilité du manque de vigilance.

Il n'en reste pas moins que le constat est fait, et à minima on peut au moins se réjouir que certaines ouvrent les yeux.

Pourtant, bien que cette prise de conscience arrive enfin, la compréhension des tenants et des aboutissants spirituelles est toujours défaillante. Premièrement, les « serviteurs du maître de la maison » ont beau réaliser la présence de l'ivraie, ils ne comprennent pas d'où elle vient, et ensuite, ils ne savent pas quoi faire de cette constatation et propose de l'arracher. (« Veux-tu que nous allions l'arracher ? »).


5️⃣ Sa conséquence. 

Mais la proposition mise en avant est la pire qui soit. Si l'ivraie est un handicap pour les vrais croyants, il n'en reste pas moins que Jésus est précautionneux. Il ne permettra pas qu'une seule de ses brebis ne se perde. Faire le tri par nous-même serait dès lors dangereux parce que cela impliquerait l'éventualité de se tromper et de mal agir envers quelqu'un de sincère.

Si les assemblées redressaient leurs voies, ne serait-ce que dans les enseignements, l'ivraie claquerait la porte toute seule.


b.3) Le sens (deuxième partie) : la moisson. 

Comme souvent, la fin d'une parabole contient un revirement, et dans le cas présent il est de taille. Devant la suggestion des disciples d'arracher l'ivraie, Jésus annonce un point fondamental de la fin du monde qui sera plus détaillé dans le livre de l'apocalypse.

🔘 Matthieu 13.29-30 : « Non, dit-il, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. 30 Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, à l'époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier »

Sa suggestion est de laisser tout le monde croitre ensemble (ce qui ne lie en rien les croyants qui réalisent ce qui se passe aux assemblées perverties qu'ils fréquentent).

Je vais essayer de faire court pour expliquer le verset 30, parce qu'il est cruellement détourné. Tout d'abord, remettons-nous sous les yeux les correspondances que Jésus nous avait données.

  • Le semeur : le Fils de l'homme.
  • Le champ : le monde.
  • La bonne semence : les fils du royaume.
  • L'ivraie : les fils du malin.
  • L'ennemi : le diable.
  • La moisson : la fin du monde.
  • Les anges : les moissonneurs.

Mettons ensuite le verset en lui-même et sa transposition en prenant les identifiants qui nous ont été confiés.

🔘 Matthieu 13.30 : « Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, à l'époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier ».

paraphrasons : 

🔘 Matthieu 13.30 : « Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la fin du monde, et, à l'époque de la fin du monde, je dirai aux anges : Arrachez d'abord les fils du malin, et liez-les en gerbes pour les brûler, mais amassez les fils du royaume dans mon grenier ».

Si le début de la parabole parle du début de la marche de chacun, il se termine avec la fin de la marche de tous. Jésus parle ouvertement de la fin du monde et ce qu'il en dit contredit toutes les affirmations qu'on peut si souvent entendre. La fin du monde c'est la moisson, et le cinquième et le septième ange sont les moissonneurs. Dans cette parabole Jésus est clair, ce sont les anges les moissonneurs, pas nous. Il appuie sur ce fait quelques versets après cette parabole : 

🔘 Matthieu 13.49 : « Il en sera de même à la fin du monde. Les anges viendront séparer les méchants d'avec les justes, 50 et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents ».

Généralement les détournements nous placent comme étant les moissonneurs et la moisson comme étant celle des âmes de perdus qui vont se convertir. Malheureusement ça n'est dit nulle part ailleurs que dans des prédications n'ayant pour but que de galvaniser des croyants endormis. La Parole a plus d'importance que celui qui la porte.

Lorsqu'il nous est dit :

🔘 Matthieu 9.37 : « Alors il dit à ses disciples : La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers. 38 Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson ».

Ça ne parle pas de ce que nous serions des moissonneurs, mais des ouvriers dans la moisson. Le moissonneur ne fait pas partie de la moisson, alors que l'ouvrier si. Penser que nous serions les moissonneurs c'est imaginer que nous nous moissonnerions nous-mêmes et ce serait en outre rejeter les explications de Jésus.

Par ailleurs, ce ne sont pas seulement les croyants qui seront moissonnés, mais tous les hommes, et elle se passera en deux phases. La première phase concerne les croyants, ce sont le quatrième et le cinquième ange qui s'en chargent.

🔘 Apocalypse 14.14-16 : « Je regardai, et voici, il y avait une nuée blanche, et sur la nuée était assis quelqu'un qui ressemblait à un fils d'homme, ayant sur sa tête une couronne d'or, et dans sa main une faucille tranchante. 15 Et un autre ange sortit du temple, criant d'une voix forte à celui qui était assis sur la nuée : Lance ta faucille, et moissonne ; Car l'heure de moissonner est venue, car la moisson de la terre est mûre. 16 Et celui qui était assis sur la nuée jeta sa faucille sur la terre. Et la terre fut moissonnée ».

La deuxième partie de la moisson commence dès que la première se termine. Ce sont donc le sixième et le septième ange qui s'en chargent.

🔘 Apocalypse 14.17-20 : « Et un autre ange sortit du temple qui est dans le ciel, ayant, lui aussi, une faucille tranchante. 18 Et un autre ange, qui avait autorité sur le feu, sortit de l'autel, et s'adressa d'une voix forte à celui qui avait la faucille tranchante, disant : Lance ta faucille tranchante, et vendange les grappes de la vigne de la terre ; Car les raisins de la terre sont mûrs. 19 Et l'ange jeta sa faucille sur la terre. Et il vendangea la vigne de la terre, et jeta la vendange dans la grande cuve de la colère de Dieu. 20 Et la cuve fut foulée hors de la ville ; Et du sang sortit de la cuve, jusqu'aux mors des chevaux, sur une étendue de mille six cents stades (300 kilomètres».

Par contre il n'est fait mention nulle part d'une moisson qui serait faite par les croyants ni d'une association entre la notion de moisson et celle d'âme. Les affirmations qu'il va y avoir des milliards de conversions dans un réveil final glorieux (etc ...) ne sont pas fondées sur la Parole de Dieu mais sur la convoitise du 👍​ sur certaines plateformes. Imaginer que les perdus actuels bénéficieraient d'une faveur qui n'aurait pas été accordées aux perdus des siècles passés c'est affirmer que Dieu ferait du favoritisme, ce qui est blasphématoire.


c) L'enlèvement et la fin du monde.

🔘 Matthieu 13.9 : « Arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier ».

Les lecteurs croient faussement que la présence dans la même parabole du bon grain, de l'ivraie, et de la moisson, signifie nécessairement que cela parle de l'enlèvement. Ça n'est pas le cas. L'explication qu'en donne Jésus dit bien que les anges moissonneront, mais la distinction entre le bon grain et l'ivraie se fait avant la moisson, justement pour que la moisson n'emporte pas du bon et du mauvais grain.

Le cœur de cette parabole ne parle donc pas de l'enlèvement, mais, aussi étrange que cela puisse paraître d'une période précise de la fin des temps. Période qui va de la marque de la bête à Armageddon. 

La confusion est possible pour différentes raisons, la plus évidente étant évidemment que la compréhension du livre de l'apocalypse est extrêmement restreinte, et la parabole en a besoin pour être comprise en profondeur. ensuite l'essentiel des croyants étant nourris d'ivraie, le voile du temple a tendance à avoir été recousu pour beaucoup.

Cette confusion vient de ce que Jésus mentionne en première lieu l'arrachage de l'ivraie et ensuite seulement l'amassage du blé alors que le jugement commence par la maison de Dieu. Pierre nous disait : « Car c'est le moment où le jugement va commencer par la maison de Dieu. Or, si c'est par nous qu'il commence, quelle sera la fin de ceux qui n'obéissent pas à l'Évangile de Dieu ? 18 Et si le juste se sauve avec peine, que deviendront l'impie et le pécheur ? » (1 Pierre 4.17-18). Or il est question dans cette parabole d'abord d'arracher l'ivraie et ensuite seulement d'amasser le blé dans le grenier. Mais le jugement commence donc par la maison de Dieu, et il en va également dans les évènements de la fin des temps. L'Église est enlevée avant le jugement final qui aura lieu à Armageddon. Donc le blé devrait être moissonné avant l'Ivraie, mais cette parabole parle de l'inverse.

Au moins dans les apparences.

En fait, Jésus parle de cette période de séparation qui consistera à faire le tri entre les enfants de Dieu et ceux qui ont refusé la nouvelle naissance. Cette séparation commence par la marque de la bête, qui est toujours vue comme une oppression des croyants, alors que spirituellement, elle sert à distinguer les incroyants. C'est ça qui va se passer, le diable croit qu'il marque les siens, mais il fait l'œuvre de Dieu en marquant ceux qui n'appartiennent pas à Dieu. On interprète à tort « liez-la en gerbes pour la brûler » comme une action unique, alors que cela parle de deux choses qui se déroulent sur la durée. « Liez-la en gerbes » c'est la partie du marquage, ils se rassemblent et, montrant du doigt les croyants, s'en séparent, ensuite seulement vient la suite, « pour la brûler ». Ce sont deux moments séparés. C'est entre ces deux instants que l'amassage dans le grenier de Dieu va se faire. 

L'ivraie va se rassembler dans un premier temps à travers la marque de la bête, ensuite, le bon grain va être marqué par Dieu (Apocalypse 7.3) durant le cinquième ange. Suite à cela, les croyants seront enlevés, et alors seulement l'ivraie sera brûlée au septième ange.

Cette parabole parle de la séparation entre le peuple de Dieu et les fils du mensonge.


d) Conclusion.

Comprenant cela, nous cernons mieux ce dont nous parle la parabole du bon grain et de l'ivraie. Jésus y fait mention de ce que satan a semé parmi les enfants de Dieu et qu'il est reparti. Dès lors, c'est donc parmi ces mêmes enfants de Dieu que certains étaient des terrains fertiles et ont propagé des idées qui étaient contraires à la volonté de Dieu. L'église actuelle c'est l'addition du bon grain et de l'ivraie, et la séparation est en cours. Ne pas le comprendre a des conséquences. Pas nécessairement celles qu'on imagine, mais il y en a. L'ivraie se croit dans son bon droit, mais est désobéissante et a pour horizon la géhenne. Cependant, elle montre du doigt tous ceux qui ne pensent pas comme elle alors qu'elle n'est que la conséquence de ce que satan a semé. Le bon grain aura lui aussi des conséquences qui peuvent être perturbantes s'il ne comprend pas rapidement cette distinction et le sens de cette parabole. Le problème étant que peu d'assemblées identifient la différence réelle entre le bon grain et l'ivraie, parce que cela ferait un violent tri dans le nombre de « fidèles » et cela pousse des bons grains à penser pendant un temps que certains représentants de l'ivraie, parfois même en responsabilité dans les assemblées, sont des exemples à suivre. Ils passent alors du temps à se demander ce qui ne va pas avec eux-mêmes, au lieu de réaliser que ce qu'on leur a dit sur l'église était un mensonge.

Cette parabole revêt une telle importance qu'elle porte l'exception d'en avoir reçu l'explication, et malgré cela, cette même église qui est vent debout contre ce genre d'explication rejette ce qui pourtant est écrit, devenant dans le procédé la démonstration de sa véracité.

« Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ».

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     03 - Le grain de sénevé (Matthieu 13.31-32) (Marc 4.30-32) (Luc 13.18-19)

Le chapitre 13 de la version de l'évangile selon Matthieu est une de ces choses qui usent d'une forme unique. Ce chapitre contient sept paraboles successives parlant exactement du même sujet et se concluant dans une huitième qui les résume toute. Chacune étant une aide à la compréhension des six autres, on va les regarder l'une après l'autre, et si leurs dimensions sont variables, il n'en reste pas moins qu'il y a de nombreuses choses à dire.

Les huit paraboles en question sont les suivantes :

  • Parabole du semeur (Matthieu 13.4-9) (Marc 4.3-17) (Luc 8.5-8)
  • Parabole du bon grain et de l'ivraie (Matthieu 13.24-30)
  • Parabole du grain de sénevé (Matthieu 13.31-32) (Marc 4.30-32) (Luc 13.18-19)
  • Parabole du levain (Mathieu 13.33) (Luc 13.20-21)
  • Parabole du trésor caché (Matthieu 13.44)
  • Parabole de la perle (Matthieu 13.45-46)
  • Parabole du filet (Matthieu 13.47-50)
  • Parabole du maître de maison (Matthieu 13.51-53)


a) Le texte.

🔘 Matthieu 13.31-32 : « Il leur proposa une autre parabole, et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu'un homme a pris et semé dans son champ32 C'est la plus petite de toutes les semences ; Mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches ».

🔘Marc 4.30-32 : « Il dit encore : A quoi comparerons-nous le royaume de Dieu, ou par quelle parabole le représenterons-nous ? 31 Il est semblable à un grain de sénevé, qui, lorsqu'on le sème en terre, est la plus petite de toutes les semences qui sont sur la terre ; 32 Mais, lorsqu'il a été semé, il monte, devient plus grand que tous les légumes, et pousse de grandes branches, en sorte que les oiseaux du ciel peuvent habiter sous son ombre ».

🔘 Luc 13.18-19 : « Il dit encore : A quoi le royaume de Dieu est-il semblable, et à quoi le comparerai-je ? 19 Il est semblable à un grain de sénevé qu'un homme a pris et jeté dans son jardin ; Il pousse, devient un arbre, et les oiseaux du ciel habitent dans ses branches ».


b) L'explication.

L'image proposée par Jésus est très belle, même s'il faut aller en profondeur pour la comprendre pleinement.

Tout d'abord il faut réaliser que l'explication que Jésus donne dans Matthieu 13.36-43 est plus que probablement mal identifiée.

🔘 Matthieu 13.36-43 : « Alors il renvoya la foule, et entra dans la maison. Ses disciples s'approchèrent de lui, et dirent : Explique-nous la parabole de l'ivraie du champ. 37 Il répondit : Celui qui sème la bonne semence, c'est le Fils de l'homme ; 38 Le champ, c'est le monde ; La bonne semence, ce sont les fils du royaume ; L'ivraie, ce sont les fils du malin ; 39 L'ennemi qui l'a semée, c'est le diable ; La moisson, c'est la fin du monde ; Les moissonneurs, ce sont les anges. 40 Or, comme on arrache l'ivraie et qu'on la jette au feu, il en sera de même à la fin du monde. 41 Le Fils de l'homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité : 42 Et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. 43 Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ».

Dans la réalité du chapitre 13, Jésus transmet d'abord la parabole du semeur (01 dans la liste), puis celle du bon grain et de l'ivraie (02 dans la liste), ensuite il transmet celle du grain de sénevé que l'on regarde actuellement (03 dans la liste), après cela il donne encore la parabole du levain (04 dans la liste). Ça n'est qu'à ce moment que les disciples demandent une explication, et spécifiquement sur l'ivraie. Il est donc parfaitement cohérent que les explications que donne Jésus ne fasse pas uniquement cas de la parabole que nous appelons du 'bon grain et de l'ivraie', mais correspondent également aux autres, à minima précédemment citées.

Dans ce cadre, rappelons partiellement son explication et voyons si cela correspond ou non :

  • Le semeur : le Fils de l'homme.
  • Le champ : le monde.
  • La bonne semence : les fils du royaume.

Nous aurions donc, en ce qui concerne la parabole du grain de sénevé, la compréhension suivante. Jésus (le fils de l'homme) nous a semé dans le monde afin que nous grandissions et finissions par devenir un refuge pour les autres.

L'explication est cohérente.

Maintenant regardons les choses autrement. il arrive que certaines révélations marchent en cascades. Celle-ci en est une.

Si nous remontons d'un cran, et que nous appliquions le même rapport entre les différents éléments de la Parabole en considérant que le semeur à lui aussi été semé en son temps. Alors nous obtenons le fait que Dieu le Père ait placé son Fils Jésus sur terre afin qu'il y grandisse et finissent par devenir un refuge pour ceux qui s'abriteraient en lui. On constate que c'est tout autant cohérent.

Maintenant descendons d'un cran, considérant que nous sommes désormais le fruit de la semence de l'autre compréhension, donc les semeurs de celle-ci. De toute évidence le rapport fonctionne toujours. Même si ce que nous semons semble insignifiant à nos yeux, cela peut devenir une plante immense, jusqu'à finir par abriter à son tour ceux qui cherchent un refuge. Etrangement, ça fonctionne toujours. Et concrètement ça continuerait de fonctionner à l'infini.

La réalité est que nous sommes en face d'une loi spirituelle. Elle est toujours vraie, c'est pour cela qu'essayer de la comprendre dans chacune de trois directions précédentes produisait quelque chose de cohérent. Fondamentalement cette parabole parle de ça. Le produit de nos actions peut prendre des proportions qui nous dépasse et qui influenceront le monde qui nous entoure.

Cependant la forme que Jésus a donné à son récit n'est pas innocente, et d'autres éléments s'y dissimulent.


b.1) Un homme, un champ, un grain.

Tout d'abord il s'agit d'UN homme qui plante UNE seule graine dans UN champ qui est le sien. Il ne la plante pas dans le champ du voisin. De la même manière, le fait qu'il ne plante qu'une seule graine signifie qu'il y a d'autres cultures et que cette graine de sénevé va pousser au milieu d'autres graines. La chose est confirmée au verset 32 lorsque cette graine dépasse les légumes et finit par devenir un arbre.

Jésus nous parle donc également de nous-même et de notre propre croissance. Il ne condamne pas le fait d'avoir d'autres semences, mais nous informe de la conséquence que doit produire la Parole de Dieu en nous. Jésus n'est pas en train de nous dire que nous devrions exclusivement semer pour le royaume de Dieu. Il nous invite à lui faire confiance avec la plus petite des graines au milieu de nos semences habituelles et nous annonce par avance qu'il la fera pousser et grandir au-delà de tout ce que nous avions prévu. Il nous prévient qu'avec lui les petits commencements se terminent dans la grandeur.

Si nous semons ce grain de sénevé dans nos vies, nous le verrons croitre et prendre l'ascendant sur le reste de nos anciennes semences. C'est le lot de ceux qui lui ferrons assez confiance pour le faire. Celui qui est fidèle dans les petits choses se voit confier les grandes.


b.2) Les oiseaux du ciel.

Il termine cette parabole en nous prévenant qu'au final les oiseaux du ciel s'abriteront dans les branches. Il ne faut cependant pas se méprendre dans ce que représentent ces oiseaux. Ça ne parle pas de visions champêtres et pseudo-romantique mais d'une chose concrète. Les oiseaux en question représentent les incroyants (pour le dire gentiment). L'image vient de la parabole du semeur (01 dans la liste).

🔘 Matthieu 13.4 : « ... Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin : Les oiseaux vinrent, et la mangèrent ».

Ces oiseaux sont ceux qui en d'autres circonstances auraient dévoré la graine mais qui n'ont pas pu le faire dans le cas présent et qui finissent par devenir dépendant de ce que la graine de sénevé sera devenue. Ça nous dit que ceux-là même qui voulaient notre perte ne trouveront d'ombrage qu'auprès de nous. C'est le fait que Dieu nous donne autorité sur ses ennemis. C'est par la croissance de notre stature en Dieu que nous aurons de l'influence, pas en faisant de la politique.


b.3) Le grain de sénevé.

Le champ c'est notre vie. Jésus nous dit dans cette parabole qu'il est normal d'avoir une vie sur cette terre, mais il nous assure que si nous lui consacrons un peu de notre temps, alors la partie que nous lui avons consacrée grandira, et elle prendra de plus en plus d'importance. Le grain de sénevé a beau être la plus petite des graines, elle peut en l'espace d'un mois atteindre 80 cm et devenir un arbre. En outre, le grain de sénevé, une fois adulte devient une 'mauvaise herbe', ce qui signifie qu'il va se propager au reste de votre champ. C'est ce que fait Dieu dans nos vies, il prend de plus en plus de place, jusqu'à remplir notre champ.

C'est alors qu'il a pris toute la place dans notre champ qu'il commence à phagocyter les champs avoisinants.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     04 - Le levain (Mathieu 13.33) (Luc 13.20-21)

Le chapitre 13 de la version de l'évangile selon Matthieu est une de ces choses qui usent d'une forme unique. Ce chapitre contient sept paraboles successives parlant exactement du même sujet et se concluant dans une huitième qui les résume toute. Chacune étant une aide à la compréhension des six autres, on va les regarder l'une après l'autre, et si leurs dimensions sont variables, il n'en reste pas moins qu'il y a de nombreuses choses à dire.

Les huit paraboles en question sont les suivantes :

  • Parabole du semeur (Matthieu 13.4-9) (Marc 4.3-17) (Luc 8.5-8)
  • Parabole du bon grain et de l'ivraie (Matthieu 13.24-30)
  • Parabole du grain de sénevé (Matthieu 13.31-32) (Marc 4.30-32) (Luc 13.18-19)
  • Parabole du levain (Mathieu 13.33) (Luc 13.20-21)
  • Parabole du trésor caché (Matthieu 13.44)
  • Parabole de la perle (Matthieu 13.45-46)
  • Parabole du filet (Matthieu 13.47-50)
  • Parabole du maître de maison (Matthieu 13.51-53)


a) Le texte.

🔘 Matthieu 13.33 : « Il leur dit cette autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à du levain qu'une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que la pâte soit toute levée ».

🔘 Luc 13.20-21 : « Il dit encore : A quoi comparerai-je le royaume de Dieu ? 13.21 Il est semblable à du levain qu'une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, pour faire lever toute la pâte ».


b) L'explication.

Dans cette parabole, il faut lire ce qui n'est pas écrit. Si vous mettez du levain dans de la farine, peu importe les quantités de l'un et de l'autre et le temps que vous attendrez, au bout du compte, tout ce que vous aurez, c'est du levain et de la farine mélangée.


b.1) Le levain.

La première chose, c'est le levain, il a fallu le préparer. On ne parle pas de levure chimique (fausse religion) qui est instantanée et ne naît d'aucun effort, mais de levain naturel (la vraie Église de Dieu). C'est à travers le temps qu'il s'est formé, et il est resté à l'écart de la farine tant qu'il n'était pas prêt. Ça n'est qu'une fois prêt qu'il est mis en contact avec la farine.


b.2) La farine.

La farine représente le monde. Ce sont des millions de grains, tous similaires, mais indépendant les uns des autres, sujet à s'envoler d'un côté et de l'autre au moindre courant d'air. C'est dans cet amas inconsistant que le levain, l'Église de Dieu, est déposée. Mais cette Église, qu'elle soit de Dieu ou non, ne fera rien au contact du monde, ici, de la farine, si on n'ajoute pas deux autres ingrédients.


b.3) L'eau et le sel.

En effet, ce qui manque à la recette qui nous est donnée ici, c'est l'eau et le sel. L'eau de la parole et nous, qui sommes le sel de la terre. L'eau permettra que la farine cesse d'être de la farine et ne soit plus emporté par le moindre vent, le sel donnera la saveur, et le levain fera croitre.

La somme du levain et de la farine sera alors supérieure à leur simple addition.


c) Conclusion.

Cette parabole nous parle de notre propre séparation du monde même lorsque nous vivons au milieu de lui, qui aura pour conséquence, lorsque le temps sera convenable, de pouvoir aller vers eux pour une unité véritable à travers la parole de Dieu. Associés à l'eau de la parole et à la foi des croyants, qui sont le sel de la terre, le levain pourra alors faire son effet et faire lever toute la pâte.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     05 - Le trésor caché (Matthieu 13.44)

Le chapitre 13 de la version de l'évangile selon Matthieu est une de ces choses qui usent d'une forme unique. Ce chapitre contient sept paraboles successives parlant exactement du même sujet et se concluant dans une huitième qui les résume toute. Chacune étant une aide à la compréhension des six autres, on va les regarder l'une après l'autre, et si leurs dimensions sont variables, il n'en reste pas moins qu'il y a de nombreuses choses à dire.

Les huit paraboles en question sont les suivantes :

  • Parabole du semeur (Matthieu 13.4-9) (Marc 4.3-17) (Luc 8.5-8)
  • Parabole du bon grain et de l'ivraie (Matthieu 13.24-30)
  • Parabole du grain de sénevé (Matthieu 13.31-32) (Marc 4.30-32) (Luc 13.18-19)
  • Parabole du levain (Mathieu 13.33) (Luc 13.20-21)
  • Parabole du trésor caché (Matthieu 13.44)
  • Parabole de la perle (Matthieu 13.45-46)
  • Parabole du filet (Matthieu 13.47-50)
  • Parabole du maître de maison (Matthieu 13.51-53)


a) Le texte.

🔘 Matthieu 13.44 : « Le royaume des cieux est encore semblable à un trésor caché dans un champ. L'homme qui l'a trouvé le cache ; Et, dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il a, et achète ce champ ».


b) L'explication.

La formulation est perturbante. Ce que ce verset met en avant, c'est le fait que quelqu'un qui trouve un trésor caché dans un champ, le cache à nouveau dans ce même champ avant d'aller acheter tout le champ pour obtenir la possession de l'objet qu'il y a caché.

Avec la mentalité moderne on aurait tendance à dire qu'il suffisait de garder l'objet en premier lieu mais ç'eut été du vol parce que s'il a été possible d'acheter le champ c'est bien qu'il appartenait à quelqu'un qui de toute évidence ne s'intéressait pas vraiment à ce qu'il contenait.

Dans cette version d'un thème qu'il va aborder plusieurs fois, rien ne dit que la découverte soit obligatoirement le fruit d'une recherche. Ce qui est bien plus important c'est justement le fait que le trésor qui était dans le champ n'en sort pas. Il n'est pas concevable que Jésus parle de quelqu'un qui déciderait d'arnaquer quelqu'un d'autre et qui cacherait ce trésor pour éviter que le prix du champ n'augmente si son propriétaire venait à l'apprendre. Ça fait que le trésor et le champ ne sont pas sécable.

