- de la même nature que nous -
a) Sa propre probité.
b) La faute de tous.
c) Le danger de l'extrapolation.
d) La valeur relative de la chair.
e) L'erreur est permise.
f) Ce que l'homme ne peut voir.
On nous a bercé dans une vision de ce que doit être un enfant de Dieu tellement erronée que finalement tout le monde transporte un sentiment d'inachevé permanent. On se sent dès lors indignes de certaines choses et étrangement dignes de certaines autres. La frontière entre les deux étant souvent simplement ce qu'on a envie de faire et ce qu'on n'a pas envie de faire. La dignité ou son absence agissant comme un prétexte.
Il n'en reste pas moins qu'on nous a enseigné des choses qui tout en étant vraies n'avaient pas été suffisamment équilibrées pour qu'elles soient fructueuses dans la vie du croyant, et trop prises à la lettre pour ne pas le mettre en danger.
La vision commune de la probité du serviteur est spécifiquement le sujet que je mets en avant ici. Il s'agit de mettre à la lumière deux aspects de la croyance commune sur ce sujet qui sont l'une le corollaire de l'autre.
On pense qu'il faut être parfait pour être serviteur et en conséquent, on pense que les serviteurs sont parfaits.
Comme on est humain, on en a profité pour mettre des castes. Il y a les ministères, les anciens et les diacres. Ensuite on invente des fonctions, des rôles, des niveaux d'autorité et ainsi de suite. Cependant le but n'est pas ici de discuter de la forme que prennent les services de chacun de ces types, mais de réaliser qu'on ne les appréhende pas correctement en tant que personne.
a) Sa propre probité.
L'un des problèmes est que les croyants idolâtrent le serviteur, mais les choses sont en réalité bien plus vicieuses que cela parce que leur idolâtrie n'est pas un point de départ, mais une conséquence. Elle a pour origine leur volonté de ne rien faire. Ils se choisissent des guides, selon des critères presque toujours arbitraires, avec l'intention cachée de ne pas avoir à réfléchir à la direction de leur propre vie. Spirituellement aveugles, ils n'imaginent même pas suivre la nuée et recherchent quelqu'un qui les prenne par la main. Spirituellement sourds, ils n'essayent même plus d'écouter Dieu et se contentent de nommer ceux qui le feront pour eux. Spirituellement ignares, ils se contentent d'acquiescer à tous les messages prodigués par les serviteurs qu'ils se sont choisis.
Pour toutes ces personnes, il est primordial d'imaginer que leurs conducteurs soient des personnes parfaites. L'Eglise actuelle étant essentiellement composée de personnes fuyant la colère à venir cherche fondamentalement à être rassurée. Or, incapable de vérifier quoi que ce soit en raison de l'atrophie spirituelle provoquée par un manque d'obéissance répété, ils se retrouvent à placer leur confiance dans des personnes qu'ils ne connaissent pas vraiment, uniquement parce qu'elles portent l'étiquette "serviteur".
Dès lors la probité du serviteur devient une obligation incontournable, et si l'un d'entre eux venait à commettre quoi que ce soit qui ne soit pas en accord avec leur image de la vérité, alors le rejet serait d'autant plus sec que cela provoque en eux une insécurité qu'ils ne peuvent accepter. Ce qui les gêne n'est pas tant le péché de la personne incriminée que la brèche dans leur tranquillité, la peur que ce qu'ils imaginaient être une couverture spirituelle ressemble de trop à une passoire juste avant d'essorer les pâtes. Si déjà ils les idolâtrent, la moindre des choses c'est qu'ils fassent ce qui est nécessaire pour être parfait ! Ayant basé leur confiance première sur un coup de dès, ils ne sont pas en mesure d'exercer suffisamment de discernement pour jauger de la sincérité de celui qui a commis une faute, ou éventuellement de son insincérité.
Mais le problème est là.
