- Les paraboles -

(volume 2)

18 - L'économe infidèle (Luc 16.1-9)

19 - Les enfants dans la place publique (Luc 7.31-35)

20 - La première place et le grand souper (Luc 14.7-24)

21 - L'homme fort (Matthieu 12.29) (Marc 3.27) (Luc 11.21-22)


(les paraboles 22 et 23 sont une suite exploitant un seul thème)

22 - L'homme riche (Luc 12.16-21)

23 - L'économe fidèle et avisé (Matthieu 24.45-51) (Luc 12.42-48)

24 - Le juge inique (Luc 18.1-8)

25 - La lampe (Matthieu 5.14-16) (Marc 4.21-25) (Luc 8.16-18)

26 - Les oiseaux du ciel et les lis des champs (Matthieu 6.24-34)

27 - La maison bâtie sur le roc (Matthieu 7.24-27) (Luc 6.47-49)

28 - Le maître de maison (Marc 13.33-37)

29 - Le sein d'Abraham (Luc 16.19-31)

30 - Les vignerons infidèles (Matthieu 21.33-46) (Marc 12.1-12) (Luc 20.9-19) 

31 - Les outres, habits et drap neufs (Matthieu 9.15-17) (Marc 2.21-22) (Luc 5.36-39)

32 - La tour inachevée (et La guerre imprudente du roi) (Luc 14.25-30)

33 - La paille et la poutre (Matthieu 7.3-5) (Luc 6. 41-42)

34 - Le pharisien et le publicain (Luc 18.9-14)

35 - La porte étroite (Matthieu 7.13-23) (Luc 13.24-29)

36 - Le figuier (Matthieu 24.32-35) (Marc 13.28-31) (Luc 21.29-33)

37 - Le figuier inutile (Luc 13.6-9)

38 - Les ouvriers de la onzième heure (Matthieu 20.1-16)

39 - L'invité sans tenue de noce (Matthieu 22. 1-14)

40 - Le sel de la terre (Matthieu 5.13)

41 - La semence (ou la graine poussant secrètement) (Marc 4.26-29) 

42 - Le serviteur revenant des champs (ou Les serviteurs inutiles) (Luc 17.7-10)

43 - Le vrai cep (Jean 15.1-8)

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     18 - L'économe infidèle (Luc 16.1-9)

a) Le texte.

🔘 Luc 16.1-7 : « Jésus dit aussi à ses disciples : Un homme riche avait un économe, qui lui fut dénoncé comme dissipant ses biens. 2 Il l'appela, et lui dit : Qu'est-ce que j'entends dire de toi ? Rends compte de ton administration, car tu ne pourras plus administrer mes biens. 3 L'économe dit en lui-même : Que ferai-je, puisque mon maître m'ôte l'administration de ses biens ? Travailler à la terre ? Je ne le puis. Mendier ? J'en ai honte. 4 Je sais ce que je ferai, pour qu'il y ait des gens qui me reçoivent dans leurs maisons quand je serai destitué de mon emploi. 5 Et, faisant venir chacun des débiteurs de son maître, il dit au premier : Combien dois-tu à mon maître ? 6 Cent mesures d'huile, répondit-il. Et il lui dit : Prends ton billet, assieds-toi vite, et écris cinquante. 7 Il dit ensuite à un autre : Et toi, combien dois-tu ? Cent mesures de blé, répondit-il. Et il lui dit : Prends ton billet, et écris quatre-vingts ».

🔘 Luc 16.8-9 : « Le maître loua l'économe infidèle de ce qu'il avait agi prudemment. Car les enfants de ce siècle sont plus prudents à l'égard de leurs semblables que ne le sont les enfants de lumière. 9 Et moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec les richesses injustes, pour qu'ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels, quand elles viendront à vous manquer ».


b) L'explication.

La signification de la parabole est très courte. L'essentiel de sa formulation nous parle du comportement d'un économe au sujet duquel des affirmations très négatives sont faites concernant la gestion des biens de son maître. Si dans un premier temps on peut se demander si l'économe est réellement infidèle de par le fait que son comportement soit empreint d'une certaine sagesse, on constate cependant qu'il est bien considéré comme infidèle par son maître, alors même que ce dernier loue son attitude une fois découvert.

Donc le serviteur est bien un économe infidèle, et ce malgré sa réaction une fois découvert.


b.1) Une sage duplicité.

La réaction qui nous est décrite, consiste à réduire la dette des débiteurs en échange d'un remboursement immédiat. Le but final étant d'attirer la sympathie des débiteurs en question pour s'assurer plus facilement un poste lorsqu'il aura perdu le sien.

Etrangement, alors que l'économe ne pense qu'à lui et dilapide les possessions de son maître qui se voit spolié d'une partie de ce qu'il avait en dépôt chez ses débiteurs, le maître encense son comportement. C'est là que les choses peuvent devenir obscures. Pourquoi le maître encense-t-il l'économe qui, en réalité, vient de lui voler son bien puisque la remise s'est faite sans son accord.

Dans la réalité on confond la satisfaction du maître et sa reconnaissance de l'ingéniosité de l'économe. On est tellement habitué à associer au verbe 'louer' toute une cohorte de valeurs positives qu'on imagine avec peine qu'il puisse y avoir une différence en ses louanges et la perpétuation du service de l'économe. Mais les louanges en question n'avalisent pas le comportement, elles ne font que reconnaître l'ingéniosité du procédé.

Jésus en retire un parallèle dans lequel la sagesse des perdus est supérieure à celle des sauvés parce qu'ils connaissent suffisamment la valeur des richesses pour savoir qu'elles valent moins que les alliances qu'elles peuvent permettre.


b.2) Le dernier verset.

Si tout cela est assez facile à comprendre, ce qui l'est moins c'est la formulation du dernier verset : « Et moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec les richesses injustes, pour qu'ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels, quand elles viendront à vous manquer ».

Les éléments pour le comprendre correctement sont premièrement « Faites-vous » qui nous rappelle qu'il parle spécifiquement à ses disciples, ensuite vient les « amis » qui ne désigne pas les perdus mais les enfants de Dieu. D'un point de vue général, nous ne sommes pas censés nous faire des amis dans le monde, ces gens dispersent et sont contre Jésus*. Dans la bouche de Jésus, ses amis sont ceux qui font sa volonté**. Nos amis devraient également l'être. Aussi, lorsqu'il nous dit de nous faire « des amis avec les richesses injustes », il ne parle pas d'argent sale, mais des richesses terrestres, l'argent sale n'étant pas autorisé***. C'est une appellation particulièrement intéressante, et si ça n'est pas l'endroit pour la développer, ça n'en reste pas moins un point à mettre en lumière parce que cela avalise l'injustice des richesses terrestres.

L'aspect troublant de ce verset réside donc dans le fait qu'il parle à des croyants à qui il conseille d'utiliser les richesses du monde pour le bien d'autres croyants, tout cela sur terre. La seule chose qui soit 'spirituelle' là-dedans, ce sont les personnes qui doivent donc être spirituelles pour faire une chose que les païens font également. La conséquence elle aussi est charnelle, elle consiste en une assurance que nous aurions si ces mêmes richesses terrestres venaient à manquer. Dans l'immédiat, il aurait tout autant pu simplement dire : 'faites comme eux', parce que rien ne pointe vers quelque chose de réellement unique aux croyants.

Le seul élément spirituel se trouve dans une étrange expression, celle des « tabernacles éternels ». Et pour le coup, cela parle réellement de tabernacles et d'éternité. Ce dernier verset nous conseille donc de nous faire des amis parmi nos frères avec les richesses du monde pour que le jour où nous viendrions à manquer de ces mêmes richesses, ceux qui seront nos amis puissent nous recevoir, mais pas dans quelque chose de terrestre, ce qui serait facilement compréhensible, mais dans quelque chose de céleste.

Bien que ce verset soit réellement particulier, il parle simplement du soutien que des amis peuvent nous apporter, par amitié et non par obligation. Ce soutien, fait par des hommes, sur terre, et suite à une perte de richesse terrestre, mais qui consiste en un accueil dans les tabernacles célestes parle de soutien spirituel, il parle d'être porté premièrement dans la prière parce qu'une prière sans amour n'a que peu de portée, mais également dans tout soutien terrestre qui découlerait d'une affection céleste. Ainsi nous devrions porter plus d'attention à faire de nos frères et sœurs des amis, comme l'économe infidèle faisait de ceux qui comme lui étaient redevables au maître de la parabole des amis pour qu'ils le reçoivent lorsque sa subsistance ne serait plus assurée suite à la révocation de sa fonction.

La compréhension de ce verset est cependant bien plus large, et en voici un autre aspect qui n'invalide cependant pas le premier. Nous devrions tous faire participer nos frères et sœurs aux révélations que Dieu nous donne, afin que lorsque nous viendrons à faiblir, ce soit eux qui puissent nous garantir l'accès aux tabernacles éternels lorsque nous aurons besoin d'être portés pour palier à notre manque.


* 🔘 Matthieu 12.30 : « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, et celui qui n'assemble pas avec moi disperse ».

** 🔘 Jean 15.14 : « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande ».

*** 🔘 Deutéronome 23.18 : « Tu n'apporteras point dans la maison de l'Éternel, ton Dieu , le salaire d'une prostituée ni le prix d'un chien, pour l'accomplissement d'un vœu quelconque ; Car l'un et l'autre sont en abomination à l'Éternel, ton Dieu ».

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     19 - Les enfants dans la place publique (Luc 7.31-35)

a) Le texte. 

🔘 Luc 7.31-35 : « A qui donc comparerai-je les hommes de cette génération, et à qui ressemblent-ils ? 32 Ils ressemblent aux enfants assis dans la place publique, et qui, se parlant les uns aux autres, disent : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé ; Nous vous avons chanté des complaintes, et vous n'avez pas pleuré. 33 Car Jean Baptiste est venu, ne mangeant pas de pain et ne buvant pas de vin, et vous dites : Il a un démon. 34 Le Fils de l'homme est venu, mangeant et buvant, et vous dites : C'est un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie. 35 Mais la sagesse a été justifiée par tous ses enfants ».


b) L'explication.

Jésus est en train de parler de la dureté du cœur des personnes de sa génération. Sachant que la génération dont il parle n'est pas une des nombreuses qui ont ponctué les décennies et les siècles depuis la création. Il se réfère aux trois générations qui séparent l'histoire de l'humanité, la troisième et dernière étant celle qui a commencé avec la révélation de la grâce par Jésus. C'est également de cette génération dont il parlait en disant : « Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n'arrive » (Matthieu 24.34). Il parle donc de toutes les époques depuis sa présence sur terre jusqu'à la nôtre.

Et ce qu'il fait, c'est mettre en avant la mauvaise foi, sans jeu de mots, des personnes qui entendent la vérité. Ça n'est pas qu'elles ne veulent pas l'entendre, mais plutôt qu'elles ne veulent plus rien entendre. Elles sont empreintes d'une paralysie spirituelle, peu importe ce qui leur est dit, elles n'en veulent pas. La raison n'est plus sollicitée chez elles. Cette génération trouve son paroxysme dans notre époque, où tout ce qui compte repose dans l'argument pour dire 'non' ou pour critiquer et pas dans la réflexion qui pourrait éventuellement y amener.

Dans l'image qu'il emploie, il met en avant le rejet des auditeurs dans deux types de situations. La première fois ils refusent de danser lorsque de la musique leur est jouée. La deuxième fois ils refusent de pleurer lorsque des choses tristes leur sont chantées. Ils sont la définition même de la tiédeur dont Jésus parle dans le livre de l'Apocalypse (Apocalypse 3.16 : « Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche »). Ils ne font aucun choix et préfèrent tout critiquer pour justifier de ne pas en faire. C'est pour cela qu'ils ont critiqué Jean Baptiste pour ses abstinences de pain et de vin (qui est un fait intéressant), mais ils critiquent tout autant Jésus pour l'inverse. Ils gardent la voix du milieu, qui est loin d'être celle de la sagesse. Ils sont sur une pente qui descend droit dans la géhenne et ont la possibilité de tourner à droite ou à gauche, mais préfèrent critiquer les deux possibilités et continuer tout droit.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     20 - La première place et le grand souper (Luc 14.7-24)

a) Le texte.

a.1) Première partie.

🔘 Luc 14.7-11 : « Il adressa ensuite une parabole aux conviés, en voyant qu'ils choisissaient les premières places; et il leur dit : 8 Lorsque tu seras invité par quelqu'un à des noces, ne te mets pas à la première place, de peur qu'il n'y ait parmi les invités une personne plus considérable que toi, 9 et que celui qui vous a invités l'un et l'autre ne vienne te dire : Cède la place à cette personne-là. Tu aurais alors la honte d'aller occuper la dernière place. 10 Mais, lorsque tu seras invité, va te mettre à la dernière place, afin que, quand celui qui t'a invité viendra, il te dise : Mon ami, monte plus haut. Alors cela te fera honneur devant tous ceux qui seront à table avec toi. 11 Car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé ».

🔘 Luc 14.12-14 : « Il dit aussi à celui qui l'avait invité : Lorsque tu donnes à dîner ou à souper, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches, de peur qu'ils ne t'invitent à leur tour et qu'on ne te rende la pareille. 13 Mais, lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. 14 Et tu seras heureux de ce qu'ils ne peuvent pas te rendre la pareille ; Car elle te sera rendue à la résurrection des justes ».


a.2) Deuxième partie.

🔘 Luc 14.15-20 : « Un de ceux qui étaient à table, après avoir entendu ces paroles, dit à Jésus : Heureux celui qui prendra son repas dans le royaume de Dieu ! 16 Et Jésus lui répondit : Un homme donna un grand souper, et il invita beaucoup de gens. 17 A l'heure du souper, il envoya son serviteur [doulos] dire aux conviés : Venez, car tout est déjà prêt. 18 Mais tous unanimement se mirent à s'excuser. Le premier lui dit : J'ai acheté un champ, et je suis obligé d'aller le voir ; Excuse-moi, je te prie. 19 Un autre dit : J'ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer ; Excuse-moi, je te prie. 20 Un autre dit : Je viens de me marier, et c'est pourquoi je ne puis aller ».

🔘 Luc 14.21-22 : « Le serviteur [doulos], de retour, rapporta ces choses à son maître. Alors le maître de la maison irrité dit à son serviteur [doulos] : Va promptement dans les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. 22 Le serviteur [doulos] dit : Maître, ce que tu as ordonné a été fait, et il y a encore de la place ».

🔘 Luc 14.23-24 : « Et le maître dit au serviteur [doulos] : Va dans les chemins et le long des haies, et ceux que tu trouveras, contrains-les d'entrer, afin que ma maison soit remplie. 24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper ».


b) Note.

Bien qu'il soit possible de séparer le texte en deux paraboles distinctes il paraît plus censé de les réunir en une seule.

D'un point de vue du vocabulaire, la traduction de [doulos] en 'serviteur' représente la même erreur que dans tous les autres textes de la nouvelle alliance. Sa signification reste donc 'esclave'. Le fait est expliqué dans plusieurs autres paraboles. Ce type de 'serviteur' est une propriété.


c) L'explication.

Jésus s'adresse à un parterre de pharisiens et de docteurs de la loi qui chacun s'empressent de prendre les places convoitées à la table du pharisien chez qui il s'apprête à manger.

c.1) La première partie.

Si ce texte n'était pas clairement identifié comme étant une parabole, il serait à la limite de ne pas être considérée comme en étant une. Sa phrase de conclusion élargit le sujet de beaucoup, mais l'histoire est simple. Il s'y trouve cependant une distinction qu'on occulte essentiellement parce qu'on mélange la conclusion de cette parabole avec la conclusion d'une autre. Il est dit ici : « Car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé » (Luc 14.11) et cette affirmation est souvent confondue avec : « les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers » (Matthieu 20.16). Deux phrases qui semblent parler de la même chose mais qui ne le font absolument pas. L'affirmation de la version de l'évangile selon Matthieu est tirée de la parabole des ouvriers de la onzième heure (38 dans la liste) dont le sujet est tout autre et qui fait la distinction entre deux catégories en tout, les premiers et les derniers. Ici, dans la parabole de la première place dans le souper, Jésus ne procède pas du tout de la même manière.

Si nous avons bien un premier qui finit dernier, dans la réalité cela ne fonctionne pas en image-miroir, et le dernier n'est pas censé devenir premier, même si ça ne l'interdit pas. Ce qui se passe ici c'est l'illustration des conséquences de l'humilité et de l'orgueil. Celui qui prend la première place prend le risque de s'en voir privé par celui qui décide qui s'assoie où. Ce faisant, toutes les places étant prises, il finira dernier. Par contre celui qui s'est placé en dernier ne sera pas obligatoirement mis à la première place, parce que ça n'est pas forcément celle qui lui incombe. Par contre, lorsque celui qui décide de l'ordre de table le verra être à une place inférieure à celle qu'il lui destine, il le fera lever pour le placer correctement. Peut-être sera-t-il premier, mais le texte ne fait que nous dire qu'il sera élevé, pas plus. Peut-être qu'il sera à l'avant dernière, mais ça n'a pas d'importance. Le roi David n'a pas cherché la première place, il se tenait fidèlement à la dernière, même derrière les serviteurs de son père, et s'il a fini par être élevé à la première place, ça n'a pas été du premier coup. Dieu l'a établi au fur-et-à-mesure sur un peu plus. D'abord sur une troupe de brigands, puis sur la ville de Tsiklag, puis sur Juda, et enfin sur Israël.

Cette partie de la parabole est une mise en histoire du troisième proverbe : « Il se moque des moqueurs, mais il fait grâce aux humbles ; Les sages hériteront la gloire, mais les insensés ont la honte en partage » (Proverbes 3.34-35). Les sages sont les humbles qui s'assoient à la dernière place et dont la gloire est dans leur élévation, les insensés sont les moqueurs, les orgueilleux qui ont en partage la honte de se voir rabaissés. Jacques et Pierre reformulaient ça en nous disant simplement : « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles » (Jacques 4.6) (1 Pierre 5.5).

Ayant adressé le problème des convives présents, Jésus se tourne alors vers l'organisateur du repas pour l'éclairer lui aussi sur son comportement.

Cette fois-ci cela concerne le choix de ses convives dont on sait que l'orgueil était prégnant. Il faut cependant relativiser le dîner dont Jésus fait cas au début de sa remarque puisqu'il fait suivre cette affirmation en parlant de festin. En outre, les traditions d'hospitalité d'alors et les nôtres ne sont pas comparables, tout comme la société ne l'est pas. C'est pour cela qu'il ne faut pas le prendre à la lettre mais en dégager le sens. Cette remarque à l'organisateur du repas est une charnière entre les deux parties de la parabole. D'ailleurs la remarque qu'il y fera sera reprise par lui-même quelques versets plus tard (« invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ») dans la deuxième partie de la parabole.

Ce recadrage n'est cependant pas réellement agressif, alors que celui sur le placement des invités l'était. Les invités laissaient manifester leur orgueil en voulant chacun la meilleure place, persuadés qu'ils la méritaient et c'est ce qui leur a valu cette remarque. Par contre l'organisateur du repas n'a rien fait de mal en organisant ce repas, au contraire, il a fait preuve de largesse et d'hospitalité. C'est pour ça que Jésus ne fait que lui donner une directive pour s'améliorer.


c.2) La deuxième partie.

La suite est initiée par la remarque d'un des convives. Ces derniers viennent de se prendre un violent reproche, et alors que Jésus fait une remarque à l'organisateur du repas, il se trouve que les convives en prennent un deuxième. Après avoir entendu qu'ils se comportaient de manière orgueilleuse, ils entendent ensuite qu'ils n'auraient même pas dû être invités.

C'est alors qu'un des invités fait une remarque qui pourrait faire se demander s'ils ont réellement écouté ce que Jésus vient de dire. « Heureux celui qui prendra son repas dans le royaume de Dieu » !!! Comment parler pour ne rien dire. Ça sent bon le dernier de la classe qui essaye de participer à une conversation impliquant le premier.

Cependant, cet invité vient de faire quelque chose qui modifie radicalement la suite de ce que Jésus va dire. Si la première partie parlait essentiellement de manière terrestre et humaine, bien qu'ayant des ramifications spirituelles ne serait-ce que dans le fait de se voir rendre la pareille au jour de la résurrection des justes, la deuxième partie est essentiellement spirituelle. Et c'est cette remarque du convive qui fait passer d'un plan à l'autre.

En disant « Heureux celui qui prendra son repas dans le royaume de Dieu » il déclenche la troisième salve des reproches que Jésus leur fait, et cette dernière est totalement spirituelle bien que rien ne certifie qu'ils l'aient compris.

S'ils ne l'ont pas compris selon sa signification réelle, alors ils entendent simplement que les miséreux avaient plus leur place ici qu'eux-mêmes, ce qui a déjà dû modifier le goût des aliments. Par contre s'ils en ont compris la signification spirituelle, alors ils viennent d'entendre que les riches s'occupent des plaisirs que procurent la chair et se disqualifient d'eux-mêmes de participer à ce fameux « repas dans le royaume de Dieu », chacun invoquant une raison qui paraît plus être une façon de montrer leur désintérêt pour le repas qui est organisé. Il est peu probable que le premier ait acheté un champ sans l'avoir vu auparavant, l'autre n'a aucun impératif l'obligeant à essayer ses bœufs le jour-même, quant à celui qui vient de se marier, ce serait plus une raison de venir se réjouir que de ne pas le faire. La duplicité de chacun est claire, et tous agissent de la sorte. Ces exemples ne sont donnés que pour servir de mètre-étalon de ce que chaque invité avançait comme excuse puisque « tous unanimement se mirent à s'excuser ».

C'est alors que Jésus reparle « des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles », en opposition à ceux qui ont refusé l'invitation et le maître ordonne donc qu'ils soient cherchés pour occuper les places qui étaient réservés aux riches du début de la parabole. Si nous comprenons assez facilement que cela parle du rejet d'Israël, les premiers invités, remplacés par les non-juifs qui eux ne demandaient que ça, il faut comprendre également que les interlocuteurs reçoivent cette histoire en se trouvant de l'autre côté de la rivière. Celui qui se trouve sous la grâce lit ce passage en y voyant l'histoire de son salut, alors que celui qui est sous la loi le reçoit comme l'histoire de sa condamnation.

Quant à la conclusion, elle ne signifie pas qu'Israël ne peut plus être sauvé puisqu'ils le peuvent par la grâce, mais que ceux qui ont rejeté l'invitation première le sont et le seront tant qu'ils n'en arriveront pas à rejeter les richesses du monde pour celle de Dieu. Sachant que ce qui leur est reproché n'est pas d'avoir eu des bœufs à tester, un champ à visiter où je ne sais quoi à faire avec leurs femmes, mais le fait de les avoir fait passer avant Dieu.


d) Conclusion.

Cette suite est la progression d'un discours qui va du positionnement anarchique des convives d'un repas, dicté par l'orgueil, jusqu'à leur rejet du repas céleste. Les invités se prennent successivement trois salves de reproches, tout d'abord le sujet de l'orgueil de leur placement, ensuite le fait qu'ils n'auraient pas même dû être invités par l'organisateur du repas et enfin le fait que même au ciel ils ne sont plus les bienvenus parce qu'ils ont rejeté celui qui en venait.

Ce repas représente évidemment les noces de l'agneau, l'union de Jésus et de la promise dont ils ont refusé de faire partie.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     21 - L'homme fort (Matthieu 12.29) (Marc 3.27) (Luc 11.21-22)

a) Le texte. 

🔘 Matthieu 12.29 : « Ou, comment quelqu'un peut-il entrer dans la maison d'un homme fort et piller ses biens, sans avoir auparavant lié cet homme fort ? Alors seulement il pillera sa maison. ».

🔘 Marc 3.27 : « Personne ne peut entrer dans la maison d'un homme fort et piller ses biens, sans avoir auparavant lié cet homme fort ; Alors il pillera sa maison ».

🔘 Luc 11.21-22 : « Lorsqu'un homme fort et bien armé garde sa maison, ce qu'il possède est en sûreté. 22 Mais, si un plus fort que lui survient et le dompte, il lui enlève toutes les armes dans lesquelles il se confiait, et il distribue ses dépouilles ».


b) L'explication.