Ensuite, le but même de cette parabole est de nous faire comprendre à quoi le royaume des cieux est comparable, il en ressort que ce que l'homme fait dans ce cadre, est secondaire. Ce qui compte réellement, c'est l'expression : « un trésor caché dans un champ ». Ce que la personne qui l'a trouvé va en faire est presque sans importance. Ce sera utile pour mieux comprendre l'image, mais ce qui compte réellement c'est ce que représente concrètement « un trésor caché dans un champ ».

Il faut garder à l'esprit que Jésus nous parle de quelque chose de spirituel. Il prend une image parfaitement terrestre, mais elle ne désigne pas quelque chose qui l'est. C'est simplement une image que ses interlocuteurs d'alors devaient aisément comprendre mais qui nous dépasse légèrement. Jusqu'à il y a peu, il était fréquent de dissimuler ses objets de valeurs sous terre. C'était le coffre-fort le moins cher qui soit. Plus on remonte dans l'histoire, et plus cette pratique était courante. Tant que la mainmise des banques n'était pas encore généralisée, éloigner ses biens de valeurs du regard des autres était un bon moyen de l'extraire de la convoitise des personnes mauvaises. On ne compte pas le nombre de trésors volontairement enfouis par différentes civilisations, et les manuscrits de Qumran sont eux-mêmes un vibrant témoignage de cette pratique. Les capsules temporelles sont également un témoignage de ce que cette pratique a été. A l'époque de Jésus, tout le monde comprenait ce que l'image signifiait, la difficulté pour eux était de comprendre vers quoi elle pointait.

Or nous avons un passage particulier où Jésus parle du salut à ses disciples. La forme de son discours le rapproche assez naturellement de la parabole du trésor caché :

🔘 Matthieu 19.20-22 : « Le jeune homme lui dit : J'ai observé toutes ces choses ; que me manque-t-il encore ? 21 Jésus lui dit : Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. 22 Après avoir entendu ces paroles, le jeune homme s'en alla tout triste ; car il avait de grands biens ».

C'est exactement ce qui se passe dans la parabole. Le jeune homme doit tout vendre pour pouvoir obtenir le trésor qui est dans le ciel, mais sur sa balance personnelle, le poids de ses possessions est supérieur à celui de ce qu'il a trouvé. Dans la parabole, c'est bien du royaume des cieux dont il est question.

Aussi, lorsqu'on reprend le texte de la parabole avec ces choses en tête, on la comprend bien plus naturellement.

🔘 Matthieu 13.44 : « Le royaume des cieux est encore semblable à un trésor caché dans un champ. L'homme qui l'a trouvé le cache ; Et, dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il a, et achète ce champ ».

Le trésor c'est Dieu lui-même et le champ c'est le ciel. La Parole nous dit effectivement non seulement qu'il est au ciel (Psaumes 115.3 : « Notre Dieu est au ciel ... ») mais également qu'il se cache (Esaïe 45.15 : « Mais tu es un Dieu [El] qui te caches ... »). L'ayant trouvé, dans un premier temps il le cache et, courtement, se sépare de tout ce qui faisait sa richesse terrestre pour acquérir sa richesse céleste.


NOTA :

Comme souvent, les paraboles mettent en avant des principes spirituels qui peuvent porter de nombres représentations, dans un sens ou dans l'autre, positivement ou négativement. Le meilleur exemple de la pérennité de cette parabole, même dans une représentation négative, n'est autre que l'histoire de Jacob et Esaü concernant le droit d'ainesse. Esaü prit de convoitise envers le trésor de son frère a vendu le sien pour l'acquérir. Jésus nous le présentait sous les mots suivants : « L'homme bon tire de bonnes choses de son bon trésor, et l'homme méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor » (Matthieu 12.35).

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}    06 - La perle (Matthieu 13.45-46)

Le chapitre 13 de la version de l'évangile selon Matthieu est une de ces choses qui usent d'une forme unique. Ce chapitre contient sept paraboles successives parlant exactement du même sujet et se concluant dans une huitième qui les résume toute. Chacune étant une aide à la compréhension des six autres, on va les regarder l'une après l'autre, et si leurs dimensions sont variables, il n'en reste pas moins qu'il y a de nombreuses choses à dire.

Les huit paraboles en question sont les suivantes :

  • Parabole du semeur (Matthieu 13.4-9) (Marc 4.3-17) (Luc 8.5-8)
  • Parabole du bon grain et de l'ivraie (Matthieu 13.24-30)
  • Parabole du grain de sénevé (Matthieu 13.31-32) (Marc 4.30-32) (Luc 13.18-19)
  • Parabole du levain (Mathieu 13.33) (Luc 13.20-21)
  • Parabole du trésor caché (Matthieu 13.44)
  • Parabole de la perle (Matthieu 13.45-46)
  • Parabole du filet (Matthieu 13.47-50)
  • Parabole du maître de maison (Matthieu 13.51-53)


a) Le texte.

🔘 Matthieu 13.45-46 : « Le royaume des cieux est encore semblable à un marchand qui cherche de belles [kalosperles. 46 Il a trouvé une perle de grand prix [polutimos; Et il est allé vendre tout ce qu'il avait, et l'a achetée ».


b) L'explication.

Cette fois-ci le royaume des cieux est comparé non pas à un « marchand », mais à « un marchand qui cherche de belles perles », la différence est notable.

Bien que cette parabole semble parler de la même chose que celle du trésor caché (05 dans la liste), elle revêt des différences de taille. Il n'est pas question ici de trouver un trésor dans un champ qui sont deux choses assez vagues. Le trésor peut être une multitude de choses et le champ n'est pas plus précis. De plus dans la parabole du trésor caché rien ne nous dit que celui qui trouve le trésor était en recherche de quoi que ce soit, mais simplement qu'il avait trouvé.

Ici nous avons un marchand qui cherche de belles perles, aux pluriels. Le fait que ce soit spécifiquement des belles perles signifie qu'il recherche quelque chose de précis, et le fait que ce soit un pluriel signifie que de nombreuses choses peuvent correspondre. Par ailleurs, selon toute vraisemblance, il en a déjà trouvé un nombre suffisant pour pouvoir être considéré comme étant un marchand.

Etant marchand, son intention n'est pas la conservation, mais le bénéfice qu'il pourra en tirer. Cela ne signifie pas pour autant que la parabole parle de cupidité ou de quoi que ce soit de ce type, c'est simplement une personne qui fait commerce de choses de valeur et qui est en recherche d'exemplaires de ce type d'objets pouvant l'enrichir (le tout étant spirituel).

Les versets 45 et 46 ne sont pas mis en opposition l'un de l'autre. En réalité l'information qui permet de comprendre correctement se trouve dans la signification de deux mots. Lorsqu'on nous parle de « belles [kalos] perles » c'est le mot [kalos] qui est employé et qui parle de la beauté esthétique (ou des sentiments), alors que lorsqu'on nous parle d'une perle de « grand prix [polutimos] » c'est le mot [polutimos] qui n'est utilisé que deux fois dans la parole de Dieu et qui signifie : 'de très grande valeur' (La deuxième utilisation de ce terme étant le « nard pur de grand prix » servant à oindre les pieds de Jésus dans l'évangile selon Jean chapitre 12 verset 3).

Dans la première partie de la parabole on nous parle donc de perles esthétiquement agréables et au pluriel, alors que dans la deuxième on nous parle d'une seule perle dont la valeur et grand mais au sujet de laquelle on ne nous mentionne aucune esthétique.

On pourrait croire que cela signifie qu'ayant cherché de belles perles, le marchand a fini par en trouver une de grande valeur à la place. Mais cela ne colle pas du tout. N'oublions pas que le marchand qui recherche de belles perles symbolise le royaume des cieux. Il n'est donc pas possible que la recherche du royaume des cieux soit tournée vers l'esthétique et que seulement plus tard elle puisse finir par trouver une perle de grand prix. On pourrait concevoir ça d'une personne lambda qui, recherchant la valeur dans l'esthétique finit par la trouver au-delà. Lorsqu'on nous parle de « royaume des cieux » on ne nous parle pas d'église, dans laquelle un tri est obligatoire. On parle de ce qui a été préparé dès la fondation du monde*, de la partie droite qui sera l'épouse que Jésus viendra chercher. Dès lors, lorsqu'on nous dit que « Le royaume des cieux est encore semblable à un marchand qui cherche de belles [kalos] perles » on nous parle de quelque chose de positif, pas d'une étape vers quelque chose qui le sera.

Les deux versets qui composent cette parabole se comprennent donc à l'envers. En réalité, le marchand a trouvé une perle de grand prix au singulier, qui est la parole de Dieu, il a tout abandonné pour l'avoir, et à partir de là il est entré dans le royaume des cieux. Dès lors, il cherche de belles perles en elle.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     07 - Le filet (Matthieu 13.47-50)

Le chapitre 13 de la version de l'évangile selon Matthieu est une de ces choses qui usent d'une forme unique. Ce chapitre contient sept paraboles successives parlant exactement du même sujet et se concluant dans une huitième qui les résume toute. Chacune étant une aide à la compréhension des six autres, on va les regarder l'une après l'autre, et si leurs dimensions sont variables, il n'en reste pas moins qu'il y a de nombreuses choses à dire.

Les huit paraboles en question sont les suivantes :

  • Parabole du semeur (Matthieu 13.4-9) (Marc 4.3-17) (Luc 8.5-8)
  • Parabole du bon grain et de l'ivraie (Matthieu 13.24-30)
  • Parabole du grain de sénevé (Matthieu 13.31-32) (Marc 4.30-32) (Luc 13.18-19)
  • Parabole du levain (Mathieu 13.33) (Luc 13.20-21)
  • Parabole du trésor caché (Matthieu 13.44)
  • Parabole de la perle (Matthieu 13.45-46)
  • Parabole du filet (Matthieu 13.47-50)
  • Parabole du maître de maison (Matthieu 13.51-53)


a) Le texte.

🔘 Matthieu 13.47-50 : « Le royaume des cieux est encore semblable à un filet jeté dans la mer et ramassant des poissons de toute espèce. 48 Quand il est rempli, les pêcheurs le tirent ; Et, après s'être assis sur le rivage, ils mettent dans des vases ce qui est bon, et ils jettent ce qui est mauvais49 Il en sera de même à la fin du monde. Les anges viendront séparer les méchants d'avec les justes, 50 et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents ».


b) L'explication.

Cette parabole est la suite directe du grain et de l'ivraie. Elle nous parle directement de la moisson de la fin des temps. Cela peut ne pas transparaitre directement parce qu'on pense usuellement qu'il y a deux moissons dans le livre de l'apocalypse (fin du cinquième et fin du septième ange). Alors que dans la réalité, il n'y a qu'une seule moisson, mais plusieurs types de grains qui eux ne sont pas moissonnés en même temps. C'est le champ qui est moissonné, et ses différentes productions se récoltent à différents moments.

Dans le bon grain et l'ivraie, il s'agissait de faire le tri entre les deux semailles. Ici, il s'agit d'abord de mettre les bons poissons dans des vases, ce qui correspond effectivement au fait que le jugement commence par la maison de Dieu. Dans la multitude de la pêche, ils recherchent les bons poissons, ils n'essayent pas d'isoler les mauvais. Dans le bon grain et l'ivraie, le but était de rassembler les mauvais pour qu'il ne reste que les bons, ici c'est le trajet inverse. C'est pour cela que c'est la suite et que Jésus ne réutilise pas la même image de moisson, pour ne pas trop embrouiller les choses.

Pour rendre les choses plus claires. La marque de la bête va réunir l'ivraie, c'est le début de la parabole du bon grain et de l'ivraie, puis arrivent successivement les sept anges portant trompettes et coupes. La période du cinquième ange verra le marquage des enfants de Dieu par les anges, afin de préparer l'enlèvement de l'épouse, laissant derrière tous ceux qui ont la marque de la bête. Alors viennent les deux derniers anges, le sixième et le septième dont la période se clôt sur Armageddon, qui est la moisson des adorateurs de la bête.

Le bon grain et l'ivraie parlait de toute la période, de la marque de la bête au marquage des croyants par les anges de Dieu, puis de l'enlèvement à la deuxième moisson qui est Armageddon.

La parabole du filet ne parle que d'une partie de cela. Elle marche presque comme une clarification. La période incluse dans le discours de Jésus n'inclut que de la période du marquage par les anges (cinquième ange) jusqu'à Armageddon (septième ange). C'est la période du cinquième ange où les anges réunissent les enfants de Dieu (ici, ce sont les bons poissons), et laisse les mauvais qui sont jetés lors du septième (« ils les jetteront dans la fournaise ardente »).

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     08 - Le maître de maison (Matthieu 13.51-53)

Le chapitre 13 de la version de l'évangile selon Matthieu est une de ces choses qui usent d'une forme unique. Ce chapitre contient sept paraboles successives parlant exactement du même sujet et se concluant dans une huitième qui les résume toute. Chacune étant une aide à la compréhension des six autres, on va les regarder l'une après l'autre, et si leurs dimensions sont variables, il n'en reste pas moins qu'il y a de nombreuses choses à dire.

Les huit paraboles en question sont les suivantes :

  • Parabole du semeur (Matthieu 13.4-9) (Marc 4.3-17) (Luc 8.5-8)
  • Parabole du bon grain et de l'ivraie (Matthieu 13.24-30)
  • Parabole du grain de sénevé (Matthieu 13.31-32) (Marc 4.30-32) (Luc 13.18-19)
  • Parabole du levain (Mathieu 13.33) (Luc 13.20-21)
  • Parabole du trésor caché (Matthieu 13.44)
  • Parabole de la perle (Matthieu 13.45-46)
  • Parabole du filet (Matthieu 13.47-50)
  • Parabole du maître de maison (Matthieu 13.51-53)


a) Le texte.

🔘 Matthieu 13.51-53 : « Avez-vous compris toutes ces choses ? Oui, répondirent-ils. 52 Et il leur dit : C'est pourquoi, tout scribe instruit de ce qui regarde le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes53 Lorsque Jésus eut achevé ces paraboles, il partit de là ».


b) L'explication.

On ne peut qu'espérer que les disciples aient réellement compris tout ce que Jésus vient de dire, mais s'il est évident qu'ils le croyaient, il y a assez peu de chances que ce soit vrai. Essentiellement en ce qui concerne la fin des temps, qui est le sujet de nombre d'entre elles, ils croyaient que Jésus allait régner de son vivant et n'ont compris ce qu'il disait par exemple sur sa mort et sa résurrection qu'après qu'il soit ressuscité. Imaginer qu'ils aient réellement compris de quoi Jésus parlait est difficile.

Jésus fait donc suivre l'affirmation de ses disciples par un « C'est pourquoi ». Ce qui suit est donc 'la' finalité des sept paraboles.

C'est amusant que les paraboles expliquées plus haut soient toutes plus complexes que la conclusion que Jésus tire des 7 réunies. C'est qu'en réalité chaque parabole a sa propre compréhension, même si elles parlent toute du même sujet, et la conclusion qu'il tire ici n'est pas tant la conclusion des sept, mais plutôt une évidence que les sept mettent en avant. C'est pour cela que je mettais le pronom personnel 'la' entre accolades. En réalité c'est plus une finalité parmi d'autres et spécifiquement celle que Jésus veut mettre en avant.

Jésus nous dit ici que celui qui est un homme accompli, au sens d'Hébreux, donc celui qui est versé dans la Parole de Dieu, est comparable à une personne « qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes » . Trésor est au singulier, il n'y en a donc qu'un seul. Pourtant ce 'un' contient de nombreuses choses, certaines nouvelles et certaines anciennes. Jésus nous dit ici que sa venue a permis une nouvelle compréhension, mais n'a pas effacé l'ancienne. Les trésors de l'ancienne alliance sont toujours d'actualité, mais la venue du royaume de Dieu a apporté un éclaircissement qui permet non pas une nouvelle compréhension dans le sens où elle annulerait l'ancienne, mais une surcouche dans notre lecture. Ce qui fait que dans les textes anciens nous pouvons trouver des choses nouvelles, des mystères cachés.

Ces choses ne sont pas nouvelles, c'est notre compréhension, renouvelée, qui nous donne accès à des informations que nous ne pouvions pas comprendre auparavant. Elles étaient déjà présentes, mais nous y avons désormais accès par l'action du Saint-Esprit qui éclaire notre compréhension.

🔘 Proverbes 25.2 : « La gloire de Dieu [elohim], c'est de cacher les choses ; La gloire des rois, c'est de sonder les choses ».

Jésus ne parle pas de l'ancienne et de la nouvelle alliance, cette dernière n'existant pas encore. Il parle bien de ce que toute personne qui connait le royaume des cieux a une vision renouvelée de l'ancienne alliance. Les trésors du passé n'ont pas perdu leur valeur, mais le sol dans lequel ils étaient enfouis s'est ouvert les faisant voir à la lumière du jour. La terre qui empêchait de voir les trésors dans le champ a été enlevée, révélant ce qui était caché, comme le voile dans le temple qui ne bloquait plus l'accès au saint des saints.


c) La conclusion.

Ce chapitre est une seule histoire, dans laquelle Jésus nous explique ce qu'est le royaume des cieux. Chaque parabole sert à nous en faire comprendre une partie. De la première réception de la Parole de Dieu ; de l'abandon des trésors du monde à la découverte du trésor en terre ; de la pêche miraculeuse au tri de la fin des temps ; du sort des incroyants et de celui plus enviable de ceux qui auront fait le bon choix.

Ce chapitre treize de l'évangile de Matthieu nous donne toutes les étapes de l'instant où nous avons reçu la semence, jusqu'à notre enlèvement et le jugement de ceux qui auront refusé de faire la paix avec Dieu. En une session d'enseignement, Jésus avait tout dit, et sa conclusion personnelle parlait de l'importance de la Parole écrite, ce qui, dans les temps que nous traversons, résonne encore plus fort.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     09 - L'Ami importun (Luc 11. 5-8)

a) Le texte.

🔘 Luc 11.5 : « Il leur dit encore : Si l'un de vous a un ami, et qu'il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : Ami, prête-moi trois pains, 6 car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n'ai rien à lui offrir, 7 et si, de l'intérieur de sa maison, cet ami lui répond : Ne m'importune pas, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi sommes au lit, je ne puis me lever pour te donner des pains, 8 je vous le dis, même s'il ne se levait pas pour les lui donner parce que c'est son ami, il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait tout ce dont il a besoin. 9 Et moi, je vous dis : Demandez, et l'on vous donnera ; Cherchez, et vous trouverez ; Frappez, et l'on vous ouvrira. 10 Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe. 11 Quel est parmi vous le père qui donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain ? Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d'un poisson ? 12 Ou, s'il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? 13 Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint Esprit à ceux qui le lui demandent ».


b) Explication, la suite du 'notre-Père'.

Les paraboles ne peuvent que très rarement être totalement isolées du texte qu'elles suivent ou précèdent. Elles sont des illustrations et ce qu'elles illustrent n'est généralement pas très loin. Dans le cas de l'ami importun, c'est le texte qui suit directement ce qu'on appelle de manière particulièrement connotée le 'notre-père'. Le but n'étant pas de parler de ce qui porte ce 'titre' mais de la parabole en elle-même, je me contenterai de rappeler que la partie portant l'appellation précitée porte justement très mal son nom. Les disciples viennent de demander à Jésus de leur apprendre à prier et il s'en suit le texte qu'on connait. En réalité toute la partie considérée comme la prière est une mise à plat de l'état d'esprit général dans lequel on doit être pour pouvoir prier correctement.

Directement après avoir dit ce qui concerne l'état d'esprit qui doit être le nôtre, Jésus donne alors un exemple imagé, donc une parabole, pour aider à comprendre ce qui fait le socle de nos demandes au Père.

Si l'on regarde objectivement la description de l'état d'esprit dans lequel il faut être, c'est, dans les grandes lignes, que plus rien ne doit exister. Il faut tout laisser derrière et venir auprès de Dieu en toute simplicité. Une fois que cela est fait, il est donc temps de passer aux requêtes. C'est alors que la deuxième partie du message de Jésus prend toute sa dimension. Cette fameuse partie qui a toujours été vue séparément représente les requêtes et donne leurs cadres.


b.1) 1ere PARTIE : Un exemple terrestre.

🔘 Luc 11.5-8 : « Il leur dit encore : Si l'un de vous a un ami, et qu'il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : Ami, prête-moi trois pains, 6 car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n'ai rien à lui offrir, 7 et si, de l'intérieur de sa maison, cet ami lui répond : Ne m'importune pas, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi sommes au lit, je ne puis me lever pour te donner des pains, - 8 je vous le dis, même s'il ne se levait pas pour les lui donner parce que c'est son ami, il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait tout ce dont il a besoin ».

Dans l'ensemble, l'exemple est facile à résumer. C'est amusant de constater qu'il y a 2000 ans les choses étaient déjà ainsi. Même quand vous n'avez pas envie de faire quelque chose, le fait qu'on vous le demande vous pousse à accepter. Le simple fait qu'on prononce votre nom peut vous faire sortir d'une stupeur. Cet exemple parle donc de ce qu'une personne demande à une autre quelque chose, et cette autre personne est prête à le lui donner uniquement pour qu'elle le laisse tranquille.

Rapporté à tout ce qui a déjà été dit sur le 'notre-Père', on comprend qu'on vient de rentrer dans la partie qui concerne les requêtes. Dans l'immédiat Jésus utilise un exemple terrestre, en d'autres termes, une parabole.

Il va ensuite faire le parallèle avec les demandes faites au Père.


b.2) 2eme PARTIE : Transposition dans la famille.

🔘 Luc 11.9-12 : « Et moi, je vous dis : Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe. Quel est parmi vous le père qui donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain ? Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d'un poisson ? Ou, s'il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? ».

Aussi courte que cette partie puisse sembler être, elle contient une progression importante qui se fait en trois étapes et qui met plusieurs choses en avant.

1️⃣ Il y a un point à ne pas négliger dans ce qu'il vient de dire et qui pourtant n'attire pas forcément l'attention. Lorsqu'il affirme « Demandez, et l'on vous donnera » on peut facilement cerner le sentiment d'obligation de la personne qui reçoit la demande. On peut ensuite également le retrouver dans l'affirmation « frappez, et l'on vous ouvrira ». Dans les deux cas, une autre personne est impliquée. Par contre, dans l'affirmation « cherchez, et vous trouverez » Jésus désigne une conséquence qui n'est pas dépendante de la décision d'une autre personne mais qui est la simple suite de son préalable. Présenté autrement, Jésus n'est pas en train de nous parler de la faiblesse de caractère de l'homme qui par peur du conflit le pousse à dire oui quand on l'ennui. Il est en train de nous parler d'une loi spirituelle, d'une particularité qui régit les règles fondamentales de la création. « Demandez, et l'on vous donnera » et « frappez, et l'on vous ouvrira » pointent des conséquences rattachées à la conscience d'une tierce personne ; « cherchez, et vous trouverez » pointe une conséquence dénuée de conscience. Les trois exemples parlant obligatoirement de la même chose, ça signifie que celui qui donnera et que celui qui ouvrira ne le font pas par conscience, mais parce qu'ils obéissent à une loi inconsciente.

2️⃣ Suite à la première partie de son affirmation, il enchaîne en faisant très exactement ce que je disais. Il établit une règle spirituelle. 

« Car » pointe une raison pour laquelle quelqu'un ouvrira, quelqu'un donnera et une recherche sera fructueuse. On pourrait s'attendre à bien des raisons, mais celle qui est mise en avant est simplement le fait premier, et il ne pose pas la conséquence comme une possibilité, mais comme une obligation. Si on demande, alors on nous donnera obligatoirement ; si on cherche, alors on trouvera obligatoirement ; et finalement, si on frappe, alors on nous ouvrira obligatoirement (il est évident qu'on peut facilement trouver des contre-exemples dans notre vie de tous les jours, mais il faut se rappeler qu'il est en train de pointer quelque chose de spirituel qu'on va cerner sous peu).

3️⃣ Finalement, alors que ce que je disais en 1️⃣ ne centrait pas son propos et que 2️⃣ montrait l'immuabilité de ce qu'il disait, Jésus 'recentre' dans ses paroles ce qu'il ne faisait que sous-entendre jusque-là. Gardons constamment à l'esprit qu'il est en train de répondre à la question de ses disciples sur 'comment prier' et qu'il n'explique pas comment retrouver ses clefs de voiture.

Le recentrage en question se fait en pointant un père de famille comme destinataires des requêtes. On se doute évidemment de la direction que son explication est en train de prendre. Dans les trois exemples qu'il va citer (pain, poisson et œuf) il signifie qu'un père ne donnerait pas en réponse aux demandes de son fils quelque chose qui pourrait lui nuire. On notera cependant qu'il ne dit pas non plus qu'un père donnera du pain à son fils qui le lui demande ou qu'il lui donnera pareillement du poisson ou un œuf. Il ne fait que dire qu'il ne lui donnerait pas quelque chose de nocif. Donc dans l'immédiat, ce qu'il nous apprend c'est que toute demande aura sa réponse, qui ne sera pas forcément celle qu'on attend mais qui sera toujours une bonne chose.

Après avoir posé un exemple terrestre, Jésus commence par transposer cet exemple dans la relation, toujours humaine, entre un père et son enfant, étape intermédiaire pour le message qu'il veut faire passer à ses disciples. Cette compréhension prend son importance dans la suite de ce que Jésus va dire.


b.3) 3eme PARTIE : La réalité spirituelle.

🔘 Luc 11.13 : « Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint Esprit à ceux qui le lui demandent ».