Personne n'est censé avoir une probité supérieure aux autres. Elle n'est pas dépendante du poste, mais est la conséquence de l'appartenance au royaume de Dieu. Chacun, quel que petit qu'il puisse se considérer, revêt la même dimension que tous. Sa probité ou son absence ont le même poids que n'importe lesquelles dans l'assemblée.
b) La faute de tous.
Alors on dira que si celui qui est en autorité dans une assemblée pêche, alors le poids est sur toutes les personnes sur lesquelles il a autorité. C'est vrai, mais comme d'habitude, c'est incomplet. Parce qu'en réalité peu importe qui pèche dans une assemblée, le poids est sur toute l'assemblée. L'exemple d'Acan est parlant. Il serait bon de ne pas oublier que s'il y a bien une différence d'une personne à l'autre, il n'y en a jamais au regard de la filiation divine ou du salut. David a dû payer pour la faute de Saül sur les Gabaonites. Daniel, qui était un adolescent, s'humiliait devant Dieu pour la faute de son peuple en ne s'excluant pas (Daniel 9.5-6 : « Nous avons péché, nous avons commis l'iniquité, nous avons été méchants et rebelles, nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes ordonnances. Nous n'avons pas écouté tes serviteurs, les prophètes, qui ont parlé en ton nom à nos rois, à nos chefs, à nos pères, et à tout le peuple du pays »). Néhémie faisait de même (Néhémie 1.7 : « Nous t'avons offensé, et nous n'avons point observé les commandements, les lois et les ordonnances que tu prescrivis à Moïse, ton serviteur »).
Nous ne pouvons demander pardon que pour nos fautes. Même l'intercession ne consiste pas à demander pardon pour la faute des autres, mais à comprendre que nous sommes tous unis et que la faute des uns est également la nôtre. Ce qui fait que nous demandons pardon pour notre faute, ce qui aide à comprendre pourquoi il faut renvoyer celui qui, ayant fauté refuse de corriger le tir.
Chacun porte la faute de l'ensemble.
c) Le danger de l'extrapolation.
Il en découle que le croyant a tendance à considérer le serviteur comme meilleur que lui. Bien sûr il confessera que nous sommes tous pêcheurs, que nous avons tous besoin de la grâce de Dieu et ainsi de suite. Bien que ces choses soient vraies, la réalité est que presque personne n'y croit. Ca semble triste, voire impossible, et beaucoup se diront qu'ils ne sont pas comme ça. Pourtant la même prophétie apportée par quelqu'un de reconnu et par un inconnu notoire n'aura pas la même portée, le même enseignement apporté par un ministère connu ou non finira de même. On s'intéresse plus à celui qui parle qu'à la chose dite alors qu'étrangement éprouver le serviteur ne peut pas se faire sans éprouver ce qu'il dit.
En considérant que le serviteur est une personne qui a réussi à vaincre dans les domaines où nous nous battons encore, non seulement nous cessons d'être leur gardien, mais acceptons que des personnes pouvant avoir des fragilités diverses exercent auprès de nous sans que personne ne leur vienne en aide. Il faut que l'erreur soit réellement très grosse pour que quelqu'un la relève lorsque le serviteur est connu parce qu'il y a trop souvent une petite voix dans nos têtes qui nous murmure qu'il est plus que nous et qu'il sait de quoi il parle. Et je ne parle même pas des serviteurs qui se sont laissés corrompre par l'orgueil et ont fini par croire être plus que des fils dans la maison de Dieu.
d) La valeur relative de la chair.
Pourtant la Parole n'a jamais présenté les choses de cette manière.