Difficile de comprendre plus mal un verset que celui-là !

Le problème majeur et que si le monde spirituel est moins dangereux que de traverser une route, il n'en reste pas moins que si on ne respecte pas quelques règles de base on se fait écraser très rapidement. Ce verset fait partie de ceux qui sont le centre névralgique de presque toutes les explications sur le 'combat spirituel'. Comme on devait s'en douter, il est complètement tordu dans son explication usuelle. Plus un passage est important, plus il est déformé.

Enseigner une doctrine, quelle qu'elle soit, est toujours problématique lorsque nous avons une idée préconçue des choses. Si la Parole de Dieu ne sert qu'à nous donner des arguments pour mettre en avant ce en quoi nous croyons déjà, le mur est la prochaine étape, et la violence du choc dépendra essentiellement de la doctrine concernée.

Dans le cas de ce fameux 'combat spirituel', ceux qui veulent le comprendre font généralement la recherche de versets pouvant soutenir leurs affirmations et se servent de tout ce qui contient le verbe 'lier' pour les étayer. Là est le problème, bien que la notion de lien et de possession soit relativement simple et logique, elle reste totalement incomprise.

Et justement, ce qui ne va pas dans la compréhension de ces différents passages, c'est la raison de lier l'homme fort. Il s'agit de « piller ses biens ». La question qui se pose alors est de savoir quels sont les biens des démons que nous pourrions vouloir piller. Ceux qui passent rapidement sur ces passages en concluront hâtivement qu'il s'agit des captifs, mais cela n'a aucune cohérence avec ce qui nous est dit. On nous parle bien d'un homme fort qui est chez lui, pas d'un homme fort qui se serait saisi de la maison d'un autre. Dans aucune des versions de l'évangile l'homme fort en question n'est présenté comme l'agresseur, c'est toujours le défenseur et le protecteur, il apporte la sûreté, pas le malheur.

En réalité, alors qu'on nous présente ces passages comme la preuve que nous devons lier l'homme fort pour libérer les captifs qui seraient sous son emprise, le tableau est exactement à l'opposé. Nous sommes censés être l'homme fort. Ce que Jésus nous dit ici c'est que nous devrions être des hommes forts et que nous devrions tenir nos maisons et protéger nos possessions de celui qui veut nous les ravir.

Ces passages nous expliquent en réalité que le diable ne peut se saisir de ce qui est à nous qu'en nous liant, il doit trouver un moyen d'entrer dans la maison qui est nôtre, mais il ne le peut qu'avec une invitation. C'est en nous liant qu'il nous empêchera de lui faire face, et alors il prendra ce qui nous appartient.

Ces versets n'ont jamais été une ligne de conduite sur la manière de l'attaquer, mais sur la manière de ne pas être attaquable.

Par ailleurs, la version de Luc nous donne une suite intéressante dans laquelle le démon n'a pu rester dans une maison, ce qui est justement la conséquence de ce que celui qui s'y trouve était l'homme fort. C'est justement pour cette raison qu'il va chercher sept autres esprits plus méchants que lui, parce qu'il a besoin d'aide pour lier le propriétaire de cette maison. C'est un bras de fer dans lequel nous devons rester les hommes forts que Dieu fait de nous.

🔘 Luc 11.24-26 : « Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va dans des lieux arides, pour chercher du repos. N'en trouvant point, il dit : Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti ; 25 Et, quand il arrive, il la trouve balayée et ornée. 26 Alors il s'en va, et il prend sept autres esprits plus méchants que lui ; ils entrent dans la maison, s'y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première ».

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     22 - L'homme riche (Luc 12.16-21)

a) Le texte.

🔘 Luc 12.16-17 : « Et il leur dit cette parabole : Les terres d'un homme riche avaient beaucoup rapporté. 17 Et il raisonnait en lui-même, disant : Que ferai-je ? Car je n'ai pas de place pour serrer ma récolte ».

🔘 Luc 12.18-19 : « Voici, dit-il, ce que je ferai : J'abattrai mes greniers, j'en bâtirai de plus grands, j'y amasserai toute ma récolte et tous mes biens ; 19 Et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; Repose-toi, mange, bois, et réjouis-toi ».

🔘 Luc 12.20-21 : « Mais Dieu lui dit : Insensé ! Cette nuit même ton âme te sera redemandée ; Et ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il ? 21 Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n'est pas riche pour Dieu ».


b) L'explication.

La manière de faire de Jésus est très intéressante. La situation qui motive cette parabole est celle d'un homme qui demande à Jésus de raisonner son frère afin qu'il partage leur héritage. La réponse de Jésus à la demande se fait en deux temps.

Dans le premier il affirme qu'il n'est pas là pour trancher dans les affaires des hommes (« qui m'a établi pour être votre juge, ou pour faire vos partages ? »), pourtant, dans le second, il semble le faire tout de même (« Gardez-vous avec soin de toute avarice ; Car la vie d'un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l'abondance »). Dans la réalité Jésus fait exactement ce que tout croyant devrait faire, il ne leur dit pas ce qu'ils doivent faire, mais ce que la Parole de Dieu dit. Pas ce que la Parole dit qu'ils doivent faire, parce que ça ce n'est qu'une forme spiritualisée d'un jugement personnel. Personne n'est là pour dire aux autres ce qu'ils doivent faire. Si vous dite à quelqu'un ce qu'il doit faire, alors si jamais, pour une raison ou une autre, ça n'était pas le cas, vous êtes coupable devant Dieu, quand bien même la chose dite est directement tirée de la Parole de Dieu. C'est la faute des amis de Job, qui consiste à dire des choses qui sont vraies sans savoir si elles sont de circonstances, uniquement parce que les apparences s'y prêtent. C'est également ce qu'a fait satan lorsqu'il tentait Jésus dans le désert, il citait la Parole, mais ça n'était pas le moment adéquat. La vérité est toujours de circonstance, mais c'est notre cœur perverti qui nous fait croire qu'une vérité éternelle s'applique obligatoirement dans certains cas uniquement parce que les apparences nous le font croire. Chez beaucoup le discernement n'est que le nom qu'ils donnent au jugement initié par leurs yeux et non celui initié par l'Esprit de Dieu. On ne nous relate pas la réaction des amis d'Osée lorsqu'il s'est mis en ménage avec une prostituée, mais on peut l'imaginer, parce que le cœur de l'homme est mauvais, et il l'a toujours été.

Quoi qu'il en soit, c'est suite à cette demande que Jésus prononce la vérité qui peut servir aux protagonistes, libre à chacun de s'arranger avec.

Il fait suivre cette vérité de la parabole présente, dans laquelle il met en avant que nous ne connaissions pas l'avenir et que les biens que nous mettons de côté n'auront pas nécessairement l'utilité que nous pensons. D'autant que la sécurité selon le monde produit l'oisiveté. L'homme riche met en avant quatre avantages à la croissance de sa richesse : « Repose-toi, mange, bois, et réjouis-toi ». Il n'y voit pas une occasion de faire le bien, mais de faire la fête. La première chose dont Dieu a donné l'exemple n'est pas le sabbat, son jour de repos, c'est les 6 premiers jours pendant lesquels il a travaillé. L'oisiveté est mère de tous les vices.

Mais l'homme s'inquiète de ses lendemains dans la chair dont il ne sait pas s'ils existeront, alors qu'il se désintéresse de ses lendemains dans l'Esprit bien qu'il ait la certitude qu'ils auront lieu. Même ceux qui disent ne pas croire en 'l'au-delà' tremblent à la veille de leur mort, parce que leurs croyances sont des façades. Au fond de soi tout le monde sait qu'il y a quelque chose, même si tous ne savent pas quoi. Nous prenons pour acquis l'après terrestre et ne nous intéressons qu'au terrestre. Ce que Jésus nous dit ici c'est justement de remettre les choses à leur juste place. La seule richesse qui ait réellement de la valeur est celle qui est de Dieu.

Je ne discuterai pas de la suite de cette parabole, mais il convient de signaler ce qu'elle est. C'est un des passages très fréquemment utilisé, celui où Jésus explique qu'il nourrit les corbeaux et que les lis sont mieux vêtus que ne l'était Salomon. Dans ce passage il nous dit qu'il s'occupe du manger, du boire et du vêtir des siens. En d'autres termes il nous dit de rechercher le royaume de Dieu et sa justice en premier*, avant ces choses terrestres qui sont nos gages de confiance en l'avenir et les signes de notre manque de foi.


* NOTA : 

🔘 Luc 12.22-34 : « Jésus dit ensuite à ses disciples : C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous serez vêtus. 23 La vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. 24 Considérez les corbeaux : Ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'ont ni cellier ni grenier ; Et Dieu les nourrit. Combien ne valez-vous pas plus que les oiseaux ! 25 Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ? 26 Si donc vous ne pouvez pas même la moindre chose, pourquoi vous inquiétez-vous du reste ? 27 Considérez comment croissent les lis : Ils ne travaillent ni ne filent ; Cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. 28 Si Dieu revêt ainsi l'herbe qui est aujourd'hui dans les champs et qui demain sera jetée au four, à combien plus forte raison ne vous vêtira-t-il pas, gens de peu de foi ? 29 Et vous, ne cherchez pas ce que vous mangerez et ce que vous boirez, et ne soyez pas inquiets. 30 Car toutes ces choses, ce sont les païens du monde qui les recherchent. Votre Père sait que vous en avez besoin. 31 Cherchez plutôt le royaume de Dieu ; Et toutes ces choses vous seront données par-dessus. 12.32 Ne crains point, petit troupeau ; Car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume. 33 Vendez ce que vous possédez, et donnez-le en aumônes. Faites-vous des bourses qui ne s'usent point, un trésor inépuisable dans les cieux, où le voleur n'approche point, et où la teigne ne détruit point. 12.34 Car là où est votre trésor, là aussi sera votre coeur ».

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     23 - L'économe fidèle et avisé (Matthieu 24.45-51) (Luc 12.42-48)

a) Le texte.

🔘 Matthieu 24.45-51 : « Quel est donc le serviteur [doulos] fidèle et prudent, que son maître a établi sur ses gens, pour leur donner la nourriture au temps convenable ? 46 Heureux ce serviteur [doulos], que son maître, à son arrivée, trouvera faisant ainsi ! 47 Je vous le dis en vérité, il l'établira sur tous ses biens. 48 Mais, si c'est un méchant serviteur [doulos], qui dise en lui-même : Mon maître tarde à venir, 49 s'il se met à battre ses compagnons [sundoulos], s'il mange et boit avec les ivrognes, 50 le maître de ce serviteur [doulos] viendra le jour où il ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas, 51 il le mettra en pièces, et lui donnera sa part avec les hypocrites : C'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents ».

🔘 Luc 12.42-48 : « Et le Seigneur dit : « Quel est donc l'économe fidèle et prudent que le maître établira sur ses gens, pour leur donner la nourriture au temps convenable ? 43 Heureux ce serviteur [doulos], que son maître, à son arrivée, trouvera faisant ainsi ! 44 Je vous le dis en vérité, il l'établira sur tous ses biens. 45 Mais, si ce serviteur [doulos] dit en lui-même : Mon maître tarde à venir ; S'il se met à battre les serviteurs [pais] et les servantes [paidiske], à manger, à boire et à s'enivrer, 46 le maître de ce serviteur [doulos] viendra le jour où il ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas, il le mettra en pièces, et lui donnera sa part avec les infidèles. 47 Le serviteur [doulos] qui, ayant connu la volonté de son maître, n'a rien préparé et n'a pas agi selon sa volonté, sera battu d'un grand nombre de coups. 48 Mais celui qui, ne l'ayant pas connue, a fait des choses dignes de châtiment, sera battu de peu de coups. On demandera beaucoup à qui l'on a beaucoup donné, et on exigera davantage de celui à qui l'on a beaucoup confié ».


b) L'explication commune aux deux versions.

Si la signification de cette parabole est simple, il se trouve qu'elle apporte un élément particulier très intéressant et qui va à contre-courant de la pensée commune. Les deux versions sont très proches, si Luc parle d'un « économe fidèle » au commencement, il poursuit en l'appelant « serviteur [doulos] = esclave » et rejoint donc Matthieu dans l'appellation. La seule vraie différence se trouve dans la dernière partie de la version de Luc, qui contient une précision qui est totalement absente de la version de Matthieu.

Pour ce qui est de la partie commune, le message est simple.


b.1) La nourriture.

Cette parabole se trouve juste après celle de l'homme riche (22 dans la liste). C'est important à savoir en raison du discours de Jésus qui la suit. Discours dans lequel il parlait de ce que Dieu s'occuper du manger, du boire et du vêtir de ses enfants. Ici, il est intéressant de constater que ce texte ne parle que de « donner la nourriture au temps convenable », et pas de boire où d'être vêtu. Ça nous montre qu'il ne parle pas sur le même plan. On pourrait imaginer que boire serait inclus dans la nourriture, mais cela n'expliquerait pas l'absence du vêtement.

Ici la nourriture ne parle pas de subsistance charnelle mais de celle de l'esprit. La parabole nous parle de la différence entre celui qui persévère et celui qui ne le fait pas.


b.2) La patience.

On nous y dit que si le serviteur est fidèle et ne discontinue pas dans l'application du service qui lui a été confié, il lui sera confié tous les biens de son maître, mais que si ce même serviteur ne fait pas preuve de cette constance, il se verra rejeté au retour du maître. C'est amusant qu'on ne nous présente pas deux serviteurs, mais deux réactions possibles du même. De la sorte on peut identifier plus facilement les deux comportements parce qu'ils sont des réactions à exactement la même chose. Ça nous permet également de mieux comprendre que la lassitude du deuxième cas est issue du cœur et pas de l'environnement, parce que les deux exemples de comportements possibles de ce serviteur parlent obligatoirement de la même attente.

Le premier se contente de faire ce qui lui a été demandé, et on ne nous fait pas mention d'une quelconque réticence due au temps. Le deuxième par contre, face à la même attente, se retrouve saisi par la durée et y réagit mal. Finissant par négliger la fonction qui est la sienne.


b.3) Ne pas être prêt.

La conséquence de l'impatience est exprimée en peu de mots, mais qui posent question. Le maître viendra : « le jour où il ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas ». Or il y a une réelle différence entre 's'attendre à' et 'connaître'. Le premier ne parle pas de quelque chose de précis, ni même de quelque chose de certain, alors que le second est exactement l'inverse. Il parle de savoir avec certitude, ce qui est le fait de 'connaître'. Jésus aurait pu parler de ne pas s'attendre à une heure particulière, mais il parle bien de ne pas la connaître.

C'est le même mot que dans Matthieu 24.32 : « ... vous connaissez que l'été est proche ». Cela parle de certitude, vous savez que l'été est proche, si on vous disait que ça n'est pas le cas ça ne vous ébranlerait pas. Dans la parabole, cela parle de connaître l'heure, pas de s'y attendre. Il y a une connaissance que le serviteur infidèle n'a pas.

Et de la même manière que le texte nous parlant de l'infidélité du serviteur était le seul à nous parler de la lassitude due au temps qui passe, et qui nous faisait comprendre que ce temps passait tout autant pour le serviteur fidèle, dont la fidélité est justement le signe de sa résistance dans le temps (donc de sa persévérance). De la même manière disais-je, si ce même serviteur infidèle ne s'attend pas au jour et ne connaît pas l'heure, cela signifie que le serviteur fidèle s'attend au jour, et connaît l'heure.


b.4) Savoir.

Cela pose évidemment la question du sens de Matthieu 24.36 qui nous dit : « Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul ». Si ce verset est usuellement utilisé pour dire que personne ne sait quand reviendra Jésus, dans la réalité autant la signification du verset que la raison de son explication commune, ne sont pas réellement cernées.

La raison de sa compréhension tordue est simplement que ça arrange toutes les personnes qui ne recherchent pas la proximité de Dieu. C'est arrangeant, lorsqu'on ne connaît pas le jour ou l'heure de son retour, de se dire que tout le monde est dans notre cas et que c'est normal. Ça enlève le poids et la gravité de ne pas l'entendre. Pourtant Amos nous disait assez clairement : « Car le Seigneur, l'Éternel, ne fait rien sans avoir révélé son secret à ses serviteurs les prophètes » (Amos 3.7). Ce verset est connu, il n'est pas un mystère de la Parole de Dieu, pourtant il disparaît soudainement lorsque quelqu'un annonce fièrement que personne ne sait le jour ou l'heure.

N'oublions pas cependant que Jésus n'était pas Dieu, il ne pouvait pas tout, n'avait pas encore reçu toute autorité et n'avait aucune raison de tout connaître. D'autant que l'affirmation de Matthieu 24.36 est au présent, pas au futur. Jésus parle de l'instant où il parle. A cet instant, personne en dehors du père ne le sait. N'oublions pas qu'une fois glorifié, Jésus devient Dieu, à partir de cet instant, s'il n'a pas ne serait-ce une seule connaissance, alors il n'est pas Dieu, qui pour caractère a l'omniscience. Donc au jour d'aujourd'hui, Jésus connaît obligatoirement le jour et l'heure, sinon il n'est pas Dieu et la foi est vaine.

Quant à l'affirmation faite au verset quarante du douzième chapitre de Luc : « Vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l'homme viendra à l'heure où vous n'y penserez pas » il faut se rappeler de l'enlèvement d'Elie pour la comprendre correctement. Lui et Elisée savaient pertinemment que c'était le moment de l'enlèvement, mais ils ont cependant été surpris par les chars de feu. Ils pensaient qu'ils avaient le temps de vite finir leur discussion, mais ça n'était pas le cas. Ils connaissaient le lieu et le moment, mais ont été surpris.


c) La partie spécifique à Luc

🔘 Luc 12.47-48 : « Le serviteur [doulos] qui, ayant connu la volonté de son maître, n'a rien préparé et n'a pas agi selon sa volonté, sera battu d'un grand nombre de coups. 48 Mais celui qui, ne l'ayant pas connue, a fait des choses dignes de châtiment, sera battu de peu de coups. On demandera beaucoup à qui l'on a beaucoup donné, et on exigera davantage de celui à qui l'on a beaucoup confié ».


Cette partie peut paraître problématique, pourtant elle n'est pas aussi complexe qu'on pourrait le penser.

Dans les deux cas proposés nous faisons face à la conséquence de comportements répréhensibles chez un serviteur. Cela ne parle pas des inconvertis mais uniquement de ceux qui appartiennent à Dieu. Le problème c'est la variation dans la punition. Lorsqu'on regarde les choses spirituellement, on se dit qu'une fois que le jugement est venu tout est très manichéen. Soit on est sauvé, soit on ne l'est pas. C'est là que la différence de conséquence pose question.

En réalité, on a la réponse dans la dernière partie du deuxième verset : « On demandera beaucoup à qui l'on a beaucoup donné, et on exigera davantage de celui à qui l'on a beaucoup confié ». Si on retient assez facilement le fait qu'on demande « beaucoup » à l'un et « davantage » à l'autre, la formulation est importante. Dans la réalité, dans le premier cas on « demande », mais dans le deuxième on « exige », ce qui place déjà une différence majeure.

La deuxième différence n'est pas moins importante, elle concerne l'autre partie et plus spécifiquement la différence entre celui à qui on a « beaucoup donné » et celui à qui on a « beaucoup confié ». « Donné » parle de propriété du serviteur, alors que « confié » parle de la gestion de ce qui ne lui appartient pas. On comprend alors plus facilement la différence entre 'demander' et 'exiger'.

Dans cette partie de Luc, Jésus ne parle pas de jugement après la mort terrestre, il parle des conséquences de nos actions avant. Dans la parabole il parlait de la différence entre le bon et le mauvais serviteur, et dans la version présentée par Luc, il poursuit en nous précisant deux types de mauvais serviteurs, afin que nous ne mettions pas tout le monde dans le même panier. Il nous prévient que nos actions ont des conséquences et que ces dernières sont dépendantes de notre niveau de compréhension. C'est pour cela qu'Ananias et Sapphira se sont effondrés quand dans la même situation la plupart des fautifs s'en iront penauds.

Ainsi nous ne sommes pas seulement responsables de ce que nous faisons avec ce que Dieu nous confie, mais également de ce que nous faisons avec ce qu'il nous donne. Nous ne sommes pas libres de faire ce que nous voulons avec ce qui nous a été donné. On peut simplement résumer en disant que ce qu'il nous donne est terrestre, et que ce qu'il nous confie est spirituel, parce que ça reste sa possession.


d) Conclusion.

Il est évident que ce que nous faisons a des conséquences pour notre éternité. N'oublions pas que ce ne sont sommes toutes que les fruits de l'arbre que nous sommes. Nos actions témoignent pour nous. Jacques présentait cette notion en disant que ses œuvres démontraient sa foi (Jacques 2.18 : « je te montrerai la foi par mes œuvres »).

Ne négligeons pas que si notre droiture avec Dieu produit des bénédictions dans cette vie :

🔘 Luc 18.28-30 : « Pierre dit alors : Voici, nous avons tout quitté, et nous t'avons suivi. 29 Et Jésus leur dit : Je vous le dis en vérité, il n'est personne qui, ayant quitté, à cause du royaume de Dieu, sa maison, ou sa femme, ou ses frères, ou ses parents, ou ses enfants, 30 ne reçoive beaucoup plus dans ce siècle-ci, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle ».

Alors l'inverse est également vrai. Nos mauvaises actions ont également des conséquences.

Dans cette parabole Jésus oppose deux comportements, celui d'un serviteur droit devant lui et qui ne sera pas surpris à son retour, et celui d'un serviteur qui a abandonné son sérieux pour se livrer à la débauche et maltraiter le peuple de Dieu.

En posant cette conclusion dans la version de l'évangile selon Luc juste après la suite de la parabole de l'homme riche (22 dans la liste) et celle-ci, il fait le lien entre les deux. Il rappelle que porter plus d'attention à sa sécurité terrestre en négligeant son éternité ne devait pas nous faire oublier que nos mauvais comportements sur cette terre avaient également des conséquences de notre vivant.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     24 - Le juge inique (Luc 18.1-8)

a) Le texte.

🔘 Luc 18.1-2 : « Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu'il faut toujours prier, et ne point se relâcher. 2 Il dit : Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n'avait d'égard pour personne ».

🔘 Luc 18.3 : « Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire : Fais-moi justice de ma partie adverse ».

🔘 Luc 18.4-8 : « Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu et que je n'aie d'égard pour personne, 5 néanmoins, parce que cette veuve m'importune, je lui ferai justice, afin qu'elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. 6 Le Seigneur ajouta : Entendez ce que dit le juge inique. 7 Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard ? 8 Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? ».


b) L'explication.

Ce qui est amusant ici c'est que le sens de la parabole est indiqué en introduction : « Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu'il faut toujours prier, et ne point se relâcher ». L'exemple consiste à montrer que même un juge inique finira par se rendre aux demandes de justice d'une veuve si elle persévère à la demander. Alors à combien plus forte raison le Père céleste, dont le trône repose sur la justice* fera-t-il justice à ses enfants qui le lui demandent. La précision est faite de ce qu'il le fera « promptement », ce qui signifie qu'il le fera rapidement, alors que des quantités incalculables de croyants ne voient jamais l'accomplissement de leurs prières. Ça n'est pas l'endroit pour enseigner sur la prière, un enseignement complet se trouvant sur le site (lien), mais il convient de comprendre que nos demandes doivent correspondre à certains principes de bases, Jacques nous précisant deux des principales raisons de cette particularité de l'absence si général d'accomplissement :

🔘 Jacques 4.3 : « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions ». 

🔘 Jacques 5.16 : « La prière fervente du juste a une grande efficacité ».

En tous les cas, Jésus nous affirme que Dieu (donc le Père) répondra sans délai à la demande de ses élus.

Cette parabole semble presque dénuée de raison d'être tant ce qu'elle met en avant est évident. Cependant c'est la toute fin qui en porte tout le poids.

🔘 Luc 18.8 : « ... Mais, quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? ».