Jésus en arrive finalement à rapporter le cas à la relation avec le Père Céleste. Notons qu'il s'adresse à ses disciples et qu'il les dit 'méchants'. Dans ce passage, il faut comprendre qu'il parle en réalité de la race humaine, pas directement des personnes qui l'entouraient et qui lui avaient posé cette question.

Cependant, le plus important est de comprendre la fin de son enseignement aux disciples. Ils lui ont demandé comment prier et sa réponse a été de tout réduire à l'obtention du Saint-Esprit. Il ne faut cependant pas mélanger les choses. Dans le préambule de sa démonstration, Jésus utilisait trois actions. Demander, chercher et frapper. Dans sa conclusion il ne semble revenir que sur le fait de demander le Saint-Esprit (et le recevoir en retour). Il n'est plus question de chercher ou de frapper.

Rappelons en premier lieu qu'il fait cas du « Père céleste » qui n'est que le Père de ses enfants, pas de ceux du voisin. La filiation se reçoit par la nouvelle naissance et donc le baptême du Saint-Esprit.

Rappelons en deuxième lieu que Dieu n'écoute pas la prière des pécheurs, s'il le faisait, il n'aurait pas été nécessaire de déchirer le voile du temple parce que tout le monde aurait accès à lui. Par ailleurs nous avons autant la nouvelle alliance qui nous le dit (Jean 9.31 : « Nous savons que Dieu n'exauce point les pécheurs »), que l'ancienne (Esaïe 1.15 : « Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux ; Quand vous multipliez les prières, je n'écoute pas : Vos mains sont pleines de sang »).

Sachant cela, nous avons les disciples qui demandent à Jésus de leur enseigner à prier, et Jésus qui répond en leur donnant l'état d'esprit nécessaire pour le faire (ce qui est communément appelé le 'notre-père'). Suite à cela il image ce que nous devons savoir afin que notre prière soit efficace, pour que nos demandent aient une réponse, que nos recherches soient fructueuses et qu'on nous ouvre lorsque nous frappons. Etonnement, la réponse, c'est le fait de recevoir le Saint-Esprit lorsqu'on le demande, alors qu'il ne semblait pas du tout faire cas de cela.

Il y a un piège à regarder la demande du début avec celle du Saint-Esprit. Dans la réalité, s'il y a un rapport, il ne parle pas tout à fait de la même chose. Ce qu'il est en train de dire, sachant qu'il ne parle qu'à ceux qui suivent Dieu, c'est que tous ceux qui lui appartiennent reçoivent le Saint-Esprit, sans exception, puisque c'est ce qui définit leur filiation. Et si vous avez le Saint-Esprit, alors « Demandez, et l'on vous donnera », « frappez, et l'on vous ouvrira », « cherchez, et vous trouverez ».


c) Conclusion.

Comme toutes les paraboles, ce qui est dit est simple, mais nous en rendons l'accès opaque parce que nous compliquons tous. La dureté de nos cœurs nous ferme bon nombre de compréhension, et celle-ci ne fait pas exception. Nous avons plus de facilité à accepter que le Saint-Esprit parle à travers nous lorsque nous sommes dans des situations critiques, mais la différence avec la prière est simplement le fait que dans un cas on a l'impression d'être en contrôle des choses et pas dans l'autre. Lorsque Marc nous transmet « Quand on vous emmènera pour vous livrer, ne vous inquiétez pas d'avance de ce que vous aurez à dire, mais dites ce qui vous sera donné à l'heure même ; car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit Saint» (Marc 13.11) ça nous rassure, mais on oublie un peu rapidement qu'il faut encore le laisser prendre la place et parler à travers nous. Dieu n'impose rien. Or si on ne suit pas ses directives dans la prière de tous les jours, ça risque de compliquer les choses le jour où la nécessité s'en fera sentir. Nous devons nous mettre au diapason de l'Esprit de Dieu pour que nos prières soient les siennes.

Jésus ne faisait rien de lui-même (Jean 14.10) et ses prières étaient exaucées (et le sont toujours) parce qu'elles sont conformes à la volonté du Père. La Parole de Dieu n'est pas un recueil limitant nos libertés dans lequel il faut chercher des failles et s'en servir pour obtenir ce qu'on veut. Il ne faut pas mélanger la loi des hommes et celle de Dieu.

Le Saint-Esprit est Dieu, en être baptisé ne signifie pas qu'on puisse le considérer comme un outil pour obtenir ce qu'on veut. Jésus n'est pas en train de dire qu'une fois que vous avez reçu le Saint-Esprit vous pourriez demander ce que vous voulez, chercher ce que vous voulez et frapper à n'importe quelle porte. Il est en train de dire que si vos demandes au Père sont conformes à son Esprit, alors vous serez exaucé. La solution à l'exaucement des prières est simplement qu'elles soient conduites par le Saint-Esprit et qu'elles s'éloignent au maximum de la satisfaction de nos propres convoitises.

🔘 Jacques 4.3 : « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions ».

La chose ne pouvait qu'intriguer les disciples qui, je le rappelle, n'avaient pas encore reçu le Saint-Esprit à cet instant. C'est Jésus qui était leur intermédiaire avec le Père, alors que Jésus avait le Saint-Esprit qui était le sien. Ça fait que l'intermédiaire de Jésus pour atteindre le Père n'était pas le même intermédiaire que celui des disciples. Jésus passait par le Saint-Esprit, les disciples passaient par Jésus. Ce qui aide à comprendre pourquoi ils ne comprenaient pas comment Jésus faisait et aspiraient à le faire également. Une fois que Jésus monte au ciel, après sa résurrection, il envoie le Saint-Esprit qui remplit dès lors le rôle d'intermédiaire pour tous. Ça n'est plus Jésus qui explique la Parole, c'est le Saint-Esprit ( Jean 16.14 : « Il me glorifiera, parce qu'il prendra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera »), ça n'est plus Jésus qui est notre accès au Père, mais le Saint-Esprit. Nous passons par Jésus pour le salut, mais une fois que nous sommes sauvés, c'est son Esprit qui est notre intermédiaire.

La réponse de Jésus aux disciples était donc que nous devrions nous aligner avec le Saint-Esprit et qu'une fois que nous ferions cela alors, que nous demandions, frappons, ou cherchons, Dieu nous exaucera.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     10 - Le bon Samaritain (Luc 10.25-37)

a) Introduction.

La parabole du bon Samaritain est souvent regardée avec un certain recul. Sa conclusion semble contenir quelque chose de particulier, qui ne se comprend pas forcément en première lecture, et comme la 'première lecture' est souvent toute l'attention que reçoit la Parole de Dieu, cela réduit les probabilités de comprendre ce que Jésus était en train de dire.

Le contexte n'est pas toujours nécessaire pour comprendre un passage, par exemple, lorsque le psaume 119 nous dit : « ta Parole est la vérité », aucun contexte n'est nécessaire. Dans le cas présent, c'est exactement l'inverse, comprendre la situation est primordial pour cerner ce dont Jésus parle, parce que ce même contexte est partie intégrante de son discours. C'est une information silencieuse qui, si elle est mise de côté, fausse totalement le sens de ce qui est mis en avant.

Notons cependant que le contexte en question est important parce qu'il repose sur la Parole de Dieu. Ça n'est pas le même cas pour les contextes extérieurs, que la Parole ne met pas en avant et qui servent généralement à détourner un passage du sens qu'il porte réellement.


b) Le texte.

🔘 Luc 10.25-29 : « Un docteur de la loi se leva, et dit à Jésus, pour l'éprouver : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? 26 Jésus lui dit : Qu'est-il écrit dans la loi ? Qu'y lis-tu ? 27 Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. 28 Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras. 29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? ».

🔘 Luc 10.30-35 : « Jésus reprit la parole, et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. 31 Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. 32 Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre. 33 Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. 34 Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. 35 Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour ».

🔘 Luc 10.36-37 : « Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? 37 C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même ».


c) Ce qui initie la parabole.

🔘 Luc 10.25-29 : « Un docteur de la loi se leva, et dit à Jésus, pour l'éprouver : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? 26 Jésus lui dit : Qu'est-il écrit dans la loi ? Qu'y lis-tu ? 27 Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. 28 Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras. 29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? ».

La parabole est initiée par un docteur de la loi dont le but est de prendre Jésus en défaut. Son intention n'est pas la vérité, mais la confusion. Sachant cela, Jésus ne va pas de lui-même lancer la réponse à la question qu'il pose, mais le pousser à se révéler. Jésus ne lui répond pas sur sa question de : « dois-je faire pour hériter la vie éternelle », il lui demande, au contraire, quel est son propre avis.

En agissant de la sorte, Jésus l'inclut réellement dans la discussion. En le 'forçant' à donner son avis, il le fait sortir de la réserve naturelle dans laquelle il se trouve en tant que porteur d'une question. Désormais il n'est plus un éventuel passant en proie à une question et espérant une réponse, mais il devient quelqu'un ayant une réponse, certain que c'est la bonne et désirant la confronter avec celle de Jésus afin de le prendre en défaut. La réponse de Jésus transforme la discussion qui désormais n'a plus pour sujet ce que Jésus pense, mais ce que le docteur de la loi pense.

Dès lors, Jésus ne répond plus à sa question, mais se contente d'approuver sa réponse : « Tu as bien répondu ... fais cela, et tu vivras ». L'interrogateur est devenu l'interrogé.

Cette situation n'arrange pas le docteur de la loi. Son but premier était d'éprouver Jésus et il se retrouve être l'artisan de sa propre condamnation. Lui qui voulait confondre Jésus finit par se retrouver à partager le même avis, risquant par la même de devenir la cible de tous ses compagnons. D'autant que la réponse de Jésus porte une condamnation en elle-même. Ses paroles sont « fais cela, et tu vivras », ce qui implique qu'il ne le fait pas encore. C'est la raison pour laquelle le docteur de la loi va vouloir se « justifier ». Il sait qu'il est en tort et il ne peut laisser cette conversation se terminer ici.

Ça n'est qu'à ce moment que va commencer la parabole du bon Samaritain. Elle a pour origine une tentative de justification de la part du docteur de la loi. Si la question originale est de savoir comment faire pour hériter de la vie éternelle, les deux hommes étaient arrivés à un accord assez direct et clair. Tout le sens de cette parabole va être de déterminer qui est le prochain de cet homme et donc, par extension, qui est le nôtre.


d) La parabole.

🔘 Luc 10.30-35 : « Jésus reprit la parole, et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. 31 Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. 32 Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre. 33 Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. 34 Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. 35 Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour ».

La parabole en elle-même est non seulement très connue, mais également relativement simple à comprendre. Elle met principalement en situation quatre hommes, dont les trois premiers sont Judéens et le quatrième Samaritain. Pourquoi Judéen ? La victime descend de Jérusalem vers Jéricho, le sacrificateur également. Le troisième étant Lévite ne peut venir de Samarie, terre abominable pour eux. Le Samaritain, de son côté ne « descendait » pas, que ce soit de Jérusalem ou d'ailleurs, il « voyageait ». Si les deux premiers descendent de Jérusalem, on pourrait penser qu'ils voyagent également, pourtant on ne parle pas de leur périple de la même manière que de celui du Samaritain, qui, bien que faisant techniquement la même chose et se trouvant exactement au même endroit, voyage. Eux, descendent, ce qui sous-entend qu'ils viennent de cet endroit.

La victime elle aussi ne voyageait pas, elle descendait de la même manière que le sacrificateur et que le Lévite.

Le premier homme est donc laissé à terre, dans un état qui appelle la mort si personne ne vient à son secours. Un sacrificateur passant par-là l'ignore volontairement. Peu après, c'est au tour d'un Lévite de se comporter de la même manière. Les sacrificateurs sont Lévites. La distinction ici est dans l'office qui est rendu au temple de Dieu à Jérusalem. Jésus met volontairement en avant que toutes les branches des Lévites, qui par essence même sont membres de la tribu la plus proche du peuple dans son ensemble, se comportent de manière indigne envers le blessé. Si le peuple va vers les sacrificateurs, les lévites vont vers le peuple.

N'oublions pas que les Lévites n'ont pas reçu de terre à la distribution de Canaan. En contrepartie du sacerdoce, ils ont reçu des villes dans chaque territoire et sont donc par définition la tribu la plus proche de chacune des autres tribus. Ils sont la représentation la plus exacte de ce qu'un prochain peut être.

Vient alors un Samaritain qui renverse les poncifs. Lui qui fait partie de cette frange d'Israël qui est massivement rejetée, choisit de s'arrêter et de faire ce qui est convenable afin que le blessé puisse se remettre. Il se trouve entre Jérusalem et Jéricho, il a donc toutes les raisons de penser que celui qui est à terre appartient à ceux du peuple d'Israël qui détestent les siens. Pourtant cela ne rentre pas en ligne de compte.

Devant cette histoire racontée par Jésus, le docteur de la loi ne peut que considérer le Samaritain comme le seul ayant été le prochain du blessé. Maintenant, Jésus va rapprocher le docteur de la loi du sens réel de ce qu'il vient de dire. Parce que si, pour l'instant, il a pu admettre que le Samaritain est le prochain du blessé, il n'a pas encore fait face au fait que le bon samaritain est le sien.


e) La notion de prochain.

Toute la parabole semble facile à comprendre. Il ne s'y trouve qu'un seul élément qui en perturbe profondément la mise en pratique. Ce qui est en balance, c'est la notion de prochain.


e.1) La loi de Moïse.

Bien qu'elle soit simple dans sa base, elle est détournée pour le confort de ceux qui doivent la respecter. Le docteur de la loi ne peut pas en ignorer la signification première. Sa position de docteur le force à connaître la différence entre la conception de ce terme au temps de Jésus et celle qu'elle avait au temps de Moïse. Jésus joue avec ça, non pas pour qu'il le réalise, mais pour qu'il réalise son éloignement de la volonté de Dieu exprimée à Moïse.

Contrairement à l'évangile, dans la loi de Moïse, l'utilisation de ce terme est permanente. Que ce soit dans le livre de l'Exode, du Lévitique ou du Deutéronome, est nommé 'prochain' la personne avec laquelle le juif (l'Hébreu) était censé avoir une interaction. Or, à cette époque, cela revenait effectivement au même dans les faits, que de désigner le prochain comme étant son frère Hébreu. La situation faisait que la différence n'apparaissait pas clairement puisque le peuple, errant dans le désert, n'avait de proximité que ses frères. Pourtant, la loi s'appliquant également à ceux qui avaient rejoint le peuple de Dieu, ces derniers n'étaient pas descendants d'Héber, mais cependant, étant inclus dans la loi, devenaient également les 'prochains' de chaque Hébreu.

Bien que plusieurs personnes se soient amalgamées avec le peuple de Dieu, qu'ils soient Moabites (Ruth), Madianites (Hobab) ou autres, cela restait tout de même des cas rares. Avec le temps, et le rejet de Dieu, les pratiques juives se sont ancrées dans des rituels humains qui avaient pour but de maintenir les apparences.

La notion de prochain n'a pas fait exception. Refermés sur eux-mêmes, ils en ont fini par limiter la compréhension de ce terme, qui était censé désigner celui qui vit à proximité, par une compréhension plus confortable, tournant autour de 'celui qui me ressemble'. Pour les juifs de l'époque de Jésus, la définition la plus proche de ce qu'était un prochain se trouvait justement être un sacrificateur ou, plus généralement, un Lévite. Quant au Samaritain, il était justement l'exemple parfait de celui qui ne pouvait pas l'être.

Jésus a donc poussé un docteur de la loi à opposer la définition du terme de prochain dans la loi de Moïse avec celle des pharisiens.


e.2) La nouvelle alliance.

C'est étonnant de constater que la nouvelle alliance se rapproche plus de la loi de Moïse que les us et coutumes des juifs d'alors. Jésus nous appelle à retourner à la définition première de ce qu'était un prochain.

Rien que dans l'évangile de Matthieu, Jésus nous rappelle par trois fois que nous devons aimer notre prochain (Matthieu 5.43 : « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain ») (Matthieu 19.19 : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ») (Matthieu 22.39 : « Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même »).


1️⃣ Aimez ses ennemis.

La première des trois références pose une variation qu'il ne faut pas comprendre de travers. Le texte nous dit exactement :

🔘 Mathieu 5.43-45 : « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 44 Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, 45 afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes ».

Il n'est pas en train de nous dire que nous ne devons pas faire de distinction entre notre prochain et nos ennemis. Au contraire, il pose clairement une différence entre les deux. Ce qu'il nous dit c'est que nous devons aimer les deux, pas que nous devons les amalgamer. Il nous dit que nous devons aller jusqu'à aimer notre ennemi, afin de nous faire comprendre que si nous devons les aimer eux, alors à plus forte raison devons-nous aimer ceux qui ne le sont pas.

Notre prochain c'est celui avec lequel nous entrons en contact, il ne s'est pas présenté comme un ennemi et ne doit pas en souffrir la méfiance naturelle. Nos ennemis par contre, bien qu'ils nous aient donné la manière dont ils veulent être perçus, ne doivent pas recevoir de nous le reflet de ce qu'ils ont pour nous. Le Père fait « lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes », mais il ne les accueille pas pour autant tous dans sa maison. Il faut savoir raison garder.

Cela nous dit également que nos ennemis ne sont plus nos prochains.


2️⃣ La distinction de l'épître aux Hébreux.

🔘 Hébreux 8.11 : « Aucun n'enseignera plus son concitoyen, ni aucun son frère, en disant : Connais le Seigneur ! Car tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu'au plus grand d'entre eux ».

La distinction peut paraître difficile à faire en raison de la traduction. Il suffit de comprendre que le mot grec traduit par 'concitoyen' est le mot [plesion], qui, partout ailleurs est traduit par 'prochain'. Ce que nous dit ce verset est donc que plus personne n'enseignera ni son prochain, ni son frère. Il y a dont également une différence entre les deux notions, et celui qui partage la même foi n'est pas notre prochain, c'est notre frère.

Clarifions également le fait que cela induise que nous pouvons enseigner notre prochain, donc quelqu'un qui n'est pas notre frère. Cela pourrait sembler contredire le fait que le seul message que la Parole de Dieu nous autorise à transmettre aux non-croyants est celui de la repentance, mais il n'en est rien. Il faut simplement comprendre que le message de la repentance est un enseignement en soi (qui inclut le péché, la justice et le jugement). L'épitre aux Hébreux nous parle simplement de cet unique prédication/enseignement de la repentance. Personne ne pouvant convaincre qui que ce soit, puisque seul le Saint-Esprit le peut et il se trouve qu'il ne le fera que dans les trois domaines cités, qui sont le cœur du message de la repentance.


e.3) Le résumé.

Il y a donc, selon la Parole, trois variations. Le frère, le prochain et l'ennemi.

Celui qui habite dans la maison est notre frère, celui qui est en dehors est par défaut notre prochain, celui qui veut en détruire les murs est notre ennemi. Aucun des cas ne nous dispense d'aimer et de prier, par contre cela change forcément la direction de la prière. On ne prie pas pour nos frères les mêmes choses que l'on prie pour des inconvertis. Appeler des bénédictions sur des personnes n'appartenant pas à Dieu c'est uniquement demander à Dieu de les atteindre et de se présenter à eux, pas de leur donner une nouvelle voiture.

Il faut également garder à l'esprit que nous avons une facilité naturelle à comprendre que lorsque l'on parle de frère, on parle spirituellement. Mais il faut réaliser que cela implique exactement la même chose lorsque la Parole nous parle de prochains et d'ennemis. Il paraît alors plus facile de comprendre le principe d'aimer ses ennemis. C'est un amalgame qui est fait entre une personne et les esprits qui sont en elle. Cela signifie en réalité que nous devons aimer la personne, mais haïr les esprits qui l'habitent.


f) Le paradoxe.

La dispersion qui a suivi la destruction du temple a provoqué exactement ce que les juifs tentaient de prévenir en modifiant le sens du terme 'prochain'. Or, la signification que ce terme revêtait au temps de Moïse, et dont les implications n'étaient pas visibles en raison de la situation conjoncturelle, prend tout son sens. Nous sommes désormais entourés de ceux qui sont désignés dans les évangiles par le terme 'prochain'.

Nous devons alors faire face à une chose que nous ne prenons que rarement en compte. Nous regardons la Parole et lorsque nous voyons ce que nous devons faire, nous essayons de l'appliquer, mais nous oublions que la situation dans laquelle nous nous trouvons est souvent elle-même anormale. Nous devons absolument comprendre dans quelle situation nous devrions être avant d'appliquer une méthode dans un cadre où elle est inapplicable et où elle nous mettrait en danger.

C'est pour cela qu'il est tout aussi important de comprendre qui est notre prochain qu'il est important de comprendre qui ne l'est pas. Nous devons connaître notre position dans le royaume de Dieu, parce que notre prochain se définit par rapport à cette même position.

L'église est malheureusement charnelle, et la transition est en cours. La première chose qu'elle doit faire est de regarder le monde avec le regard de Jésus et commencer à modifier son comportement pour qu'il soit non plus le reflet du monde, mais celui de Jésus.

Deux choses sont à garder à l'esprit :


f.1) Ceux qui n'assemblent pas.

🔘 Matthieu 12.30 : « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, et celui qui n'assemble pas avec moi disperse ».

Selon ce verset, qui n'est autre que les paroles même de Jésus, toute personne qui n'appartient pas à Dieu, et donc qui n'est pas notre frère, fait l'œuvre de satan. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle soit notre ennemi. Les paroles de Jésus incluent tous ceux qui, par leur vie, peuvent en influencer d'autres à faire comme eux. Ils dispersent, mais ne sont pas forcément nos ennemis, ils sont simplement eux-mêmes. Tant qu'ils n'agissent pas consciemment, ils ne sont pas nos ennemis, mais nos prochains. Pour être considéré comme ennemi, il faut qu'il y ait à minima une part consciente.


f.2) La lumière et les ténèbres.

Là se trouve le problème principal dans l'époque qui est la nôtre. Nous naviguons dans un tel obscurantisme que des mouvements qui se revendiquent "église", font des journées portes ouvertes pour inviter les païens à assister au culte qu'ils rendent à Dieu. Le moment d'intimité où les membres de l'église se réunissent pour rendre gloire à Dieu, un instant qui devrait être saint, se fait dans la décadente présence de ceux qui rejettent le Fils de Dieu. Un peu comme si Aaron avait invité de temps en temps les Amalécites dans le saint du tabernacle de Moïse afin d'assister à l'allumage des parfums et de contempler l'ouverture du voile !

Nous ne sommes pas censés être entourés de païens. Nous vivons au milieu d'eux, mais nous ne sommes pas du même monde. Nous n'avons pas le même roi et en conséquence, n'appartenons pas au même royaume.

Si nous les traitons comme des frères, alors nous deviendrons les leurs. Si nous les traitons comme nos prochains, alors peut-être deviendront-ils nos frères. N'oublions pas que nous ne devons pas les traiter comme nos frères, sinon la Parole de Jésus dans l'évangile de Jean n'aurait plus de sens :

🔘 Jean 13.35 : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres ».

Ils doivent se rendre compte qu'il y a une différence entre les enfants de Dieu et eux, et cette différence les fera fuir ou les attirera. Ce ne sont pas nos mots qui peuvent les convaincre, mais uniquement le Saint-Esprit. Nous devons marcher dans l'obéissance et les regarder et les traiter comme nos prochains, pas comme nos frères.


g) Conclusion.

Le docteur de la loi, de par sa fonction, connaissait le sens du mot prochain. Sa première intention était de confondre Jésus en lui demandant comment hériter de la vie éternelle. Sa propre réponse montre qu'il savait parfaitement ce qu'il fallait faire, et, dans sa volonté de confondre le Fils de Dieu, il s'est retrouvé en face de sa propre contradiction. Une opposition entre ses affirmations et son comportement.

Non seulement Jésus lui montre que son prochain n'est pas celui que son époque désigne, mais en plus que celui qui l'est est ouvertement désigné comme l'ennemi. Jésus replace chaque chose à sa place.

Pour le docteur de la loi, le sacrificateur et le Lévite étaient ses prochains, et le Samaritain était l'ennemi. Ce que Jésus fait, c'est redonner à chacun sa place légitime. Le sacrificateur et le Lévite sont les frères du docteur de la loi, et le Samaritain est son prochain. Les ennemis se définissent par leur comportement. La réalité, qui nous est montrée dans cette parabole, est que si la position de frère et de prochain est fixe, donc facile à déterminer, c'est en réalité celle d'ennemi qui est la plus fluctuante.

Les deux premières positions sont définies par un état de fait. Ton frère est celui qui a donné sa vie à Jésus, ton prochain c'est celui qui ne l'a pas fait.

Ton ennemi peut faire partie des deux camps.

Finalement, alors que le docteur de la loi voulait tenter de se justifier, il ne fait qu'ajouter à sa propre contradiction et Jésus termine en lui redonnant exactement le même conseil qu'avant sa démonstration : « Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même ».

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     11 - La brebis égarée / la drachme perdue (Matthieu 18.12-14) (Luc 15.4-7) / (Luc 15.8-10)

a) Le texte.

🔘 Matthieu 18.12-14 : « Que vous en semble ? Si un homme a cent brebis, et que l'une d'elles s'égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s'est égarée ? 13 Et, s'il la trouve, je vous le dis en vérité, elle lui cause plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées14 De même, ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu'il se perde un seul de ces petits ».

🔘 Luc 15.4-7 : « Quel homme d'entre vous, s'il a cent brebis, et qu'il en perde une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la retrouve ? 5 Lorsqu'il l'a retrouvée, il la met avec joie sur ses épaules, 6 et, de retour à la maison, il appelle ses amis et ses voisins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue7 De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance ».


Texte de la drachme perdue :

🔘 Luc 15.8-10 : « Ou quelle femme, si elle a dix drachmes, et qu'elle en perde une, n'allume une lampe, ne balaie la maison, et ne cherche avec soin, jusqu'à ce qu'elle la retrouve ? 9 Lorsqu'elle l'a retrouvée, elle appelle ses amies et ses voisines, et dit : Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé la drachme que j'avais perdue10 De même, je vous le dis, il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent ».


b) Parenthèse de la drachme.