On ne parvient que très peu à distinguer l'homme et le serviteur, pourtant ce sont bien deux choses différentes. Les exemples parfaits étant Saül et David. Dieu les a choisis pour remplir une fonction, leur stature humaine n'indique que l'ampleur des épreuves qui suivront. Saül était un homme mauvais qui est devenu un ennemi de Dieu, mais il a fait ce pour quoi il est devenu roi, il a libéré le peuple. David de même étant très loin d'être parfait. Il n'est pas parvenu à la royauté trop tôt, il n'a pas non plus été trop lent à se corriger avant de devenir roi. La réalité est qu'il y avait deux axes qui progressaient dans la même direction. Il devait terminer sa préparation pour être le roi que Dieu voulait sur son peuple, et il l'est devenu non pas trop tôt, mais exactement au moment où tout était prêt en lui pour que cela soi. Pourtant, humainement il était toujours une catastrophe et il progressera tout du long de son règne. Le David de la fin n'aura plus grand-chose à voir avec le David du début. Il était prêt à régner, mais son règne s'est compliqué parce qu'humainement il avait de sérieuses lacunes. De nos jours, il n'aurait jamais pu être serviteur.
Rappelons que, pêle-mêle, il était meurtrier (Uri), adultère (Bath-Schéba), violeur (Bath-Schéba), ne faisait pas droit aux victimes (Tamar), innocentait le coupable (Amnon, Abner). De nos jours il aurait été rejeté sans hésitation.
Rappelons que Moïse était meurtrier (l'Egyptien) et qu'il s'était uni à des femmes étrangères (Séphora, l'Ethiopienne). De nos jours il aurait été rejeté sans hésitation.
Rappelons qu'Osée s'est uni à une prostituée (Osée 1.2).
Rappelons qu'Osée s'est uni à une femme adultère (Osée 3.1).
Rappelons que Esaïe a marché « nu et déchaussé » (Esaïe 20.2).
Rappelons que Ruth était Moabite, d'un peuple maudit.
Rappelons que Rahab était une prostituée.
Et que dire de Samson, qui a pourtant été juge pendant 20 ans ? D'Elie qui avait tout du Sdf en haillons, loin du strass et des paillettes de nos églises.
Le nombre ne permet pas d'établir une règle, mais il exclut certainement l'exception.
e) L'erreur est permise.
Le serviteur étant parfait, il ne peut commettre d'erreur. Et s'il venait à en commettre une, l'Eglise jugerait de la gravité de cette dernière afin d'en décider la sanction. Mais la sanction n'est pas déterminée en fonction du serviteur, mais de l'image que l'on veut donner au monde. Elle n'est pas le fruit de l'obéissance, mais celui de l'orgueil. Elle sert à faire amende honorable devant l'oppresseur afin qu'il se réjouisse de votre soumission à ses règles plutôt qu'à celles de Dieu.
L'Eglise a oublié cette parole transmise par Jacques : « Car quiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul commandement, devient coupable de tous. En effet, celui qui a dit : Tu ne commettras point d'adultère, a dit aussi : Tu ne tueras point. Or, si tu ne commets point d'adultère, mais que tu commettes un meurtre, tu deviens transgresseur de la loi » (Jacques 2.10-11). Or Moïse nous dit bien : « Vous ne déroberez point, et vous n'userez ni de mensonge ni de tromperie les uns [iysh] envers les autres » (Lévitique 19.11).
Un mensonge n'est pas moins coupable qu'un meurtre, mais parce que le monde ne considère pas que ce soit un problème, alors l'église n'aura pas la même intransigeance. Le serviteur restera en place après avoir éventuellement présenté quelques excuses, si tant est qu'on informe la masse du comportement en question.
On nous parle toujours d'aller de victoire en victoire, mais on oublie de dire que pour l'ensemble des croyants, nous allons simultanément de défaite en défaite. La différence ne se faisant donc pas entre ceux qui n'échouent pas et ceux qui échouent, mais entre ceux qui apprennent de leur défaite d'un moment pour les transformer en victoire sur la durée, et ceux qui les laissent être des défaites et n'en apprennent rien.
Lorsque l'Eternel désignera Saül à Samuel, c'est sa stature physique qui est mise en avant (1 Samuel 9.2) (1 Samuel 10.23). Le prophète fera alors l'erreur de croire que c'est la méthode de sélection de l'Eternel et la reproduira alors qu'il devra oindre le fils d'Isaï (1 Samuel 16.6). L'Eternel le reprendra en ces termes : « Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l'ai rejeté. L'Éternel ne considère pas ce que l'homme considère; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au cœur » (1 Samuel 16.7).