Jésus n'use pas de rhétorique, il ne parle pas pour ne rien dire. Ce qu'il exprime pointe une réalité. Cette parabole nous dit simplement et tristement que dans la fin des temps la foi sera difficile à trouver sur terre. De nos jours le doute est devenu une norme sociale et les assemblées sont pleines de personnes qui ne sont pas même certaines de leur salut. Or « celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d'autre. 7 Qu'un tel homme ne s'imagine pas qu'il recevra quelque chose du Seigneur : 1.8 C'est un homme irrésolu, inconstant dans toutes ses voies » (Jacques 1.6-8). Jacques paraît parfois dur, mais c'est uniquement parce que nous y voyons ce que nous sommes. La Parole n'est dure que pour celui qui ne plie pas. Donc la réalité n'est pas de se demander si ce qu'il dit est vrai, mais de travailler à grandir, parce que Jésus ne se trompe jamais.

Comme son introduction nous le dit, cette parabole parle donc de la nécessité de prier, et de la persévérance à le faire, ainsi que de la nécessité de croire pour que ça ait de la valeur.


* 🔘 Psaumes 89.15 : « La justice et l'équité sont la base de ton trône. La bonté et la fidélité sont devant ta face.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     25 - La lampe (Matthieu 5.14-16) (Marc 4.21-25) (Luc 8.16-18)

a) Le texte.

a.1) Première version.

🔘 Matthieu 5.14-16 : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ; 15 Et on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. 16 Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ».

🔘 Marc 4.21-25 : « Il leur dit encore : Apporte-t-on la lampe pour la mettre sous le boisseau, ou sous le lit ? N'est-ce pas pour la mettre sur le chandelier? 22 Car il n'est rien de caché qui ne doive être découvert, rien de secret qui ne doive être mis au jour. 23 Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende. 24 Il leur dit encore : Prenez garde à ce que vous entendez. On vous mesurera avec la mesure dont vous vous serez servis, et on y ajoutera pour vous. 25 Car on donnera à celui qui a ; mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a ».

🔘 Luc 8.16-18 : « Personne, après avoir allumé une lampe, ne la couvre d'un vase, ou ne la met sous un lit ; mais il la met sur un chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière. 17 Car il n'est rien de caché qui ne doive être découvert, rien de secret qui ne doive être connu et mis au jour. 18 Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez ; Car on donnera à celui qui a, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il croit avoir ».


a.2) Deuxième version.

🔘 Matthieu 6.22-23 : « L'œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé ; 23 Mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres ! ».

🔘 Luc 11.33-36 : « Personne n'allume une lampe pour la mettre dans un lieu caché ou sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière. 34 Ton œil est la lampe de ton corps. Lorsque ton œil est en bon état, tout ton corps est éclairé ; Mais lorsque ton œil est en mauvais état, ton corps est dans les ténèbres. 35 Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres. 36 Si donc tout ton corps est éclairé, n'ayant aucune partie dans les ténèbres, il sera entièrement éclairé, comme lorsque la lampe t'éclaire de sa lumière ».


b) L'explication.

Une parabole plus attachante et rassurante qu'il n'y paraît.

Sa particularité est qu'elle est présente cinq fois et transmise par trois rédacteurs, deux d'entre eux en parlant à deux reprises (Matthieu et Luc). 

Si les trois rédacteurs concernés avancent la même chose, des précisions diverses se trouvent çà et là.


b.1) Le boisseau : clarification.

Le boisseau est un vase qui servait d'unité de mesure. Le principe existe toujours dans de très nombreux systèmes aujourd'hui. C'est l'équivalent des verres doseurs, des marques dans des contenants qui désignent des quantités (par exemple dans les bouilloires, les réservoirs d'eau des cafetières et ainsi de suite, et même pour calculer le temps avec les sabliers dont l'écoulement total représente une quantité de temps). C'est simplement un contenant qui a une taille définie parce qu'il permet de savoir que le contenu correspondra à une quantité précise. Par extension, on appelle également 'boisseau' la quantité en elle-même, ce qui est un simple raccourci.

La conséquence de mettre une bougie sous le boisseau est son extinction par privation d'air. De nos jours on utilise ce principe avec des objets dédiés qu'on appelle 'éteignoir à bougie' qui permettent d'éviter la fumée noire et l'odeur. On notera que cela correspond à une extinction par étouffement, ce qui est une image de la mort de Jésus. Il est la lumière du monde et la crucifixion est une mise à mort par étouffement.

(L'expression 'mettre sous le boisseau' vient directement de la Parole de Dieu, elle est donc la conséquence du texte et ne peut pas être l'origine de sa compréhension, quand bien même son sens serait correct).


b.2) La lampe.

Élément intéressant, dans la version de l'évangile selon Matthieu, Jésus, qui est la lumière du monde*, affirme que nous sommes également cette même lumière, sans distinction entre sa lumière et la nôtre, simplement parce qu'elle a la même origine. Lorsque Jésus nous disait être la lumière du monde, il ne parlait pas d'une lumière dont il était la source mais de la lumière qui vient du Père céleste, raison pour laquelle elle est identique quel que soit le porteur.

On prend rapidement en compte le fait d'être la « lumière du monde », mais on passe sous silence la lampe dont nous sommes la lumineuse manifestation ainsi que celui qui l'a permise. Pourtant ça n'est pas sans importance. Quelqu'un a fait de nous des lumières, et selon la Parole ce quelqu'un n'est autre que Dieu le Père** qui a fait de tous ceux qui sont nés de nouveau par l'Esprit sa descendance. Que ce soit Jésus ou nous-même, nous sommes tous la lumière du monde, destinés à briller dans un but commun.

Ceci étant dit, la lampe revêt une signification particulière dans la Parole de Dieu.

Certaines notions, bien que n'étant pas interchangeables, pointent cependant dans la même direction. L'identité de Jésus est une de ces notions.

Tout d'abord, tout le monde connaît le verset 105 du psaume 119: « Ta parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier » qui nous dit non seulement que la Parole de Dieu est une lampe, mais également qu'elle est une lumière. La lampe rattachée à Dieu ne pouvant tout simplement pas être dissociée de la lumière qu'elle produit, parce que si elle ne produit pas de lumière, elle n'est pas de Dieu. Or nous savons que Jésus est la Parole faite chair, donc il est bien la lumière faite chair, et également la lampe faite chair. Le livre de l'Apocalypse nous disant bien que Jésus est une lampe***.


b.3) Celui qui allume la lampe.

On ne réfléchit pas à ça, pourtant ça a du sens. Nous sommes censés être à la fois la lampe et la lumière qu'elle produit, donc lorsqu'il nous est dit que quelqu'un l'allume, ça ne peut pas être nous. Et même si on peut utiliser la flamme d'une bougie pour en allumer une autre, il n'en reste pas moins que quelqu'un a dû allumer la première.

Cette parabole nous parle donc de Dieu qui fait de ses enfants/disciples des lumières dans un but précis. Ce but n'étant pas tenu secret dans la parabole. Ils sont des lumières pour être vu et l'image devient encore plus intéressante lorsqu'on prend en compte que le but, toujours selon Jésus, n'est pas de poser la lampe avec sa lumière sur une table pour éclairer la pièce, mais spécifiquement sur un chandelier. Or il se trouve que le chandelier à une signification précise dans la Parole de Dieu. On pense évidemment soit au chandelier du tabernacle de Moïse, soit aux sept chandeliers au milieu desquels se trouve Jésus dans le livre de l'apocalypse. Or il se trouve que ces deux images parlent de la même chose. Le chandelier du tabernacle de Moïse représente les vainqueurs des sept églises du livre de l'Apocalypse qui vont former l'Epouse.

🔘 Apocalypse 1.20 : « le mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma main droite, et des sept chandeliers d'or. Les sept étoiles sont les anges des sept Églises, et les sept chandeliers sont les sept Églises ».

C'est donc Dieu qui allume cette flamme spécifique et qui crée la lumière dont il est question.

Si elle est posée sur un chandelier, c'est parce qu'elle doit émaner de l'église de Dieu, qui est le chandelier, pour éclairer toute la maison, qui est le royaume de Dieu. Le but étant que tous soient témoins de nos comportements, et non de nos paroles (« Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux »).


b.4) Entendre et non parler.

Le témoignage que nous devons apporter se fait donc dans ce que nous montrons, pas dans ce que nous disons. C'est d'autant plus intéressant que la mise en garde ne semble pas concerner quelque chose de visuel, alors que toute la parabole parle de ça. Cette mise en garde parle de ce que nous entendons/écoutons.

🔘 Marc 4.24-25 : « Il leur dit encore : Prenez garde à ce que vous entendez. On vous mesurera avec la mesure dont vous vous serez servis, et on y ajoutera pour vous. 25 Car on donnera à celui qui a ; mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a ».

🔘 Luc 8.18 : « Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez ; Car on donnera à celui qui a, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il croit avoir ».

La raison en est simplement que la qualité de la lumière que nous sommes dépend directement du niveau d'écoute de la Parole de Dieu qui est le nôtre. Notre lumière doit donc d'abord briller sur le chandelier afin de mettre à jour les problèmes de l'église et ensuite briller pour le monde afin de leur faire voir les conséquences de notre foi. Mais tout a pour origine l'écoute de la Parole de Dieu. C'est en faisant notre la Parole que nous devenons des lumières à notre tour.


c) La deuxième version.

C'est là que la deuxième version de cette parabole prend tout son sens. Dans la première il était question de briller sur l'église et ensuite sur le monde, mais dans celle-ci, c'est l'œil qui devient la lampe qui éclaire le corps. On passe du général au particulier. Cette fois-ci Jésus nous parle du discernement que nous devons exercer sur ce qui entre en nous. De la mise en lumière des choses cachées en nous. C'est un vibrant avertissement que si nous sommes tolérants avec les fautes que nous commettons notre lumière va faiblir et n'éclairera plus les zones que nous avons sacrifiées, faisant de nous les ténèbres que nous voulions premièrement fuir.



* 🔘 Jean 8.12 : « Jésus leur parla de nouveau, et dit : Je suis la lumière du monde ; Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie ».

 ** 🔘 Jacques 1.17 : « toute grâce excellente et tout don parfait descendent d'en haut, du Père des lumières, chez lequel il n'y a ni changement ni ombre de variation ».

*** 🔘 Apocalypse 21.23 : « La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer ; Car la gloire de Dieu l'éclaire, et l'agneau est son flambeau (Luchnos = lampe) ».

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     26 - Les oiseaux du ciel et les lis des champs (Matthieu 6.24-34)

a) Le texte.

🔘 Matthieu 6.24 : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre ; Ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon ».

🔘 Matthieu 6.25-27 : « C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? 26 Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers ; Et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? 27 Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ? ».

🔘 Matthieu 6.28-30 : « Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; 29 Cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. 30 Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? ».

🔘 Matthieu 6.31-34 : « Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi serons-nous vêtus ? 32 Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. 33 Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; Et toutes ces choses vous seront données par-dessus. 34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; Car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine ».


b) L'explication.

L'explication de la simple parabole sans le message global serait trompeuse. Il va donc falloir passer sur l'ensemble de ce qui est dit ici.

On a là l'un des passages les plus massacrés par les explications qui lui sont apportées. Malheureusement, c'est normal qu'il en soit ainsi, parce que ce verset anéantit complètement toute la doctrine américano-démoniaque tendant à faire croire que la santé et la richesse des croyants sont un but de Dieu, alors que ça n'est qu'un moyen. Ces démoniaques posent comme obligatoire quelque chose qui n'est qu'un moyen de diriger vers un but, ce but étant Jésus. Ça n'est pas le lieu de parler de cette doctrine de pucerons spirituels, donc je vais me recentrer.

Il y a plusieurs choses à comprendre pour cerner le propos de Jésus, et il est difficile d'en faire un classement d'importance, je vais donc juste les citer et les expliquer successivement.


b.1) Les deux maîtres.

Tout commence par une affirmation de Jésus concernant l'impossibilité de servir deux maîtres. Il parle évidemment de l'opposition entre Dieu et l'homme. Mamon, contrairement ce qu'on pourrait croire n'est pas le représentant de satan, mais celui du cœur de l'homme. Il est la version moderne de Baal, raison pour laquelle on passe de l'un, dans l'ancienne alliance, à l'autre dans la nouvelle. Plus globalement, c'est le moyen que les hommes trouvent pour justifier de se livrer à leurs penchants naturels plutôt que de se soumettre à Dieu. Dans l'ancienne alliance Baal était le prétexte à tout, il en existait de très nombreux, un pour chaque penchant. Dans la nouvelle alliance nous sommes entrés de plein-pied dans le règne de l'argent, qui permet de tout obtenir, Mamon remplace donc Baal dans la manifestation du penchant des hommes.

Dans le texte qui va suivre cette affirmation, le but de jésus sera de donner la raison de l'inclinaison des cœurs vers Mamon, et la parabole du lis est l'image qu'il va utiliser pour étayer son propos.


b.2) L'inquiétude.

Dans ce court passage Jésus parle à cinq reprises de l'inquiétude, qui est le centre de ce qu'il dit. Alors qu'il commençait par nous parler de l'impossibilité de servir deux maîtres et qu'il va déployer la parabole du 'lis des champs', son discours tourne presque intégralement autour de cette thématique. Il pose en réalité le fait que c'est en raison de notre inquiétude que nous nous en remettons à un autre maître. C'est très loin d'être une affirmation anodine, parce que ce qu'il est en train de mettre en avant c'est notre manque de foi qui nous pousse à trouver des moyens d'obtenir ce que nous craignons de ne pas recevoir de Dieu. Aussi, en nous en remettant à des méthodes autres que la foi en Dieu nous nous soumettons de facto à quelque chose de contraire à Dieu, il devient donc effectivement impossible de servir deux maîtres, l'un appelant obligatoirement l'exclusion de l'autre.

Lorsqu'on regarde les cinq occurrences on constate un évident point commun :

🔘 Matthieu 6.25 : « ... Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus ».

🔘 Matthieu 6.27 : « Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ? ».

🔘 Matthieu 6.28 : « Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? ».

🔘 Matthieu 6.31 : « Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi serons-nous vêtus ? ».

🔘 Matthieu 6.34 : « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; Car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine ».

Bien que le verset 28 ne le dise pas ouvertement, le verset 31 reprend le thème du vêtement et le clarifie. Dans toutes les citations, Jésus parle d'une inquiétude concernant l'avenir. Jamais concernant le présent. L'inquiétude est donc bien issue d'un manque de foi dans la provision divine pourtant affirmée dans l'une des appellations de l'Eternel ([YAHVE-JIRE] = L'Eternel pourvoira). Il ne le dit cependant pas comme un reproche, n'oublions pas qu'il n'est pas venu juger, mais sauver. Il le dit comme un rappel de ce que nous devrions continuellement prendre en considération. Il le dit parce que nous avons souvent besoin d'entendre des évidences que nous connaissons pour nous rappeler que nous les connaissons.

Ayant clarifié ce qui est le centre de nos inquiétudes, c'est à dire nos lendemains, il va alors nous en donner un exemple au travers des oiseaux du ciel et des lis des champs.


b.3) Les oiseaux du ciel

🔘 Matthieu 6.26 : « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers ; Et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? ».

Dans la première partie de ce qu'il va annoncer par parabole il se concentre sur la nourriture en leur présentant l'exemple des oiseaux qui n'ont aucun moyen d'amasser des réserves pour l'avenir et qui pourtant ne manquent de rien. Il leur rappelle alors qu'ils valent plus qu'un oiseau et qu'en conséquence de cause, si Dieu pourvoit à leurs besoins, alors il pourvoira également à ceux de ses enfants.

De toute évidence, de par le texte global, lorsque Jésus parle de nourrir les oiseaux du ciel, il inclut également la boisson.


b.4) Les lis des champs.

🔘 Matthieu 6.28-30 : « Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; 29 Cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. 30 Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? ».

Après avoir donné un exemple concernant la nourriture, Jésus ajoute un nouvel exemple pour parler cette fois-ci des vêtements. C'est la partie des 'lis des champs'. Il pourrait y avoir bien des choses à dire sur la raison pour laquelle il choisit cette fleur plutôt qu'une autre, mais la diversité de son apparence et sa beauté sont probablement les deux plus importantes.

Le sens global de ce qu'il va en dire est exactement le même que lors de l'exemple des oiseaux du ciel. Il nous montre la fragilité de la plante qu'il présente comme dénuée de lendemain parce que jetée au four. Ce qui fait cas du fait que toutes les plantes inutiles étaient utilisées comme combustibles pour allumer et maintenir le feu. Pourtant malgré l'apparente inutilité des lis des champs, Dieu a fait que ces fleurs soient simplement magnifiques. Il s'est affairé à leur donner une apparence que même Salomon, qui était pourvu de toutes les richesses du monde, n'avait pas eu. Jésus montre donc que ceux qui se confient dans le Père céleste ont plus de valeur que le lis, et ne sont pas destiné au four, donc à la géhenne. En conséquence de quoi, le Père céleste les vêtira également. Le manque de foi dont je parlais plus tôt marquant la fin de cette parabole.


c) Le résumé.

Après avoir dit tout cela, Jésus va se résumer.

🔘 Matthieu 6.31-34 : « Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi serons-nous vêtus ? 32 Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. 33 Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; Et toutes ces choses vous seront données par-dessus. 34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; Car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine ».

Il regroupe les trois questionnements sur l'avenir qui sont les inquiétudes des hommes et au sujet desquels il avait prononcé les deux paraboles : « Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi serons-nous vêtus ? ». La réponse à ses trois questionnements est ensuite résumée en un verset qui est tristement amputé de ses parties les plus importantes et qu'on va restaurer ici, le verset étant : 

🔘 Matthieu 6.33 : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; Et toutes ces choses vous seront données par-dessus ».


c.1) CES choses.

La première que je citerai sera une omission dans sa récitation. On entend le plus souvent que "toutes choses nous serons données par-dessus", mais c'est faux, Jésus n'a jamais dit ça et ça ne l'engage donc pas. Ceux qui le proclament risquent d'attendre longtemps, aussi longtemps qu'ils le croiront. Cela aura au moins le mérite de faire comprendre que "croire" ne suffit pas. Jacques nous disait que les démons aussi croient, et qu'ils tremblent (Jacques 2.19).

Dans son affirmation, Jésus nous disait que la récompense de ceux qui feront ce qu'il vient de dire, et qu'ils recevront d'office les choses dont ils viennent de parler, et non pas toutes les choses qu'ils veulent. Les choses dont ils viennent de parler sont les suivantes :

  • La nourriture et le vêtement (Matthieu 6.25)
  • La boisson (Matthieu 6.31)

Il n'a parlé de rien d'autre. Je ne dis pas qu'il ne peut pas donner autre chose, mais on notera tout de même que la signification profonde est que la provision qui était présente au commencement, l'est toujours aujourd'hui. Dieu donnait à Adam la nourriture et la boisson, et quand il a chuté, c'est également lui qui a pourvu à ses vêtements. C'est également la condition dans laquelle se trouvait Jésus, il n'avait pas un endroit où poser sa tête, mais il avait toujours le manger, le boire et le vêtement. Bien sûr, c'est moins glamour que de prétendre que vous aurez tout ce que vous voulez, mais ça a au moins le mérite d'être vrai.

Dieu s'est engagé à systématiser une conséquence à une cause.


c.2) Cherchez premièrement.

Deux mots, et deux choses à comprendre.

1️⃣ Cherchez.

La première chose à comprendre est la signification de chercher. Le mot grec est [Zeteo], et ses significations sont les suivantes :

Chercher dans le but de trouver

  • Chercher une chose
  • Chercher à résoudre, par la pensée, la méditation, le raisonnement, en s'interrogeant
  • Rechercher, désirer, viser à, s'efforcer de

Chercher, c'est-à-dire exiger, demander

  • Implorer, demander quelque chose de quelqu'un

Ce qui en ressort, c'est que cette recherche ne se fait pas avec des œuvres, mais en nous. Jésus dit dans l'évangile selon Luc : « On ne dira point : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17.21) (le sens de « au milieu de vous » est "en vous").

Ce doit donc être une recherche non négociable, qui ne se fait pas par les œuvres, mais par l'introspection.

(NOTA : ceux qui cherchent ne cherchent pas toujours dans le but de trouver, ici, le but n'est pas la recherche, mais la chose recherchée).

2️⃣ Premièrement.

« Premièrement » ne signifie pas qu'il y aura un 'deuxièmement'. Ce que cela nous dit, c'est que quoi qu'on puisse désirer, il faut placer avant cette chose le fait de rechercher le royaume et la justice de Dieu. Ça ne dit pas qu'une fois qu'on l'aura trouvé, on pourra passer à la recherche suivante, qui, somme toute, n'est rien d'autre que la satisfaction de la chair puisqu'elle n'est ni le royaume de Dieu, ni sa justice. Ce que cela dit, c'est simplement de d'abord vous occuper de cela. Il ne faut pas anticiper le reste, ne pas en venir à se dire "lorsque j'aurais fini ça , je ferais ça". Faites les choses dans l'ordre que Dieu donne. Plus nous avançons dans cette recherche, plus nous comprenons qu'il n'y aura jamais de deuxièmement.

Gardons en tête le dernier verset de ce passage : « A chaque jour suffit sa peine ». « Premièrement » représente ce que nous devons faire aujourd'hui, demain n'existe pas. Ne portons pas la peine de demain.

Ça fait que lorsque Jésus nous dit « Cherchez premièrement », il nous dit de 'chercher en tout temps'.


c.3) Le royaume ET la justice.

Une autre erreur dans la compréhension de ce verset et de séparer le royaume et la justice de Dieu, de les considérer comme étant la recherche du royaume de Dieu et la recherche de la justice de Dieu. Un peu comme si on pouvait confier la recherche à deux équipes séparées qui pourraient unir leurs trouvailles à la fin de la journée. En les séparant, on détruit la vérité que Jésus a mise dans ce verset. Parce que le royaume est inséparable de la justice, vous ne pouvez avoir l'un sans avoir l'autre. Vous ne pouvez prétendre que lorsque vous aurez trouvé le premier, alors vous chercherez le second. Il n'y a pas de premier et de second, mais une seule chose qui s'appelle « le royaume et la justice de Dieu ».

Les proverbes nous apprennent qu'un royaume ne peut être affermi que par la justice (Proverbes 16.1 + Proverbes 29.4), ce qui signifie qu'un royaume ne peut pas durer sans justice, or, le royaume des cieux, selon Daniel, ne sera jamais détruit (Daniel 7.14), ce qui fait qu'il sera éternellement indissociable de la justice.

1️⃣ La justice en elle-même.

Même le simple mot "justice" est mal compris. Il est majoritairement compris comme étant le fait de demander à ce qu'on nous fasse justice, mais en réalité il s'agit de demander à être jugé. Cette notion est si peu enseignée qu'elle peut paraître étrange pour beaucoup. La mauvaise compréhension vient de l'amalgame entre jugement et condamnation d'une part et dans le fait que ceux qui sont en Jésus sont déjà jugés.

La justice, ici, fait cas de la volonté de progresser, de s'approcher plus du trône de Dieu. Le seul moyen est de procéder à une sanctification par étape. Au fur-et-à-mesure de notre progression, ce qui n'était pas encore un empêchement parce que nous étions plus éloignés, devient un mur infranchissable. Le jugement que nous devons rechercher, c'est Dieu qui pointe du doigt ce qui nous empêche d'avancer plus près de lui.

2️⃣ Le royaume en lui-même.

Quand vous cherchez quelque chose concernant l'expression "royaume des cieux" ne vous fatiguez pas à ouvrir un autre évangile que celui de Matthieu. Cette expression est citée 32 fois, alors qu'elle est totalement absente du reste du nouveau testament. Parmi ces 32 fois, dans 10 des cas, c'est pour nous dire à quoi il est semblable, et dans un unique cas, pour nous dire à quoi il sera semblable (la parabole des 10 vierges). Ce serait cependant long de détailler, alors je vais recentrer sur la signification dans ce verset.

Comme Jésus le disait, son royaume n'est pas de ce monde (Jean 18.36), et le seul moyen d'y pénétrer n'est pas un moyen physique. Pour y pénétrer, le seul moyen c'est les deux premiers baptêmes.

🔘 Jean 3.5 : « Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu ».


c.4) A qui Jésus parle-t-il ?