Cette parabole est une redicte de celle des brebis qui est la suite directe du discours de Jésus dans la version de l'évangile transmise par Luc. C'est amusant que cette version se trouve là, mais c'est cohérent avec la structure de l'évangile selon Luc qui présente généralement une version féminine des choses. Par exemple, alors que Matthieu nous donne la descendance qui a mené à Joseph, Luc nous présente la descendance qui a mené à Marie.

Dans le cadre de cette parabole, il nous transmet également une version féminisée de la même parabole. Au lieu de se passer dans le désert avec le troupeau, la scène se passe à la maison avec une drachme. Les réjouissances quant à elles se font entre hommes pour les troupeaux et entres femmes pour la drachme.

Mais en dehors de ces différences qui nous parlent bien de la société d'alors, le sens global reste le même.


c) L'apparente différence.

Prise à froid, la différence entre les deux versions est flagrante mais pas dans le sens, qui est exactement le même, uniquement dans la forme. La version de l'évangile selon Matthieu nous dit que les brebis sont sur la montagne (18.12) alors que dans la version de l'évangile selon Luc, elles sont dans le désert (15.4). En réalité, si le fond est le même, Matthieu et Luc ne nous parlent pas du même moment de la vie et des discours de Jésus. La version de Matthieu a été transmise alors que Jésus répond à une question de ses disciples sur la grandeur comparative des uns et des autres (Matthieu 18.1 : « En ce moment, les disciples s'approchèrent de Jésus, et dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? »), alors que la version de Luc fait cas de la remarque de Jésus à des pharisiens et des scribes qui murmuraient contre lui (Luc 15.2 : « Et les pharisiens et les scribes murmuraient, disant : Cet homme accueille des gens de mauvaise vie, et mange avec eux »).

Nous sommes simplement dans une situation où Jésus assène une vérité qui est toujours de circonstance dans deux situations différentes. Ça ne fait que nous rappeler que Jésus prêchait tous les jours et que, par nécessité, certains avaient besoin d'entendre ce qu'il avait déjà dit ailleurs.


d) L'explication.

Si la parabole paraît simple et claire, elle ne l'est pas tant que cela.

Il faut mettre en avant deux informations dont aucune ne parle directement de la brebis égarée.


d.1) Les 99 autres.

La première information ne concerne donc pas la brebis égarée, mais les quatre-vingt-dix-neuf autres. Qu'une brebis s'égare, c'est prévisible, c'est arrivé, ça arrive, et ça arrivera encore. Cependant dans la version de Matthieu comme dans celle de Luc le berger abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres. On pourrait se dire que c'est un comportement léger et que ces dernières sont en danger en son absence. En fait, en regardant humainement, on pourrait même penser qu'on a à faire à un mauvais berger. Ne serait-il pas plus logique de se dire que la sécurité des quatre-vingt-dix-neuf autres est plus importante que celle de celle qui a choisi de partir ? et que mettre en danger des brebis disciplinées pour prendre soin d'une seule qui elle ne l'est pas ne fait pas preuve de sagesse !

Humainement ça se tient, pourtant spirituellement les choses sont différentes.

Dans la conception actuelle, des parterres de croyants posent des questions et ont l'impression que leur méconnaissance de la Parole de Dieu n'est pas grave parce qu'ils cherchent des réponses, ils ont l'impression de faire ce qu'il faut. Ils pensent que les enseignants sont là pour la connaître à leur place, alors que dans la réalité ils sont là pour la leur expliquer, pas pour la connaître à la place de qui que ce soit. Ces personnes imaginent faire partie des quatre-vingt-dix-neuf, alors qu'elles sont chacune une représentation de celle qui s'est égarée. Elles n'ont pas de stabilité, pas de bases suffisantes pour éprouver ce qui se présente à elles, elles ne reconnaissent pas les loups et leur font confiance aveuglement. Ce sont elles qui s'éloignent du troupeau mais parallèlement, comme je viens de le dire, elles sont persuadées qu'elles sont les quatre-vingt-dix-neuf autres. C'est pour cette raison qu'elles ne comprennent pas pourquoi le berger abandonne les quatre-vingt-dix-neuf. Dès qu'elles n'ont plus personne à suivre elles sont complètement perdues. Elles ne sont rien d'autre que le produit de l'Ivraie dont je parlais ailleurs.

Pourtant, dans la réalité spirituelle, il arrive que lorsque vous faites réellement partie des quatre-vingt-dix-neuf, il soit nécessaire que vous vous mettiez en attente, parce que le moment de Dieu n'est pas encore arrivé. Il arrive que vous traversiez des périodes plus 'calmes' pendant lesquelles vous reposerez sur les solides fondations que vous avez reçues, et pendant ce temps, des choses se passeront, dont vous ignorez tout, mais qui sont nécessaires et qui doivent être achevées pour le jour que Dieu a prévu. Ces choses peuvent, avec de multiples autres, être le fait de chercher une brebis égarée.

Celui dont les fondations sont branlantes vit dans l'insécurité, et il ne peut comprendre que le berger laisse les quatre-vingt-dix-neuf, parce qu'il croit qu'il en fait partie et il est perdu lorsqu'il n'a personne pour le monitorer. En réalité Jésus le cherche, parce qu'il est la brebis égarée, et pendant ce temps, les quatre-vingt-dix-neuf attendent, reposant sur des fondations solides.


d.2) Le berger.

La deuxième chose qui ne concerne pas totalement la brebis égarée et que nous montre cette parabole, c'est que c'est le berger qui recherche la brebis égarée, pas l'une des quatre-vingt-dix-neuf. Ça peut sembler être une remarque cocasse, pourtant elle n'est pas sans importance. Le rôle du troupeau, c'est de rester un troupeau, pas de se disperser pour faire ce qu'il n'est pas censé faire.

Le berger se charge du troupeau.

Evidemment, les choses ne changeant que très rarement, ce que je viens de dire est détourné en prétendant que le berger c'est l'image du pasteur et donc que c'est aux hommes de tenter de faire revenir ceux qui sont partis de l'assemblée. Mais penser de la sorte revient à détourner la Parole de Dieu et donc à s'éloigner soi-même du troupeau. La parabole qui nous est proposée tant dans Matthieu que dans Luc ne parle pas du tout de ça. Elle met en avant la différence entre ceux qui ont cru et les autres. Dans un cas par l'utilisation des publicains et des gens de mauvaise vie, et dans l'autre par l'utilisation de l'image d'enfants qui représentent des personnes ayant besoin de se convertir. Parfois les personnes qui n'ont pas cru affirment pourtant l'inverse et sont mélangées à celles qui ont cru. La séparation entre le troupeau et ceux qui n'en font pas partie n'est pas géographique, elle est spirituelle.

Aussi l'image du troupeau n'est pas exactement celle des assemblées telles que nous les concevons de nos jours. Jésus fait la distinction entre ceux qui croient, et qui sont les « quatre-vingt-dix-neuf », et ceux qui ne croient pas et qui sont la « brebis égarée », chacun individuellement.

Malheureusement les détournements modernes font que même cette tâche est décalée vers les croyants lorsqu'elle est la fonction de Dieu. Bien que ça dérange parce que pour certain témoigner avec la bouche est le seul palliatif qu'ils aient trouvé à l'absence de témoignage que représente leur vie, il n'en reste pas moins que le livre des Actes des Apôtres nous présente exactement la situation que Jésus décrit dans la version de l'évangile selon Luc :

🔘 Actes 2.46-47 : « Ils étaient chaque jour tous ensemble assidus au temple, ils rompaient le pain dans les maisons, et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, 47 louant Dieu, et trouvant grâce auprès de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait chaque jour à l'Église ceux qui étaient sauvés. 

C'est bien Jésus, le divin berger qui ajoutait à l'église, pas les hommes. Ce ne sont pas les brebis qui racolaient à la recherche d'adeptes, mais Jésus qui changeait le cœur des hommes par son Esprit. Le rôle des « quatre-vingt-dix-neuf » était de rester un troupeau uni et de témoigner par leur attitude, pas par des paroles souvent empreintes de désobéissance. Selon Luc, c'est bel est bien le berger qui amène la brebis anciennement égarée (Luc 15.5-6 : « Lorsqu'il l'a retrouvée, il la met avec joie sur ses épaules, et, de retour à la maison ... »).

La Parole est d'accord avec la Parole.

Et même, si cela parlait effectivement de personnes quittant une assemblée, alors il faut comprendre que si quelqu'un décide de s'éloigner, il en a parfaitement le droit, et si quelque chose a fini par le convaincre de partir, ce ne sont pas des arguments humains qui y changeront quoi que ce soit, et le problème n'est pas obligatoirement du côté de celui qui s'éloigne physiquement, mais peut être de celui de l'assemblée elle-même. C'est pour cela que même si Jésus parlera un tout petit plus tard du cas d'un frère qui faute et qui doit être rappelé à l'ordre, il ne fait que complémenter afin que le sujet soit complet et ne réoriente pas la parabole en elle-même.


e) Conclusion.

Jésus nous parle dans cette parabole de l'ordre dans lequel les choses doivent se faire dans le peuple de Dieu. Le troupeau doit être soudé et avoir des bases qui garantissent sa sécurité. Dans l'intervalle, alors que le troupeau se comporte comme un troupeau est censé le faire, lui se charge de rechercher la brebis qui est appelée à en faire également partie.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     12 - Le fils prodigue (Luc 15.11-32)

a) Le texte.

🔘 Luc 15.11-12 : « Il dit encore : Un homme avait deux fils. 12 Le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien ».

🔘 Luc 15.13 : « Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche ».

🔘 Luc 15.14-22 : « Lorsqu'il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. 15 Il alla se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses champs garder les pourceaux. 16 Il aurait bien voulu se rassasier des carouges que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. 17 Étant rentré en lui-même, il se dit : Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! 18 Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, 19 je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; Traite-moi comme l'un de tes mercenaires. 20 Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. 21 Le fils lui dit : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. 22 Mais le père dit à ses serviteurs [doulos] : Apportez vite la plus belle robe, et l'en revêtez ; Mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds ».

🔘 Luc 15.23-32 : « Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous ; 24 Car mon fils que voici était mort [nekros], et il est revenu à la vie ; Il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. 25 Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu'il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. 26 Il appela un des serviteurs [pais], et lui demanda ce que c'était. 27 Ce serviteur [absent] lui dit : Ton frère est de retour, et, parce qu'il l'a retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras. 28 Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer. Son père sortit, et le pria d'entrer. 29 Mais il répondit à son père : Voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. 30 Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées [porne], c'est pour lui que tu as tué le veau gras ! 31 Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi ; 32 Mais il fallait bien s'égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort [nekros] et qu'il est revenu à la vie, parce qu'il était perdu et qu'il est retrouvé ».


b) Petit détail, sait-on jamais.

'Prodigue' signifie que le fils en question dépensait sans compter.


c) Il dit encore.

Cette parabole, probablement parmi les plus connues, s'inscrit dans une continuité. Elle fait suite à "04 - La brebis égarée" qui se trouve dans (Luc 15.4-7) et à "04 - la drachme perdue" qui en était la suite et qui développait le même thème (Luc 15.8-10). Il commençait la première en disant : « Quel homme d'entre vous ... » (Luc 15.4) et poursuivait par : « Ou quelle femme » (Luc 15.8), marquant la continuité du récit. Dans ces deux paraboles il nous parlait de la joie de retrouver ce qui était perdu, une brebis dans le premier cas, et une drachme dans l'autre.

Finalement, sans transition il poursuit par cette parabole du fils prodigue qui est introduite par les termes « Il dit encore » (Luc 15.11), indiquant qu'il va poursuivre sur ce thème.


d) L'explication.

Si cette parabole est plus longue que la plupart, son explication par contre est relativement courte, et elle ne contient pas autant d'éléments qu'on pourrait le penser. Il y a cependant plusieurs dimensions à l'explication de cette parabole. C'est l'illustration parfaite d'une des puissances de ce mode d'expression. Les explications ne sont pas figées. Un peu comme l'hébreu ou le grec dont les mots définissent des notions plus que des choses précises. Les paraboles mettent des vérités en avant, mais ces vérités peuvent désigner de multiples choses. Dans la parabole du fils prodigue la chose est plus évidente, et je reviendrai là-dessus par après.


d.1) Le cadre.

Cette fois-ci la différence entre ce qui est perdu et ce qui ne l'est pas semble se faire entre deux fils d'un même homme. L'un d'entre eux réclamant son héritage et partant le dilapider dans la débauche. Le type de débauche n'est pas réellement connu. Son frère dira plus tard, dans ses plaintes, qu'il est allé aux prostituées, mais rien ne dit que c'est la réalité. On sait que le fils qui est parti est allé dans un pays lointain, et le fils qui est resté n'était pas même au courant de son retour. Il y a donc peu de chances qu'il ait eu quelques informations que ce soit durant son absence. Selon toute vraisemblance, c'est plus la colère qui parle que la vérité qui est dite.

Ceci dit, le type de débauche n'a pas tant d'importance, sinon le texte serait plus clair. Nous avons donc une famille dont les membres sont éloignés les uns des autres pour les raisons que je viens de citer.


d.2) La providence dans le malheur.

Loin des siens, à vivre ce qu'il ne devrait pas, on pourrait le penser seul, mais ça n'est pas réellement le cas. Un élément particulièrement intéressant fait le lien avec ce que je disais dans la parabole de la brebis égarée. C'était le berger qui allait la chercher et non certaines des brebis parmi les quatre-vingt-dix-neuf.

Cela se retranscrit ici d'une manière très discrète :

🔘 Luc 15.14 : « Lorsqu'il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin ».

La famine ne vient qu'une fois qu'il a tout dépensé. On peut imaginer que si elle était survenue alors qu'il avait encore sa fortune, il aurait fait preuve de plus de mesure et aurait pu la traverser. Son cœur aurait été le même, mais sa raison l'aurait protégé. Il fallait qu'il soit dans une situation où il pourrait se remémorer ce qu'il avait laissé derrière et qu'il en vienne à sincèrement le regretter.

Parfois le berger use de moyen particulier pour faire revenir la brebis, et ces moyens ne sont pas à la portée des brebis elles-mêmes, vouloir faire son travail, c'est souvent l'empêcher de le faire.


d.3) Ce que le fils devient.

🔘 Luc 15.15-16 : « Il alla se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses champs garder les pourceaux. 16 Il aurait bien voulu se rassasier des carouges que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait ».

L'accentuation de sa situation se fait par deux angles, sa fonction et sa nourriture. Il n'est pas employé pour garder un animal neutre. Les pourceaux ont un sens dans la parole de Dieu. Tout comme la cigogne représente l'animal le plus stupide (*), le pourceau est l'animal impur et insensé (**) par excellence. Il en est donc réduit à surveiller l'animal le plus vil et n'est pas même nourri comme lui.

Notons que l'histoire doit se passer entre les mois de mai et d'août, période des carouges. L'intérêt se trouve dans ce que représentent ces deux mois.

Basiquement cela signifie que son 'esclavage' commence approximativement à chavouot (pentecôte), soit la fête des prémices, où chacun devait amener devant l'Eternel les prémices des produits de son champ. Au moment où il devrait présenter les bénédictions qu'il a reçu en annonce de celles qui sont à venir, il se retrouve à devoir se mettre sous un joug étranger, en annonce des malheurs qui vont suivre. Finalement, les carouges se récoltant jusqu'au 6° mois (août), cela signifie qu'il quitte son esclavage afin de rentrer chez son père demander pardon pour ses fautes juste avant la sainte convocation pour la fête des expiations. Que ce soit une coïncidence serait étonnant. D'autant que Jésus parle à des personnes qui connaissent les carouges et leur période de maturation.

(*) Jérémie 8.7 : « Même la cigogne connaît dans les cieux sa saison ; La tourterelle, l'hirondelle et la grue observent le temps de leur arrivée ; Mais mon peuple ne connaît pas la loi de l'Éternel.

(**) Proverbes 11.22 : « Un anneau d'or au nez d'un pourceau, c'est une femme [ishshah] belle et dépourvue de sens.

(**) Matthieu 7.6 : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux ... ». 


d.4) L'intention du fils et le cœur du père.

🔘 Luc 15.18-19 : « Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, 19 je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; Traite-moi comme l'un de tes mercenaires ».

La reconnaissance de son état ne se limite pas à ce qu'il a fait subit à sa famille, mais elle inclut ce qu'il a fait à Dieu. En fonction des explications on peut y voir l'expression du même constat, alors que le ciel représenterait le lieu d'habitation de Dieu et le père son locataire. Dans l'histoire présente cela représente plus simplement la profondeur de la compréhension de sa faute. Il réalise qu'elle n'avait pas que sa famille pour victime mais Dieu lui-même.

Dans son affliction il reconnait son indignité et ne s'attend pas à rentrer dans les faveurs de son père, n'en espérant que de la pitié. Basiquement il ne s'attend pas à une grâce, mais espère sa miséricorde.

Ce à quoi il ne s'attendait pas c'est qu'il n'avait pas été oublié. Son père attendait patiemment son retour. Dans le texte on nous retranscrit la chose en nous disant que son éloignement géographique n'empêche pas son père de le voir revenir, il l'aperçoit de loin. Il restait dans l'attente éventuelle de son retour et n'avait pas perdu espoir que cela arrive un jour.

🔘 Luc 15.20 : « Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa ».

Conformément à la parabole précédente de la brebis égarée, c'est bien le berger qui va la chercher et qui la ramène (Matthieu 18.5 : « Lorsqu'il l'a retrouvée, il la met avec joie sur ses épaules, 6 et, de retour à la maison ... »). Le père l'aperçoit de loin et court vers lui pour ensuite revenir ensemble.


Fidèle à ses intentions, le fils commence alors sa litanie, mais le père ne s'intéresse qu'à une seule chose, son fils. Le fait que le fils ne termine pas sa phrase ne signifie pas qu'il ait changé d'avis, mais que le père l'interrompt.

🔘 Luc 15.21-22 : « Le fils lui dit : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. 22 Mais le père dit à ses serviteurs [doulos] : Apportez vite la plus belle robe, et l'en revêtez ; Mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds ».

Alors que le fils espérait la miséricorde du père, il obtient sa grâce. Il ne lui est fait aucun reproche, ses excuses ne sont pas même écoutées, elles n'ont pas de valeurs. Le fils n'a pas cessé d'être fils parce qu'il était parti. Il était un fils lorsqu'il était présent, et il était tout autant un fils lorsqu'il était absent. De la même manière que Jésus n'a pas cessé d'être fils en devenant un homme, le fils prodigue n'est pas devenu un étranger de par son éloignement. C'est la différence entre ce qu'on fait et ce qu'on est. Abandonner sa place nous empêche de faire ce que nous devrions faire mais ne nous fait pas cesser d'être ce que nous sommes.

La seule chose qui avait de la valeur tenait dans la repentance du fils, et la repentance ne demande aucune explication. Dieu ne s'intéresse pas aux excuses, qui ne sont que la manière humaine de justifier ce qu'on a fait. Ce qu'il demande, c'est la reconnaissance de notre faute, pas que nous lui expliquions pourquoi nous l'avons commise.

Etant repentant, le fils est immédiatement réinstallé à la place qui est la sienne.


d.5) La spiritualisation de ce qui se passe.

🔘 Luc 15.23-25 : « Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous ; 24 Car mon fils que voici était mort [nekros], et il est revenu à la vie ; Il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir ».

On pourrait ne voir dans ces réjouissances que la simple expression de la joie du père qui décide de se réjouir. Il faut cependant prendre deux éléments en compte. Le premier se trouve être avec qui il décide de ses réjouir. Or il est en train de parler à ses serviteurs, qui sont en réalité des [doulos] en grec, et donc des esclaves, comme je l'ai déjà expliqué dans plusieurs paraboles. Ce terme est employé dans la nouvelle alliance pour parler des serviteurs de Dieu, Si cela fait plus consensuel de parler de serviteurs, la Parole de Dieu fait mention d'esclaves.

En outre, la conclusion des deux premières paraboles de ce triptyque nous annonçait déjà :

🔘 Luc 15.7 : « De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance ».

🔘 Luc 15.10 : « De même, je vous le dis, il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent ».

Nous sommes dans une sorte de mise en pratique des deux premières paraboles au sein d'une troisième. Le principe est original.

Donc le père décide de se réjouir, et il le fait en compagnie de ses serviteurs/esclaves, ce qui est déjà une première particularité. Il poursuit en donnant la raison des réjouissances, et s'il dit bien que le fils « était perdu » et qu'il « est retrouvé » ce qui parle de l'aspect charnel des retrouvailles, image de l'affirmation du fils sur le péché contre son père, il ne faut pas omettre qu'il compare cela à la mort et la résurrection (« Car mon fils que voici était mort [nekros], et il est revenu à la vie »), qui est l'image de l'affirmation du fils sur le péché contre le ciel.

La mort du fils faisant le lien avec les morts de Matthieu 8.22 : « laisse les morts [nekros] ensevelir leurs morts [nekros» où le mot 'mort' n'est pas un déterminant de la condition du corps mais de celle de l'âme qui permet que ceux qui ensevelissent et ceux qui le sont soient désignés de manières identiques. Ce qui pose le retour à la vie du fils au niveau réel de la renaissance de l'âme, image du salut. On peut par ailleurs assez facilement y voir un parallèle avec l'église de Sardes dans le chapitre trois du livre de l'apocalypse, alors que le premier verset nous affirme que les Sardites sont vivants mais passent pour morts, utilisant également le mot de [nekros], que le verset 3 appelle à la repentance, ce que le fils fait, et finalement que le verset 5 annonce que celui des Sardites qui vaincra sera revêtu d'un vêtement (blanc) ce qui est également le lot du fils et qu'au final Jésus confessera son nom devant ses anges, ce que le père fait devant ses serviteurs en le réinstituant dans sa position familiale.

🔘 Luc 15.22 : « Mais le père dit à ses serviteurs [doulos] : Apportez vite la plus belle robe, et l'en revêtez ; Mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds ».

🔘 Apocalypse 3.1-5 : « Écris à l'ange de l'Église de Sardes : Voici ce que dit celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles : Je connais tes oeuvres. Je sais que tu passes pour être vivant, et tu es mort [nekros]. 2 Sois vigilant, et affermis le reste qui est près de mourir ; Car je n'ai pas trouvé tes oeuvres parfaites devant mon Dieu. 3 Rappelle-toi donc comment tu as reçu et entendu, et garde et repens-toi. Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur, et tu ne sauras pas à quelle heure je viendrai sur toi. 4 Cependant tu as à Sardes quelques hommes qui n'ont pas souillé leurs vêtements ; Ils marcheront avec moi en vêtements blancs, parce qu'ils en sont dignes. 5 Celui qui vaincra sera revêtu ainsi de vêtements blancs ; Je n'effacerai point son nom du livre de vie, et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges ».

Dans tous les cas, le fils prodigue est de retour et son frère qui est au champ à travailler l'apprend.


d.6) Le fils pas prodigue du tout.

On s'intéresse généralement moins au frère du fils prodigue, mais un élément est troublant.

Tout comme le fils prodigue, le frère était également dans les champs. Il n'y faisait de toute évidence pas la même chose et n'avait pas des conditions de vie identiques. Cependant l'évidente fortune du père n'autorisait apparemment pas ses enfants à ne rien faire. Si on reprend la base de l'explication que Jésus donnait de la parabole sur le bon grain et l'ivraie, le champ représentait le monde. Cela placerait le frère comme travaillant le blé et le fils prodigue comme travaillant l'ivraie. La supposition n'en est pas forcément une. Le fils prodigue vivait dans la débauche, ce qui inclut très probablement l'ivresse qui est une image de ce que produit la consommation de l'ivraie. Quant au type de champs dont s'occupent le frère, le fils prodigue nous dit pendant la famine que les mercenaires de son père ne manquent pas de pain, voir même qu'ils en auraient en abondance. Il est donc probable que ce soit effectivement de blé dont s'occupe le frère, ou en tous les cas, de bon grain.

🔘 Luc 15.17 : « Étant rentré en lui-même, il se dit : Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! ».

L'élément troublant se trouve dans le fait que personne ne l'ait averti du retour de son frère. Ça n'est que parce qu'il interroge un des serviteurs qu'il apprend la bonne nouvelle.

🔘 Luc 15.25-32 : « 25 Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu'il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. 26 Il appela un des serviteurs [pais], et lui demanda ce que c'était. 27 Ce serviteur [absent] lui dit : Ton frère est de retour, et, parce qu'il l'a retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras ».

Ça tient probablement à l'explication. On note dans la parabole que les deux frères ne sont jamais ensemble. Chacun connaît l'existence de l'autre, mais ils n'ont absolument aucune interaction. Les deux fils représentant en réalité les deux axes de la promesse faite à Abraham, Israël et l'église. Ils ont le même père, mais suivent des routes différentes et ne peuvent se trouver au même endroit en même temps.


c.7) La réaction du frère.

🔘 Luc 15.28-30 : « Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer. Son père sortit, et le pria d'entrer. 29 Mais il répondit à son père : Voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. 30 Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées [porne], c'est pour lui que tu as tué le veau gras ! ».

La réaction du frère est très intéressante. Il travaillait sans réelle satisfaction et n'avait en réalité que le titre de fils, pas les bénéfices. De toute évidence, il pouvait se contenter de ce qu'il avait tant que personne n'avait plus. C'est donc uniquement le fait de voir son frère recevoir gracieusement ce qu'il imaginait ne toujours pas mériter malgré ses années de persévérance à travailler pour son père, qui le fait réagir.


c.8) La conclusion du père.