L'Eternel n'a pas rejeté Samuel parce qu'il a commis une erreur, pourtant elles reviennent toutes au même. Ca n'est pas l'erreur qui détermine l'aptitude à servir ou non. Caïn n'était pas plus meurtrier que David, c'est leurs cœurs qui étaient différents et qui ont fait de l'un un exilé et de l'autre un roi aimé des siens et de Dieu.
f) Ce que l'homme ne peut voir.
Le cœur, cette tragédie que l'homme ne peut contrôler.
Il fallait bien que le critère de Dieu ne puisse être perçu par l'œil. Ca n'a pourtant pas empêché l'homme de se confier dans ce qu'il voit. Déconnecté de l'Esprit du Dieu vivant, il a ajouté règle sur règle pour essayer de créer des garde fous supposés lui éviter le pire. Il n'a pas compris que le simple fait de ne plus rester connecté était déjà le pire.
Depuis lors, combien de serviteurs n'ont pas été envoyés par Dieu ? Combien ont été rejetés en l'étant pourtant ? Combien n'ont même pas essayé parce qu'un pasteur que Dieu n'avait pas choisi les a convaincus qu'ils n'étaient pas appelés ? Combien ont été aiguillés sur de mauvais rails par ces mêmes personnes et vivent dans l'insatisfaction, comprenant que quelque chose ne va pas mais peinant à remettre en question le socle vicié sur lequel ils ont tristement basé leur service ? Et pire que tout, combien n'ont pas compris que tous doivent rendre un service à Dieu, chacun à son échelle, selon les talents qu'il a reçus ?
On se contente de croire que les fruits témoigneront, mais ça n'est pas entièrement vrai, parce que nous décidons de ce qui est un fruit et de ce qui n'en est pas un. Celui qui n'est pas capable de reconnaître Dieu ne peut reconnaître un fruit qui vient de lui. Les fruits ne sont pas éprouvés, la Parole de Dieu l'est. L'Eternel n'a pas dit qu'un prophète est de lui s'il porte du fruit, mais si la parole qu'il aura prononcé s'accomplit.
Dieu a volontairement choisi un critère que l'homme ne peut éprouver avec ses yeux il est donc naturel qu'une église dont les yeux spirituels sont clos ne peut suivre la voie droite. Et au lieu de se remettre en question, elle a fait le choix de nommer des responsables qui porteront la peine de leur propre aveuglement le jour où ils feront une erreur. Ce jour-là ils les remplaceront par d'autres en prétendant avoir fait le ménage et continueront encore et encore de reproduire les mêmes schémas, parce qu'ils choisissent toujours l'un d'entre eux, rebelle parmi les rebelles, un Saül dans l'âme. C'est ce qu'ils font depuis longtemps et ce qu'ils continuent de faire, désormais par automatisme.
Tous nos ancêtres dans la foi dont nous oublions si facilement qu'ils étaient des hommes étaient selon le cœur de Dieu et la plupart auraient été chassés de nos assemblées. D'une certaine manière, presque ironique, les serviteurs qui officient de nos jours auraient probablement également été chassés des leurs en leur temps. Ce que nous oublions, c'est que Moïse a demandé à mourir, Elie a demandé à mourir et Jésus s'est effondré devant Dieu en demandant une échappatoire à la croix. Servir Dieu ça n'est pas être fort, c'est lui être soumis, quoi qu'il en coûte.
Si nous sommes droits devant Dieu nous ne sommes pas meilleurs que ceux qui nous ont précédé mais nous ne sommes pas pires, et ce quelles que soient nos erreurs. Nous sommes simplement ceux qui verront la fin, mais en dehors de cela, nous sommes de la même nature qu'eux (Jacques 5.17).