🔘 Matthieu 4.24-25 : « Sa renommée se répandit dans toute la Syrie, et on lui amenait tous ceux qui souffraient de maladies et de douleurs de divers genres, des démoniaques, des lunatiques, des paralytiques; et il les guérissait. Une grande foule le suivit, de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et d'au-delà du Jourdain ».

Dans la plupart des cas, et celui-ci en est un, Jésus parle à ses disciples en présence de la foule plus qu'il ne parle à la foule. D'ailleurs, généralement personne ne comprenait rien, et il prenait ensuite ses disciples à l'écart pour leur expliquer ce qu'il avait dit en présence de tous.

De nos jours, c'est donc une fois de plus à tous qu'il s'adresse, mais il ne peut être compris que par ceux qui lui appartiennent, parce que seul le Saint Esprit peut conduire dans toute la vérité. C'est le Saint-Esprit qui prend ce qui est à Jésus (la parole) et qui nous l'éclaire (Jean 16.14).

Si la parole écrite de Dieu est destinée aux croyants, son message est destiné à tous. On confond souvent deux choses pourtant opposées. Nous ne sommes pas censés faire ce qu'il y a dans la parole écrite de Dieu, mais apprendre de la parole écrite de Dieu (expliquée par le Saint-Esprit) comment faire ce que Dieu nous demande. La parole écrite de Dieu est un outil indispensable, mais c'est l'ouvrage de Dieu, pas le nôtre. Elle doit nous servir à apprendre comment faire l'ouvrage que Dieu nous demande d'accomplir. C'est pour cela que la parole écrite est destinée aux croyants, mais le message est pour tous.

Dans l'exemple de la parole, Jésus parle en présence de deux types de personnes. Ses disciples d'une part, et un parterre de personnes qui ne sont pas venues rechercher le royaume de Dieu, mais les miracles (que ce soit leur guérison ou leur délivrance). Jésus parle de telle sorte à inclure tout le monde dans ce qu'il dit, mais si ce qu'il dit il le dit à tous, tous ne peuvent pas le comprendre.


d) Que dit-il ?

Ce qu'il dit est très simple, la seule chose que nous devrions chercher, c'est à nous approcher de Dieu selon les directives fondamentales qu'il avait déjà partagées, ne serait-ce que par l'exemple. C'est-à-dire de passer par les deux premiers baptêmes, donc l'eau et le Saint-Esprit, et de continuer ce que ces deux baptêmes ont commencé, donc de marcher dans la sanctification, sans laquelle personne ne peut s'approcher de Dieu. L'appartenance au royaume de Dieu, et donc à son roi, Jésus-Christ, a une conséquence qui doit se retrouver chez chacun des enfants de Dieu, l'envie de s'approcher de lui, et les tentatives continuelles de faire tout ce qui est nécessaire pour y parvenir, à chaque fois un peu plus. N'oublions pas que le trône de Dieu repose sur la justice et que si nous nous attachons à la trouver, nous trouverons son trône et donc sa présence.

Ça n'est pas étonnant, quand on voit l'importance de ce que véhicule le verset du « cherchez premièrement », que tant de personnes en tordent le sens. Plus nous nous approchons de Dieu, plus nous réalisons notre éloignement, et alors le « premièrement » dont je parlais prendra tout son sens. Dieu pourvoira à ce qui est nécessaire, donc à nos besoins, il s'y est engagé. Par contre, au lieu de pourvoir à nos envies, il les purifiera.

Le royaume et la justice de Dieu étant inséparables, n'en chercher qu'un ne signifie pas que vous trouverez les deux, cela signifie que vous n'en trouverez aucun.

Cette recherche ne doit pas être ancrée dans le futur, mais dans le présent. C'est au quotidien que les choses se passent, et nous devons faire confiance à Dieu pour ce qui n'est pas encore venu à l'existence sachant que tout ce qui est nécessaire est accordé à ceux qui recherchent premièrement le royaume et la justice de Dieu. L'exemple des oiseaux du ciel et des lis des champs nous rappelle ce que sont les provisions fondamentales assurées pour ceux qui croient et donc qui obéissent.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     27 - La maison bâtie sur le roc (Matthieu 7.24-27) (Luc 6.47-49)

a) Le texte.

a.1) Selon Matthieu.

🔘 Matthieu 7.24-25 : « C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc 25 La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison : elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur le roc ».

🔘 Matthieu 7.26-27 : « Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. 27 La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison : elle est tombée, et sa ruine a été grande ».


a.2) Selon Luc.

🔘 Luc 6.46-49 : « Pourquoi m'appelez-vous Seigneur, Seigneur ! Et ne faites-vous pas ce que je dis ? 47 Je vous montrerai à qui est semblable tout homme qui vient à moi, entend mes paroles, et les met en pratique. 48 Il est semblable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profondément, et a posé le fondement sur le roc. Une inondation est venue, et le torrent s'est jeté contre cette maison, sans pouvoir l'ébranler, parce qu'elle était bien bâtie. 49 Mais celui qui entend, et ne met pas en pratique, est semblable à un homme qui a bâti une maison sur la terre, sans fondement. Le torrent s'est jeté contre elle : Aussitôt elle est tombée, et la ruine de cette maison a été grande ».


b) L'explication.

Si la version qui nous est présentée par Matthieu demande de faire attention pour comprendre que cela parle uniquement de croyants, la forme que prend celle qui nous est présentée par Luc est beaucoup plus claire. 


b.1) Les deux hommes.

On nous fait cas de deux croyants, chacun d'un type bien particulier. Si la base est la même, c'est à dire deux personnes appartenant à Dieu (« Pourquoi m'appelez-vous Seigneur, Seigneur ! ») et entendant ce que Jésus annonce mais se distinguant dans la suite qu'ils donnent à ce qu'ils ont entendu.

« C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc ».

 « Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable ».

On notera quelque chose de très intéressant pour comprendre cette parabole très simple au demeurant. Le mot « insensé » est le mot [moros] qui est le même que celui utilisé pour parler des vierges folles, mais les choses ne s'arrêtent pas là ; le mot « prudent » est le mot [Phronimos] qui est le même que celui utilisé pour parler des vierges sages. C'est une fois de plus une traduction qui nous détourne d'une compréhension très simple. Jésus parle d'exactement la même chose que dans la parabole des 10 vierges, l'opposition entre un homme sage et un homme fou qui sont ici respectivement traduits par « prudent ». et « insensé » et qui présentent les mêmes apparences extérieures mais un coeur différent.


b.2) Les 2 maisons.

On retient généralement qu'une maison tient et que l'autre s'écroule. Par contre on ne prend pas en compte ce qui pourtant est une évidence : il y a bien deux maisons. L'intervalle entre la construction et l'effondrement n'est pas précisé. Bien entendu, le texte nous dit qu'aussitôt que le torrent s'est jeté contre la mauvaise maison elle est tombée. Mais cela signifie qu'elle avait déjà résisté aux pluies puisque l'ordre qui est donné pour la maison qui tient les épreuves du temps est : pluies, torrents, vents.

La deuxième maison, bien que bâtit sur le sable ne s'effondre pas toute seule, instantanément. A minima elle résiste aux pluies. Or ce type de maison représente bien plus que notre propre construction. N'oublions pas que si on empile certaines affirmations, nous sommes individuellement des maisons qui doivent être bâtit sur le roc, mais collectivement nous sommes chacun des pierres vivantes qui ensemble formons une maison spirituelle (1 Pierre 2.5). Si nous bâtissons cette maison spirituelle en incluant des maisons bâtis sur du sable, la structure de la maison spirituelle que nous bâtissons sera elle-même branlante, quand bien même nous serions nous-même bâti sur du roc. Ça n'est pas une chose nouvelle, c'est exactement ce qui s'était passé durant la traversée du désert par le peuple Hébreu, alors qu'Acan avait péché. Un seul avait péché, et tous étaient sous le poids de sa faute.

Autant les deux maisons sont différentes, autant elles sont incompatibles, autant elles se ressemblent.

Dans la parabole, ce qui différencie réellement les maisons, c'est l'effondrement de la deuxième. Il faut bien comprendre que tant qu'il ne faisait que pleuvoir, les deux maisons avaient la même apparence. Les petits tracas de la vie de croyants ne sont pas suffisants pour déterminer la réelle appartenance de chacun, même celui qui n'obéit pas peut résister aux différentes pluies. Ça n'est que lorsque les choses se corsent que l'absence de racines emporte la plante confrontée au torrent, et que l'absence de fondations fait de même pour la maison.

Bien des personnes ont bâti sur du sable, et l'absence de droiture de la masse les rend incapables de faire le tri comme il se devrait. Dès que les torrents vont arriver, les maisons vont s'effondrer, les églises vont être massivement englouties.


c) Conclusion.

Cette parabole nous rappelle bien d'autres choses qui sont dites dans la Parole de Dieu. Malgré la duplicité des traducteurs, ça nous rappelle la parabole des dix vierges par l'emploie des mêmes termes, mais également par la similitude d'apparence des deux maisons qui pourtant dissimulent des fondements totalement différents. Ça nous rappelle également ce que nous disait l'écrivain de l'épitre aux Hébreux concernant la nécessité de la mise en pratique pour développer le discernement afin de ne pas nous laisser tromper par les maisons bâtit sur le sable, mais également la nécessité de la persévérance dont nous parle Jean pour continuer de creuser jusqu'à atteindre la stabilité que donne celui qui est le rocher des siècles (Esaïe 26.4 : « Confiez-vous en l'Éternel à perpétuité, car l'Éternel, l'Éternel est le rocher des siècles »).

Si chacun choisit pour lui-même s'il veut bâtir sa maison sur le roc ou sur le sable, il ne faut surtout pas oublier que l'église est constituée de nombreuses personnes et que parmi elles une majorité a bâti sur le sable. L'édifice global est voué à s'effondrer et chacun doit reposer sur des fondations qui en plus d'être fortes, soient également personnelles et non celles d'autrui.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     28 - Le maître de maison (Marc 13.33-37)

a) Le texte.

🔘 Marc 13.33-37 : « Prenez garde, veillez et priez ; Car vous ne savez quand ce temps viendra. 34 Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, laisse sa maison, remet l'autorité à ses serviteurs [doulos], indique à chacun sa tâche, et ordonne au portier de veiller. 35 Veillez donc, car vous ne savez quand viendra le maître de la maison, ou le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin ; 36 Craignez qu'il ne vous trouve endormis, à son arrivée soudaine. 37 Ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez ».


b) L'explication.

Si Matthieu 24 fait office de référence concernant la fin des temps, aux côtés du livre de Daniel et de l'Apocalypse, il se trouve que le discours qui s'y trouve est également présent ailleurs dans les différentes versions de l'évangile. Entre autres, il se trouve être la première partie du chapitre 13 de Marc. Aussi, lorsque l'introduction de cette parabole nous dit « Prenez garde, veillez et priez ; Car vous ne savez quand ce temps viendra », le temps en question est celui qui est plus connu dans Matthieu 24.

L'image qui s'en suit décrit donc ce que nous connaissons déjà.

L'homme parti pour un voyage n'est autre que Jésus, qui « remet l'autorité à ses serviteurs [doulos] ». Cette même autorité dont le don est camouflé par les traductions bancales et qu'on retrouve dans l'évangile de Luc : « Voici, je vous ai donné la puissance (exousia - autorité) de marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toute la puissance de l'ennemi ; Et rien ne pourra vous nuire » (Luc 10.19). Il indique à chacun sa tâche et lui demande de veiller au bien commun du groupe, représenté par la maison du maître. Cela pointe la fonction de chaque croyant, au-delà de la convoitise du ministère, la nécessité de persévérer jusqu'à son retour. Ne sachant pas par avance quand ce sera, chacun a le devoir d'être prêt à chaque instant.

Quelle que soit la forme que cela prend pour chacun, Jésus nous précisant bien que chacun recevait sa tâche, sous-entendant la diversité de ces dernières, il n'en reste pas moins que le socle de ce qui fait de nous ses [doulos], donc esclaves ne repose pas dans la différence des tâches à accomplir mais dans leurs similitudes. Prier et grandir dans une connaissance éclairée est nécessaire pour que chacun puisse faire ce qui est attendu de lui. La diversité des tâches ne parle donc pas d'une répartition qui exonérerait certains des bases de ce que signifie être un disciple. C'est en tant que disciples que nos tâches sont différentes et que nous devons nous y attacher jusqu'à son retour parce que notre jugement ne sera pas prononcé sur notre passé, sur les choses accomplies le long du chemin, mais sur notre stature au moment de son retour.

C'est de cela qu'il nous parle ici. Après avoir expliqué les évènements qui annonceront son retour, il nous avertit par cette parabole d'être vigilant et de mettre de la persévérance à continuer de faire ce qu'il demande de chacun d'entre nous. Ailleurs il est dit 'rends compte de ton administration', et ce qui se passera bientôt.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     29 - Le sein d'Abraham (Luc 16.19-31) 

a) Le texte.

🔘 Luc 16.19 : « Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie ».

🔘 Luc 16.20-24 : « Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert d'ulcères, 21 et désireux de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; Et même les chiens venaient encore lécher ses ulcères. 22 Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli. 23 Dans le séjour des morts , il leva les yeux ; Et, tandis qu'il était en proie aux tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. 24 Il s'écria : Père Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare, pour qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau et me rafraîchisse la langue ; Car je souffre cruellement dans cette flamme ».

🔘 Luc 16.25-31 : « Abraham répondit : Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et que Lazare a eu les maux pendant la sienne ; Maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres. 26 D'ailleurs, il y a entre nous et vous un grand abîme, afin que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous, ou de là vers nous, ne puissent le faire. 27 Le riche dit : Je te prie donc, père Abraham, d'envoyer Lazare dans la maison de mon père ; Car j'ai cinq frères. 28 C'est pour qu'il leur atteste ces choses, afin qu'ils ne viennent pas aussi dans ce lieu de tourments. 16.29 Abraham répondit : Ils ont Moïse et les prophètes ; Qu'ils les écoutent. 30 Et il dit : Non, père Abraham, mais si quelqu'un des morts [nekros] va vers eux, ils se repentiront. 31 Et Abraham lui dit : S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu'un des morts [nekros] ressusciterait ».


Ce passage se déroule uniquement dans l'évangile selon Luc, la partie principale est la suivante, mais nous devrons également parler de ce qui se trouve juste avant puisque ce passage en est la conséquence directe :


b) Parabole ou pas ?

Amusante question qui n'est clairement pas sans intérêt. On va y répondre de suite, d'autant que cela peut se faire assez rapidement.

Si ça n'est pas une parabole mais que c'est une histoire vraie, un immense problème survient immédiatement. Les seules choses qui nous sont dites concernant le pauvre font cas de sa situation financière et du délabrement de sa santé. Cela suffit pour qu'il finisse dans le sein d'Abraham, lieu qui, selon la pensée juive de l'époque, était le lieu de repos des justes. On pourrait essayer d'en déduire qu'il l'était effectivement, mais en se basant sur le texte, rien ne le laisse supposer.

En outre, ce lieu qui est appelé 'le sein d'Abraham', est également le lieu où devrait se trouver le prophète Samuel qui pourtant était en dessous de la terre* (je reparlerai de ça plus tard). Or nous savons que Abraham est sauvé, ainsi que tous les prophètes (fait dont je reparlerai également plus tard). Donc si cette histoire est vraie, nous avons des personnes sauvées (Abraham et Lazare), qui peuvent communiquer avec des personnes perdues (avec le riche de l'histoire), tout en se trouvant sous terre comme l'atteste le passage du premier livre de Samuel. La communication allant non seulement dans les deux sens, mais allant également des vivants vers les morts comme le montre l'histoire de Samuel.

Le fait que cette histoire puisse être vraie est donc non pas improbable, mais impossible.

Donc oui, c'est une parabole.

(* 1 Samuel 28.11-12 : « La femme dit : Qui veux-tu que je te fasse monter ? Et il répondit : Fais-moi monter Samuel. 12 Lorsque la femme vit Samuel, elle poussa un grand cri, et elle dit à Saül : Pourquoi m'as-tu trompée ? Tu es Saül ! »).


c) Une parabole.

Une parabole n'est pas une réalité, c'est une histoire qui dépeint une réalité, ce qui n'est pas du tout la même chose. Si Jésus parle d'une histoire vraie, alors il se doit, parce qu'il ne ment jamais, de transmettre l'histoire telle quelle, et non une version modifiée. Il ne pourrait donc pas changer les lieux, les noms et tout autre détail pour correspondre à ce qu'il veut dire, parce que dans ce cas, l'histoire ne serait plus vraie, mais uniquement inspirée de faits réels. Par exemple, lorsque Jésus nous parle des dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé (Luc 13.4a : « Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu'elle a tuées ... »), il n'a pas la latitude de changer l'endroit (« la tour de Siloé »), la cause de la mort (la chute de la tour), ou le nombre de morts (« dix-huit personnes »), parce qu'il parle d'un fait réel. Par contre, il n'a aucune limitation lorsqu'il construit une histoire et peut en définir chaque détail pour qu'il pointe vers une information importante concernant le message qu'il fait passer.

Cela nous amène à comprendre que les scènes dépeintes dans les différentes paraboles qui jalonnent les évangiles ne doivent jamais être prises de manières charnelles, mais de manières spirituelles. Le but est donc de comprendre la signification de chaque élément, parce que chacun se trouve présent pour une raison qui est d'éclairer une signification spirituelle. Ce principe est bien plus facile à appréhender dans certaines paraboles que dans d'autres. La parabole des 10 vierges étant un parfait exemple de ce que l'histoire, pour être comprise, ne doit pas être prise littéralement. Malheureusement, lorsque l'on en vient à regarder la parabole mettant en avant le sein d'Abraham, le flou du sens que porte cette dernière tend à rediriger sa compréhension vers une compréhension plus littérale. Pourtant, cette parabole parle des vivants et non des morts.

Quoi qu'il en soit, il faut donc s'attacher au fond et non à la forme, tout en ne négligeant pas le fait que la forme est volontairement choisie par Dieu pour donner une aide à la compréhension du fond.


d) Les prémices de la parabole.

Il y a une raison à cette parabole. Elle est la suite d'une conversation qui bat son plein. La base même de son apparition tient dans les 5 versets qui la précèdent, et qui sont les suivants :

🔘 Luc 16.14-18 : « Les pharisiens, qui étaient avares, écoutaient aussi tout cela, et ils se moquaient de lui. 15 Jésus leur dit : Vous, vous cherchez à paraître justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs ; Car ce qui est élevé parmi les hommes est une abomination devant Dieu. 16 La loi et les prophètes ont subsisté jusqu'à Jean ; Depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé, et chacun use de violence pour y entrer. 17 Il est plus facile que le ciel et la terre passent, qu'il ne l'est qu'un seul trait de lettre de la loi vienne à tomber. 18 Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre commet un adultère, et quiconque épouse une femme répudiée par son mari commet un adultère ».

Ces cinq versets se divisent en trois parties, mais se lisent d'affilée.

1️⃣ Dans les deux premiers versets, nous apprenons donc que les pharisiens sont avares. La présence de la virgule nous indiquant que tous les pharisiens l'étaient, et pas seulement ceux à qui Jésus s'adresse. Il poursuit en affirmant qu'ils font ce qu'ils peuvent pour paraître juste, mais qu'ils ne le sont pas et que leur coeur est mauvais. Cette affirmation sera une des conclusions de la parabole.

2️⃣ Les deux versets suivants font la liaison entre l'histoire de l'humanité avant et après Jean le Baptiste. Dans l'intervalle, Jésus précisant que la loi perdurera jusqu'à la fin du ciel et de la terre.

3️⃣ Le dernier verset, de son côté, semble ne rien avoir à faire ici, pourtant, il est la suite logique entre les quatre premiers et la parabole qui va suivre. Ce qu'il faut comprendre pour le remettre dans le contexte, c'est que Jésus ne fait pas de différence entre la loi concernant un homme ou une femme. Ce dont il parle ici, c'est le rejet de l'Israël des pharisiens concernant Dieu. Il parle donc de l'union existante entre Dieu et Israël, qui a été rompue par l'infidélité d'Israël qui s'est unie à des croyances qui sont opposées à celles mises en avant par la loi et les prophètes.

Donc, lorsque l'on regarde ce passage en prenant tout cela en compte, on réalise effectivement qu'il parle d'une seule chose. Le contexte est donc celui de la mise en lumière de la perversion des pharisiens, qui ont rejeté Dieu pour des croyances qui élèvent les apparences au-dessus de la réalité spirituelle.

Dans ce contexte commence alors la parabole du sein d'Abraham. En s'attachant à ce que je viens de dire, nous allons regarder le début de cette parabole. Certains éléments étant fondamentaux pour comprendre l'ensemble du message s'y trouvant.


e) Le début du texte.

🔘 Luc 16.19-21 : « Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie. 20 Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert d'ulcères, 21 et désireux de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; Et même les chiens venaient encore lécher ses ulcères ».

Ce court passage contient énormément d'informations, et il est important de prendre en compte que chaque détail est là pour signifier quelque chose. On va séparer les versets avant de les regrouper à nouveau.


e.1) Premier verset (19)

🔘 Luc 16.19 : « Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie ».

Nous avons donc un riche, au sujet duquel on nous donne trois types d'informations. La première concernant son apparence, la seconde concernant ses activités et la dernière concernant son identité. L'absence d'information étant une information.

Pour ses activités les choses sont simples et directes ; Il vivait dans l'opulence.

Concernant son identité, le fait qu'on ne nous donne pas son nom est une indication. Il représente un groupe et non une personne particulière. Le groupe en question étant justement les pharisiens à qui Jésus s'adresse.

Enfin, concernant son apparence, les choses sont très intéressantes. On nous précise qu'il : « était vêtu de pourpre et de fin lin ». Or le pourpre est la couleur de la royauté, et le fin lin représente la sacrificature. Cet homme dont la richesse est précisée, est également montré se revendiquant non pas d'une tribu particulière ni d'Israël en général, mais de l'ordre divin. Il descend de ce que Dieu a établi, la royauté et la sacrificature. Cela amènera à une compréhension particulière de ce que signifie l'opulence dans laquelle il vit, mais je reviendrai là-dessus dans la suite.


e.2) Deuxième et troisième versets (20 et 21)

🔘 Luc 16.20-21 : « Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert d'ulcères 21 et désireux de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; Et même les chiens venaient encore lécher ses ulcères ».

Le deuxième protagoniste fait l'objet de la même attention dans la narration. On parle de trois choses le concernant, son identité, ce qu'il porte sur lui, et comment il vit. Bien évidemment, le tableau est différent.

Il s'appelle Lazare, nom sur lequel il va falloir revenir ; au lieu de vêtement de pourpre et de fin lin, il est couvert d'ulcères ; Quant à ses activités, il cherche à survivre en mangeant les miettes qui tombent de la table du premier protagoniste.


e.3) Le nom du pauvre.

Comme je le disais, la particularité des paraboles est que chaque détail s'y trouve pour une raison.

Dans celle-ci, le nom de Lazare résonne comme une particularité. En premier lieu, les paraboles ne contiennent généralement pas de nom propre, c'est la seule fois que cela est arrivé, ensuite, si le personnage du pauvre s'était appelé Simon, la multitude des personnes portant ce nom aurait rendu la compréhension du message que cela portait toute différente. Ici, Jésus choisit d'appeler son protagoniste Lazare. Or dans toute la Parole de Dieu, il n'y a que deux personnes portant ce prénom. L'autre étant évidemment un ami de Jésus. Si vous connaissez l'histoire de la résurrection de Lazare, vous savez qu'il est issu d'une famille riche, alors que celui de la parabole est pauvre. Pourtant Jésus pointe bien du doigt son ami, non pas pour indiquer quelque chose sur lui, mais pour faire un parallèle permettant la compréhension de la parabole qu'il est en train de transmettre. Or, le sens de ce qui arrive à Lazare se trouve justement être l'annonce de la résurrection de Jésus. Jésus a attendu que son ami Lazare meurt avant d'intervenir, parce que c'était non pas à travers la guérison de sa maladie, dont on ne sait rien, mais au travers de sa résurrection qu'il devait glorifier Dieu.