🔘 Luc 15.31-32 : « Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi ; 32 Mais il fallait bien s'égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort [nekros] et qu'il est revenu à la vie, parce qu'il était perdu [apollumi] et qu'il est retrouvé ».

Alors qu'on aurait pu s'attendre à une conclusion plus détaillée au vu de la longueur de la parabole et des différentes informations qu'on a sur les protagonistes, dans la réalité, on a exactement la même conclusion que dans les deux versions précédentes, celles de 'la brebis égarée' et celle de 'la drachme perdue'


e) Conclusion.

Les deux premières paraboles parlaient respectivement de brebis (qui sont très fréquemment l'image des enfants de Dieu) et de drachmes (qui représentent des richesses). La troisième parabole, celle du fils prodigue, parle des deux. Elle parle des enfants du père et de leur rapport à la richesse.

Dans la conclusion du père, si le verset 32 est une redicte des conclusions des deux premières paraboles, il s'y est glissé le verset 31 qui nous enseigne autre chose. Le frère était fidèle mais pas meilleur que le fils prodigue. Il est resté dans la maison de son père, mais n'a pas compris ce que sa position de fils impliquait. En outre son amour pour son frère n'a pas dépassé la valeur du veau gras qui l'a de suite remportée sur l'évidente raison de se réjouir.

On peut regarder cette parabole de manière assez générale, en y voyant la bonté du père qui ne cesse d'aimer son fils malgré ses transgressions et qui est impatient de le voir revenir vers lui, repentant. Ça ne serait pas une erreur de le faire. Il faut cependant aller au-delà et se rappeler ce qui a initié ls trois paraboles successives. Le premier verset de ce chapitre nous disait :

🔘 Luc 15.1-2 : « Tous les publicains et les gens de mauvaise vie s'approchaient de Jésus pour l'entendre. 2 Et les pharisiens et les scribes murmuraient, disant : Cet homme accueille des gens de mauvaise vie, et mange avec eux ».

Jésus est donc en train de parler à des pharisiens et des scribes, justement parce qu'ils jugent les publicains et les gens de mauvaise vie, et il leur montre non pas que certains sont meilleurs que d'autres, mais que dans les yeux du père chacun est aimé. sans restriction. Cette parabole à essentiellement deux couches, celle de la réponse à ses interlocuteurs et celle d'un message bien plus prophétique.

Les pharisiens, les scribes, les publicains et les gens de mauvaise vie ont beau se séparer en groupes, ils n'en restent pas moins frères, et la parabole du fils prodigue n'est que la clarification d'une situation qui s'étend bien au-delà de ces quatre groupes. Pour ce qui les concerne , les pharisiens et les scribes sont ceux qui sont restés et qui n'ont pas compris ce que signifiait le fait d'être enfants. Les publicains et les gens de mauvaise vie représentent le fils prodigue, ils ont dilapidé l'alliance qui était légalement leur pour se mélanger aux pratiques du monde. Jésus signifiait leur fraternité au-delà des apparences, leur origine commune et leur appartenance à un même père.

Spirituellement, et donc prophétiquement, Jésus parle d'Israël et de l'église, et l'identité de l'un et de l'autre n'est pas nécessairement celle qu'on imagine de prime abord. Le fils qui est resté, c'est Israël alors que le fils qui est parti c'est l'église. L'erreur générale de compréhension sur ce sujet vient généralement de ce qu'on imagine que c'est le fils prodigue qui a fait le mauvais choix mais que son frère a fait le bon, alors que dans la réalité les deux fils ont fauté. Comme l'église considère constamment être la vérité et ne réalise pas sa position réelle pourtant exprimée avec une très grande clarté dans les chapitres deux et trois du livre de l'apocalypse, elle a tendance à toujours se donner le beau rôle dès qu'une image quelconque parle d'elle.

Pourtant, c'est bien elle qui se prostitue avec le monde et qui en prend la forme. C'est elle qui a besoin de se repentir pour revenir dans la maison de son père pour participer au repas (les noces de l'agneau).

Israël de son côté a gardé sa place, mais n'a pas compris ce que signifiait le fait d'être enfant du père. Elle continue de s'attacher à des préceptes qui de toute façon ne peuvent pas la sauver en l'état. Elle ne participe pas aux réjouissances et choisi de rester en dehors. Cela fait longtemps qu'elle n'est plus au bénéfice de sa position de première-née. C'est elle qui a entendu que le fils prodigue était dans la maison du père et qui n'a pas voulu se joindre à lui. C'est elle qui a entendu que le salut était donné aux nations et qui a refusé cette nouvelle.

🔘 Luc 15.28 : « Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer ».

La parabole du fils prodigue parle de l'église, qui était la tête dans la maison de son père et qui est partie dans le monde non pas pour lui apporter quelque chose, mais par attraction malsaine, et qui a fini par devenir la queue dans le monde.

Elle parle d'Israël qui a perduré à faire ce qu'elle faisait, mais le faisait sans cœur, par obligation et dans l'espoir d'une récompense.

Elle parle de la repentance de l'église qui revient vers son père (Apocalypse 2 et 3).

Elle parle du rejet d'Israël qui refuse sa fraternité et ne peut se réjouir pour ceux qui sont revenus à la vie (Luc 15.32) et qui apprend qu'elle a toujours pu bénéficier de la grâce dont bénéficie l'église, qu'elle a toujours pu profiter du veau gras et de toutes les richesses du père, mais qu'elle ne l'a jamais fait.

Cependant, si le fils prodigue a été accueilli à bras, il en sera de même d'Israël que le père appelle également à entrer pour rejoindre son frère (« Son père sortit, et le pria d'entrer » (Luc 15.28).


Si la parabole ne parle pas de ce qui arrive au fils qui choisit de rester dehors, le chapitre onze du livre de l'apocalypse nous l'apprend, il va finir par rentrer également et participer au repas avec son frère.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     13 - La dette (le serviteur impitoyable) (Matthieu 18.23-35)

a) Le texte.

🔘 Matthieu 18.23-27 : « C'est pourquoi, le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs (doulos). 24 Quand il se mit à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents (60 000 000 deniers). 25 Comme il n'avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu'il fût vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu'il avait, et que la dette fût acquittée. 26 Le serviteur (doulos), se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit : Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout. 27 Ému de compassion, le maître de ce serviteur (doulos) le laissa aller, et lui remit la dette ».

🔘 Matthieu 18.28-34 : « Après qu'il fut sorti, ce serviteur (doulos) rencontra un de ses compagnons (sundoulos) qui lui devait cent deniers (100 jours de travail). Il le saisit et l'étranglait, en disant : Paie ce que tu me dois. 29 Son compagnon (sundoulos), se jetant à terre, le suppliait, disant : Aie patience envers moi, et je te paierai. 30 Mais l'autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu'à ce qu'il eût payé ce qu'il devait. 31 Ses compagnons (sundoulos), ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s'était passé. 32 Alors le maître fit appeler ce serviteur (doulos), et lui dit : Méchant serviteur, je t'avais remis en entier ta dette, parce que tu m'en avais supplié ; 33 Ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon (sundoulos), comme j'ai eu pitié de toi ? 34 Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il eût payé tout ce qu'il devait ».

🔘 Matthieu 18.35 : « C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur ».


b) Clarifications.

Le vocabulaire est important est on va ici remettre les choses à leur place, parce que dans le cas présent, cela peut changer la manière de comprendre ce qui est dit. Lorsqu'il est fait mention de serviteurs, c'est le mot [doulos] qui est utilisé, il s'agit donc plus d'esclaves. Bien que cela se détache de la notion moderne qui rattache une cohorte de valeurs négatives à ce mot, à cette époque et spécifiquement en Israël, la chose n'était pas forcément appréhendée de la même manière. c'est la raison pour laquelle ce mot est souvent traduit par « serviteurs ». Cependant cela ne fait pas justice à la réalité de la condition puisque la personne qui était [doulos] était une propriété, ce que le mot « serviteurs » ne retranscrit pas.

Ensuite, lorsqu'on nous parle des compagnons, au singulier ou au pluriel, cela pourrait faire penser qu'il s'agit de ses connaissances, voire d'amis. Dans la réalité, cette fois-ci c'est le mot [sundoulos], qui cette fois-ci désigne donc non pas de simples 'compagnons', mais des personnes partageants la même dépendance à un maître unique. Plus clairement, si ce sont des compagnons, en réalité ce sont des compagnons d'esclavage.


c) L'explication.

Sous bien des aspects l'explication peut paraître choquante, parce qu'elle va à l'encontre de ce que bon nombre de croyants pensent être vrai.

Donc la première des choses est de rappeler que comme dans de très nombreux cas, la parabole parle du royaume de Dieu, ici sous l'appellation de « royaume des cieux ». La différence d'appellation est uniquement dû au rédacteur. Matthieu parle de « royaume des cieux » 32 fois (*), alors qu'aucun des autres rédacteurs des versions de l'évangile n'utilise cette expression, lui préférant le « royaume de Dieu ». Dans la substance, c'est la même chose.

(*) (royaume des cieux : Matthieu 32 fois ; Marc, Luc et Jean jamais). 

(*) (royaume de Dieu : Matthieu 4 fois ; Marc 14 fois ; Luc 33 fois ; Jean 2 fois).

La situation est donc celle ou un roi décide de mettre les choses à plat avec ses esclaves/serviteurs. Ce faisant, il fait le compte de ce que chacun lui doit et trouve un serviteur lui devant une somme qu'il ne sera jamais en mesure de rembourser. Pour imaginer la proportion de la dette, elle se monte à 10 000 talents, ce qui représente 60 millions de deniers. 1 denier étant généralement le salaire journalier d'un ouvrier. Ça fait donc plus de 160 000 ans de salaires. Le but n'est donc pas le montant, mais uniquement de faire comprendre que quel que soit l'échappatoire recherché, l'esclave/serviteur n'avait strictement aucun moyen de rembourser. Ça place déjà ce serviteur dans un cadre très particulier parce que devant la sanction qui va tomber, il affirme « Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout ». Il se propose donc de rembourser par "mensualité" une dette qui de nos jours équivaudrait à environ 3 milliards d'euros. Autant dire qu'il ne devait pas vraiment y croire. Le maître, ému décide de lui remettre la dette, et c'est là qu'un problème survient.

Cet esclave/serviteur est lui-même créancier d'un de ses compagnons d'esclavage. Les proportions ne sont clairement pas les mêmes. Ce dernier lui doit un peu plus de trois mois de salaire (100 deniers), soit 600 000 fois moins qu'il ne devait lui-même à leur maître. Pris de fureur, il s'en prend physiquement à lui, l'étranglant tout en exigeant le remboursement de la dette. Son compagnon d'esclavage va avoir envers lui les mêmes arguments qu'il avait lui-même envers le maître, à la différence que lui mentait, alors que son compagnon d'esclavage avait effectivement la possibilité de le faire (à la vue du montant).

Le maître est alors informé de ce qui vient de se passer et convoque l'esclave/serviteur auquel il avait remis la dette, lui reprochant de ne pas avoir fait de même avec son coreligionnaire. C'est à cet instant qu'arrive ce que les croyants ne pensent pas possible, et qui malheureusement peut les influencer dans une direction qui n'est pas la bonne concernant la compréhension de ce qui est dit.

Le maître, qui avait remis la dette se met soudain à l'exiger tout de même et donc à livrer l'esclave/serviteur aux bourreaux, ce dernier n'étant pas plus en mesure de s'en acquitter que quelques heures auparavant.


c.1) La transposition.

Cette parabole se conclue dans une affirmation concernant le pardon. La chose est bien plus cocasse qu'il n'y paraît. Jésus nous y parlait de ce que nos fautes représentaient une dette que nous n'avions aucun moyen de payer, et la seule possibilité résidait dans sa remise pleine et entière. C'est uniquement par le pardon de nos fautes, qui sont la dette que nous avions, que nous parvenons à rester dans la présence du maître et que nous n'en sommes pas chassés.

Cependant cette grâce qui nous est faite doit être suivie de conséquences qui ne peuvent être négligées. Si nous considérons que sans ce pardon dont nous avons bénéficié rien ne serait possible, et si nous comprenons la grâce que cela représente, la cassure qui existait et qui a disparue sans que nous en soyons les ouvriers, alors nous devons également réaliser que quoi qu'on nous ait fait, cela n'est pas comparable à ce que nous avons fait et qui nous a été remis.

Si nous avons compris la valeur du pardon dont nous avons bénéficié, alors nous devons à notre tour pardonner à nos débiteurs.

Jusque-là les choses paraissent simples, pourtant il reste un élément perturbant.


c.2) La dette qui réapparaît.

La parole de Dieu est claire sur le fait que l'Eternel ne se souviendra pas de nos fautes. Le prophète Jérémie nous transmettait : « Celui-ci n'enseignera plus son prochain, ni celui-là son frère, en disant : Connaissez l'Éternel ! Car tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit l'Éternel ; Car je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché » (Jérémie 31.34). Dans ce cadre, comment une faute pardonnée peut-elle refaire surface dans la pensée de Dieu ? Comment le maître, dans la parabole peut-il finalement demander le paiement d'une dette qu'il avait remise ?

La chose est plus simple qu'il n'y parait, nous sommes les porteurs de nos fautes. Dieu nous les pardonne si nous le demandons sincèrement. Cependant le pardon est une chose spirituelle, même si elle a de sérieuses répercussions humaines. Nous sommes sauvés parce que nous sommes pardonnés, mais ce pardon n'est pas inscrit dans le temps, mais dans l'éternité. Et l'éternité n'est pas la multiplication du temps à l'infini, mais son absence. La question n'est donc pas de savoir si nous étions sauvés à telle ou telle époque de notre vie, mais si nous le sommes dans l'éternité. C'est pour cela que nous pouvons bénéficier du pardon de nos fautes et pourtant les voir nous être reprochées à la fin. Si le salut est gratuit, sa conservation demande certains efforts et parmi ces derniers se trouve celui de le reproduire sur ceux qui nous entourent.

Si nous refusons de pardonner, nous perdons celui dont nous avons bénéficié. Cela peut sembler extrême, pourtant c'est très exactement ce que la Parole de Dieu nous enseigne.

🔘 Matthieu 6.14-15 : « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; 15 Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses ».

Et que dire de cette réponse de Jésus a ses disciples lorsqu'ils lui ont demandé comment prier ?

🔘 Matthieu 6.12 : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés».

La Parole de Dieu a toujours été claire sur l'obligation de pardonner pour l'être soi-même, cette parabole ne fait que le synthétiser pour que nous nous le remettions en tête.


d) Conclusion.

C'est ce que nous montre cette parabole. L'esclave/serviteur a bénéficié du pardon de son maître, mais son comportement l'a condamné et il a finalement tout de même payé pour elle. Nous sommes tous bien content d'avoir bénéficié du pardon de Dieu pour nos fautes, mais nous nous considérons supérieur à lui en ne pardonnant pas à ce qui nous ont offensé. La vraie question est de savoir si nous pensons qu'ils nous ont fait plus de mal que nous n'en avons fait à Jésus. Jonas se plaignait de la mort du ricin mais négligeait celle à venir des 120 000 Ninivites. Il est facile de ne pas faire attention, et ça n'est pas pour autant que la condamnation tombe directement. Cette parabole ne nous dit pas que Dieu est dur, mais qu'il est juste. C'est cette justice qu'on a parfois du mal à accepter, parce qu'elle s'entrechoque avec nos propres aspirations (l'ombre du ricin pour Jonas).

Si Jésus nous parle de cela ça n'est pas pour nous condamner, il n'est pas venu pour cela, il est venu pour sauver. Cette parabole est une aide pour garder à l'esprit la grâce qui nous a été faite et la nécessité de la transmettre à notre tour.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     14 - Les deux débiteurs (Luc 7.41-43)

a) Le texte.

🔘 Luc 7.41-43 : « Un créancier avait deux débiteurs : L'un devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante. 42 Comme ils n'avaient pas de quoi payer, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel l'aimera le plus ? 43 Simon répondit : Celui, je pense, auquel il a le plus remis. Jésus lui dit : Tu as bien jugé ».


b) L'explication.

La compréhension de cette courte parabole est simple. Il n'y a somme toute qu'une seule chose qu'il faut garder à l'Esprit. Je la disais en introduction de l'ensemble des paraboles, il faut les regarder spirituellement. Si on omet cela, par exemple en pensant que la simplicité de ce qui est dit ne nécessite pas d'approche plus spirituelle, alors on se heurtera un jour où l'autre à une dérangeante question : 'cela signifie-t-il que ceux qui ont commis plus de péchés sont favorisés au regard du salut ?'

La chose est impossible, parce que Dieu ne fait pas de favoritisme (*) et nous sommes tous sur un pied d'égalité. Pourtant, c'est bien ce que le verset 41 semble induire. La réponse se trouve au-delà de la dureté de notre cœur. Regarder le contexte plus attentivement va donner la réponse avec beaucoup de simplicité :

🔘 Luc 7.36-39 : « Un pharisien pria Jésus de manger avec lui. Jésus entra dans la maison du pharisien, et se mit à table. 37 Et voici, une femme pécheresse qui se trouvait dans la ville, ayant su qu'il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d'albâtre plein de parfum, 38 et se tint derrière, aux pieds de Jésus. Elle pleurait ; Et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les essuya avec ses cheveux, les baisa, et les oignit de parfum. 39 Le pharisien qui l'avait invité, voyant cela, dit en lui-même : Si cet homme était prophète, il connaîtrait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, il connaîtrait que c'est une pécheresse ».

Dans cette scène nous avons trois personnages : Jésus, une « femme pécheresse » et « un pharisien ». Si l'identité de la femme et du pharisien était importante, il nous en aurait été fait mention. Donc prenons en compte ce qui nous est dit.


b.1) Ce qu'on sait de la femme.

C'est une pécheresse, et la chose est connue. Par contre on n'a aucune idée de la faute qui la concerne. Usuellement des personnes en mal de sensation ont tendance à expliquer que c'était une prostituée, mais rien ne l'indique dans le texte. Elle peut tout autant vivre avec un homme sans être mariée, voir plus simplement être adultère. Ça en ferait tout autant une pécheresse, mais pas une prostituée, donc aucune indication ne nous est donnée.

Le vase d'albâtre n'a pas réellement de signification propre. L'albâtre n'est pas un gage de valeur, mais uniquement de facilité de conception, la matière étant très malléable. C'est la qualité de l'ouvrage qui détermine sa valeur et rien ne nous est dit à ce sujet. Le fait qu'il contienne du parfum ne donne pas plus d'indication, parce qu'on ne nous parle pas de la valeur du parfum, ni même de la quantité et donc de la taille du vase. On n'est pas dans le même cadre que celui où « Marie, ayant pris une livre d'un parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus, et elle lui essuya les pieds avec ses cheveux » (Jean 12.3).

Donc dans l'ensemble on ne sait presque rien de cette femme et on se contente généralement d'imaginer.


b.2) Ce qu'on sait du pharisien.

On ne nous en dit pas forcément beaucoup plus, par contre on en sait beaucoup plus. Tout d'abord, on a la remarque qu'il se fait à lui-même et qui montre qu'il n'a pas invité Jésus parce qu'il croyait en lui mais pour l'éprouver (« Si cet homme était prophète ... »). Il a déjà jugé Jésus simplement parce que Jésus n'est pas comme lui.

Ensuite, et c'est probablement le plus important, le fait qu'il ne soit désigné que par la secte qui est la sienne (celle des pharisien) l'exclus d'être particulier. Or les propos de Jésus sur les pharisiens dans leur ensemble sont clairs et s'appliquent donc à lui. Pêlemêle Jésus nous dit les concernant que leur justice est insuffisante pour être sauvé (Matthieu 5.20), que ce sont des aveugles qui vont dans la fosse (Matthieu 15.12-14), que leurs enseignements sont dangereux (Matthieu 16.12), qu'ils « disent, et ne font pas », qu'ils « lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes », mais qu'ils « ne veulent pas les remuer du doigt » (Matthieu 23.3-4), et finalement, selon ce que Jésus en dit dans la version de l'évangile selon Matthieu, des versets 13 à 36 au vingt-troisième chapitre, qu'ils sont hypocrites, iniques, insensés, aveugles, pleins de rapine et d'intempérance, des serpents et des races de vipère (Matthieu 23.13-36).


b.3) La dette.

Une particularité de la dette doit être éclaircit. A aucun moment Jésus ne dit que si nous devons 500 deniers et qu'il nous remettait notre dette nous l'aimerions plus que si nous ne lui devions que 50 deniers et qu'il nous la remettait. Il met deux personnes en opposition dont l'une doit 500 et l'autre 50, ça n'est pas la même chose. Bien qu'aucun des deux créanciers n'est en mesure de rembourser sa dette, dans la réalité, on ne sait pas laquelle des deux dettes est la plus élevée. Peut-être que celui qui doit 500 n'a pas de quoi rembourser, mais qu'il a un travail qui lui rapporte suffisamment pour pouvoir rembourser sa dette en 25 jours de travail. Si celui qui doit 50, et qui ne peut pas non plus rembourser a un travail qui lui rapporte 1 denier par jour, alors sa dette représente 50 jours de travail. Bien que la somme soit inférieure, elle représente plus pour le deuxième que pour le premier. Aussi lorsque Simon le pharisien répond que c'est celui à qui il a été le plus remis qui l'aimera le plus et que Jésus acquiesce, il n'est jamais fait mention de ce qu'il s'agit de la dette de 500 deniers. De la même manière que le jugement de Salomon mettait en avant le cœur des deux prostituées afin de trouver la mère de l'enfant, ici Jésus met en avant le cœur des deux protagonistes pour savoir lequel est le plus reconnaissant et celui-ci est celui qui a reconnu la profondeur de sa dette, quelle que soit son montant.


Lorsqu'on regarde le tableau comme cela, la vision commence à changer, et l'opposition ne se fait plus forcément entre la vilaine pécheresse et le gentil pharisien. D'autant que même si elle était réellement prostituée, alors il faudrait se rappeler ce que Jésus disait des prostituées dans la version de l'évangile selon Matthieu alors qu'il s'adressait aux « principaux sacrificateurs » et aux « anciens du peuple » : « les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu » (**), et la raison en est qu'elles ont cru en ce que disait Jean, et Jean parlait de repentance et de la venue du messie d'Israël.

Soudainement, lorsqu'on réalise que des deux personnes qui sont dans la présence de Jésus, la plus pécheresse n'est pas obligatoirement celle qu'on croit, alors sa déclaration pose problème. Parce que Jésus parle bien de la femme en disant qu'elle a plus pêché. Il y a donc un autre facteur qui n'est pas pris en compte.

La notion de péché est particulière, parce que spirituellement, le seul péché c'est de ne pas avoir cru dans le Fils de Dieu (***). Les actions des hommes sont des conséquences d'avoir cru ou non. Lorsque la Parole de Dieu parle de pécher, elle parle sans distinction soit de l'arbre soit du fruit de ce dernier. C'est nous qui devons comprendre les choses correctement en fonction des passages.

Ça fait que dans le cas présent, ce qui est réellement supérieur concernant la femme par rapport au pharisien, c'est sa conscience de sa nature pêcheresse et non directement son péché. L'éloignement des deux est exactement le même, mais elle a conscience de sa nature et de son éloignement du trône de Dieu, alors que le pharisien, qui est tout autant éloigné n'en a aucune conscience et en est encore à juger Jésus.

C'est pour cela qu'elle est en larmes aux pieds de Jésus, parce qu'elle sait ce qu'elle était, elle sait qu'elle ne méritait rien, mais que celui qui est devant elle est celui que Dieu a envoyé.

(*) 🔘 Actes 10.34 : « Alors Pierre, ouvrant la bouche, dit : En vérité, je reconnais que Dieu ne fait point acception de personnes ».

(**) 🔘 Matthieu 21.31-32 : « Lequel des deux a fait la volonté du père ? Ils répondirent : Le premier. Et Jésus leur dit : Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu. 21.32 Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui. Mais les publicains et les prostituées ont cru en lui ; Et vous, qui avez vu cela, vous ne vous êtes pas ensuite repentis pour croire en lui ».

(***) 🔘 Jean 3.18 : « Celui qui croit en lui n'est point jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu ».

(***) 🔘 Jean 16.8-9 : « Et quand il sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement : 9 en ce qui concerne le péché, parce qu'ils ne croient pas en moi ».


c) Conclusion.

La grâce de Dieu se répand sur tous, mais la gratitude de tous ne se dirige pas vers Dieu. Bien que l'Eternel fasse pleuvoir sur les justes et sur les méchants, tous ne reconnaissent pas dans quelle catégorie ils sont. Celui qui est repentant reconnait la gravité de ses actions, quand bien même elles pourraient paraître futiles à d'autres, parce qu'il comprend qu'aussi petite que certaines choses puissent sembler, elles sont les signes de son éloignement de Dieu. Il en découle que la reconnaissance est proportionnelle non pas à nos fautes, mais à notre compréhension de ces dernières. On ne peut être repentant pour un chose dont on ignore que c'est une faute.

La femme pécheresse est en larmes non pas en raison de ses fautes, mais parce qu'elle reconnait que c'en sont. Le pharisien est également grandement coupable, mais il ne réalise pas sa stature et préfère juger celle qui est au pied de Jésus plutôt que de la rejoindre dans les larmes que sa condition devrait produire. Et c'est parce qu'elle a cru qu'elle est sauvée (Luc 7.48 ... 50 : « ... Tes péchés sont pardonnés ... Ta foi t'a sauvée, va en paix »).

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     15 - Les deux fils (Matthieu 21.28-32)

a) Le texte.

🔘 Matthieu 21.28-32 : « Que vous en semble ? Un homme avait deux fils ; Et, s'adressant au premier, il dit : Mon enfant, va travailler aujourd'hui dans ma vigne. 29 Il répondit : Je ne veux pas. Ensuite, il se repentit, et il alla30 S'adressant à l'autre, il dit la même chose. Et ce fils répondit : Je veux bien, seigneur. Et il n'alla pas. 31 Lequel des deux a fait la volonté du pèreIls répondirent : Le premier. Et Jésus leur dit : Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu32 Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui. Mais les publicains et les prostituées ont cru en lui ; Et vous, qui avez vu cela, vous ne vous êtes pas ensuite repentis pour croire en lui ».


b) Les personnages.

Avant de pouvoir définir qui est qui et ce que Jésus dit concrètement, il faut comprendre les deux "entités" présentes. Il y a ceux à qui il parle, puis il y a les prostituées et les publicains. 


b.1) A qui parle-t-il ?

L'explication passe obligatoirement par la compréhension de l'identité des interlocuteurs de Jésus dans la discussion où se trouve la parabole. Dans le cas présent, il se trouve dans le temple et parle aux principaux sacrificateurs et aux anciens du peuple, qui viennent de l'interroger, déclenchant la parabole.

🔘 Matthieu 21.23 : « Jésus se rendit dans le temple, et, pendant qu'il enseignait, les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple vinrent lui dire : Par quelle autorité fais-tu ces choses, et qui t'a donné cette autorité ? ».

Ces personnes représentent Israël dans son ensemble, les principaux sacrificateurs en sont la tête religieuse, pendant que les anciens en sont la tête sociétale. N'oublions pas que les anciens sont supposés représenter les valeurs d'ensemble de la société. Ce sont ceux dont le peuple rend un bon témoignage. Ils en sont donc le reflet puisqu'ils en viennent tout en en représentant les valeurs.


b.2) De qui parle-t-il ?

Les prostituées ne font pas débat, leur simple existence est le signe de la déliquescence de la morale à cette époque. Aux yeux de Dieu ce sont des abominations.

Les publicains sont simplement le fisc d'alors, et ils sont pareillement appréciés.


c) L'explication.

Sachant à qui il parle et à qui il les compare, il reste à voir ce qu'il en dit.

La signification est assez simple, elle trace les deux angles par lesquels Dieu a été appréhendé. La différence entre les deux fils est la ligne de démarcation entre la loi et la grâce.


Le premier fils refuse l'obéissance au père, puis se repent et obéit.

Le deuxième fils déclare son obéissance, mais refuse de la mettre en pratique.


Le premier fils c'est le monde, qui n'est pas premièrement rentré dans l'alliance alors qu'il le pouvait (la loi n'exclut pas le monde qui a parfaitement la possibilité de se convertir), mais qui malgré son refus, a fini par se repentir et obéir. Par extension cela inclus tous ceux qui n'étaient pas inclus dans la première alliance.

Le deuxième fils c'est Israël, qui a reçu la promesse mais qui a préféré les apparences à la vérité et qui au final s'est ancrée dans la désobéissance.


L'écrivain de la lettre aux hébreux nous donne une version moins imagée de la déclaration de Jésus dans son quatrième chapitre.

🔘 Hébreux 4.6-7 : « Or, puisqu'il est encore réservé à quelques-uns d'y entrer, et que ceux à qui d'abord la promesse a été faite n'y sont pas entrés à cause de leur désobéissance, 7 Dieu fixe de nouveau un jour-aujourd'hui-en disant dans David si longtemps après, comme il est dit plus haut : Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs ».


d) Conclusion.

Jésus parle aux représentant religieux et sociétaux d'Israël pour leur annoncer que malgré les apparences qu'ils donnent ils ont rejeté Dieu mais que les laissés pour compte avaient fini par l'accepter et les devanceraient dans le royaume de Dieu. L'utilisation du verbe 'devancer' ([proago]) est très intéressante. Jésus n'est pas en train de dire aux principaux sacrificateurs et aux anciens, qui tous représentent les descendants dans la chair, qu'ils ne seront pas sauvés, il leur dit que d'autres le seront avant eux. Pourtant nous savons qu'en l'état ils ne l'étaient pas parce qu'ils rejetaient le Fils de Dieu. Il est dont en train de parler de quelque chose de plus vaste qui englobe la compréhension de la fin des temps. Il leur parle de l'ensemble de l'histoire du salut, de la promesse à Abraham au don de la loi jusqu'à la révélation de la grâce et finalement la fin des temps, moment où Jérusalem reconnaitra finalement son messie dans la personne de Jésus.

Dans la parabole, Jésus parle de celui des fils qui a fait le bon choix, c'est à dire le premier, et de celui qui a fait le mauvais, donc le deuxième. Ça n'est que dans sa remarque faite à ses interlocuteurs qu'il annonce finalement que le deuxième fils, malgré son mauvais choix finira à un moment donné par faire le bon. Ce que l'utilisation du verbe 'devancer' annonçait. Donc bien que la parabole mette en avant une coupable désobéissance du deuxième fils, le passage dans son ensemble rééquilibre en annonçant quelque chose que nous trouvons dans le livre de l'apocalypse au chapitre onze. 

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     16 - Les dix vierges (Matthieu 25.1-13)

Le chapitre 25 de l'évangile de Matthieu contient deux paraboles, celle des vierges folles et des vierges sages, et celle des talents et des serviteurs, il se termine par la conséquence de ces deux paraboles : le jugement. Ces trois passages sont souvent regardés séparément, alors que de toute évidence, Jésus parle d'une seule et même chose. Dans ce fichier contenant de multiples paraboles je les traiterai d'affiler.


Ici, nous allons regarder la parabole des 10 vierges.

🔘 Matthieu 25.1-13 : « Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent à la rencontre de l'époux. 2 Cinq d'entre elles étaient folles, et cinq sages. 3 Les folles, en prenant leurs lampes, ne prirent point d'huile avec elles ; 4 mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l'huile dans des vases. 5 Comme l'époux tardait, toutes s'assoupirent et s'endormirent. 6 Au milieu de la nuit, on cria : Voici l'époux, allez à sa rencontre ! 7 Alors toutes ces vierges se réveillèrent, et préparèrent leurs lampes. 8 Les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. 9 Les sages répondirent : Non; il n'y en aurait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous. 10 Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. 11 Plus tard, les autres vierges vinrent, et dirent : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous. 12 Mais il répondit : Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas. 13 Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure ».


a) Ce passage parle des croyants

Le commencement de cette parabole pose clairement le cadre. A l'instar de la parabole du bon grain et de l'ivraie, dont le champ était le monde, ici les choses sont recentrées. Les premiers mots désignent directement le royaume des cieux (Matthieu 25.1 : « Alors le royaume des cieux ... »).

Il faut de suite prendre en compte que les vierges représentent toutes des parties de l'église. Les deux groupes de cinq qui les distinguent sont deux versions de ce que sont les croyants. Il ne s'agit pas de 5 croyants et de 5 païens. Quant au royaume des cieux, c'est juste une autre appellation du royaume de Dieu, et Jésus nous disait, le concernant, « On ne dira point : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17.21). La seule réelle distinction entre « le royaume des cieux » et « le royaume de Dieu » étant l'écrivain. Matthieu parle toujours de « royaume des cieux » lorsque les trois autres rédacteurs de l'évangile privilégient « le royaume de Dieu ».

Cette parabole commence donc en nous parlant de l'Eglise sur terre, juste avant l'enlèvement.


b) La période de la parabole.

De nombreuses paraboles parlent de choses précises, elles peuvent également avoir des significations plus générales, mais désignent un évènement à venir. Ce sont des révélations, soit sur la nature charnelle et/ou spirituelle de l'être humain, ou sur des évènements à venir. Les paraboles parlant de la fin des temps sont nécessairement des annonces. On peut y trouver des lignes de conduite concernant notre quotidien, mais leur sens premier et de nous avertir afin que, informés, nous soyons prêts lorsque les choses dites deviendront concrètes. Dans l'ensemble, Jésus ne nous prévient pas de ce que l'ennemi fait mais de ce que lui va faire, afin que nous ne soyons pas étonnés lorsque ça arrivera.

La parabole des dix vierges est de ce type.

Dans les évènements que nous décrit le livre de l'Apocalypse, sept anges viennent sonner de la trompette, verser une coupe, et selon l'ange, faire une proclamation, ou participer à une des deux moissons. La parabole des dix vierges se situe pendant la cinquième trompette, et se termine au commencement du sixième ange pour l'essentiel de ce qu'elle nous annonce, tout en se poursuivant courtement sur la fin. Comme un peu tout dans ce livre, il convient de procéder à quelques explications, tant la compréhension n'est pas automatique.

Je ne m'attarderai pas, tout en essayant d'être clair.

La marque de la bête sert à faire un tri entre ceux qui l'acceptent et qui adorent son image, et tous ceux qui refuseront de la faire. Ça n'est pas un tri entre les croyants et les incroyants. C'est un tri charnel que fait la bête et il ne représente spirituellement qu'un dégrossage. Plus tard, lors de la troisième trompette, le tri va prendre une tournure plus concrète avec la tombée de l'étoile Absinthe. Lors du cinquième ange, alors qu'on se rapproche de l'enlèvement, Dieu va clore ce tri en envoyant un ange marquer le front des serviteurs de Dieu.

C'est une préparation active de l'enlèvement, un peu comme si Dieu était en train de distribuer les passeports pour le ciel.

🔘 Apocalypse 7.3 : « Ne faites point de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu'à ce que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu ».

A ce moment, la terre entrera dans une période où, probablement de par l'action des deux témoins, l'existence de Dieu deviendra une évidence. Le salut par la foi n'étant plus possible, il en résulte que le salut ne pourra plus se faire, comme l'a annoncé Esaïe : « Cherchez l'Éternel pendant qu'il se trouve » (Esaïe 55.6). S'il y a un temps pendant lequel il se trouve, Esaïe nous avertit donc qu'il y aura un temps où ce ne sera plus le cas. Quant à l'écrivain de l'épître aux Hébreux, il nous dit bien que nous « sommes de ceux qui ont la foi pour sauver leur âme » (Hébreux 10.39). Donc sans la foi, qui est une démonstration des choses qu'on espère (Hébreux 11.1), on ne peut être sauvé.

Viendra donc la cinquième trompette et l'ange qui la tient. Le texte qui nous donne la suite des évènements paraît incompréhensible, mais c'est souvent parce qu'on tente de l'expliquer charnellement, au lieu de spirituellement. Le texte est le suivant :

🔘 Apocalypse 9.1-6 : « Le cinquième ange sonna de la trompette. Et je vis une étoile qui était tombée du ciel sur la terre. La clef du puits de l'abîme lui fut donnée, 2 et elle ouvrit le puits de l'abîme. Et il monta du puits une fumée, comme la fumée d'une grande fournaise ; Et le soleil et l'air furent obscurcis par la fumée du puits. 3 De la fumée sortirent des sauterelles, qui se répandirent sur la terre ; Et il leur fut donné un pouvoir (exousia - autorité) comme le pouvoir (exousia - autorité) qu'ont les scorpions de la terre. 4 Il leur fut dit de ne point faire de mal à l'herbe de la terre, ni à aucune verdure, ni à aucun arbre, mais seulement aux hommes qui n'avaient pas le sceau de Dieu sur le front. 5 Il leur fut donné, non de les tuer, mais de les tourmenter pendant cinq mois ; Et le tourment qu'elles causaient était comme le tourment que cause le scorpion, quand il pique un homme. 6 En ces jours-là, les hommes chercheront la mort, et ils ne la trouveront pas ; Ils désireront mourir, et la mort fuira loin d'eux ».

Le verset 9.4 est un parallèle du verset 7.3 du même livre, mais vu du côté des perdus. La partie qui nous intéresse est le fait que les hommes seront tourmentés pendant 5 mois, et qu'ils « chercheront la mort » mais « ne la trouveront pas ». C'est spécifiquement cette partie qui s'éclaire lorsqu'on la regarde spirituellement. La mort en question n'est pas celle du corps, il s'agit de la mort à soi-même. Ce verset parle des multitudes qui seront tourmentées, sachant que le terme 'tourment' désigne une souffrance psychologique ayant pour but de faire dire la vérité. Tourmenter quelqu'un c'est le harceler pour qu'il fasse des aveux. En ces jours-là, les hommes auront alors conscience que Dieu existe, ils voudront se convertir (mourir à eux-mêmes), mais ils ne le pourront pas. Les croyants seront alors harcelés, persécutés, jugés responsables de l'impossibilité de se convertir par ceux qui comprennent ce qui est en train d'arriver.

C'est également dans cette période que se situe une prophétie d'Esaïe qui semble des plus obscures. Le prophète nous annonçait que « sept femmes saisiront en ce jour un seul homme, et diront : Nous mangerons notre pain, et nous nous vêtirons de nos habits ; Fais-nous seulement porter ton nom ! Enlève notre opprobre ! En ce temps-là, le germe de l'Éternel aura de la magnificence et de la gloire, et le fruit du pays aura de l'éclat et de la beauté pour les réchappés d'Israël » (Esaïe 4.1-2).

Je rappelle que la période en question est une période où tout le monde a conscience que Dieu existe, ce qui permet de comprendre le deuxième verset. Le premier, quant à lui, ne parle pas de sept femmes au sens humain du terme. 'sept' ne représente pas une quantité dans ce verset, mais une qualité. 'Femmes', de son côté, ne représente pas un genre, mais une position spirituelle. Pour mieux comprendre de quoi il retourne, regardons ce qui suit directement : « Nous mangerons notre pain, et nous nous vêtirons de nos habits ; Fais-nous seulement porter ton nom ». Ce que ces femmes peuvent fournir dans l'union qu'elles réclament, c'est justement ce que Dieu nous assure qu'il nous fournira si nous le cherchons en premier, la nourriture et les vêtements (Matthieu 6.31-33*). Ce que ces 'sept femmes' recherchent, ça n'est pas la sécurité humaine, elles y pourvoient par elle-même, par contre, elles ont besoin d'entrer dans la maison de l'homme qu'elles convoitent, ce qui signifie que c'est le seul moyen qu'elles ont pour accéder à quelque chose qui leur est interdit par tout autre moyen. Dans ces temps où les perdus chercheront à échapper à leur sort, ils se réfugieront dans les croyances les plus folles en les brandissant comme si elles étaient la Parole de Dieu. Le passage d'Esaïe ne nous parle pas de sept femmes qui essayent de se partager un mari, le terme « femmes » désigne les personnes qui se sont soumises à la prostituée et désigne indifféremment les deux genres, la quantité « sept » quant à elle, ne désigne pas un nombre, mais le fait que cette personne se donne l'apparence de la sainteté. Ce passage nous parle donc de personnes dont l'ange n'a pas marqué le front et qui sont privées du salut. Elles cherchent à l'obtenir par la ruse, comme les Gabaonites avec Josué (Josué 9.3-15), et se baseront sur un passage de l'épître aux Corinthiens qui, comme d'habitude, apporte des notions contraires à la Parole de Dieu : Car le mari non-croyant est sanctifié par la femme, et la femme non-croyante est sanctifiée par le frère; autrement, vos enfants seraient impurs, tandis que maintenant ils sont saints (1 Corinthiens 7.14).

C'est une période de ténèbres, et c'est dans ce contexte que la parabole des dix vierges prend place.

(*) Matthieu 6.31-33 : « Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : Que mangerons-nous ? que boirons-nous ? de quoi serons-nous vêtus ? Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus ».


c) La nuit, le sommeil et la veille.

Il est une chose qui paraît contradictoire dans cette parabole. Lorsque les cinq vierges folles sont refoulées à la porte du maître, il nous est donné ce conseil : « veillez donc ». Le conseil est judicieux, pourtant, les vierges sages, qui sont les croyants enlevés, dormaient tout autant que les vierges folles, elles n'avaient donc pas plus veillé. Une fois de plus, il y a une incompréhension qui perturbe la compréhension globale.

🔘 Matthieu 25.5 : « Comme l'époux tardait, toutes s'assoupirent et s'endormirent ».

🔘 Matthieu 25.13 : « Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure ».

Cette parabole ne nous dit pas que Jésus revient la nuit, puisque de toute façon, il fera forcément jour sur la moitié de la planète. La nuit dont il est question est une époque. Celle pendant laquelle il ne sera plus possible de servir Dieu. C'est l'époque dont nous parle la cinquième trompette du livre de l'Apocalypse. Dans l'évangile portant son nom, le même écrivain nous retranscrivait une parole de Jésus prévenant de la venue de cette période :

🔘 Jean 9.4 : « Il faut que je fasse, tandis qu'il est jour, les œuvres de celui qui m'a envoyé; la nuit vient, où personne ne peut travailler ».

C'est pour cela que le « veillez donc » est à la fois un reproche et un avertissement à ceux qui ne le font pas. C'est également pourquoi, les vierges sages dormaient, mais veillaient. Elles ne pouvaient plus servir Dieu dans cette période de troubles, mais elles continuaient de chercher les signes de son retour tout en restant fidèles à ses commandements. Dans une période où il est nécessaire de compter sur Dieu plus que sur les hommes, ces vierges ont veillé sur leur « cœur plus que toute autre chose, Car de lui viennent les sources de la vie » (Proverbes 4.23). C'est difficile de garder son premier amour (Apocalypse 2.4) lorsque l'on ne peut pas compter sur une assemblée de croyants pour faire le travail à notre place. Dans cette période, « vous verrez de nouveau la différence entre le juste et le méchant » (Malachie 3.18a).

C'est de cette nuit que nous parle cette parabole.


d) La similitude d'apparence.

Apparemment, il n'y a pas de manière de les différencier dans les apparences (Matthieu 25.2 : « Cinq d'entre elles étaient folles, et cinq sages »). A aucun moment on ne nous dit que cinq étaient habillées avec sobriété et cinq autres de manière outrancière, ou encore que leurs attitudes étaient de telles manières ou de telle autre. Tout ce que l'on sait, c'est que cinq étaient sages, et cinq étaient folles. Le mot 'folle' étant le même qui est traduit plus tôt par 'insensé'. La différence n'est donc pas dans l'extérieur, mais dans l'intérieur de ces personnes.

Si on ajoute qu'elles dormaient toutes les dix, on a réellement le tableau de dix personnes qui ne paraissent se distinguer en rien.

Pourtant, cinq sont sages, et cinq sont folles.

Cette impossibilité de différencier les personnes de par leur apparence sera portée à son paroxysme lors des évènements dépeint dans Matthieu.

C'est de cela que voulaient nous parler Luc et Matthieu dans leurs évangiles respectifs dans les versets qui suivent :

🔘 Matthieu 24.40 : « Alors, de deux hommes qui seront dans un champ, l'un sera pris et l'autre laissé ».

🔘 Matthieu 24.41 : « de deux femmes qui moudront à la meule, l'une sera prise et l'autre laissée ».

🔘 Luc 17.34 : « Je vous le dis, en cette nuit-là, de deux personnes qui seront dans un même lit, l'une sera prise et l'autre laissée».

Le principe de ce qu'ils nous disent ici recoupe directement la parabole des dix vierges. Ils sont en train de nous expliquer que de deux personnes qui font la même chose, une sera sauvée et pas l'autre. Parce que ce jour-là, ce seront les pensées du cœur qui prévaudront. L'une des deux sera l'équivalente d'une vierge folle, et l'autre d'une vierge sage.

Chacune a une lampe (verset 1), et ce n'est que le contenu de la lampe qui permet de les différencier. On lit également qu'elles s'endorment toutes les dix, et se réveillent toutes les dix (verset 5). Quand leur Seigneur arrive, elles partent toutes pour le rejoindre (verset 6), mais c'est dans ce dernier point que le bât blesse. Elles ne savent pas comment le trouver, elles sont aveuglées par l'époque dans laquelle elles vivent.


e) L'huile, les lampes et les vases.

Si l'apparence de ces dix vierges ne permet pas de les distinguer, il se trouve cependant qu'une différence existe, et Jésus la représente de cette manière :

🔘 Matthieu 25.3-4 : « Les folles, en prenant leurs lampes, ne prirent point d'huile avec elles ; mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l'huile dans des vases ».

L'image est forte et contient plusieurs références qui pointent directement la sincérité des 10 vierges.


e.1) L'huile.

Pour bien comprendre ceci, il faut imaginer la vie sans électricité. L'huile ne dure pas indéfiniment, et il était nécessaire d'en faire une réserve. Les vierges folles sont parties du principe que leur huile serait suffisante pour faire brûler la lampe jusqu'au lever du soleil. Arrive alors leur Seigneur, au milieu de la nuit, soit aux alentours de minuit, au plus noir de la nuit.

À cette époque, comme je le disais, l'électricité n'existait pas, ce qui signifie que si vous n'aviez pas de lumière personnelle, vous étiez dans la plus totale obscurité. Pas de lampadaires dans les rues, aucune lumière sur le porche des maisons avoisinantes. A cette époque on cernait mieux l'utilité du second luminaire dans le ciel, mais sur terre, aucune lumière ne pouvait vous indiquer où vous étiez, ni où vous alliez.

L'équivalent spirituel définit la période de la fin des temps.

La nuit en question est cependant une période qui s'étendra sur plusieurs mois, voire années, et non quelques heures séparant le coucher et le lever du soleil. Dans ces temps, se contenter de ce que l'on a pu glaner ne suffira pas. Tout comme le sixième jour Dieu donnait suffisamment de manne pour ce jour plus le suivant, Dieu pourvoit à ce qui est nécessaire, mais pour ramasser la manne, il fallait se baisser, et ici également, il faudra passer du temps prosterné devant Dieu, non pas dans de grandes assemblées, mais dans le secret de sa chambre ou de ce qui en fera office. Dieu remplira les vases de ceux qui sont à ses pieds tous les jours, mais ceux qui l'ignorent, les convertis du dimanche, qui oublient Dieu sitôt le culte terminé, se lamenteront devant leur manque d'huile.

L'importance de la lumière va au-delà de notre compréhension basique. Dans le temple de Salomon, il n'y avait pas de fenêtres ; une fois dedans, sa seule source venait des chandeliers qui ne devaient jamais s'éteindre, et qui étaient maintenus allumés grâce à de l'huile. C'était la tâche du sacrificateur de toujours faire en sorte qu'il y ait de l'huile dans les chandeliers. Pierre nous disait que nous sommes un sacerdoce royal, et la manière dont il nous le dit est parlante :

🔘 1 Pierre 2.9 : « Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ».

Selon Pierre, nous sommes donc un sacerdoce royal, et l'un des rôles du sacrificateur (que nous sommes devenus en Jésus) est justement de maintenir la lumière dans l'obscurité. Selon Pierre, ce sacerdoce royal que nous sommes a justement été appelé « des ténèbres à son admirable lumière». C'est dans la fonction basique des vierges de faire en sorte que la lumière ne cesse jamais. Ne pas se préoccuper d'en avoir suffisamment en cas de besoin, c'est faire l'œuvre de l'Eternel avec négligence, et la Parole de Dieu nous dit que ces personnes sont maudites (Jérémie 48.10 : « Maudit soit celui qui fait avec négligence l'œuvre de l'Éternel, maudit soit celui qui éloigne son épée du carnage ! »).

Pour renouveler la lumière, il n'y a qu'un moyen, comme nous le montre Moïse, il fallait brûler du parfum devant Dieu, et pendant la combustion, il était alors possible de nettoyer les mèches et de recharger l'huile. Ce parfum c'est la prière des Saints.

C'est pour cela que les vierges sages, même si elles n'avaient aucun moyen de savoir à quelle heure reviendrait leur Seigneur, ont prévu plus d'huile, qu'elles ont mis dans des vases afin de s'assurer que, quoi qu'il arrive, elles ne seraient pas plongées dans l'obscurité. Il était parfaitement possible que leur Seigneur revienne plus tôt et que l'huile dans les vases ne serve à rien. Mais elles ont fait ce qu'il fallait pour être prêtes en toute circonstance. On est presque dans la fable de 'la cigale et la fourmis'.

Ça n'est pas un mystère que l'huile a toujours représenté le Saint-Esprit. Tout était sanctifié par l'huile, des monticules que dresse Jacob (Genèse 28.18) (Genèse 35.14) à la tenue des sacrificateurs ou aux sacrificateurs eux-mêmes (Exode 29.21) et même tous les objets du tabernacle (Exode 40.9) ainsi que tous les sacrifices. L'huile, qui est un symbole du Saint-Esprit, sanctifie ce qu'elle recouvre, et de la même manière, elle sanctifie les prières des saints, ou, éventuellement, la Parole de Dieu. Sans l'Esprit de Dieu qu'elle représente, il n'y a plus de contact avec Dieu.

Transposé dans l'époque à venir, cela nous apprend que nous devons persévérer, tant dans la prière que dans la volonté de connaître Dieu personnellement, et comme toute chose que nous faisons pour Dieu, cela ne doit pas se faire pour notre propre gloire, mais pour la sienne, dans la discrétion et l'humilité.


e.2) Les lampes.

Si l'huile représente le Saint-Esprit, bien que pouvant exister seule, elle est inutile sans la lampe. De la même manière, la lampe peut être un très bel objet, mais si elle est sans huile, elle ne peut être rien d'autre. L'huile et la lampe sont intrinsèquement liées, chacune peur exister seule, mais ne sert à rien. C'est déjà logique lorsqu'on y réfléchit charnellement, mais spirituellement cela prend encore plus de sens. Si l'huile est le Saint-Esprit, la lampe est la Parole de Dieu.

Lorsque l'on prend en compte ces deux significations, on cerne plus facilement le sens du verset. Il y a une opposition entre la compréhension charnelle de la Parole de Dieu et sa compréhension spirituelle. Les vierges folles ont refusé l'éclairage de la Parole de Dieu par le Saint-Esprit et ont donc été plongées dans l'obscurité, alors que les vierges sages, ont mis en pratique les paroles du psalmiste qui disait que sa « parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier » (Psaumes 119.105), et elles ont trouvé leur chemin dans la nuit.