Le choix de donner au personnage de sa parabole le nom de son ami Lazare a donc pour but de pointer la résurrection du doigt, ce qui portera l'explication de toute la parabole.

Pour ajouter à cela, l'ami de Jésus était financièrement riche, mais le Lazare de la parabole est pauvre, et nous savons de par le passage qui précède et déclenche la parabole que le problème tient partiellement à l'importance des apparences pour les pharisiens. La richesse apparente des pharisiens devenant dès lors le symbole de leur pauvreté spirituelle et la pauvreté apparente de Lazare devenant le symbole de sa richesse spirituelle, qui est attestée par le fait qu'il soit envoyé dans le sein d'Abraham.


e.4) Le deuxième renvoi.

Faisant suite à l'utilisation du nom de Lazare par Jésus, il place également un autre détail qui a pour but de préparer l'explication de la parabole.

Le lien se fait assez facilement avec une fois de plus une histoire qui se déroule dans les évangiles, lorsque Jésus croise le chemin de la Syro-Phénicienne. L'évangile selon Marc nous dit précisément :

🔘 Marc 7.27-28 : « Laisse d'abord les enfants se rassasier ; car il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. 7.28 Oui, Seigneur, lui répondit-elle, mais les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants ».

Nous retrouvons donc la table, les miettes qui en tombent, et les chiens. Rappelons-nous que Jésus aurait pu choisir n'importe laquelle des situations décrivant la pauvreté, mais il en choisit une qui renvoie directement à la situation de la Syro-Phénicienne. Comprendre ce passage est donc également important, tout comme comprendre la résurrection de Lazare l'était. Dans le cas de cette femme, le sens de la rencontre sera d'annoncer la possibilité de salut à venir pour les nations.


e.5) Cette introduction.

Cette courte introduction de la parabole passe souvent inaperçue. La tendance générale est de penser que ce ne sont que des détails destinés à placer un contexte ; de la même manière qu'on pourrait préciser qu'une histoire se passerait à la tombée de la nuit, ou sous la pluie. Mais lorsque Jésus parle, il n'y a pas de place à l'approximation, et tout a un sens. Ici, bien que l'on résume souvent ces premiers versets à : "un pauvre qui vit mal et un riche qui vit bien", la réalité est toute autre. Jésus place donc en préambule deux informations très importantes qui, lorsqu'on les assemble, nous dépeignent une histoire parlant de résurrection et d'ouverture du salut au non-juifs.

En regardant de cette manière, la dimension de cette parabole change du tout au tout, et la suite va confirmer cette direction.


f) La mort des protagonistes.

f.1) La mort en elle-même.

Une fois la scène posée, on en vient à un évènement commun qui toutefois ne se développe pas de la même manière.

🔘 Luc 16.22-23 : « Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli. 23 Dans le séjour des morts, il leva les yeux ; Et, tandis qu'il était en proie aux tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein ». 

Les deux meurent, et si leurs sorts étaient différents de leur vivant, il en va de même dans la mort. Le pauvre est porté par les anges dans le sein d'Abraham, par contre, de son côté, le riche est simplement enseveli et se retrouve dans le séjour des morts. Ce qui démontre ce que je disais concernant le fait que leur situation financière reflétait l'inverse de leur probité spirituelle.


f.2) Le sein d'Abraham.

La compréhension de ce que désigne cette expression est un important sujet de questionnement. Il existe plusieurs thèmes dans les évangiles où nous devons impérativement prendre en compte les interlocuteurs de Jésus, et parfois même l'époque de la discussion. Par exemple, comprendre correctement les noces de l'agneau ne se fait qu'en connaissant les pratiques concernant le mariage à l'époque de Jésus. Sans cette connaissance, une importante partie de la compréhension devient opaque.

Dans le cas qui nous concerne, c'est donc le sein d'Abraham qui pose question.

Il se trouve que l'ancienne alliance a toujours fait une distinction entre les justes et les injustes, entre celui qui pêche et celui qui ne pêche pas. Dans la pensée juive d'alors, la retranscription de ce principe s'est faite par la représentation de deux endroits différents une fois que l'on mourrait. Le séjour des morts pour les injustes et le sein d'Abraham pour les justes. Ici, Jésus parlant justement à des pharisiens, utilise un langage qu'ils peuvent comprendre.


f.3) Abraham.

Il y a donc une différence entre le séjour des morts et le sein d'Abraham dans le discours de Jésus. Cette différence n'est cependant pas suffisamment notoire pour que l'on puisse la définir clairement. Lorsqu'on en vient à essayer de comprendre le salut, il y a de nombreux mystères qui font surfaces. Par exemple, on sait que le seul moyen d'être sauvé est de passer par Jésus, ce que Pierre montrera clairement en déclarant que : « Jésus est la pierre rejetée par vous qui bâtissez, et qui est devenue la principale de l'angle. Il n'y a de salut en aucun autre ; car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Actes 4.11-12). Pourtant, cette affirmation de Pierre, est retranscrite par Luc qui nous dira dans l'évangile qu'il rédigera : « C'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes, dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors » (Luc 13.28).

Ce qui signifie que, bien qu'il ne nous appartienne pas de savoir qui est sauvé et qui ne l'est pas, nous avons à minima la certitude que : « Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes » le sont. Pourtant, ils sont tous issus de l'ancienne alliance au moment de la vie de Jésus. Ce qui nous amène à comprendre une chose importante qui atténue encore la frontière entre l'ancienne et la nouvelle alliance : le salut était possible dans l'ancienne alliance. Nous avons trop souvent l'habitude de considérer que personne ne pouvant être sauvé par la loi puisqu'un sacrifice particulier devait être fait une fois l'an, cela signifierait nécessairement que toutes les personnes de l'ancienne alliance étaient condamnées jusqu'à ce que Jésus aille prêcher aux morts après sa crucifixion. Ça n'est pas le cas, et le problème essentiel est l'amalgame qui est fait entre l'ancienne alliance et la loi de Moïse.

La première épître de Pierre nous explique que les prophètes avaient déjà une révélation de Jésus, et si on peut facilement passer sur la signification du passage nous l'expliquant durant une lecture, en le pointant du doigt, la chose paraît bien plus claire :

🔘 1 Pierre 1.10-11 : « Les prophètes, qui ont prophétisé touchant la grâce qui vous était réservée, ont fait de ce salut l'objet de leurs recherches et de leurs investigations, 11 voulant sonder l'époque et les circonstances marquées par l'Esprit de Christ qui était en eux, et qui attestait d'avance les souffrances de Christ et la gloire dont elles seraient suivies ».

Rien ne nous permet de connaître le niveau de compréhension qu'ils avaient, mais ce passage nous dit clairement que les prophètes avaient le Saint-Esprit EN eux et qu'il attestait de la souffrance de Jésus par avance.

(NOTA : Apocalypse 19.10b : « ... Car le témoignage de Jésus est l'esprit de la prophétie »).

C'est là que nous nous heurtons à une chose dont je parlais auparavant. Les paraboles ne doivent pas être confondues avec la réalité. Or le passage du livre des actes des apôtres et celui de l'évangile selon Luc dépeignent une réalité, alors que la parabole du sein d'Abraham ne fait que porter une signification qui est réelle mais ne décrit pas quelque chose qui l'est. Dans le cas contraire, nous aurions Lazare qui serait sauvé uniquement parce qu'il était pauvre. Nous savons qu'Abraham est sauvé par la déclaration de Jésus dans l'évangile de Luc et par voie de conséquence, Lazare étant dans son sein le serait également. Cela n'a pas de sens. Il faut donc regarder les choses avec un peu plus de recul et se rappeler que chaque élément a une signification en soi.

Pour les interlocuteurs de Jésus, Abraham est considéré comme leur père. Ils se réfèrent à lui de la sorte et le considèrent comme l'origine de l'alliance qu'ils ont avec l'Eternel. C'est donc ce sens que revêt sa présence dans la parabole. Il n'est pas là pour représenter la personne même d'Abraham, mais pour pointer les croyances des pharisiens, qui sont les destinataires premiers de cette parabole.


g) La discussion entre Abraham et le riche (Luc 16.24-36).

g.1) La compréhension de la séparation.

🔘 Luc 16.24-26 : « Il s'écria : Père Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare, pour qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau et me rafraîchisse la langue ; car je souffre cruellement dans cette flamme. 25 Abraham répondit : Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et que Lazare a eu les maux pendant la sienne ; maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres. 26 D'ailleurs, il y a entre nous et vous un grand abîme, afin que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous, ou de là vers nous, ne puissent le faire ».

Tout ce qui a été dit auparavant va se concrétiser maintenant. On peut également noter que le riche se trouve dans une flamme, mais contrairement à ce qu'imaginent beaucoup de croyants, il n'est dit nulle part dans la parole que la géhenne, communément et à tort appelée "enfer", contiendrait des flammes. Ça fait partie d'un imaginaire issu de notre difficulté à imaginer un feu sans flammes. Pourtant lorsque le livre de l'apocalypse nous parle d'un : « ... étang ardent de feu et de soufre » (Apocalypse 19.20b), nous sommes plus en présence d'une étendue de magma. La présence de cette affirmation atteste une fois de plus du caractère imaginaire de l'histoire que raconte Jésus. Enfin, toujours dans ces éléments qui sont des incohérences et qui attestent de ce que nous sommes en présence d'une parabole se trouve l'emploi du mot « abîme ». Bien sûr, nous connaissons tous ce mot, pourtant sa traduction ici est hasardeuse. Elle nous renvoie à l'abîme tel qui nous est présenté dans le reste de la Parole de Dieu, et plus spécifiquement dans le livre de l'apocalypse. Il se trouve cependant que ça n'est pas le même mot et c'est une fois de plus un fait unique, tout comme d'avoir nommé un des protagonistes. Le mot employé ici est [Chasma] et c'est la seule fois où il sera utilisé dans la Parole de Dieu. Sa traduction par 'abîme' égare le lecteur en lui faisant faire le lien avec, par exemple, les 7 fois où le mot 'abîme' sera employé dans le livre de l'apocalypse. Dans la Parabole du sein d'Abraham, ce terme ne fait que désigner un gouffre, une séparation entre deux endroits et non l'abîme dont il est fait mention dans le livre de l'Apocalypse.

La demande du riche procède d'une inversion des situations. Durant sa vie, le pauvre mendiait, espérant un peu de pain, et maintenant, dans la mort, le riche mendie espérant un peu d'eau. Devant sa situation, sa première pensée est pour lui-même, et ça n'est qu'après avoir entendu que le séjour des morts et le sein d'Abraham ne sont pas accessibles l'un par l'autre, que le riche va penser à ses frères. On pourrait pousser plus loin la symbolique du pain qui représente le corps, et donc la richesse de ce monde, et l'eau vive qui représente l'esprit et donc la richesse du monde spirituel. Cependant il est préférable de ne pas rendre la chose plus touffue qu'elle ne l'est déjà.


g.2) La laideur du coeur.

🔘 Luc 16.27-31 : « Le riche dit : Je te prie donc, père Abraham, d'envoyer Lazare dans la maison de mon père ; car j'ai cinq frères. 28 C'est pour qu'il leur atteste ces choses, afin qu'ils ne viennent pas aussi dans ce lieu de tourments. 29 Abraham répondit : Ils ont Moïse et les prophètes; qu'ils les écoutent. 30 Et il dit : Non, père Abraham, mais si quelqu'un des morts va vers eux, ils se repentiront. 31 Et Abraham lui dit : S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu'un des morts ressusciterait ».

Rappelons-nous que Jésus parle aux pharisiens et qu'il leur a déjà signifié la laideur de leurs cœurs, ce qu'il va à nouveau faire ici.

On notera que le riche, dans les flammes, a compris que son sort est définitif. Bien que souffrant, il ne demande aucune seconde chance, et lorsqu'il pense enfin à la situation de ses 5 frères, il ne demande pas à revenir les prévenir. Bien que cela soit discutable, le chiffre 5 se rattache au temple et il est probable que par ce détail, Jésus pointe les pharisiens du doigt. Le père en question étant la compréhension du père Abraham que ces derniers ont. En d'autres termes, le riche demande à ce que les personnes qui partagent la façon de voir qui l'a amené là où il se trouve, puissent avoir une visite pouvant les convaincre de changer de voie. Etant donné que Jésus parle aux pharisiens, il est en train de leur dire que leur conception du père Abraham et leur rejet de Moïse et des prophètes va les conduire dans le même lieu que le riche dont il parle. Ce thème est souvent abordé dans les évangiles, et Jean nous le présente d'une manière claire qui est parfaitement en accord avec ce que Jésus est en train de leur dire :

🔘 Jean 5.44-47 : « Comment pouvez-vous croire, vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul ? 45 Ne pensez pas que moi je vous accuserai devant le Père; celui qui vous accuse, c'est Moïse, en qui vous avez mis votre espérance. 46 Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce qu'il a écrit de moi. 47 Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ? ».

C'est donc la réponse qu'Abraham va donner au riche. S'ils écoutent Moïse et les prophètes, alors ils éviteront ce lieu. La réponse du riche est étonnante de sincérité, il sait parfaitement que ni lui ni ses 5 frères n'en avaient que faire de Moïse et des prophètes. C'est pour cela qu'il réagit de suite à l'affirmation d'Abraham. Il est parfaitement conscient de la réalité dans laquelle il a vécu. Il sait que s'il faut compter sur l'observation de la Parole de Dieu, alors, tout comme lui, ses cinq frères sont condamnés. C'est alors qu'il tente le tout pour le tout. Il sait qu'il a vécu une vie basée sur les apparences, alors peut-être que si quelque chose de visible et d'indéniable survenait, quelque chose qui ne demande pas de foi mais uniquement une constatation, alors ses cinq frères reviendraient de leur mauvaise vie et éviteraient les flammes.

Abraham termine alors sur un terrible constat qui reprend ce que Jésus disait en préambule. Lorsque le coeur est mauvais, rien ne peut le convaincre. En introduction il parlait aux pharisiens, mettant en avant la laideur de leur coeur et l'abomination que cela représente aux yeux de Dieu. Ici, en conclusion, par la bouche d'Abraham, Jésus redit la même chose, en y ajoutant une annonce prophétique de sa propre résurrection : « S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu'un des morts ressusciterait » (Luc 16.31). Autre façon de dire que s'ils ne croient pas en la vérité, ils ne seront pas en mesure de la reconnaître lorsqu'ils la croiseront.


h) Conclusion.

L'introduction de cette parabole faisait le lien avec l'histoire vraie de Lazare, l'ami de Jésus. La conclusion est à nouveau un parallèle. Jésus annonce que sa propre résurrection ne convaincrait pas ceux dont le coeur est endurci, tout comme la résurrection de Lazare n'avait pas pu le faire. Il y a un détail dont on ne se rappelle pas forcément concernant la résurrection de Lazare, c'est que si certains ont cru, bien qu'assistant au miracle, certains des témoins ont préféré se liguer contre ce qu'ils venaient de voir et ont choisi d'aller le dénoncer aux pharisiens (Jean 11.45-46 : « Plusieurs des Juifs qui étaient venus vers Marie, et qui virent ce que fit Jésus, crurent en lui. Mais quelques-uns d'entre eux allèrent trouver les pharisiens, et leur dirent ce que Jésus avait fait »). Ce qui fera naître la volonté de tuer Jésus (Jean 11.53 : « Dès ce jour, ils résolurent de le faire mourir), et la volonté de tuer Lazare (Jean 12.10 : « Les principaux sacrificateurs délibérèrent de faire mourir aussi Lazare »).

De la même manière que la résurrection de Lazare annonçait celle de Jésus, ici, la résurrection dont on parle est celle de Jésus, qui annonce donc le salut des nations. Annonce est donc faite que ceux qui refusent d'écouter la loi et les prophètes ne se laisseront pas convaincre par la résurrection de Jésus. Parce que Jésus est la Parole de Dieu et celui qui refuse d'écouter la Parole de Dieu refuse d'écouter Jésus et par voie de conséquence, ne sera pas en mesure de reconnaître sa voix.

Dans cette parabole, Jésus remet évidemment en place ses interlocuteurs, les pharisiens, leur annonçant leur condamnation, mais s'il leur parle directement pendant cette scène, le message en lui-même est destiné à tous. Cela nous parle de la disposition du coeur et de l'endurcissement qui rend aveugle à la vérité.


Versets en rab

🔘 Actes 8.35 : « Alors Philippe, ouvrant la bouche et commençant par ce passage, lui annonça la bonne nouvelle de Jésus ».

🔘 Matthieu 8.11 : « Or, je vous déclare que plusieurs viendront de l'orient et de l'occident, et seront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux ».

🔘 1 Pierre 3.18-19 : « Christ aussi a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu, ayant été mis à mort quant à la chair, mais ayant été rendu vivant quant à l'Esprit, 19 dans lequel aussi il est allé prêcher aux esprits en prison ».

🔘 1 Samuel 28.8-15 : « Alors Saül se déguisa et prit d'autres vêtements, et il partit avec deux hommes. Ils arrivèrent de nuit chez la femme. Saül lui dit : Prédis-moi l'avenir en évoquant un mort, et fais-moi monter celui que je te dirai. 9 La femme lui répondit : Voici, tu sais ce que Saül a fait, comment il a retranché du pays ceux qui évoquent les morts et ceux qui prédisent l'avenir ; pourquoi donc tends-tu un piège à ma vie pour me faire mourir ? 10 Saül lui jura par l'Éternel, en disant : L'Éternel est vivant ! il ne t'arrivera point de mal pour cela. 11 La femme dit : Qui veux-tu que je te fasse monter ? Et il répondit : Fais-moi monter Samuel. 12 Lorsque la femme vit Samuel, elle poussa un grand cri, et elle dit à Saül : Pourquoi m'as-tu trompée ? Tu es Saül ! 13 Le roi lui dit : Ne crains rien ; mais que vois-tu ? La femme dit à Saül : je vois un dieu qui monte de la terre. 14 Il lui dit : Quelle figure a-t-il ? Et elle répondit : C'est un vieillard qui monte et il est enveloppé d'un manteau. Saül comprit que c'était Samuel, et il s'inclina le visage contre terre et se prosterna. 15 Samuel dit à Saül : Pourquoi m'as-tu troublé, en me faisant monter ? Saül répondit : Je suis dans une grande détresse : les Philistins me font la guerre, et Dieu s'est retiré de moi ; il ne m'a répondu ni par les prophètes ni par des songes. Et je t'ai appelé pour que tu me fasses connaître ce que je dois faire ».

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     30 - Les vignerons infidèles (Matthieu 21.33-46) (Marc 12.1-12) (Luc 20.9-19)

a) Le texte.

a.1) Selon Matthieu.

🔘 Matthieu 21.33-34 : « Écoutez une autre parabole. Il y avait un homme, maître de maison, qui planta une vigne. Il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, et bâtit une tour ; Puis il l'afferma à des vignerons, et quitta le pays. 34 Lorsque le temps de la récolte fut arrivé, il envoya ses serviteurs [doulos] vers les vignerons, pour recevoir le produit de sa vigne ».

🔘 Matthieu 21.35-36 : « Les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs [doulos], battirent l'un, tuèrent l'autre, et lapidèrent le troisième 36 Il envoya encore d'autres serviteurs [doulos], en plus grand nombre que les premiers ; Et les vignerons les traitèrent de la même manière ».

🔘 Matthieu 21.37-41 : « Enfin, il envoya vers eux son fils, en disant : Ils auront du respect pour mon fils. 38 Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : Voici l'héritier ; Venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. 39 Et ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent. 40 Maintenant, lorsque le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? 41 Ils lui répondirent : Il fera périr misérablement ces misérables, et il affermera la vigne à d'autres vignerons, qui lui en donneront le produit au temps de la récolte ».

🔘 Matthieu 21.42-46 : « Jésus leur dit : N'avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l'angle ; C'est du Seigneur que cela est venu, et c'est un prodige à nos yeux ? (➡️ Psaumes 118.22-23) 43 C'est pourquoi, je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits. 44 Celui qui tombera sur cette pierre s'y brisera, et celui sur qui elle tombera sera écrasé. 45 Après avoir entendu ses paraboles, les principaux sacrificateurs et les pharisiens comprirent que c'était d'eux que Jésus parlait, 46 et ils cherchaient à se saisir de lui ; Mais ils craignaient la foule, parce qu'elle le tenait pour un prophète ».


a.2) Selon Marc.

🔘 Marc 12.1-4 : « Jésus se mit ensuite à leur parler en paraboles. Un homme planta une vigne. Il l'entoura d'une haie, creusa un pressoir, et bâtit une tour ; puis il l'afferma à des vignerons, et quitta le pays. 2 Au temps de la récolte, il envoya un serviteur [doulos] vers les vignerons, pour recevoir d'eux une part du produit de la vigne. 3 S'étant saisis de lui, ils le battirent, et le renvoyèrent à vide. 4 Il envoya de nouveau vers eux un autre serviteur [doulos] ; Ils le frappèrent à la tête, et l'outragèrent ».

🔘 Marc 12.5 : « Il en envoya un troisième, qu'ils tuèrent ; Puis plusieurs autres, qu'ils battirent ou tuèrent ».

🔘 Marc 12.6-9 : « Il avait encore un fils bien-aimé ; Il l'envoya vers eux le dernier, en disant : Ils auront du respect pour mon fils. 7 Mais ces vignerons dirent entre eux : Voici l'héritier ; Venez, tuons-le, et l'héritage sera à nous. 8 Et ils se saisirent de lui, le tuèrent, et le jetèrent hors de la vigne. 9 Maintenant, que fera le maître de la vigne ? Il viendra, fera périr les vignerons, et il donnera la vigne à d'autres ».

🔘 Marc 12.10-12 : « N'avez-vous pas lu cette parole de l'Écriture : La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l'angle ; 11 C'est par la volonté du Seigneur qu'elle l'est devenue, et c'est un prodige à nos yeux? (➡️ Psaumes 118.22-23) 12 Ils cherchaient à se saisir de lui, mais ils craignaient la foule. Ils avaient compris que c'était pour eux que Jésus avait dit cette parabole. Et ils le quittèrent, et s'en allèrent ».


a.3) Selon Luc.

🔘 Luc 20.9-18 : « Il se mit ensuite à dire au peuple cette parabole : Un homme planta une vigne, l'afferma à des vignerons, et quitta pour longtemps le pays. 10 Au temps de la récolte, il envoya un serviteur [doulos] vers les vignerons, pour qu'ils lui donnent une part du produit de la vigne. Les vignerons le battirent, et le renvoyèrent à vide. 11 Il envoya encore un autre serviteur [doulos] ; ils le battirent, l'outragèrent, et le renvoyèrent à vide. 12 Il en envoya encore un troisième ; Ils le blessèrent, et le chassèrent. 13 Le maître de la vigne dit : Que ferai-je ? J'enverrai mon fils bien-aimé ; Peut-être auront-ils pour lui du respect. 14 Mais, quand les vignerons le virent, ils raisonnèrent entre eux, et dirent : Voici l'héritier ; Tuons-le, afin que l'héritage soit à nous. 15 Et ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent. Maintenant, que leur fera le maître de la vigne ? 16 Il viendra, fera périr ces vignerons, et il donnera la vigne à d'autres. Lorsqu'ils eurent entendu cela, ils dirent : A Dieu ne plaise ! 17 Mais, jetant les regards sur eux, Jésus dit : Que signifie donc ce qui est écrit : La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l'angle ? (➡️ Psaumes 118.22-23) 18 Quiconque tombera sur cette pierre s'y brisera, et celui sur qui elle tombera sera écrasé ».

🔘 Luc 20.19 : « Les principaux sacrificateurs et les scribes cherchèrent à mettre la main sur lui à l'heure même, mais ils craignirent le peuple. Ils avaient compris que c'était pour eux que Jésus avait dit cette parabole ».


b) L'explication.

La parabole est présente trois fois et le texte est long. Pourtant la signification est relativement courte.