Il est difficile de différencier parmi dix personnes qui semblent écouter la Parole de Dieu celles qui se demandent en réalité quand ça va enfin terminer et celles qui prêtent réellement attention. Lesquelles sont réellement connectées à l'Esprit de Dieu qui peut leur éclairer ce qu'elles entendent, et lesquelles sont plongées dans une profonde introspection pour décider si elles partent de suite ou attendent la fin de la prédication.

Les dix vierges ont des lampes, elles ont donc chacune une version de la Parole de Dieu. Non pas que leur texte de référence soit différent, mais leur esprit de référence l'est.


e.3) Les vases.

La véritable différence cependant tient non pas dans l'huile mais dans sa quantité. Il ne nous est pas dit que les vierges folles n'avaient pas d'huile, on ne nous parle pas d'une qualité moindre de l'huile, mais de ce qu'elles n'en avaient pas assez, donc qu'elles en consommaient plus qu'elles ne parvenaient à s'en procurer (ce qui parle de proximité avec Dieu). La Parole écrite de Dieu n'était plus une sécurité pour elles parce que leur proximité avec Dieu allait en s'amenuisant.

Dans la noirceur de l'époque qui les concerne, cinq d'entre elles ne comptaient pas sur les autres pour maintenir leur relation avec Dieu, alors que les cinq autres vivaient sur leurs acquis, mais ne faisaient pas l'effort de presser l'huile elles-mêmes.

Ça nous montre également la nécessité de se préparer, parce que la préparation prend du temps, et le temps ne sera pas toujours disponible.

On pourrait presque imager ce qui se passe avec ce verset du prophète Esaïe :

🔘 Esaïe 52.11 : « Partez, partez, sortez de là ! Ne touchez rien d'impur ! Sortez du milieu d'elle ! Purifiez-vous, vous qui portez les vases [skeuos] de l'Éternel ! ».

Les vases c'est notre dimension spirituelle, et l'huile que nous contenons peut aller éclairer la Parole de Dieu et devenir une lumière. Mais l'Esprit de Dieu ne prendra que la Parole qui est en nous pour nous la révéler.


f) Un cri dans la nuit.

🔘 Matthieu 25.6 : « Au milieu de la nuit, on cria : Voici l'époux, allez à sa rencontre ! ».

Le plus important dans ce verset, c'est la personne du verbe. Il est dit 'allez', et non pas 'allons'. La deuxième personne du pluriel montre que celui qui pousse ce cri n'est pas concerné par le message qu'il vient de transmettre. Ça n'est donc pas un croyant qui annonce à ses frères et sœurs qu'il aurait reçu une révélation, mais c'est, soit le Saint-Esprit, soit un ange. La logique voudrait que ce soit un ange, parce que ce qui vient d'être transmis est un message, et que c'est leur rôle de le faire. On constate bien que les sept Eglises sont également averties de la volonté de Dieu par un ange.

Quoi qu'il en soit, l'essentiel reste de savoir que le signal de départ est donné à tout le monde en même temps, les sages comme les folles.


g) La folie des insensés.

J'ai déjà détaillé ce principe dans l'enseignement sur le mot 'insensé', je ne ferai donc ici que rappeler que le mot qui a été traduit par 'folles' est exactement le même que celui qui est traduit ailleurs par 'insensé'. Or Jésus nous dit que celui qui dit de son frère qu'il est insensé : « mérite d'être condamné au feu de la géhenne » (Matthieu 5.22). Or, Jésus ne peut pas être condamné au feu de la géhenne, donc les 'vierges folles', qui doit se comprendre dans le sens de 'vierges insensées', doit être compris, non pas comme des croyants moins 'bouillants' que d'autres qu'on appelle 'sages', mais comme des simulateurs qui n'ont jamais vraiment connu Dieu.


h) Préparation et manque.

Il y a un point intéressant à prendre en compte. Bien que les 10 vierges aient commencé la marche ensemble, dans la réalité ça n'est qu'une représentation spirituelle et non charnelle. Elles ne marchent pas réellement ensemble, et c'est justement le manque d'huile qui le démontre. Il suffit de s'imaginer dans la même situation, peu importe que l'on soit d'un groupe ou de l'autre.

Si les lampes torches de 5 personnes sur 10 qui marchent ensemble s'éteignent, il n'est pas nécessaire de prendre les piles de celles dont les lampes fonctionnent, il suffit de marcher à la lumière qu'elles produisent. Si les dix vierges marchaient réellement ensemble, le problème qui est le leur ne se poserait pas. Donc, bien que parlant ensemble, cela représente plus un état de fait global qu'une réelle interaction.

🔘 Matthieu 25.7-8 : « Alors toutes ces vierges se réveillèrent, et préparèrent leurs lampes. Les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent».


h.1) Chercher dans la Parole.

Ça passe inaperçu, mais une fois qu'on a compris ce que représentent les lampes, soudainement le fait qu'au réveil la première chose que les vierges fassent est de préparer ces mêmes lampes prend de suite une autre dimension. Cela signifie qu'elles vérifient dans la Parole de Dieu, elles éprouvent la voie qu'elles viennent d'entendre, et c'est là que le bât blesse pour les cinq vierges folles. Elles n'y comprennent rien, et ce qui les perd, représenté par la lumière vacillante de leurs lampes, c'est une compréhension de ce que dit la Parole qui est absente. L'Esprit de Dieu ne peut éclairer ce qui n'existe pas. Aussi, lorsqu'elles disent : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent », c'est simplement parce qu'elles veulent s'attacher à la compréhension des autres, et non à la leur. Elles ne font que dire "dites-nous ce que le Seigneur vous a révélé, parce que nous ne comprenons rien à ce qui est écrit".


h.2) La venue du Seigneur.

Le Seigneur est venu, les vierges se réveillent et doivent le rejoindre. C'est là que les vierges folles réalisent que la quantité d'huile qu'elles ont ne suffira pas à aller jusqu'à leur Seigneur, elles seront plongées dans l'obscurité avant d'arriver. C'est en accord avec le livre de l'Apocalypse. Bien que les vierges attendent que leur Seigneur vienne, une fois qu'il est là, elles doivent aller vers lui. C'est la représentation de l'enlèvement. On a dans Apocalypse 22.17 : « Et l'Esprit et l'épouse disent : Viens ». Ce qui représente les vierges sages, unies avec le Saint Esprit, qui attendent leur Seigneur, pourtant, alors qu'il arrive, elles doivent tout de même aller vers lui. C'est ça l'enlèvement. Attendre qu'il arrive, pour aller vers lui. Il ne faut pas confondre ce moment avec le jour où le Seigneur foulera de nouveaux le sol de cette terre sur le mont des oliviers.


h.3) Des cigales en puissance.

C'est à ce moment que les vierges folles s'inquiètent de leur manque d'huile et veulent celle des vierges sages. Mais personne n'est responsable du choix que font les autres. Les vierges folles savaient les risques, elles ont décidé de tenter le coup en pensant que ça passerait quand même, et elles ont perdu.

Quand les vierges folles disent nos lampes s'éteignent (Matthieu 25.8), c'est en relation avec la déchéance d'Eli dans le livre de Samuel (1 Samuel 3.3 : « la lampe de Dieu n'était pas encore éteinte »). Ce passage, qui nous dit que la lampe de Dieu n'était pas encore éteinte, sous-entend qu'elle n'allait pas tarder à l'être. Ce qui sera effectivement le cas, et c'est le jeune Samuel, qui dormait au pied de l'autel, qui remplacera Eli.

Ici, c'est dans le désespoir que les vierges folles comprennent qu'à remettre constamment au lendemain, il y a forcément un jour où le lendemain ne voudra plus de vous. Ces jours seront des jours terribles, où ceux qui ont compris qu'ils se sont disqualifiés supplieront ceux qui auront remporté leur couronne de les aider, et où le bonheur de savoir que Jésus est de retour se croisera avec la tristesse de voir des milliards ne pas s'être préparés, une partie d'entre eux étant des personnes que nous aurons côtoyées parfois pendant des années.


i) Les biens de ce monde.

🔘 Matthieu 25.9 : « Les sages répondirent : Non ; il n'y en aurait pas assez pour nous et pour vous; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous ».

Ce que semble nous dire ce verset c'est que les vierges folles n'avaient pas acheté suffisamment d'huile. Prendre un tel risque pour un peu d'huile peut paraître complètement fou. Rien n'est dit sur la condition des dix vierges, on doit donc en déduire que cela n'a pas d'importance.

Ce verset peut être compris de plusieurs manières différentes, mais la plus judicieuse est que les vierges sages ne sont pas en train de dire qu'on peut acheter de cette huile chez les marchands. L'huile pour la lampe, donc le chandelier, suivait une recette précise, et il était interdit d'en reproduire pour son usage personnel. Ce qui disqualifie les marchands quant à l'éventualité d'en trouver chez eux. Nous sommes le temple de Dieu, et cela fait que nous devons brûler du parfum et de l'huile en permanence. Ce dont je suis persuadé, c'est que nous tous qui sommes des enfants de Dieu et qui sommes son temple, nous partageons les ingrédients de ces huiles, mais pas les quantités, et ce qui nous condamne, c'est de vouloir copier les quantités de nos frères et sœurs au lieu de trouver l'équilibre que Dieu veut dans notre relation avec lui. Celui qui fait, pour lui, de l'huile qui est sainte pour son frère, se souille et s'expose à la chute, parce que Dieu ne l'a pas créé pour qu'il puisse trouver la paix dans cet équilibre.

Lorsque les vierges sages disent aux vierges folles d'aller en acheter chez ceux qui en vendent, elles savent parfaitement que personne ne peut vendre une huile que Dieu agrée. Premièrement, comme je le disais parce que cette huile ne peut pas se trouver chez un commerçant, mais également parce que même si l'un d'entre eux en avait, les échoppes seraient fermées. Ce qu'elles viennent de faire c'est de pointer du doigt la faute des vierges folles, qui, vénales, passaient tout leur temps à poursuivre les biens de ce monde. Si l'on paraphrase, elles viennent de leur dire : 'vous vous êtes sans cesse confiées dans les marchands de ce monde, voyez maintenant s'ils peuvent vous fournir la seule chose qui compte vraiment'.

Spirituellement, cela représente ces chrétiens qui naviguent entre tiédeur et froideur. La chair est ennemie de l'Esprit en toute chose. Celui qui est de Dieu fait confiance à Dieu pour ses besoins quotidiens et veille à travailler pour ce qui ne périra jamais, comme la veuve de Sarepta, à force de donner, elle ne cesse jamais d'avoir. Par contre, celui qui est du monde, quelle que soit l'apparence de sainteté qu'il se donne, travaille pour être certains des biens de ce monde qu'il aura demain, mais ne fait jamais plus que le nécessaire au quotidien (quand il le fait) lorsqu'il en vient au spirituel. Lorsque le 6° jour est là, il n'amasse pas pour le jour du Seigneur la portion dont il aura besoin et se retrouve démuni quand ce dernier arrive.


j) Le jour du Seigneur.

🔘 Matthieu 25.10-13 : « Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres vierges vinrent, et dirent : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous. Mais il répondit : Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas. Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure».

C'est étonnant de voir les efforts déployés par les vierges folles pour trouver de l'huile lorsqu'il est trop tard, comparé à leur laxisme lorsqu'elles sont allées se coucher sans en avoir suffisamment. Nombreux sont ceux qui ne croient pas au retour de Jésus parmi ceux qui prétendent croire en lui, ils chercheront toujours des moyens détournés pour produire les mêmes effets, comme le faisaient les magiciens en Egypte, mais si on peut tromper les hommes, on ne trompe pas Dieu, et quand la porte se ferme, que ce soit celle de l'arche de Noé ou celle de la salle des noces, plus personne ne peut l'ouvrir si ce n'est Dieu.

Le moment est aussi important avec Dieu que la chose qu'on doit y faire. Chaque fois que Dieu demande à son enfant de faire quelque chose, c'est toujours à un moment précis que cela doit se faire. La manne se ramassait au sixième jour pour le septième, il y avait le temps de Dieu et le temps de la désobéissance. Celui qui en cherchait le septième jour commettait une faute.

Les vierges folles, par leurs insistances, ont réussi à faire ouvrir un commerce, à se procurer de l'huile, à simuler la sainteté, et elles ont cru que leurs réussites successives iraient jusqu'à prolonger le moment de Dieu et à trouver de l'huile adéquate le jour où il est impossible d'en trouver.

Ce passage de Matthieu nous dit plusieurs choses qu'il faut noter. La première concerne le verset 10 : « Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ». Elles ne sont pas à l'écoute lorsqu'il arrive, elles sont affairées ailleurs. Si un ennemi prend d'assaut votre pays, c'est trop tard pour lancer la construction d'un système de défense, s'il n'était pas prêt, vous êtes conquis. Les vierges folles n'étaient pas prêtes, et il est trop tard, l'époux est arrivé. Il en résulte que : « celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée ».

La deuxième concerne les deux mots qui suivent, parce que l'histoire des vierges ne se termine pas là. Il nous est dit : « plus tard ». Ça semble affirmer que les vierges folles parviennent tout de même à la porte des noces, et donc qu'elles pourraient techniquement également être sauvées. Mais ce « plus tard » change toute la donne. En réalité on nous parle d'une période après l'enlèvement, période où les seuls qui seront sauvés sur terre seront les juifs qui auront finalement vu en Jésus le Messie annoncé. Dans ces temps troublés, temps de tribulations, de persécutions et même de grande tribulation pour ces faux croyants, ils chercheront ceux qui seront mondialement les tenants de la foi en Dieu, parce que la foi ne se trouvera plus pour les nations.

C'est à cette porte qu'ils frapperont et qu'ils se feront refouler.


k) Synthétisons la parabole.

Cette parabole parle du cœur de l'homme. Sa lumière vient de l'intérieur, et il faut y veiller à tout prix, afin qu'au retour du Seigneur nous soyons prêts à être accueilli. Les 10 vierges représentent l'Eglise. En réalité, Jésus aurait pu parler de deux vierges, il a préféré en faire deux groupes de cinq (l'importance est probablement cachée dans le sens du chiffre 5, mais ne le comprenant pas, je ne vois pas laquelle elle pourrait revêtir).

C'est le Saint-Esprit qui nous permet de faire la paix avec le Père, l'huile l'ayant toujours représenté. Les lampes représentent la Parole de Dieu, de laquelle nous sommes indissociables, selon ce que nous disait le psalmiste, « Ta parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier» (Psaumes 119.105). Sans la lumière de la Parole, nous ne pouvons pas marcher à travers la nuit, et sans l'huile qui est le Saint-Esprit, nous ne pouvons pas la comprendre. Les vierges folles ne connaissaient pas Dieu, parce que, bien que possédant les textes, elles n'avaient pas voulu de l'Esprit pour les leur expliquer.

Nous sommes les vases, et c'est de l'intérieur que viennent les bonnes ou les mauvaises choses (Matthieu 15.19). Si nous ne nous remplissons pas d'huile en tout temps, nous ne pourrons la déverser sur la Parole afin qu'elle nous éclaire, nous ne produirons pas la lumière nécessaire pour traverser les temps difficiles qui nous attendent et qui nous séparent du retour du Seigneur.

Cette parabole est un avertissement sur les temps à venir et sur ce qu'il convient de faire pour les traverser. Elle nous annonce la nuit, donc les épreuves, et le fait que le Seigneur arrivera au plus noir de ces mêmes évènements (donc au milieu de la nuit, ce qui semble dire qu'il viendra au bout de 42 mois dans les 7 ans des évènements de la fin des temps). Elle nous appelle à faire une réserve d'huile lorsqu'il fait encore jour et à prendre conscience que tous ceux qui parlent de Dieu ne partagent pas nécessairement le même amour pour lui. Elle nous invite même à apprendre à les reconnaître afin d'éviter qu'elles ne nous volent notre huile. Or, puisque l'huile représente le Saint Esprit, alors ces versets 6 et 7 nous invitent également à faire attention avec qui nous partageons le ministère que le Seigneur nous confie. Certaines personnes dans les Églises demandant beaucoup d'attention et d'énergie alors qu'elles ne cherchent aucunement à avancer.

L'huile ne leur sert à rien, elle n'est utile que pour ceux qui veulent avancer.

Les autres, ne bougeant pas, ne risquent rien dans l'obscurité, et ne feront donc aucun effort pour s'en procurer.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     17 - Les talents (les mines) (Matthieu 25.14-30) (Luc 19.12-27)

Le chapitre 25 de l'évangile de Matthieu contient deux paraboles, celles des vierges folles et des vierges sages, et celles des talents et des serviteurs. Il se termine par la conséquence de ces deux paraboles : le jugement. Ces trois passages sont souvent regardés séparément, alors que de toute évidence, Jésus parle d'une seule et même chose.

Ici, nous allons regarder la parabole des talents, qui se retrouve également dans l'évangile de Luc.


a) Les textes.

Les deux versions portent le même sens mais contiennent quelques différences de formes.


a.1) La version de Matthieu.

🔘 Matthieu 25.14 : « Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs (doulos), et leur remit ses biens ».

🔘 Matthieu 25.15-27 : « Il donna cinq talents (30 000 deniers. 1 denier = salaire journalier) à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit. 16 Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents. 17 De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. 18 Celui qui n'en avait reçu qu'un alla faire un creux dans la terre, et cacha l'argent de son maître. 19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs (doulos) revint, et leur fit rendre compte. 20 Celui qui avait reçu les cinq talents s'approcha, en apportant cinq autres talents, et il dit : Seigneur, tu m'as remis cinq talents ; Voici, j'en ai gagné cinq autres. 21 Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur (doulos) ; Tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; Entre dans la joie de ton maître. 22 Celui qui avait reçu les deux talents s'approcha aussi, et il dit : Seigneur, tu m'as remis deux talents ; Voici, j'en ai gagné deux autres. 23 Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur (doulos) ; Tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; Entre dans la joie de ton maître. 24 Celui qui n'avait reçu qu'un talent s'approcha ensuite, et il dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu n'as pas vanné ; 25 J'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre ; Voici, prends ce qui est à toi. 26 Son maître lui répondit : Serviteur (doulos) méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que j'amasse où je n'ai pas vanné ; 27 Il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérê».

🔘 Matthieu 25.28-30 : « Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. 29 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. 30 Et le serviteur (doulos) inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents ».


a.2) La version de Luc.

🔘 Luc 19.12-14 : « Il dit donc : Un homme de haute naissance s'en alla dans un pays lointain, pour se faire investir de l'autorité royale, et revenir ensuite. 13 Il appela dix de ses serviteurs (doulos), leur donna dix mines, et leur dit : Faites-les valoir jusqu'à ce que je revienne. 14 Mais ses concitoyens le haïssaient, et ils envoyèrent une ambassade après lui, pour dire : Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous ».

🔘 Luc 19.15-23 : « Lorsqu'il fut de retour, après avoir été investi de l'autorité royale, il fit appeler auprès de lui les serviteurs (doulos) auxquels il avait donné l'argent, afin de connaître comment chacun l'avait fait valoir. 16 Le premier vint, et dit : Seigneur, ta mine a rapporté dix mines. 17 Il lui dit : C'est bien, bon serviteur (doulos) ; Parce que tu as été fidèle en peu de chose, reçois le gouvernement de dix villes. 18 Le second vint, et dit : Seigneur, ta mine a produit cinq mines. 19 Il lui dit : Toi aussi, sois établi sur cinq villes. 20 Un autre vint, et dit : Seigneur, voici ta mine, que j'ai gardée dans un linge ; 21 Car j'avais peur de toi, parce que tu es un homme sévère ; Tu prends ce que tu n'as pas déposé, et tu moissonnes ce que tu n'as pas semé. 22 Il lui dit : Je te juge sur tes paroles, méchant serviteur (doulos) ; tu savais que je suis un homme sévère, prenant ce que je n'ai pas déposé, et moissonnant ce que je n'ai pas semé ; 23 Pourquoi donc n'as-tu pas mis mon argent dans une banque, afin qu'à mon retour je le retirasse avec un intérêt ? ».

🔘 Luc 19.24-25 : « Puis il dit à ceux qui étaient là : Otez-lui la mine, et donnez-la à celui qui a les dix mines. 25 Ils lui dirent : Seigneur, il a dix mines. - ».

🔘 Luc 19.26-27 : « Je vous le dis, on donnera à celui qui a, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. 27 Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n'ont pas voulu que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence ».


b) Les différences de formes.

Nous nous trouvons dans la même situation que lors de la parabole numéro 4 (04 - La brebis égarée). Si le sens est le même, dans la réalité les deux rédacteurs ne parlent pas du même instant de la vie et des discours de Jésus. Si dans de très nombreux exemples les quatre versions de l'évangile parlent des mêmes discours, ça n'est pas toujours le cas. Durant ses trois années de ministères, Jésus s'est obligatoirement répété de nombreuses fois. Une vérité dite à Jéricho devait également pouvoir être entendu ailleurs, et c'est exactement ce qui se passe ici.

La version transmise par Matthieu a été donnée à ses disciples probablement sur le mont des Oliviers. Jésus vient de parler de la fin du monde et de son avènement dans le chapitre 24 de Matthieu et il enchaîne sur les paraboles des 10 vierges et des talents, qui sont parfaitement dans le sens de ce qu'il venait de révéler à ses disciples. Rien ne nous dit qu'il soit parti du mont des Oliviers au milieu de son discours.

La version de Luc n'est pas donnée aux disciples, Jésus est dans la maison de Zachée, à Jéricho, et il s'adresse à la foule qui ne comprend pas pourquoi Jésus va chez celui qu'ils considèrent comme un pécheur.


c) La traduction.

Si certaines traductions traduisent [doulos] par 'serviteur', d'autres le font par 'esclave'. La réalité se trouve entre les deux. Le serviteur tel qu'on le considère de nos jours serait plus proche d'un [diakonos]. Concrètement, lorsque la Parole de Dieu nous parle de [doulos] elle parle bel et bien d'esclaves et pas de serviteurs tel que nous l'entendons. Cependant, elle ne parle pas non plus d'esclaves tel que nous l'entendons. Si cette traduction est tout de même meilleure, c'est simplement parce que la nature d'esclave n'est pas définie par le labeur mais par l'appartenance à un maître. Un esclave n'est pas obligatoirement maltraité, par contre il est obligatoirement privé de certaines libertés. On peut imaginer un esclave qui soit bien traité mais pas un esclave qui soit libre de partir quand il le veut. Le serviteur à l'inverse peut être maltraité, mais il a la possibilité de partir chercher un autre emploi/maître.

Dans la Parole de Dieu, ce terme est souvent mal traduit parce que les interprètes de la Parole (qui le sont plus qu'ils ne sont traducteurs) semblent avoir privilégiés le fait d'empêcher une compréhension sur le fait d'en provoquer une qui pourrait également être erronée. Donc quand le mot [doulos] est présent, les 'serviteurs' dont il est fait mention sont en réalité des esclaves effectuant un service. Ils sont la propriété d'une autre personne et ce quand bien même ils pouvaient avoir d'importantes responsabilités.


d) L'explication.

Cette parabole est la suite de la parabole des dix vierges. Une fois de plus, il est fait mention d'un maître qui s'est absenté et qui, à son retour, a une interaction avec ses serviteurs. La différence majeure étant que dans le cas de cette parabole, nous avons également ce qui se passe avec le maître avant son départ.


d.1) Le maître.

La version de Matthieu ne fait que nous dire qu'un maître est parti en voyage, qu'il s'absente pendant longtemps puis finit par revenir. Bien qu'on se doute de qui il parle, Matthieu reste dans le flou.

🔘 Matthieu 25.14 : « Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs (doulos), et leur remit ses biens ».

🔘 Matthieu 25. 19 : « Longtemps après, le maître de ces serviteurs (doulos) revint, et leur fit rendre compte ».

Luc de son côté est bien plus explicite, l'homme « de haute naissance » est un prince, fils du roi, puisque qu'il s'en va pour recevoir l'autorité royale.

🔘 Luc 19.12-14 : « Il dit donc : Un homme de haute naissance s'en alla dans un pays lointain, pour se faire investir de l'autorité royale, et revenir ensuite ».

🔘 Luc 19.15-23 : « Lorsqu'il fut de retour, après avoir été investi de l'autorité royale, il fit appeler auprès de lui les serviteurs (doulos) auxquels il avait donné l'argent, afin de connaître comment chacun l'avait fait valoir ».

Le parallèle avec Jésus devient clairement plus évident. En tous les cas, il revient et demande des comptes à ses serviteurs, qui avaient l'administration de ses biens.


d.2) L'administration en question.

Les deux textes sont complémentaires, ils sont des angles différents de la même notion globale. Dans la parabole des talents, chaque serviteur reçoit une quantité différente, alors que dans la parabole des mines, chaque serviteur reçoit exactement la même quantité. Ce sont les deux axes d'une seule et même chose. La variation dans la quantité est un critère humain, mais dans les yeux de Dieu ce qui compte c'est l'entièreté d'une chose. 

🔘 Matthieu 25.15 : « Il donna cinq talents (30 000 deniers. 1 denier = salaire journalier) à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit ».

🔘 Luc 19.13 : « Il appela dix de ses serviteurs (doulos), leur donna dix mines, et leur dit : Faites-les valoir jusqu'à ce que je revienne ».