La première partie parle spécifiquement d'Israël. La précision de la haie entourant la vigne faisant cas d'une délimitation territoriale qui n'existe plus sous la grâce. Alors que le moment du retour du maître arrivait, il envoie ses serviteurs pour préparer le terrain. Mais les personnes à qui il a confié la vigne s'en prennent de plus en plus violemment aux différentes personnes qu'il envoie, ce qui nous parle du sang d'Abel à Zacharie.

Suite à cela, devant ce comportement, il envoie alors son fils qu'ils décident également de tuer, et, à l'image de Jésus emmené en dehors de Jérusalem et mis à mort, le fils du propriétaire de la vigne est également emmené au dehors de la vigne et mis à mort.

Si cela peut sembler étrange que le parallèle soit avec Jérusalem et non Israël dans son entièreté, il faut se rappeler que dans la fin des temps les choses changent sensiblement. Lorsque Jésus revient, ça n'est pas pour Israël, mais pour Jérusalem. Armageddon n'est relate pas non plus une guerre contre Israël, mais contre Jérusalem, et évidemment la Parole ne mentionne pas d'Israël céleste, mais d'une Jérusalem de ce type.

La conséquence de cette mise à mort du Fils est notée dans les trois versions, la vigne est confiée à d'autres.

Finalement, dans la dernière partie, les interlocuteurs de Jésus (Principaux sacrificateurs, scribes et pharisiens) comprennent qu'il leur parle d'eux alors qu'il se définit comme la pierre angulaire et affirment que les premiers constructeurs l'ont rejeté. Bien que décidé à se saisir de lui ils se verront forcé de ne rien faire en raison de leur crainte du peuple.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     31 - Les outres, habits et drap neufs (Matthieu 9.15-17) (Marc 2.21-22) (Luc 5.36-39)

a) Le texte.

🔘 Matthieu 9.14-17 : « Alors les disciples de Jean vinrent auprès de Jésus, et dirent : Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous, tandis que tes disciples ne jeûnent point ? 15 Jésus leur répondit : Les amis de l'époux peuvent-ils s'affliger pendant que l'époux est avec eux ? Les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. 16 Personne ne met une pièce de drap neuf à un vieil habit ; Car elle emporterait une partie de l'habit, et la déchirure serait pire. 17 On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres ; Autrement, les outres se rompent, le vin se répand, et les outres sont perdues ; Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le vin et les outres se conservent ».

🔘 Marc 2.18-22 : « Les disciples de Jean et les pharisiens jeûnaient. Ils vinrent dire à Jésus : Pourquoi les disciples de Jean et ceux des pharisiens jeûnent-ils, tandis que tes disciples ne jeûnent point ? 19 Jésus leur répondit : les amis de l'époux peuvent-ils jeûner pendant que l'époux est avec eux ? Aussi longtemps qu'ils ont avec eux l'époux, ils ne peuvent jeûner. 20 Les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront en ce jour-là. 21 Personne ne coud une pièce de drap neuf à un vieil habit ; Autrement, la pièce de drap neuf emporterait une partie du vieux, et la déchirure serait pire. 22 Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; Autrement, le vin fait rompre les outres, et le vin et les outres sont perdus ; Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves ».

🔘 Luc 5.33-39 : « Ils lui dirent : Les disciples de Jean, comme ceux des pharisiens, jeûnent fréquemment et font des prières, tandis que les tiens mangent et boivent. 34 Il leur répondit : Pouvez-vous faire jeûner les amis de l'époux pendant que l'époux est avec eux ? 35 Les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là. 36 Il leur dit aussi une parabole : Personne ne déchire d'un habit neuf un morceau pour le mettre à un vieil habit ; Car, il déchire l'habit neuf, et le morceau qu'il en a pris n'est pas assorti au vieux. 37 Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; Autrement, le vin nouveau fait rompre les outres, il se répand, et les outres sont perdues ; 38 Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves. 39 Et personne, après avoir bu du vin vieux, ne veut du nouveau, car il dit : Le vieux est bon ».


b) Une différence notoire.

Il est toujours possible d'être en présence de trois scènes différentes, cependant le sujet les initiant est le même, et la situation également.

1️⃣ Dans la version de Matthieu, ce sont les disciples de Jean qui interrogent Jésus.

2️⃣ Dans la version de Marc, ce sont les disciples de Jean et les pharisiens qui interrogent Jésus.

3️⃣ Dans la version de Luc, ce sont les pharisiens et les scribes qui interrogent Jésus (Luc 5.30).


c) L'explication.

c.1) Le jeûne.

Trois paraboles sont présentes et s'entremêlent dans ces textes. Trois manières de dire la même chose. Nous y trouvons l'exemple d'outres neuves, d'habits neufs et d'un drap neuf qui tous trois ne supportent pas le mélange avec quelque chose de plus ancien. Nous sommes en présence de la même scène dont le sujet initiant les images est celui d'un questionnement autour du jeûne.

Les interrogateurs (variés) soulèvent le problème de la différence entre d'une part les pharisiens et les disciples de Jean qui jeûnent, et d'autre part les disciples de Jésus qui ne le font pas. Si le sens de la réponse est très simple, il se trouve que la mauvaise compréhension de ce qu'est le jeûne égare une importante partie de ceux qui lisent ce texte. Le jeûne ne sert qu'à se rapprocher de Dieu, et rien d'autre. La mauvaise interprétation du commentaire de Jésus à ses disciples juste après avoir chassé un démon à la descente de la montagne de la transfiguration y est pour beaucoup concernant l'égarement sur le sens du jeûne. Alors que ses disciples s'étaient vus incapables de chasser un démon, Jésus leur fait cette affirmation : « Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne » (Matthieu 17.21). Conclusion a vite été tirée que le jeûne et la prière servaient également à chasser les démons alors que rien ne dit dans ce passage que Jésus ait jeûné ou prié. La réalité de ce que Jésus disait était simplement que leur proximité avec Dieu n'était pas suffisante et qu'il fallait qu'elle grandisse. Pour ce faire, il fallait qu'ils prient et qu'ils jeûnent. Comme je le disais, dans l'instant où se situe cette scène rien ne dit que Jésus ait jeûné, et nous savons qu'il n'avait pas prié. Donc il ne plaçait pas comme absolu la nécessité des deux pour chasser le démon présent, mais leur indiquait comment s'approcher de Dieu. Tous ceux qui jeûnent pour le réveil, pour la guérison, pour que les tomates soient plus juteuses etc... ne font que des rituels humains que Dieu compare à de la divination.


c.2) La réponse qui initie les paraboles.

La particularité de ces trois paraboles est qu'elles viennent dans le discours de Jésus pour en illustrer les propos qui sont déjà la réponse aux interlocuteurs. Généralement les paraboles sont la réponse et les interlocuteurs y trouvent source à réflexion. Mais dans le cas présent Jésus donne la réponse à la question qu'on leur a posé et illustre cette même réponse par ces trois images. 

La réponse préalable est pleinement prophétique et n'a aucun moyen d'être comprise en l'état. Jésus est presque en train de parler seul. 

🔘 Matthieu 9.15 : « Jésus leur répondit : Les amis de l'époux peuvent-ils s'affliger pendant que l'époux est avec eux ? Les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront ».

🔘 Marc 2.19-20 : « Jésus leur répondit : les amis de l'époux peuvent-ils jeûner pendant que l'époux est avec eux ? Aussi longtemps qu'ils ont avec eux l'époux, ils ne peuvent jeûner. 20 Les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront en ce jour-là ».

🔘 Luc 5.34-35 : « Il leur répondit : Pouvez-vous faire jeûner les amis de l'époux pendant que l'époux est avec eux ? 35 Les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là ».

Or, si notre place dans le temps nous permet d'avoir le recul suffisant pour savoir de quoi il parle en parlant d'époux, les personnes d'alors n'avaient pas cet avantage. Le contexte leur permettait de comprendre qu'il parlait de ses disciples en parlant d'amis, et qu'il parlait de lui-même en parlant d'époux, par contre la symbolique spirituelle ne pouvait qu'être absente. C'est pour ça que si sa remarque est claire pour nous, elle nécessitait l'ajout d'images pour l'éclairer. Ce faisant, il en a profité pour faire ce qu'il faisait à chaque fois en usant de paraboles. Il glissait des informations pour notre édification.

Cependant, la clarté de sa réponse n'est pas aussi lumineuse que cela pour beaucoup, parce qu'ils la regardent avec des certitudes qui bien que n'étant pas fondées sur la Parole de Dieu, sont leurs fondations. Ce que Jésus dit ici est donc très simple. Les disciples de Jean et ceux des pharisiens passent leur temps à jeûner et le contraste est important avec ceux de Jésus qui eux ne sont pas du tout dans cet état d'esprit. Jésus précise alors à ses interrogateurs, un peu à la manière de l'ecclésiaste, qu'il y a un temps pour toute chose. Il y a un temps pour se réjouir avec l'époux et un temps pour jeûner. Il annonce donc son départ et le fait qu'une fois qu'il ne sera plus là, s'approcher se fera dans le jeûne, ce qui confirme ce que je disais, jeûner sert à se rapprocher de Dieu. Le faire durant sa présence sur terre n'avait donc pas de sens, non seulement parce qu'il était avec eux, mais également parce qu'il n'était pas Dieu.

Pour illustrer ce qu'il vient de leur dire, il va utiliser trois images.


c.3) Le taquet camouflé.

Même si la compréhension totale n'est pas possible pour ses interlocuteurs, il n'en reste pas moins que la séparation entre les deux conceptions est évidente. Lorsque Jésus leur dit que ses disciples n'ont pas besoin de jeûner lorsque l'époux est encore là, il faut se rappeler que les disciples de Jean et des pharisiens jeûnent. Ça signifie donc qu'ils ont chacun perdu l'équivalent de ce qu'il appelle l'époux. Les disciples de Jean sont attachés à un homme et non à ce qu'il représentait. Leur époux est mort, alors ils jeûnent, par observance des rituels d'avant Jésus. De la même manière que Daniel, leur jeûne et un jeûne de deuil, il ne les rapproche pas de Dieu, mais de l'idée qu'ils se font de la voix qu'à suivi leur maître.

Il en va de même pour les pharisiens, qui le font parce qu'ils sont loin de celui dont ils parlent. Dans tous les cas, ces deux ordres sont orphelins, parce qu'ils sont loin de celui à qui ils obéissent.

En leurs disant que ses disciples ne jeûnent pas parce que leur époux est encore présent, ses interlocuteurs reçoivent que le leur est mort.


c.4) Les trois images.

De trois manières différentes, Jésus va permettre à ses auditeurs de recevoir une explication qu'ils vont pouvoir adapter à leurs capacités de compréhensions charnelles, ainsi qu'une révélation destinée à ses disciples et aux lecteurs que nous sommes. Cette volonté de transmettre une vérité que tous ne peuvent recevoir se retranscrit dans les différentes images qui suivent :

1️⃣ Un drap neuf sur un vieil habit.

2️⃣ Du vin nouveau dans de vieilles outres.

3️⃣ Un habit neuf sur un vieil habit.

On peut avoir tendance à tout de suite vouloir faire le rapport entre ancienne et nouvelle alliance et si dans la finalité c'est bien de cela dont ça parle, la compréhension première de ce qu'il dit ici est attachée à la question qu'il a reçu et à la réponse qu'il a déjà donnée. Sauter à la conclusion serait occulter le sens premier.

Ces trois images sont là comme des illustrations. Elles parlent toutes de placer du neuf sur du vieux. Le neuf et le vieux étant la conception du jeûne. Nous sommes exactement dans la configuration du jeûne de David lorsque son premier fils de Bath Schéba était malade, et ce, même si cela ne paraît pas dans les apparences. Tous ses serviteurs s'attendent à ce qu'il jeûne pour les apparences et le respect des traditions, mais David jeûne pour toucher le coeur de Dieu, il veut s'en approcher dans l'espoir d'influer sur sa décision.

Il en ressort que les trois images parlent exactement de la même chose. Dans l'exemple concret qui concerne Jésus et ses disciples, cela parle de ne pas mélanger le sens réel du jeûne avec les traditions anciennes, de ne pas confondre les compréhensions passées et dénuées de l'esprit, avec celles permises par la révélation nouvelle de l'esprit qui éclaire ce qui était dans l'ombre. Ce discours suit la même logique que l'explication des tables de la loi dans le sermon sur la montagne. La compréhension passée ne peut pas se mélanger avec la révélation présente parce que cela détruirait l'un et l'autre. Le neuf n'est pas le complément du vieux, c'est son remplaçant. C'est en cela que la déclaration de Jésus, qui parle spécifiquement du jeûne, s'étend à l'intégralité des compréhensions permises par l'Esprit. Les observations des juifs de cette époque étaient pour une très large majorité des préceptes humains, pas même basés sur les textes, juste une manière de se donner bonne conscience. La simple présence des sacrifices alors que l'arche de l'alliance n'était plus là prouve qu'ils ne s'intéressaient pas à la vérité. Sans l'arche, impossible de faire l'expiation annuelle, ce qui invalidait tout le reste, mais ils conservaient les apparences du culte, pour la forme.

Nombre de ces compréhensions ont traversé l'histoire avec d'autant plus de facilités qu'elles n'étaient pas de Dieu, et Jésus avertissait de ne pas mélanger ce que Dieu était en train de faire, c'est-à-dire d'éclairer sa Parole, le sens profond des textes, avec l'obscurité d'un Saint des Saints sans lumière.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     32 - La tour inachevée (et La guerre imprudente du roi) (Luc 14.25-30)

a) Le texte.

🔘 Luc 14.25-27 : « De grandes foules faisaient route avec Jésus. Il se retourna, et leur dit : 26 Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27 Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suis pas, ne peut être mon disciple ».

🔘 Luc 14.28-30 : « Car, lequel de vous, s'il veut bâtir une tour, ne s'assied d'abord pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi la terminer, 29 de peur qu'après avoir posé les fondements, il ne puisse l'achever, et que tous ceux qui le verront ne se mettent à le railler, 30 en disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n'a pu achever ? ».

🔘 Luc 14.31-32 : « Ou quel roi, s'il va faire la guerre à un autre roi, ne s'assied d'abord pour examiner s'il peut, avec dix mille hommes, marcher à la rencontre de celui qui vient l'attaquer avec vingt mille ? 32 S'il ne le peut, tandis que cet autre roi est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix ».

🔘 Luc 14.33-35 : « Ainsi donc, quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple. 34 Le sel est une bonne chose ; mais si le sel perd sa saveur, avec quoi l'assaisonnera-t-on ? 35 Il n'est bon ni pour la terre, ni pour le fumier ; On le jette dehors. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ».


b) L'explication.

Ce texte commence par une affirmation qui a déjà fait couler beaucoup d'encre et se termine par son explication. Entre les deux sont callées deux paraboles qui évidemment ont le même sens et qui illustrent la raison de l'introduction et de la conclusion. Expliquer les deux paraboles présentes sans mentionner ce qui précède et ce qui suit serait presque coupable.

Il va donc falloir séparer ce qui est dit en deux catégories. Les paraboles apportant un élément de compréhension intéressant sur ce que Jésus est réellement en train de dire.


b.1) Les paraboles.

1️⃣ La première met en scène une personne voulant bâtir une tour. Pour ce faire, la personne se pose d'abord et réfléchit aux coûts que cela représente, afin de ne pas être surprise en cours de projet et de se voir obligé de devoir stopper les travaux. Sa crainte étant d'attirer l'opprobre de tous devant son inconsistance.

2️⃣ La deuxième parle de deux rois en guerre, mettant en avant la nécessité pour le premier d'évaluer le succès de la bataille à venir, dans laquelle l'assaillant vient vers lui en plus en grand nombre. S'il anticipe une défaite, alors il cherchera la paix.

Bien qu'on ne le prenne pas forcément en compte, chaque parabole met deux choses en avant. L'anticipation et la peur des conséquences. Dans les deux cas nous avons à faire avec le fait de réfléchir à ce qu'on fait avant de le faire, au fait que nos actions ont des conséquences et qu'il soit nécessaire d'y réfléchir avant. Dans les deux cas, ce sont des décisions qui ne sont pas révocables et dont les conséquences suivront obligatoirement. On ne parle pas de décider d'aller à la piscine et de changer d'avis dans la foulée. Ce sont des décisions qui initient l'irrémédiable et qui en conséquence de cause doivent être soupesées avant d'être prises.


b.2) Le sujet du discours de Jésus

Pour que les deux illustrations soient ce qu'elles sont, il faut obligatoirement que le sujet de la discussion de Jésus soit grave. En l'occurrence il était en train de marcher suivi par de grandes foules lorsqu'il se retourne et adresse la parole à toutes les personnes qui marchent à sa suite. Le sujet a été détourné de nombreuses fois. Dans les apparences, il s'agit ici de dire qu'il est nécessaire de haïr père, mère, femme, enfants, frères, sœurs, et même sa propre vie pour être ses disciples. Beaucoup sont allés jusqu'à abandonner leurs femmes ou leurs enfants pour se soumettre à la seule compréhension qu'ils avaient de ce passage, c'est-à-dire la charnelle, donc exactement celle qui n'est pas le sens de ce que Jésus disait ici. Ces personnes se réconfortant en affirmant que c'était leur "croix", sans comprendre ce que représente la croix en question. Beaucoup de souffrances inutiles provoquées par des personnes ne faisant que semblant de connaître Dieu et voyant de la cohérence dans la folie de leurs comportements. La Parole de Dieu entière témoignant de la mauvaise compréhension qui est la leur.

Dans le cas présent, Jésus oppose le fait de haïr les siens (verset 26) au fait de renoncer à eux (verset 33). Pourtant il ne fait pas le grand écart, il parle de la même chose et c'est une compréhension à l'emporte-pièce qui pourrait faire exprimer tellement de mépris envers les siens dans la chair qu'on en viendrait à les abandonner pour de bon.

Pourtant la Parole de Dieu ne fait pas mystère de l'obligation d'aimer son frère, alors comment justifier un supposé commandement de le haïr. Jean est celui qui met le plus en avant cette obligation d'aimer, que ce soit dans sa version de l'évangile ou dans ses lettres :

🔘 1 Jean 2.9-11 : « Celui qui dit qu'il est dans la lumière, et qui hait son frère, est encore dans les ténèbres. 10 Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et aucune occasion de chute n'est en lui. 11 Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres, il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux ».

🔘 1 Jean 3.15 : « Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu'aucun meurtrier n'a la vie éternelle demeurant en lui ».

🔘 1 Jean 4.20-21 : « Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur ; Car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? 21 Et nous avons de lui ce commandement : Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère ».

🔘 Jean 12.25 : « Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle ».

Evidemment la solution est simple, pourtant combien ont préféré ne pas la voir. On ne peut extraire une parole et l'appliquer à ce qui nous fait plaisir. Jésus dit de haïr son frère, mais dit également que le faire c'est se condamner. Il est évident qu'il ne parle pas de la même chose, même si c'est représenté par le même mot. Nous avons une autre illustration de cette évidence, une fois de plus au travers des écrits de Jean :

🔘 1 Jean 2.15 : « N'aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est point en lui ».

🔘 Jean 3.16 : « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle ».

Ça n'est pas parce que ce sont les mêmes mots que cela parle de la même chose. Sinon cela signifierait que Dieu le Père n'a aucun amour en lui et ça invaliderait à la fois Jean 3.16, et la Parole de Dieu toute entière. D'ailleurs Jésus lui-même faisait clairement la transition entre la famille de la chair et la famille de l'esprit dans la version selon Matthieu de l'évangile :

🔘 Matthieu 12.46-50 : « Comme Jésus s'adressait encore à la foule, voici, sa mère et ses frères, qui étaient dehors, cherchèrent à lui parler. 47 Quelqu'un lui dit : Voici, ta mère et tes frères sont dehors, et ils cherchent à te parler. 48 Mais Jésus répondit à celui qui le lui disait : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? 49 Puis, étendant la main sur ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères. 50 Car, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère ».

Celui qui est éclairé sait faire la différence entre son frère dans l'esprit et son frère dans la chair. Toute la distinction se trouve là. Lorsque Jésus parle de haïr/renoncer à notre famille terrestre cela ne signifie pas qu'il faille les haïr au sens littéral, mais comprendre ce qu'ils sont réellement au-delà des liens du sang. N'oublions pas que celui qui n'assemble pas avec Jésus disperse, et cela vaut également pour les personnes qui nous sont les plus proches humainement. Si nous devons les abandonner, ça ne parle pas de les attacher à un arbre le long de l'autoroute, mais de les lui confier. De comprendre que la nouvelle naissance efface l'ancienne. Personne ne peut servir deux maîtres. Jésus nous parle donc de la famille que nous gagnons et qui ne peut en aucun cas coexister avec l'ancienne, mais cela ne nous autorise aucun mépris. La loi est claire, Dieu nous disait d'honorer père et mère (Exode 20.12), mais si nos pères et mères appartiennent à Dieu, techniquement ils deviennent nos frères et sœurs parce que tous nous devenons enfants du même Père. Cependant, ils sont les parents que Dieu nous a donné et nous ne pouvons haïr le don de Dieu, tout comme nos enfants nous ont été confiés par lui et ne doivent jamais être méprisés et encore moins haït. Ils sont une charge accordée par Dieu qui doit être portée en toutes circonstances. Les haïr c'est haïr la corruption de leur âme, pas les haïr eux. Celui qui est de Dieu perçoit de suite la différence, les autres continueront d'abandonner leurs enfants soi-disant 'pour le seigneur' alors qu'ils ne font que témoigner de leur manque d'amour.

Jésus nous disait d'accepter de lui faire confiance, au-delà des apparences, sachant qu'il s'occupera de tout ce qui nous concerne, dans cette vie et dans l'éternité.

De la même manière, renoncer à tout ce qu'on possède ne signifie pas le jeter au fond de l'océan, c'est comprendre qu'il en fait ce qu'il veut, non pas obligatoirement pour notre bien, mais pour celui de la révélation de la gloire de Dieu. On croit que certaines choses nous appartiennent, mais l'or et l'argent sont à lui et lorsqu'il nous dit qu'il le donne à qui il veut, ça n'est que pour faire sa volonté, parce que ça reste sa propriété.


b.3) Le sens des paraboles.

Lorsqu'on met ensemble ce qu'il dit et la manière dont il l'illustre, la signification du passage entier devient claire.

Il voyait des foules le suivre dans la chair et réalisait que peu le suivaient dans l'esprit. Alors il se retourne vers eux et leur explique ce que signifie réellement le suivre, pas dans les apparences, mais dans la vérité. L'abandon des liens humains étant nécessaire pour l'établissement des liens spirituels. Celui qui veut le suivre doit savoir ce qu'il abandonne, et c'est le sens des paraboles qui entrecoupent ce qu'il leur explique.

Dans ces deux paraboles il leur dit de réfléchir à ce qu'ils font, parce que le prix est lourd, et s'ils commencent leur marche et ne la terminent pas à ses côtés, alors le poids sera encore plus pesant. Cela consiste à nous dire de faire les choses en connaissance de cause. Il est venu nous apporter une alternative à la pente doute qui nous amenait vers la géhenne, mais choisir la voie qu'il a révélé ne peut se faire qu'après réflexion. Il est nécessaire de comprendre qu'on va devoir perdre le monde si on veut le ciel et que ça n'est pas un choix qui se fait à la légère.


c) Porter sa croix.

Ce verset est presque une plaisanterie dans la bouche de ceux qui l'utilisent, ce qui montre le respect qu'ils ont pour la Parole de Dieu et celui qui l'a inspiré. Des personnes aimant faire des lectures rapides des textes feront le parallèle avec Jésus et les scènes précédant sa crucifixion, mais non seulement à l'instant où il tient ce discours il n'en est pas encore là et donc n'a pas techniquement porté sa croix, mais en plus rappelons-nous que Jésus n'a pas porté la sienne seul mais qu'il a été aidé par Simon de Cyrène. Même s'il fait bien cas de cet évènement à venir, il n'en reste pas moins que ça n'en serait qu'une annonce.

Il est plus logique de penser que le fait de porter sa croix sa rapportait à la crucifixion en général, où le condamné devait le faire, sinon Jésus parlait vraiment dans le vide, personne ne sachant qu'il serait condamné, crucifié, et devrait donc porter sa croix. Personne, pas même ses disciples qui ne comprenaient systématiquement pas de quoi il parlait lorsqu'il mentionnait sa mort à venir.

'Porter sa croix' ne faisait que représenter le poids sur les épaules de chacun, poids qui est différent d'une personne à l'autre, chacun devant porter SA croix. Jésus signifiait que l'abandon du monde n'est pas une chose facile, et que si cela allait impliquer certaines choses communes à tous, chacun aurait ses propres sacrifices, ses propres renoncements nécessaires pour continuer de marcher, et que le poids grandirait avec la fatigue de la marche. Raison pour laquelle les fils de Koré disaient que celui qui se confie en l'Eternel voyait ses forces se renouveler pendant la marche (Psaumes 84.6-8 : « Heureux ceux qui placent en toi leur appui ! Ils trouvent dans leur cœur des chemins tout tracés. 7 Lorsqu'ils traversent la vallée de Baca, ils la transforment en un lieu plein de sources, et la pluie la couvre aussi de bénédictions. 8 Leur force augmente pendant la marche, et ils se présentent devant Dieu à Sion »).

Jésus annonçait donc que chacun allait devoir regarder les choses en face et comprendre que la marche serait difficile, que chacun porterait le poids de sa décision. Par la forme que prendra son sacrifice il nous montrait que si nous portons notre croix, il pourvoira à l'aide nécessaire lorsque les forces viendraient à nous manquer, afin que nous puissions accomplir ce qui est notre tâche. Différentes pour chacun, mais d'égales importances puisqu'elles marquent toutes l'obéissance de chacun. Obéissance qui vaut mieux que les sacrifices. L'obéissance de Jésus prenait la forme du sacrifice que nous connaissons. L'obéissance de chacun prendra la forme que Dieu a décidé, et si nous portons notre croix, comme Jésus nous l'a annoncé, il pourvoira à l'aide nécessaire en chemin vers l'accomplissement de ce qui est notre raison d'exister.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     33 - La paille et la poutre (Matthieu 7.3-5) (Luc 6. 41-42)

a) Le texte.

🔘 Matthieu 7.1-5 : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. 2 Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. 3 Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? 4 Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien ? 5 Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'œil de ton frère ».

🔘 Luc 6.41-42 : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? 42 Ou comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l'œil de ton frère ».


b) L'explication.

Une parabole simple qui porte un élément tout aussi simple mais rarement mis en avant.

Elle parle, dans ses deux versions de l'hypocrisie qui consiste à voir avec clarté les fautes des autres en passant sous silence les nôtres. Le silence en lui-même étant d'autant plus coupable qu'il est ici la conséquence d'un aveuglement tel qu'on ne réalise pas leurs présences. Ces deux paraboles ne parlent pas de personnes connaissant leur problème et préférant pointer du doigts ceux des autres. Elles parlent de personnes ignorantes de ce qui les concerne et promptes à détecter la moindre imperfection chez les autres. Ça change la compréhension standard qu'on en a.


b.1) L'interdiction de juger.

Jésus commence ses dires en nous disant de ne pas juger de crainte de l'être à notre tour. En dehors d'être un des seuls versets connus par les païens, c'est également une forte contradiction avec l'ensemble de la parole qui nous invite à juger selon la justice et non selon les apparences. Le sens en est donc bien différent que ce que ce seul verset peut laisser croire.

Cette interdiction de juger est spécifiquement attachée au paragraphe qui la suit et n'est pas une interdiction générique, une base de la foi en soi. C'en est même, isolée du reste, une ennemie. Dans le contexte, Jésus parle de juger l'autre dans certaines conditions spécifiques. Dans le cas présent cela parle de juger l'autre sans s'être jugé soi-même au préalable. Or si c'est une attitude qui attire la réprobation de Dieu, alors le jugement en lui-même ne peut pas être de lui. Il en résulte que Jésus parle ici d'un jugement purement humain. Ça ne signifie pas pour autant que la chose aperçue ne soit pas un réel problème, mais que le jugement n'est pas de Dieu.

D'autant que la Parole de Dieu est claire avec le fait que toutes les fautes relèvent de la même chose et sont donc toutes équivalentes. Celui qui a transgressé un commandement les a tous transgressés. Ce qu'implique la différence entre la paille et la poutre ne tient pas dans la faute elle-même mais dans sa perception. C'est le regard de celui qui juge qui détermine l'importance et fait de la faute de l'autre quelque chose dont il faut impérativement se débarrasser alors qu'il regarde son propre comportement comme anodin. La poutre n'est poutre que dans les yeux de celui qui ne se regarde pas en face. Et comme la montagne cache la colline, la grandeur de la poutre obscurcit la vision de celui qui l'héberge. Celui qui est au pied du mur n'en appréhende pas la taille. il ne voit pas la poutre parce qu'elle le concerne.

Celui qui juge selon la chair est chair et sera jugé selon la chair. Il participera à la deuxième résurrection où les hommes seront jugés non selon l'esprit mais selon leurs oeuvres.


b.2) Aider l'autre.

En outre, nous vivons dans une époque où bon nombre des personnes qui exercent ce type de jugement ne le font même pas pour aider l'autre, mais uniquement pour montrer la grandeur supposée de leur spiritualité, seul moyen d'en camoufler la défaillance. Jésus ne parle pas de ces personnes-là, qui sont encore un cran en-dessous. Il parle de ceux qui essayent au moins d'aider ceux en qui ils voient une faute. Dans la bouche de Jésus c'est un reproche, mais de nos jours où des aveugles conduisent des aveugles, c'est presqu'un point positif. 

Finalement il nous rappelle également que ceux qui refusent de s'observer eux-mêmes ne peuvent pas aider les autres. Une autre parabole parle de l'œil comme une lampe pour le corps. Elle se rapproche beaucoup de celle-ci en ce que si notre œil est le théâtre des activités d'une faute, alors tout notre corps est infecté. La parabole en question nous disant que la lumière en nous sera ténèbres. C'est le principe ici, nos fautes agissent comme des filtres et nous empêchent de voir correctement les problèmes de l'autre. Nous ne pouvons voir le problème des autres que si l'Esprit de Dieu nous les montre et pour voir ce qu'il nous montre nous devons être en règle. Voir chez l'autre ne se peut qu'en regardant à Dieu et en acceptant ce qu'il nous montre chez nous. D'autant que Dieu est Dieu, il ne nous montre pas ce qui peut accabler un frère dans le but de le rabrouer, mais dans celui de l'aider, et s'il nous le montre, il nous donnera également le moyen de l'aider. Malheureusement celui qui regarde et qui juge selon la chair ne parle pas de la part de Dieu et ne reçoit pas la direction à prendre pour aider le frère. Ainsi, celui qui veut aider son frère doit d'abord laisser Dieu l'aider lui-même, ensuite il pourra montrer à l'autre la direction à prendre, parce qu'il l'aura prise avant lui.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     34 - Le pharisien et le publicain (Luc 18.9-14)

a) Le texte.

🔘 Luc 18.9 : « Il dit encore cette parabole, en vue de certaines personnes se persuadant qu'elles étaient justes, et ne faisant aucun cas des autres : ».

🔘 Luc 18.10-14 : « Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l'un était pharisien, et l'autre publicain. 11 Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain ; 12 Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus. 13 Le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel ; Mais il se frappait la poitrine, en disant : O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. 14 Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l'autre. Car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé ».


b) L'explication.

Dans cette parabole, Jésus prend deux stéréotypes, celui du pharisien vu comme le sommet du sérieux, et du publicain vu comme le fond du fond de l'abime. Ces deux personnes ne représentent pas réellement leur 'ordre', ils ne sont que l'image de ce que Jésus veut représenter. Jésus étant clair dans ses déclarations qu'aucun pharisien ne peut être sauvé, cela rendrait presque cette parabole caduque si on en considérait les protagonistes selon l'ordre qui est le leur.

Nous sommes donc en réalité en face d'une histoire où l'un des protagonistes est considéré par la masse comme quelqu'un de bien et l'autre comme quelqu'un de mauvais. Les deux vont au même endroit, pour y faire la même chose. La différence va commencer à se faire sentir dans la manière dont ils le font.


b.1) Les prières du pharisien et du publicain.

Ces deux prières sont particulières autant dans leurs fonds que dans leurs formes. Pour la forme, le pharisien prie debout et dans sa tête (« Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même »), alors que le publicain dont on peut supposer qu'il est également debout prie à voix haute, à distance, en baissant la tête et en se frappant la poitrine.

Pour ce qui est du contenu, le pharisien expose sa grandeur en dénigrant les autres, alors que le publicain se lamente de sa condition de pécheur.


b.2) Aux yeux des hommes.

Nous savons ce que sont les deux prières, mais il faut s'imaginer la scène que Jésus décrit parce qu'elle nous en apprend beaucoup sur nous-mêmes. Aussi, après avoir rapidement résumé ce que Jésus disait de ces deux hommes, regardons objectivement la scène à laquelle assistent les éventuelles personnes présentes.

Nous avons :

1️⃣ Une première personne qui se tient fièrement devant Dieu, en silence.

2️⃣ Une deuxième personne qui se tient dans l'éloignement, tête baissée, se frappant la poitrine et proclamant être pécheresse.

Maintenant soyons honnêtes avec nous-même, en laquelle des deux aurions-nous tendance à avoir confiance ?

On peut regarder les choses autrement. Si on mettait deux personnes l'une à côté de l'autre, l'une en sale et en haillons, l'autre propre et tirée à quatre épingles, dans un vêtement couteux. Vers laquelle irions-nous pour demander des conseils financiers ? Et pour ceux qui auraient du mal à répondre, il suffit de se demander combien de fois dans sa vie on s'est arrêté pour discuter avec un sans-abri !


b.3) Le regard de Dieu.

On s'émerveille parfois devant les trompes l'œil. Sur des peintures qui simulent la profondeur, des lignes droites que nous percevons comme des courbes, des couleurs qui se confondent et ainsi de suite. C'est étonnant qu'on puisse encore s'émerveiller du manque de fiabilité de ce dont témoignent nos yeux.

La Parole de Dieu nous dit que « ... L'Éternel ne considère pas ce que l'homme [adam] considère ; L'homme [adam] regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au coeur » (1 Samuel 16.7). C'est exactement le sens de cette parabole. Jacques paraphrasait le livre des proverbes en nous rappelant que « ... Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles (➡️ Proverbes 3.34) » (Jacques 4.6). Le publicain, qui représente les personnes mal vues, s'approchait dans la crainte et était respectueux de la personne de Dieu, tout en reconnaissant sa nature pécheresse au sujet de laquelle il implorait le pardon de Dieu. Le pharisien, gardien de la loi, se trouvait tellement juste et droit qu'il en venait à venir dénigrer en face ceux qui venaient devant Dieu, ne craignant pas de maudire ceux qui se lamentaient devant Dieu.

Dans cette parabole, Jésus remet les choses à leur place. C'est un vibrant conseils de cesser de croire que les apparences aient la moindre incidence sur les décisions de Dieu. La sincérité paye, l'hypocrisie aussi, mais le salaire n'est pas le même.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     35 - La porte étroite (Matthieu 7.13-23) (Luc 13.24-29)

a) Le texte.

a.1) Version de Matthieu.

🔘 Matthieu 7.13-23 : « Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. 14 Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. 15 Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtement de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. 16 Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? 17 Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. 18 Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. 19 Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. 20 C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. 21 Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! N'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. 22 Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? N'avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? Et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? 23 Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité ».


a.2) Version de Luc.

🔘 Luc 13.24-28 : « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer, et ne le pourront pas. 25 Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, et que vous, étant dehors, vous commencerez à frapper à la porte, en disant : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! il vous répondra : Je ne sais d'où vous êtes. 26 Alors vous vous mettrez à dire : Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos rues. 27 Et il répondra : Je vous le dis, je ne sais d'où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d'iniquité. 28 C'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes, dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors ».


b) L'explication.

Bien des notions qui sont présentes dans cette parabole ont déjà été traitées dans différents enseignements, je vais juste les résumer ici.


b.1) Les faux prophètes.

La première chose dont Jésus nous dit de nous méfier, ce sont les faux-prophètes, par contre, ce qu'ils sont est relativement mal compris de nos jours. Un faux-prophète est obligatoirement un prophète qui se dit de Dieu, et non un prophète qui se dirait d'un quelconque démon. Par exemple, les prophètes de Baal ne sont pas de faux prophètes, et il n'existe pas de passage dans la Parole de Dieu qui les définissent de cette manière. Ils sont de vrais prophètes de Baal.

Lorsque, dans le livre du Deutéronome, l'Eternel nous dit d'éprouver les prophètes, c'est pour savoir s'ils sont de lui ou non, pas s'ils sont prophètes.

🔘 Deutéronome 18.20-22 : « Mais le prophète qui aura l'audace de dire en mon nom une parole que je ne lui aurai point commandé de dire, ou qui parlera au nom d'autres dieux [elohim], ce prophète-là sera puni de mort. 21 Peut-être diras-tu dans ton cœur : Comment connaîtrons-nous la parole que l'Éternel n'aura point dite ? 22 Quand ce que dira le prophète n'aura pas lieu et n'arrivera pas, ce sera une parole que l'Éternel n'aura point dite. C'est par audace que le prophète l'aura dite : N'aie pas peur de lui ».

Les faux prophètes dont parle Jésus sont donc des prophètes qui affirment être de Dieu mais qui ne parlent pas en son nom. C'est confirmé dans son affirmation : « Ils viennent à vous en vêtement de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs ». Pour étayer son propos il déroule alors un court comparatif avec l'arbre et son fruit. 


b.2) L'arbre et le fruit.

L'arbre et son fruit ont également déjà été détaillés à plusieurs reprises. Cela parle de la différence entre ce que nous sommes et ce que nous disons être. Jacques le résume de manière très claire en parlant de la foi et des oeuvres. La foi étant l'arbre, ce que nous prétendons être, ou plus précisément 'avoir' dans la formulation de Jacques, et les oeuvres sont les fruits, le témoignage que donne notre comportement.

🔘 Jacques 2.17-19 : « Il en est ainsi de la foi : Si elle n'a pas les oeuvres, elle est morte en elle-même. 18 Mais quelqu'un dira : Toi, tu as la foi ; Et moi, j'ai les oeuvres. Montre-moi ta foi sans les oeuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes oeuvres. 19 Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien ; Les démons le croient aussi, et ils tremblent ».

Il est facile de prétendre être un arbre d'un type particulier, mais le fruit dira si c'est la vérité ou non. Cependant il ne faut pas oublier ce que je citais du livre du Deutéronome parce qu'il n'est pas possible de simplement généraliser un verset sans vérifier s'il colle avec le reste de la Parole. Aussi, lorsque Jésus parlant des prophètes en expliquant comment les distinguer, utilise l'image de l'arbre et de son fruit, il ne peut pas s'éloigner de ce qu'il avait dit à Moïse alors qu'il était Dieu. Les deux déclarations doivent renvoyer l'une à l'autre.

Or, si dans la version de l'évangile selon Matthieu il parle d'arbre et de fruit, dans le livre du Deutéronome il parle de vérifier l'accomplissement de la parole dite par le prophète. Ça place donc le prophète comme étant l'arbre et la chose dite comme étant le fruit. Il faut donc vérifier le fruit pour être certain de l'arbre. Le fruit c'est donc la Parole de Dieu et l'arbre c'est celui qui se présente comme prophète.

Jésus est simplement en train de généraliser un principe, et il utilise une image qui peut être parlante dans de nombreux cas. Par contre rapporté aux prophètes l'explication ne peut s'éloigner de ce que l'Eternel avait dit à Moïse, au risque d'invalider la Parole toute entière.

Par contre, il faut bien comprendre que la généralisation de Jésus nous en apprend autant sur ce que l'Eternel disait dans le livre du Deutéronome qu'inversement. Ça signifie que ce qu'il disait à Moïse avait beau être centré sur un prophète, cela parlait de tout le monde et donc que le fruit dont Jésus parle est le même pour tout le monde.

On pourrait imaginer que ce sont nos actions, mais c'est faux, les actions aussi peuvent avoir l'apparence de la vérité et ne pas venir de Dieu. Ça n'est pas parce que vous ouvrez un orphelinat que vous êtes de Dieu, même si ça a l'apparence de quelque chose de bien. Beaucoup de personnes font des choses qui ont l'apparence mais pas l'origine. Allez parler de Jésus à tout le monde dans la rue ne signifie pas que vous appartenez à Dieu, diriger une immense assemblée ne signifie pas que vous appartenez à Dieu. Beaucoup des dirigeants des méga-églises le font pour l'argent, ils ont choisi leur maître. Ils multiplient les actions caritatives pour les apparences, et les croyants se font berner parce qu'ils pensent que ce sont des fruits.

Si vous appartenez à Dieu, alors sa Parole est gravée dans vos cœurs et vos actions, tout comme vos paroles, doivent refléter la Parole de Dieu, pas par calcul, mais comme une conséquence obligatoire.


b.3) Retirez-vous.

L'évidence que les oeuvres dont nous parle Jacques et les fruits dont nous parle Jésus ne sont pas les actions qui elles-mêmes sont souvent des apparences se trouve dans la suite de ce que Jésus dit. Luc est moins direct mais son message est déjà très clair :

🔘 Luc 13.26-27 : « Alors vous vous mettrez à dire : Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos rues. 27 Et il répondra : Je vous le dis, je ne sais d'où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d'iniquité ».

La mention d'ouvriers « d'iniquité » pointe déjà vers des fruits pourris, dont on note d'ailleurs que ce sont les arbres qui sont jetés au feu et non les fruits. La version de Matthieu est quant à elle beaucoup plus parlante et a donc logiquement fait beaucoup plus parler.

🔘 Matthieu 7.21-23 : « Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! N'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. 22 Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? N'avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? Et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? 23 Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité ».

Si dans la version de Luc la plainte des ouvriers concernés a pour sujet le fait d'avoir mangé et bu avec lui, celle de Matthieu met en avant des oeuvres selon les critères humains. Les « ouvriers d'iniquité » ont prophétisé, chassé des démons et fait beaucoup de miracles « par » son nom (et non 'en' son nom). Les capacités de discernement actuelles les placeraient donc dans le rang des grands serviteurs, pourtant leurs oeuvres les condamnent et ils ont trouvé, à l'instar des concitoyens de Noé, la porte fermée par le maitre lui-même.

Ils n'ont pas agi pour Dieu mais l'ont utilisé. Ils ne sont pas intéressés à lui, mais à ce qu'il pouvait leur apporter.


b.4) Le chemin étroit.

Dans une discussion avec Jésus, Thomas recevra en réponse quelque chose qui est directement relié à cette parabole :

🔘 Jean 14.5-7 : « Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons où tu vas ; Comment pouvons-nous en savoir le chemin ? 6 Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. 7 Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Et dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu ».

Jésus lui indiquait « le chemin qui mènent à la vie », se désignant comme l'étant. 

Nombreux sont ceux qui essayent d'entrer. Mais rares sont ceux qui le font dans l'obéissance. Il y a de nombreuses tentations, certaines ayant l'apparence de la sainteté, mais il y a un seul chemin, une seule façon de faire, un seul Dieu à qui nous devons obéir. Certains essayent d'entrer dans la salle de noce sans avoir revêtus les bons habits.

Beaucoup sont prêts à se sacrifier, peu à obéir.


c) Conclusion.

Dieu ne se trouve que dans une relation personnelle, sans cette dernière tout ce que nous faisons, quelles qu'en soient les apparences, ne sont que des masques dissimulant ce que nous sommes réellement. Si ça peut tromper les hommes, ça ne trompe pas Dieu, qui ultimement reste celui qui connaît les cœurs.

Si nous sommes des arbres dans l'image que donne Jésus, nous devons également comprendre que nous sommes tout autant les fruits de la Parole. Jésus est l'arbre dont nous sommes les fruits, et ce que nous sommes ne détermine pas qui est Jésus, mais si nous lui appartenons vraiment et si l'arbre dont nous nous nourrissons est l'arbre de la vie.

Si la Parole est en nous, soit elle périra, soit elle prendra toute la place, et alors nos fruits seront réellement conformes, et la porte ne se fermera que lorsque nous en aurons franchis le pas. Mais pour que cette conformité existe il faut encore comprendre que le pain est vraiment une nourriture et que le sang est vraiment un breuvage. Tout le monde, païens inclus, sait que nous devenons ce que nous mangeons, c'est une vérité avant tout spirituelle qui va définir si nous nous retrouverons devant une porte fermée à tambouriner avant de nous faire éconduire, ou si nous aurons pris le chemin étroit de l'obéissance. 

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     36 - Le figuier (Matthieu 24.32-35) (Marc 13.28-31) (Luc 21.29-33)

a) Le texte.

a.1) Les trois versions.

🔘 Matthieu 24.32-35 : « Instruisez-vous par une comparaison tirée du figuier. Dès que ses branches deviennent tendres, et que les feuilles poussent, vous connaissez que l'été est proche. 33 De même, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l'homme est proche, à la porte. 34 Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n'arrive. 35 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point ».

🔘 Marc 13.28-31 : « Instruisez-vous par une comparaison tirée du figuier. Dès que ses branches deviennent tendres, et que les feuilles poussent, vous connaissez que l'été est proche. 29 De même, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le Fils de l'homme est proche, à la porte. 30 Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n'arrive. 31 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point ».

🔘 Luc 21.29-33 : « Et il leur dit une comparaison : Voyez le figuier, et tous les arbres. 30 Dès qu'ils ont poussé, vous connaissez de vous-mêmes, en regardant, que déjà l'été est proche. 31 De même, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le royaume de Dieu est proche. 32 Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n'arrive. 33 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point ».


a.2) Leur mise en pratique.

🔘 Marc 11.12-14 : « Le lendemain, après qu'ils furent sortis de Béthanie, Jésus eut faim. 13 Apercevant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s'il y trouverait quelque chose ; Et, s'en étant approché, il ne trouva que des feuilles, car ce n'était pas la saison des figues. 14 Prenant alors la parole, il lui dit : Que jamais personne ne mange de ton fruit ! Et ses disciples l'entendirent ».


b) L'explication.

b.1) Le constat.

Les trois passages qui en parlent sont quasiment les mêmes au mot prêt, la seule petite différence se situe dans la version transmise par Luc dans laquelle les autres arbres sont ajoutés au figuier qui reste cependant le centre de la parabole. En dehors de cela, le message est exactement le même.

Et la signification est assez simple.

Jésus fait le constat de la sagesse charnelle des hommes qui leur permet de connaître par avance la venue des saisons par l'observation des signes de leurs venues. Il fait ensuite le parallèle avec cette même capacité d'anticipation mais en observant les signes qui annoncent une chose non charnelle, mais spirituelle.

La chose en question est la venue du « Fils de l'homme », donc sa propre seconde venue, à la fin des temps.


b.2) Le « cela » en question.

Si la seconde venue de Jésus est la chose qui doit être anticipée, les signes qui doivent l'annoncer sont identifiés dans cette parabole par le pronom démonstratif « cela ». Le terme faisant référence aux différents signes qui nous sont décrits essentiellement dans le descriptif de la fin des temps et de l'avènement de Jésus, que nous trouvons dans la première partie de Matthieu 24, mais également dans Marc 13.3-27 et Luc 21.7-28. Le discours en question fait partie des discours les plus incompris, son explication se trouve dans l'enseignement suivant (LIEN). Pour faire un gros résumé de ce dont il s'agit, cela parle de la toute fin qui voit la bataille d'Armageddon et le retour de Jésus sur le mont des Oliviers (et non de l'enlèvement de l'Epouse).


b.3) La « génération » en question.

Quant à la génération dont il parle, elle semble représenter un mystère pour beaucoup qui se demandent comment il pourrait être possible que « cette génération ne passera point, que tout cela n'arrive » puisque tous sont morts et attendent toujours que ces choses arrivent. La plupart des personnes se contentent de balayer cette partie des versets parce qu'elle est difficile à comprendre. Pourtant, même si je ne vais pas m'étendre là-dessus, l'explication est très simple.