Ainsi humainement nous regardons les esclaves/serviteurs ayant reçu des talents selon la quantité qu'ils ont reçu, mais la réalité de cette quantité est tempérée par la précision qui est faite à la fin du verset : « à chacun selon sa capacité ». Aussi, ce qui compte et qui relie directement la parabole des talents avec celle des mines, c'est que l'unité est présente, mais pas dans la quantité charnelle. Dans la parabole des talents, l'unité se trouve dans la capacité de chacun, qui est exploitée sans exagération. Chacun reçoit en fonction de ce qu'il est capable de porter. Ainsi les cinq talents du premier ne sont pas une charge plus lourde pour lui que les deux talents du second. De la même manière, le troisième a également reçu en rapport avec ce qu'il peut faire, et il ne lui est pas demandé plus que sa capacité. Dans les yeux du maître, chacun a reçu cent pourcent de sa capacité personnelle, donc tout le monde a reçu la même chose (ce que retranscrit la version de Luc). Par contre dans les yeux des esclaves/serviteurs, la chair parle plus fort que l'esprit, et la quantité prend soudain de l'importance.

Regardé sous un autre angle, puisque cela parle de nous, cela signifie également que nous ne devons surtout pas regarder à ce que les autres ont reçu. D'autant que dans la version de Matthieu de la parabole, si ce qui est donné est parfaitement quantifiable, il se trouve que ça n'est pas le cas spirituellement. C'est justement l'angle que retranscrit la version de Luc. Dans sa version on nous retranscrit une base qui semble identique pour chaque serviteur, mais qui résulte en une fructification différente. C'est une fois de plus uniquement une différence d'angle dans la retranscription de ce que Jésus transmet. La différence prenant tout son sens lorsque l'on prête attention à qui il parle.

Dans la version de Matthieu Jésus parle à ses disciples, en comité restreint. Le fait que chacun soit différent est une évidence pour eux, ils savent parfaitement que les douze disciples ne sont pas traités de la même manière. L'essentielle des choses importantes est faite avec Simon, André, Jean et Jacques, mais ils savent parfaitement que cela ne signifie pas que les huit autres sont moins appréciés. Ils sont ce qu'ils sont et Jésus les aime chacun à sa manière, tout comme chacun a sa propre charge à porter, et ils en ont conscience. Par exemple, lorsque satan les réclame, Jésus ne prie que pour Simon et pas pour les autres, et il le fait pour que Simon, une fois convertis, puisse affermir les autres disciples (*). Simon a reçu autre chose, et cela nous semble plus lorsqu'on regarde humainement, mais la réalité est que chacun a reçu le joug que ses épaules peuvent porter.

Dans la version de Luc, Jésus parle au peuple, qui ne comprendrait pas avec la version de Matthieu pourquoi certains des serviteurs sont favorisés en recevant plus que les autres et pourraient voir dans la réaction de celui qui n'a reçu qu'un talent une certaine logique qui le placerait comme un serviteur méprisé de son maître qui ne lui confie que peu et qui, s'il réagit mal, n'est cependant pas obligatoirement le seul fautif puisqu'il réagirait à un comportement discriminant. C'est pourquoi la version de Luc, s'adressant au peuple, présente un angle plus spirituel (qui est un raccourci de ce que les disciples devaient comprendre dans la version de Matthieu). Chacun reçoit la même chose, c'est-à-dire ce qu'il peut porter réduit à 1 qui représente un ensemble, et en tire quelque chose de différent qui est en réalité l'image de la quantité réelle (non réduite à 1).

Les deux paraboles parlant de la même chose, il faut alors comprendre que lorsque le premier esclave/serviteur chez Luc produit 5 mines, il avait en réalité reçu l'équivalent et ce total de départ était réduit à 1 qui représentait une totalité.

La parabole dans sa version de Matthieu prend l'angle de ce que Dieu donne, lorsque la parabole dans sa version de Luc prend l'angle de ce que l'homme en fait.

(*) 🔘 Luc 22.31-32 : « Le Seigneur dit : Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. 32 Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères ».


d.3) Les deux premiers serviteurs.

Dans les deux versions de la parabole les deux premiers esclaves/serviteurs ont fidèlement servi leur maître.

🔘 Matthieu 25.16 : « Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents ».

🔘 Luc 22.16 : « Le premier vint, et dit : Seigneur, ta mine a rapporté dix mines ».


🔘 Matthieu 25.17 : « De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres ».

🔘 Luc 22.18 : « Le second vint, et dit : Seigneur, ta mine a produit cinq mines ».


Et on note que la récompense elle aussi est dépendante de l'auditoire de Jésus. Dans la version de Matthieu, alors qu'il parle à ses disciples, la récompense d'une quantité différente produisant un résultat différent est une récompense identique.

🔘 Matthieu 25.21 (premier esclave/serviteur) : « Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur(doulos) ; Tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; Entre dans la joie de ton maîtr».

🔘 Matthieu 25.23 (deuxième esclave/serviteur) : « Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur(doulos; Tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; Entre dans la joie de ton maître ».

Ce qui renvoie évidemment à l'ouvrier de la onzième heure, qui reçoit autant que les autres, un nombre d'heures de travail différents, mais une récompense identique pour tous, parce que la récompense dépend uniquement d'avoir fait ce qui était demandé.

Dans la version de Luc, prononcée devant des personnes du peuple, une récompense différente sanctionne un résultat qui n'est pas proportionnelle à la quantité présentée de base. Ayant reçu autant, les résultats sont différents et les récompenses sont proportionnelles aux résultats.

🔘 Luc 25.17 : « Il lui dit : C'est bien, bon serviteur(doulos; Parce que tu as été fidèle en peu de chose, reçois le gouvernement de dix villes ».

🔘 Luc 25. 18 : « Le second vint, et dit : Seigneur, ta mine a produit cinq mines. 19 Il lui dit : Toi aussi, sois établi sur cinq villes ».

On pourrait y voir une opposition, pourtant une fois de plus, la compréhension réelle ne s'exonère pas de l'addition des deux paraboles. Le problème est comme presque toujours la compréhension trop humaine de ce qui est dit. Dans la réalité, les villes ne sont qu'une transposition que les non-disciples peuvent comprendre de ce qui est dit plus directement dans la version de Matthieu. Si dans la version de Matthieu il est dit « Tu as été fidèle en peu de chose*, je te confierai beaucoup » et dans celle de Luc « tu as été fidèle en peu de chose, reçois le gouvernement de dix villes », cela parle de la même chose. N'oublions pas que le maître donne « à chacun selon sa capacité », et que la récompense doit également suivre cette logique. Ça signifie que si les deux premiers esclaves/serviteurs reçoivent la même remarque concernant leur administration, cela ne signifie pas pour autant qu'ils reçoivent concrètement la même chose. Parce que ce qu'ils reçoivent ne doit pas non plus excéder ce qu'ils peuvent supporter. Chacun reçoit une récompense également « selon sa capacité ». A quoi sert de recevoir dix villes si on ne peut en gouverner que cinq ? C'est l'orgueil qui fait vouloir avoir dix villes qu'on n'a de toute manière pas les reins de gouverner uniquement parce que le voisin en a reçu dix lui-même. Un orgueil qui mettrait en danger les habitants qui seraient mal administrés. Les récompenses sont également des fardeaux et les porter demande une force que chacun n'a pas de manière équivalente aux autres.

(* rappelons que le peu de choses en question correspond à près de 20 ans de salaire par talent).


d.4) Le troisième serviteur.

Après les deux premiers esclaves/serviteurs recevant ce que leur service méritait, vient le troisième qui ne réagit pas comme les autres. De toute évidence, il ne connait pas son maître et a de lui une vision très négative. La version de Luc ne nous parle pas au préalable de ce qu'a fait le serviteur et ne le mentionnera qu'au moment de sa convocation devant le roi. Seule la version de Matthieu le mentionne de suite.

🔘 Matthieu 25.18 : « Celui qui n'en avait reçu qu'un alla faire un creux dans la terre, et cacha l'argent de son maître ».

C'est donc un tout petit peu après dans le texte qu'il est demandé compte au troisième esclave/serviteur qui comparait devant son maître. 

🔘 Matthieu 25.24-25 : « Celui qui n'avait reçu qu'un talent s'approcha ensuite, et il dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu n'as pas vanné ; 25 J'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre ; Voici, prends ce qui est à toi ».

🔘 Luc 22.20-21 : « Un autre vint, et dit : Seigneur, voici ta mine, que j'ai gardée dans un linge ; 21 Car j'avais peur de toi, parce que tu es un homme sévère ; Tu prends ce que tu n'as pas déposé, et tu moissonnes ce que tu n'as pas semé ».

Sa vision du maître lui est très personnelle. Ce serait un homme dur, voleur et qui inspire la peur. Pourtant ses propres paroles ne sont pas cohérentes avec ses actions. S'il avait réellement peur de lui n'aurait-il pas plutôt été poussé à faire ce que le maître avait demandé plutôt que de lui désobéir volontairement ? D'autant que l'image de la dureté du maître ne consiste pas à parler d'éventuelles violences ou comportements de ce type, mais à dire qu'il amasse et moissonne ce qu'il n'a ni semé ni vanné. En d'autres termes il lui reproche de devoir travailler pour lui et refuse de l'enrichir en faisant fructifier ce qui lui appartient. Bien que prétendant en avoir peur, il ne craint pas de le regarder en face et de lui parler de la sorte et affirme sa propre droiture en lui restituant ce qui lui appartient de manière presque méprisante (« Voici, prends ce qui est à toi »).

Apparemment la seule peur qui a été la sienne a surtout été de dépenser ce talent.

Pendant tout le temps de l'absence du maître dont Matthieu nous dit qu'elle fut longue (Matthieu 25.19) et Luc le sous-entend en parlant d'un voyage qui l'emmenait dans un pays lointain (Luc 19.12), le troisième serviteur n'a tout simplement rien fait et il essaye maintenant de se justifier. Il ne croit pas réellement que son maître est méchant mais a besoin d'une excuse de taille qui puisse redorer un blason terni par sa flagrante désobéissance. Il n'a pas fait ce qui lui était demandé et à un impératif besoin de se disculper.

Malheureusement pour lui, il choisit la calomnie. Il refuse de reconnaître sa faute et la décale sur son maître. Ce qu'il dit, en substance, c'est que si son maître n'était pas quelqu'un de vil, il aurait fait ce qu'on lui demandait, c'est donc la faute du maître et non la sienne.

La Parole de Dieu nous dit que « Car par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné » (Matthieu 12.37) et ce sont bien ses paroles qui le condamnent. Il est très intéressant de voir la réponse du maître, qui est une redite de ce que vient de dire le serviteur :

🔘 Matthieu 25.26 : « Son maître lui répondit : Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que j'amasse où je n'ai pas vanné ».

En son temps, le roi David agira de la même manière avec l'Amalécite qui prétendait avoir tué le roi Saül :

🔘 2 Samuel 1.15-16 : « Et David appela l'un de ses gens, et dit : Approche, et tue-le ! Cet homme [absent] frappa l'Amalécite, qui mourut. 16 Et David lui dit : Que ton sang retombe sur ta tête, car ta bouche a déposé contre toi, puisque tu as dit : J'ai donné la mort à l'oint de l'Éternel ! ».

En réalité, le maître ne semble pas du tout être comme le troisième esclave/serviteur le dépeint. La confiance qu'il a témoigné à ses serviteurs et la récompense qu'il a déjà donné aux deux premiers prouvent que c'est la vision du troisième qui est totalement fausse. Aussi, alors qu'il semble confirmer ses dires en appuyant à son tour qu'il moissonne où il n'a pas semé, il ne fait en réalité que le regarder de la manière dont il a demandé à être regardé.

Il poursuit enfin en expliquant ce qu'il aurait dû faire.

🔘 Matthieu 25.27 : « il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt ».

🔘 Luc 19.23 : « Pourquoi donc n'as-tu pas mis mon argent dans une banque, afin qu'à mon retour je le retirasse avec un intérêt ? ».

C'est ici la différence entre ce que les croyants ont individuellement reçu. Ce que vient de nous dire le maître/Jésus c'est que nous avons tous reçu une responsabilité, quelle qu'elle soit. Nous devons l'assumer, mais si nous n'y parvenons pas, alors nous avons la responsabilité de ne pas la jeter à terre et de la mettre aux profits de ceux qui sont parvenus à faire fructifier ce que Dieu leur avait confié. Ainsi, nous aurons au moins permis de faire grandir au-delà des espérances ce qui était demandé aux autres. Ce faisant, notre propre talent aura produit du fruit, peu importe que ce soit par le truchement d'un autre. Parce qu'en réalité, c'est Dieu qui en est honoré, pas l'homme. Parce que ce que chacun a à faire n'est qu'une partie d'un tout, ce sont les hommes qui attachent plus d'importance aux montagnes qu'aux collines, mais la terre appartient à Dieu.

C'est de cela que parle Jésus en disant qu'il fallait remettre l'argent aux banquiers. Si nous ne parvenons pas à le faire fructifier nous-même, alors confions-le à ceux qui pourront le faire.

La conséquence étant que le troisième serviteur se voit dépossédé de son talent qui est confié au premier. Cela afin que, finalement, ce talent puisse profiter et faire grandir la richesse du maître. 

🔘 Matthieu 25.28 : : « Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents ».


d.5) Les sept autres serviteurs.

La version de Matthieu ne parle que de trois serviteurs, alors que celle de Luc parle de dix. Une fois de plus cela vient de l'auditoire. Dans la version transmise par Matthieu, seuls les disciples entendent et écoutent, il n'est donc pas nécessaire de parler de ceux qui de toute façon méprisent le maître, et le troisième esclave/serviteurs ne parle pas de non convertis, mais bien au contraire de convertis passifs. Dans la version de Luc, le peuple reçoit les paroles de Jésus et si les trois premiers esclaves/serviteurs parlent de la même chose, il y a le rajout des sept autres qui eux ont également reçu une mine chacun mais semblent avoir disparus de l'histoire. Il y a cependant un verset qui tombe comme un cheveu sur la soupe et qui conclut la parabole :

🔘 Luc 19.27 : « Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n'ont pas voulu que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence ».

Or, sur les dix serviteurs on a les deux premiers qui ont fait ce qu'il fallait, le troisième qui se présente en n'ayant rien fait, et qui, s'il crache ouvertement sur son maître, ne lui retire pas son statut de maître, et ensuite le texte nous parle d'amener les ennemis du maître, donc des personnes qui ne sont pas venues d'elles-mêmes parce qu'elles refusaient qu'il « régnasse sur eux ». Ce sont les trois catégories d'êtres humains. Ceux qui acceptent Dieu et lui obéissent, ceux qui acceptent Dieu mais ne lui obéissent pas, et finalement ceux qui le rejettent.


d.6) Le sort des rebelles.

Dans la version de Matthieu de la parabole, le troisième est jeté « dans les ténèbres du dehors » (Matthieu 25.30), ce qu'il a lui est retiré et il est renvoyé dans le monde, expulsé du royaume de son ancien maître. Cette parabole ne parle que de ceux qui disaient appartenir aux maîtres (Dieu).

🔘 Matthieu 25.28-30 : « Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. 29 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. 30 Et le serviteur(doulos) inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents ».

Dans celle de Luc, le sort du troisième est le même, mais on ajoute le sort des sept autres qui ne se sont même pas présentés. Parlant au peuple et non uniquement aux disciples, Jésus inclut le sort de ce qui l'ont rejeté d'emblée.

🔘 Luc 19.24-27 : « Puis il dit à ceux qui étaient là : Otez-lui la mine, et donnez-la à celui qui a les dix mines. 25 Ils lui dirent : Seigneur, il a dix mines. - Je vous le dis, on donnera à celui qui a, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. 27 Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n'ont pas voulu que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence ».


e) Conclusion.

Quand le troisième esclaves/serviteur reçoit un talent, ce n'est pas une punition, et ce n'est pas des miettes non plus. Cela représente la quantité maximum qu'il pouvait gérer durant l'absence de son maître. C'est le dépôt que Dieu met en nous et qui est suffisant pour n'importe qui, et pour toute la vie. La tâche de cet esclaves/serviteur était simplement différente de celle des deux premiers. Elle est cependant très importante. Rien n'est réellement indépendant dans le royaume de Dieu. La plupart des croyants qui se rebellent de la même manière que le troisième esclaves/serviteur, le font parce qu'ils sont attirés par la lumière qu'apporte le fait d'être mis en avant plutôt que par la lumière que Dieu peut apporter au monde à travers eux. C'est de la convoitise spirituelle, rien de plus.

Les deux premiers esclaves/serviteurs ont reçu plus, mais cela représente également plus de responsabilités.


e.1) La croissance de celui qui obéit.

Malgré la quantité importante de talents que possède désormais le premier (5+5), le maître décide tout de même de lui confier le talent qui vient d'être retiré au troisième serviteur. On pourrait penser que cela risque de devenir très, voir trop lourd pour lui. En réalité il n'en est rien parce que pour posséder plus, il faut avoir la pleine conscience que rien n'est à vous. Les deux premiers serviteurs représentent le fait d'avoir compris que le seul moyen de travailler pour Dieu, c'est de se rappeler que c'est lui qui fait à travers nous. Cette compréhension est beaucoup plus profonde que ce que l'on imagine, et je ne suis pas certain qu'il y en ait réellement une fin. Eux, cependant, ont suffisamment compris cela pour qu'on puisse leur confier plus que ce qu'ils ont reçu au début. Parce qu'à partir du moment où la méthode est comprise, Dieu peut déverser sans limite.


e.2) S'observer soi-même.

Par ailleurs, lorsqu'on essaye de transposer spirituellement cette parabole dans notre quotidien, il est important de comprendre que nous n'avons strictement aucun moyen de savoir combien chacun a reçu. Lorsque celui qui a eu 1 regarde ceux qui ont reçu 2 ou 5, il ne peut quantifier correctement qui a eu quoi. Personne ne sait l'apparence qu'aura ce qui a été demandé aux autres, nous avons déjà du mal à déterminer celle de ce qui nous a été demandé à nous-même. Peut-être quelqu'un a-t-il eu 10, mais son service se fera dans l'ombre, dans le secret de prières solitaires dont personnes n'entendra parler, alors que celui qui a eu 1 fera peut-être quelque chose de visible, qui attire l'attention et qui fera penser que lui a eu plus. Il faut juger selon la vérité et non selon les apparences, mais les apparences sont trompeuses et la vérité ne nous regarde pas toujours. Ça n'est pas parce qu'une chose est vraie que Dieu a l'obligation de nous la dire. Aussi nous avons toujours accès aux apparences, mais pas toujours à ce que Dieu fait dans la vie des uns et des autres, simplement parce que ça ne nous regarde pas. Que chacun s'occupe de son propre joug, c'est ce que Jésus voulait dire à Simon lorsqu'il lui reprochait de s'occuper de ce qui concernait Jean, il lui disait : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? Toi, suis-moi » (Jean 21.22). On pourrait transposer en disant 'peu importe combien de talent je lui ai confié, occupe-toi des tiens'.


e.3) La suite des vierges.

Tout comme dans la parabole des dix vierges, Jésus ne parle ici qu'aux croyants, pas aux païens. Les sept serviteurs supplémentaires sont un complément intéressant qui nous rappelle que tous sont appelés mais tous ne répondent pas. Le blé est semé dans le monde, mas il ne germe pas partout.

Le serviteur ayant un talent est une vierge folle, quand les deux autres sont les vierges sages. C'est pour cela également qu'il commençait cette parabole en disant : « Il en sera comme » (Matthieu 25.14), alors qu'il venait juste de finir la parabole des 10 vierges au verset précédent. Cette parabole est par voie de conséquence une façon différente de dire la même chose. C'est pour cela qu'elle se termine par un verset qui lui aussi est le parfait parallèle avec l'autre parabole.

🔘 Matthieu 25.30 : : « Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents ».

Cette conclusion aurait très clairement pu être celle de la parabole des 10 vierges, mais il la place ici, pour bien englober les deux paraboles en une seule.

Enfin, et pour finir ces remarques, il est important de noter que les talents appartiennent au maître, et qu'il les a confiés aux serviteurs pour qu'ils les fassent fructifier. Cependant, si l'on regarde le texte plus attentivement, on se rend compte que le maître, lorsqu'il décide de reprendre le talent au serviteur infidèle, ne le récupère pas, mais le donne au premier. Le premier nous est annoncé comme en ayant 5. Ce qui n'est pas aussi logique qu'on pourrait le penser. En fait, quand le maître est revenu, il a regardé ce que ses serviteurs ont fait de son bien, mais il n'a pas récupéré les bénéfices, il les leur a laissés. Ce qui fait que chaque serviteur fidèle a finalement le double de ce qu'il avait avant. Si le troisième avait été fidèle, il en aurait maintenant 2, soit autant que le deuxième serviteur avait au départ. Il aurait pu progresser mais a refusé.

Ça invalide également le jugement du troisième serviteur puisque le maître ne reprend pas les bénéfices.

Quand vous regardez ce que Dieu vous a donné comme lui appartenant, la quantité importe peu, seule l'origine compte, et donc vous pouvez recevoir beaucoup, mais si vous regardez ce que Dieu vous a donné comme vous appartenant, vous aurez tendance à le négliger. Dieu n'est obligé de donner à personne, il fait ce qu'il veut, et si nous ne sommes pas reconnaissants pour ce que nous avons, gageons que nous n'aurons jamais plus.


f) Conclusion des 10 vierges et des talents.

Le chapitre 25 de l'évangile de Matthieu contient deux paraboles, celles des 10 vierges et celles des talents, et il se termine par la conséquence de ces deux paraboles : le jugement. Ces trois passages sont souvent regardés séparément, alors que de toute évidence, Jésus parle d'une seule et même chose dont la troisième confirme le sens des deux premières.

Ici, nous allons regarder la conséquence.


f.1) Le texte.

🔘 Matthieu 25.31-46 : « 25.31 Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s'assiéra sur le trône de sa gloire ».

🔘 Matthieu 25.32-36 : « Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d'avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs ; 25.33 Et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. 34 Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; Prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. 35 Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; J'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; J'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; 36 J'étais nu, et vous m'avez vêtu ; J'étais malade, et vous m'avez visité ; J'étais en prison, et vous êtes venus vers moi ».

🔘 Matthieu 25.37 : « Les justes lui répondront : Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim, et t'avons-nous donné à manger ; Ou avoir soif, et t'avons-nous donné à boire ? ».

🔘 Matthieu 25.38-39 : « Quand t'avons-nous vu étranger, et t'avons-nous recueilli ; Ou nu, et t'avons-nous vêtu ? 39 Quand t'avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ? ».

🔘 Matthieu 25.40-43 : « Et le roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites. 41 Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; Allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. 42 Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; J'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; 43 J'étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli ; J'étais nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; J'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. ».

🔘 Matthieu 25.44-46 : « Ils répondront aussi : Seigneur, quand t'avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t'avons-nous pas assisté (diakoneo) ? 45 Et il leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n'avez pas fait ces choses à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne les avez pas faites. 46 Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle ».


f.2) L'explication.

Ce passage n'étant pas une parabole je ne vais pas le détailler mais en regarder les grandes lignes. Dans cette conclusion aux deux paraboles des 10 vierges et des talents, Jésus nous explique plus concrètement la différence entre les vierges folles et les vierges sages, ou entre les serviteurs fidèles et infidèles.

Les choses sont très simples, tout est centré sur les frères et sœurs en Christ (verset 40). Je sais qu'il est de bon ton de parler d'avoir de l'amour pour les perdus, mais ce n'est pas de cela dont Jésus parle ici. Il s'agit bel et bien de l'empathie que nous aurons eu les uns pour les autres, au sein de l'Église, pas en dehors. D'où l'affirmation de Jésus dans l'évangile de Jean : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jean 13.35). Par empathie j'entends bien plus que le simple fait de ressentir le besoin de l'autre, mais de faire sa part pour le combler. Chaque croyant doit remplir son rôle, et, comme je le dis souvent, pas le rôle des autres croyants.

Ce que tous devraient comprendre c'est qu'aimer les perdus ne changera rien à la donne, alors que si nous nous aimons vraiment les uns les autres, les perdus auront envie d'avoir cet amour parce que nous serons un témoignage, et s'approcheront de Dieu pour l'obtenir. Dès lors, entrant dans le royaume, ils le recevront de chacun d'entre nous.

Ici, qu'il s'agisse des vierges folles ou des trois serviteurs, il n'est question que de croyants, pas de païens. Les 10 vierges sont toutes des croyantes, et les trois serviteurs du maître sont également tous les trois des croyants. Il y a cependant une évidente différence qui est mise en avant entre 's'appeler de Dieu', et 'être de Dieu'.

Les vierges folles et les mauvais serviteurs sont les autres, qui ne sont là que pour parasiter. Ils n'aident jamais celui qui en a besoin, et ils regardent le salut, qu'ils pensent avoir, comme définitif et inaliénable. Ils l'enterrent et attendent le retour de Jésus. La surprise sera grande pour eux quand, au milieu de la nuit, leur lampe s'éteindra.

Il est de notre responsabilité de faire attention, gardons à l'esprit que les vierges sages n'ont pas donné de leur huile aux vierges folles, de la même manière que celui qui avait finalement dix talents n'en a pas donné un à celui qui n'avait rien fait. Cela passe de manière assez anodine, principalement parce qu'on pense souvent, à tort, que les sages sont des croyantes et que les folles représentent le monde, alors que ce ne sont que les deux faces d'une même pièce qui est l'église des hommes. Dans vos assemblées, le dimanche matin, vous côtoyez des vierges folles, vous côtoyez des serviteurs infidèles. Comme des pucerons sur un tronc, ils prendront votre force et vous feront devenir comme eux, parce qu'ils ne supportent pas l'image que vous leur renvoyez. Dans l'amour de Dieu il y a toujours de la fermeté, sa justice ne peut pas s'exprimer dans le laxisme. Respectez ceux qui ne veulent pas avancer avec Jésus, mais ne vous arrêtez pas pour eux.

Bien que je ne détaillerais pas, cette conclusion de Matthieu 25 pose une vérité qui sera source de tourments pour beaucoup. Dieu nous invite à prendre en compte qu'il ne nous sera pas seulement demandé des comptes pour ce que nous avons fait, mais également pour ce que nous n'avons pas fait.