Le terme génération désigne différentes choses dans la Parole de Dieu. Par exemple certains passages nous placent la durée d'une génération à environ un siècle :

🔘 Genèse 15.13-16 : « Et l'Éternel dit à Abram : Sache que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera point à eux ; Ils y seront asservis, et on les opprimera pendant quatre cents ans. 14 Mais je jugerai la nation à laquelle ils seront asservis, et ils sortiront ensuite avec de grandes richesses. 15 Toi, tu iras en paix vers tes pères, tu seras enterré après une heureuse vieillesse. 16 A la quatrième génération, ils reviendront ici ; Car l'iniquité des Amoréens n'est pas encore à son comble ».

Pourtant, ces mêmes personnes qui sont la « quatrième génération » va mourir dans le désert (à l'exception de Caleb et Josué), et leurs enfants sont considéré comme une nouvelle génération.

🔘 Nombres 32.13 : « La colère de l'Éternel s'enflamma contre Israël, et il les fit errer dans le désert pendant quarante années, jusqu'à l'anéantissement de toute la génération qui avait fait le mal aux yeux de l'Éternel »

En outre, si on prend la généalogie présentée par Matthieu, les trois groupes de 14 générations ne sont pas de durées égales. Sans entrer dans le détail, il y a un peu plus de 1100 ans entre Abraham et David (ce qui fait des générations d'environ 78 ans) alors qu'il y a près de 600 ans entre la déportation et Jésus (ce qui fait des générations d'environ 42 ans).

On aimerait bien que cela désigne toujours une durée identique, pour simplifier les choses, mais ça n'est pas le cas. De la même manière qu'un jour peut représenter mille ans, qu'une semaine peut représenter une année ou qu'une année peut représenter un jubilée, la compréhension de tout ce qui concerne la durée est très particulière dans la Parole de Dieu. Une génération, c'est l'ensemble des personnes qui partagent une "façon d'être". 

Dans le cas présent, l'intégralité de l'histoire de l'humanité est séparée en trois générations en tout. Ces trois générations correspondent aux trois témoins, à trois "façons d'être". Je sais que la Parole nous annonce la venue de deux témoins, mais c'est parce le troisième est annoncé différemment. La raison vient du fait que le troisième témoin n'est autre que Jésus. Enoch témoigne pour la génération qui va d'Adam à Abraham (l'absence de loi), Elie témoigne pour la génération qui va de Abraham à Jésus (la loi Mosaïque), et Jésus témoigne pour la génération qui va de lui-même à nous (la grâce), les trois ayant été enlevés au ciel. C'est pour cela qu'il nous dit que « cette génération ne passera point, que tout cela n'arrive », simplement parce que nous sommes de la même génération que les 12 disciples de Jésus. En disant cela Jésus ne parlait pas aux personnes présentes, mais des personnes de son époque.


Il faut comprendre, comme presque toujours dans la Parole de Dieu, que le figuier représente Israël. Ces quelques versets en annonçaient la renaissance à l'aube du retour de Jésus et confirment que Matthieu 24 parle bien de son retour sur le mont des Olivier et non de l'enlèvement de l'Eglise. Jésus invite, dans cette parabole, à user de la même sagesse pour déterminer son retour final pour le jugement que nous usons pour connaitre les saisons sur terre.


c) Son corolaire, la malédiction du figuier.

Bien que ce passage ne soit pas à proprement parler une parabole, il en est cependant une parfaite illustration. Le passage était le suivant :

🔘 Marc 11.12-14 : « Le lendemain, après qu'ils furent sortis de Béthanie, Jésus eut faim. 13 Apercevant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s'il y trouverait quelque chose ; Et, s'en étant approché, il ne trouva que des feuilles, car ce n'était pas la saison des figues. 14 Prenant alors la parole, il lui dit : Que jamais personne ne mange de ton fruit ! Et ses disciples l'entendirent ».

Le problème qu'il y a dans ce passage avec le figuier se trouve dans l'apparence qu'il donne.


c.1) Les évènements.

Jésus aperçoit le figuier de loin, ce qui montre que le figuier était verdoyant. L'arbre n'est pas très grand mais il peut tout de même faire jusqu'à 4 mètres. Ce qui permet de savoir de loin s'il a l'apparence d'un figuier productif ou pas. En outre, si vous ne vous occupez pas d'un figuier, il devient un buisson épais qu'on ne peut pas confondre avec un figuier productif. Dans le cas présent, il s'en donnait l'apparence. Cela a fait se détourner Jésus qui a perdu du temps et n'a pas pu se rassasier.

Devant la réalité de la condition du figuier Jésus s'adresse à lui et pas à ses disciples qui ne font qu'entendre ce qu'il vient de dire. Ce qui montre la puissance de la Parole parlée et nous rappelle que Dieu a créé le monde par elle, alors que personne ne pouvait l'entendre. De manière imagée, on peut dire qu'une Parole venant de Dieu donne des oreilles à la création toute entière.


c.2) La malédiction.

La malédiction en elle-même est également très intéressante, parce que si Simon considère en avoir entendu une, cela ne signifie pas pour autant que Jésus en ait prononcé une, où tout du moins pas celle que Simon pense avoir entendue. Rappelons-nous qu'il affirmait également que Jésus ne serait pas mis à mort et pourtant ...

Dans la réalité Jésus ne maudit pas le figuier, la phrase exacte est « Que jamais personne ne mange de ton fruit ! ». Le figuier est libre d'avoir du fruit, simplement personne n'en mangera. C'est un peu la même chose que ce qu'on voit comme la malédiction d'Adam au sortir du jardin. La réalité est que c'est la terre qui est maudite, pas lui. Si les choses deviennent plus dures pour lui c'est parce qu'il doit la travailler, mais il n'en reste pas moins que ça n'est pas lui qui est maudit.

🔘 Genèse 3.17-19 : « Il dit à l'homme : Puisque tu as écouté la voix de ta femme [ishshah], et que tu as mangé de l'arbre au sujet duquel je t'avais donné cet ordre : Tu n'en mangeras point ! Le sol sera maudit à cause de toi. C'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, 18 il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs. 19 C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris ; Car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière ».


c.3) La conséquence de la malédiction.

Bien que Jésus n'ait pas maudit le figuier, ce dernier se dessèche tout de même :

🔘 Marc 11.20-21 : « Le matin, en passant, les disciples virent le figuier séché jusqu'aux racines. 21 Pierre, se rappelant ce qui s'était passé, dit à Jésus : Rabbi, regarde, le figuier que tu as maudit a séché ». 

La raison se dissimule dans la signification de ce qui vient de se passer. Jésus n'a pas maudit le figuier, la veille il était encore verdoyant, quoique dénué de fruits, pourtant il se retrouve dans un état où il ne peut plus en produire, ce qui peut laisser croire que la malédiction le visait tout de même.

En réalité c'est ce que ce figuier représente qui explique ce qui vient de se passer.

Il parle de toutes ces personnes qui se donnent l'apparence de bons croyants, que ce soit des personnes dans l'assemblée, mais également des personnes en charge (pasteurs et autres), des pseudo "artistes" de louange, des écrivains, des supposés "influenceurs", toute personne se donnant une aura de sainteté mais qui ne sont pas réellement de Dieu. Jésus annonce qu'il va venir un temps où ils perdront leur auditoire. C'est pour cela qu'il a beau ne pas les maudire, le fait de les priver de l'attention qu'ils recherchent va par capillarité les faire cesser ce qu'ils font. C'est comme ça que le figuier sèche parce que personne ne veut de son fruit.


Rapporté à la parabole du figuier et des signes, cela signifie que les signes peuvent être trompeurs et qu'il faut se laisser guider par l'Esprit pour ne pas se laisser berner. Parce que l'ennemi sait que les croyants attendent des signes, alors il leur en donne de toute sorte pour en égarer un nombre avec un signe, un autre nombre avec un autre signe et ainsi de suite. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un faible reste. Nous nous devons d'observer les signes, mais les observer ça n'est pas les accepter tous en bloc, c'est chercher lesquels sont de Dieu, ce qui se fait non seulement au travers de la Parole, mais impérativement avec l'Esprit.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     37 - Le figuier inutile (Luc 13.6-9)

a) Le texte.

🔘 Luc 13.6 : « Il dit aussi cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint pour y chercher du fruit, et il n'en trouva point ».

🔘 Luc 13.7-9 : « Alors il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n'en trouve point. Coupe-le : Pourquoi occupe-t-il la terre inutilement ? 8 Le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le encore cette année ; Je creuserai tout autour, et j'y mettrai du fumier. 9 Peut-être à l'avenir donnera-t-il du fruit ; sinon, tu le couperas ».


b) L'explication.

Généralement le figuier représente Israël, alors que la vigne représente l'Eglise. C'est le cas ici. Si le figuier est représenté au milieu de la vigne c'est parce que cela parle de la grâce qui n'a pas encore été accepté par Israël qui reste attachée à la loi. On note que la vigne n'est pas mise au ban, elle porte donc du fruit.

Le figuier représente Israël, qui ne porte pas de fruit parce qu'ils n'ont pas reçu/accepté la révélation de Jésus. Un figuier ne porte pas de fruit les trois premières années de sa croissance. Ici, nous avons le propriétaire de la vigne (Dieu le Père), qui vient pour la troisième fois (donc troisième année) consécutive chercher du fruit à son figuier. Cela fait donc un figuier qui a 6 ans, et le propriétaire, ne voyant toujours pas de fruit, veut le raser. Mais arrive le vigneron (Dieu le Fils, donc Jésus, l'intercesseur), qui demande une année de sursis au bout de laquelle, avec les soins adéquats, le figuier devrait enfin en porter.

Les six premières années représentent les 6000 premières années, qui mènent d'Adam à la fin des temps. Lorsque les 2 témoins seront mis à mort, ressuscités et enlevés, à Jérusalem, il nous est dit que les survivants du tremblement de terre qui aura lieu à cet instant, rendront gloire à Dieu. Lorsque l'Eternel dit que son Esprit ne restera pas à toujours dans l'homme, plaçant la limite à 120 jubilées, soit 6000 ans, la période se termine durant le cinquième ange de l'Apocalypse, moment où l'accès à la grâce ne sera plus possible et qui précède l'enlèvement de l'Epouse. C'est alors que les 6 jours qui sont les 6000 ans se terminent, qu'Israël va reconnaître son messie. C'est le tout début de la septième année, année dans laquelle le figuier lui-aussi portera du fruit.


On remarque également qu'il ne peut y avoir de 8° année. Le propriétaire de la vigne est clair, la 7° année est la dernière pendant laquelle le figuier pourra porter du fruit, sinon, il sera coupé. Ça marque la fin des temps. L'alliance de Dieu avec Israël, donc le figuier, ne peut pas être rompue, parce que Dieu ne se renie pas. La seule chose qui mette un point final à tout cela, c'est la fin de la terre et du ciel, soit la huitième année, dans laquelle le figuier, donc Israël, doit soit appartenir à Dieu, soit ne plus être.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     38 - Les ouvriers de la onzième heure (Matthieu 20.1-16)

a) Le texte.

a.1) Selon Matthieu.

🔘 Matthieu 20.1-6 : « Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne. 2 Il convint avec eux d'un denier par jour, et il les envoya à sa vigne. 3 Il sortit vers la troisième heure (9 heures), et il en vit d'autres qui étaient sur la place sans rien faire. 4 Il leur dit : Allez aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera raisonnable. 5 Et ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers la sixième heure (midi) et vers la neuvième (15 heures), et il fit de même. 6 Étant sorti vers la onzième heure (17 heures), il en trouva d'autres qui étaient sur la place, et il leur dit : Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire ? ».

🔘 Matthieu 20.7-8 : « Ils lui répondirent : C'est que personne ne nous a loués. Allez aussi à ma vigne, leur dit-il. 8 Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et paie-leur le salaire, en allant des derniers aux premiers ».

🔘 Matthieu 20.9-12 : « Ceux de la onzième heure (17 heures) vinrent, et reçurent chacun un denier. 10 Les premiers vinrent ensuite, croyant recevoir davantage ; Mais ils reçurent aussi chacun un denier. 11 En le recevant, ils murmurèrent contre le maître de la maison, 12 et dirent : Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, et tu les traites à l'égal de nous, qui avons supporté la fatigue du jour et la chaleur ».

🔘 Matthieu 20.13-16 : « Il répondit à l'un d'eux : Mon ami, je ne te fais pas tort ; N'es-tu pas convenu avec moi d'un denier ? 14 Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi. 15 Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ? Ou vois-tu de mauvais œil que je sois bon ? - 16 Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers ».


a.2) Selon Luc.

🔘 Luc 13.29-30 : « Il en viendra de l'orient et de l'occident, du nord et du midi ; Et ils se mettront à table dans le royaume de Dieu. 30 Et voici, il y en a des derniers qui seront les premiers, et des premiers qui seront les derniers ».


b) L'explication, introduction.

J'aime beaucoup cette parabole, pour deux raisons. La première est ses significations, sur lesquelles je reviendrai sous peu, et la deuxième est que tout le monde connaît son existence, mais personne ne la connaît vraiment. 'L'ouvrier de la onzième heure' est devenu une expression courante, tant et si bien que tout le monde croît en connaître la signification, sans jamais se demander laquelle elle peut bien être. Il est de notoriété commune que cela doive signifier que certains se convertiront sur le tard. Bien que ce soit vrai, cela paraît de toute manière évident, la vraie signification, bien qu'extrêmement simple, n'est pas celle-là.

En outre, et ce sera le premier point que je traiterai, pour quasiment tout le monde, elle ne commence pas au verset 1, mais au verset 8, c'est-à-dire au moment de la paye, signe supplémentaire de la vénalité de l'homme. Il se trouve que les 7 premiers versets sont trop souvent considérés comme une mise en situation permettant de comprendre ceux qui suivent, pensée qui sous-entend que dans ces sept versets, il n'y a rien de spécifique à comprendre.

Pourtant il y a un message fondamental dans ces premiers versets, et la mentalité globale des enfants de Dieu montre bien qu'il n'a pas été compris.


c) Avant le travail.

Comme je le disais, personne ne prête attention aux premiers versets de cette parabole. On se contente de remarquer la différence de traitement à la fin de cette dernière et, pour certains, de chercher à comprendre pourquoi. Pourtant la moitié de cette parabole se situe sur la place où se trouvent les ouvriers, et aucune leçon n'en est tirée.

🔘 Matthieu 20.1-16 : « Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne. 2 Il convint avec eux d'un denier par jour, et il les envoya à sa vigne. 3 Il sortit vers la troisième heure (9 heures), et il en vit d'autres qui étaient sur la place sans rien faire. 4 Il leur dit : Allez aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera raisonnable. 5 Et ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers la sixième heure (midi) et vers la neuvième (15 heures), et il fit de même. 6 Étant sorti vers la onzième heure (17 heures), il en trouva d'autres qui étaient sur la place, et il leur dit : Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire ? 7 Ils lui répondirent : C'est que personne ne nous a loués. Allez aussi à ma vigne, leur dit-il. ». 

Ce qui ressort de ces versets est que les ouvriers, que ce soient ceux qui reçoivent un travail à faire dès le matin, vers la troisième heure, la sixième, la neuvième et la onzième heure, ont tous fait la même chose. Ils sont venus se proposer dès le matin. On pourrait penser que certains se sont levés plus tôt et ont donc eu un travail plus tôt, et que ceux qui se seraient levé plus tard et se seraient proposés plus tard seraient arrivés trop tard. Mais ça n'est pas ce qui ressort des paroles même du maître de maison : « Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire ? » Leur réponse est, à ce sujet, sans ambages : personne ne nous a loués ».

Or, les croyants, bien que sachant que ce qui compte ça n'est pas les œuvres, continuent de penser que celui qui en fait plus mérite plus. C'est une façon de regarder qui est en opposition totale avec tout ce que Jésus nous enseigne. Cette façon de voir n'étant pas en phase avec la pensée de Dieu, lorsqu'on l'efface de notre réflexion, on se retrouve avec une analyse totalement différente. Une fois cette donnée enlevée du tableau, il reste des ouvriers qui ont fait la même chose, c'est-à-dire, se proposer pour travailler, et la différence n'est plus définissable en termes de nombre d'heures de travail, mais dans le moment où le maître les a cherchés.

Or, lorsqu'on regarde sous cet angle, le message n'est plus le même. Nous sommes tous des ouvriers du Seigneur. Il demande tantôt à l'un tantôt à l'autre de faire une chose ou une autre, mais le serviteur qui ne se voit pas confier de tâche n'en reste pas moins serviteur. Bien qu'on l'appelle "serviteur", ce qui le définit n'est pas le service, mais son maître. Et quand celui que le Seigneur a choisi est en préparation, il n'en reste pas moins qu'il est choisi, mais pas prêt.

Dans le cadre de cette parabole, nous sommes en présence de serviteurs qui se sont rendus disponibles mais qui n'ont pas été choisis par le maître de la maison. Peu importe pourquoi le maître a décidé de ne pas les choisir plus tôt, la décision lui appartient. Certains n'ont pas la force d'affronter le travail de la journée entière, d'autres croient faussement être prêts mais le maître attend qu'ils le soient réellement. Le maître a la bonté de les choisir plus tard afin qu'ils soient également là au moment de la paye, parce que nous recevrons tous la même récompense.

Ce que la similarité des salaires montre, c'est que le salaire n'est pas indexé sur la tâche, mais sur l'appartenance. Celui qui pense mériter plus parce qu'il travaille depuis longtemps, n'a pas cerné l'ampleur de la bénédiction que c'est de travailler pour le maître, il n'est pas conscient que sa récompense il l'a eu à chaque instant où il a été choisi et jugé digne de continuer de travailler. Personne ne mérite d'indexation de sa récompense sur le temps de travail. Sinon, rappelons que Jésus a travaillé un peu plus de trois ans et que n'importe lequel de ses disciples (Judas excepté) a travaillé plus que lui dans la chair.

De nos jours, des cohortes de croyants se disent prêt à travailler pour le Seigneur, mais décident de se ruer dans les champs sans que le maître de la moisson ne les y envoie. Il en résulte un piétinement de cette dernière par des personnes qui n'avaient pas terminé d'être construites par le Seigneur et qui s'épuisent plus vite qu'elles ne le devraient.

Ce qu'il convient de faire, c'est de lui dire que nous sommes disponibles et que nous voulons le servir, dès lors, il commencera à mettre en œuvre ce qui est nécessaire pour que cela arrive. Il est le Seigneur qui a dit : « Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous ? » (Esaïe 6.8), cependant, il n'est pas notre serviteur, obligé de nous envoyer des lors que, comme Esaïe, nous répondons : Me voici, envoie-moi » (Esaïe 6.8). Quand nous nous proposons, nous venons sur la place, mais c'est lui qui décide quand nous sommes prêts, et à quel moment nous serons utiles, non pour nous, mais pour sa vigne, pour son royaume. Nous pensons souvent être prêt, pourtant : « l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au cœur » (1 Samuel 16.7).


Les ouvriers de cette parabole sont venus afin de dire qu'ils étaient disponibles pour travailler, et il ressort autant du discours du maître que du leur, qu'ils étaient tous déjà disponibles dès le matin. Pourtant, dans sa sagesse, le maître ne les a pas cherchés en même temps, alors qu'ils étaient tous au même endroit en même temps. A la fin, tous ont accompli l'œuvre du maître, et la seule véritable différence, se trouve dans la jalousie des uns, preuve que leur but n'était pas la joie du maître, mais leur satisfaction personnelle.


Pourtant, il y a bien une faute qui est mise en avant : « Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire ? ».

La faute c'est l'inactivité de l'attente. On constate assez facilement, que lorsque nous voulons absolument entrer dans une société, on attend qu'un poste se libère, et dans l'attente, on se prépare à représenter une plus-value en acquérant des savoirs faire et des savoirs être qui nous feront être choisi lorsqu'une place sera disponible. Si notre curriculum vitae n'a pas permis qu'on soit sélectionné la première fois, représenter le même n'aura pas grande utilité. On comprend ces choses dans le monde, mais on se cache derrière la grâce pour prétendre que Dieu nous prend comme on est. Or, Dieu nous accepte non pas "comme" on est, mais "malgré" ce que l'on est, et la grâce permet de nous couvrir pendant qu'il nous transforme. Les ouvriers qui n'ont pas été choisis auraient dû profiter de ce temps qui leur était donné pour progresser, pour chercher à connaître mieux le maître pour lequel ils voulaient travailler. Au lieu de cela, ils se sont contentés de dire qu'ils étaient disponibles et ont attendu d'être cherchés et envoyés aux champs, comme s'ils faisaient une quelconque faveur au maître.

Ça n'est pas une grâce d'être choisi à la fin et de travailler peu, c'en est une d'être choisi au commencement et d'avoir le temps de travailler longtemps dans la présence du maître. La convoitise de la chair nous fait mal comprendre cette donnée. On imagine souvent que ceux qui se sont convertis plus tard ont pu profiter plus longtemps des plaisirs du monde, mais cette pensée ne fait que révéler notre propre perversion. Cela signifie que nous jugeons les plaisirs du monde avec envie, au lieu d'y voir les abominations qui s'y cachent.

Malheureusement, de nos jours, nombreux sont ceux qui n'attendent pas que le maître les cherche, ils considèrent être prêts et s'en vont aux champs pour travailler, n'en faisant qu'à leur tête. Il en résulte que lorsque le maître vient sur la place, ces personnes ne s'y trouvent pas, et le plus triste est que tant qu'elles ne s'en rendront pas compte, elles ne seront jamais dans la volonté du maître, et n'auront pas le salaire promis aux ouvriers, parce qu'aucun homme ne peut décider de qui travaille pour le maître, le maître seul décide de qui travaille pour lui.


d) La première explication.

C'est la signification la plus évidente, le maître de maison c'est bien évidemment Jésus, et les heures auxquelles les employés sont embauchés représentent le moment dans l'avancement des évènements qui mènent à la fin des temps. Certains se convertiront alors que la fin sera proche, et d'autre se seront convertis plus tôt.

Dans cette compréhension, ce qui compte, c'est la fin de la parabole. Donc non pas tant l'ouvrier de la onzième heure en lui-même, que ce qu'il produit dans le cœur des ouvriers travaillant depuis plus longtemps.

Cette parabole nous aide à nous préparer, afin que nous ayons le temps de nous mettre au diapason de la pensée de Dieu. Les ouvriers sont des serviteurs de Dieu, et le champ est le travail du ministère. Quand les années de conversion et de recherche active de Dieu s'additionnent encore et encore, faire soudainement face à quelqu'un qui exprime la puissance de Dieu avec force alors qu'il n'a donné sa vie que depuis peu, peut paraître injuste. Jésus nous prévient de cela à plusieurs reprises dans l'évangile, signe de l'importance de le comprendre :

🔘 Jean 4.36-38 : « Celui qui moissonne reçoit un salaire, et amasse des fruits pour la vie éternelle, afin que celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble. 37 Car en ceci ce qu'on dit est vrai : Autre est celui qui sème, et autre celui qui moissonne. 38 Je vous ai envoyés moissonner ce que vous n'avez pas travaillé ; d'autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur travail. ».

Dans ce passage de l'évangile de Jean, nous sommes prévenus que l'un sème et que l'autre moissonne. Celui qui sème a travaillé il y a longtemps, celui qui moissonne a travaillé plus récemment. C'est la même image que celle de la parabole de l'ouvrier de la onzième heure, et il nous est dit que les deux doivent se réjouir ensemble. Ceux qui se convertiront sur la fin, moissonneront ce que d'autres auront semé pendant toute leur vie, mais les deux doivent se réjouir ensemble.

Il faut distinguer la vision des hommes et la vision de Dieu. Ce qui a le plus d'importance, ce n'est pas d'avoir semé et donc d'être de la première heure, ni de moissonner et donc d'être de la onzième heure. Ce qui compte c'est la moisson, ce sont les âmes que cela représente. Celui qui aime le maître de la vigne le comprendra.

L'aide que cela nous apporte est de nous donner le temps de réaliser qu'il est profitable aux ouvriers des heures passées que les ouvriers de la onzième heure reçoivent le même salaire. Si parce que nous avons passé 20 ans à nous construire nous exigeons que les autres mettent également 20 ans à le faire, alors nous devrons attendre 20 ans avant que ces derniers ne soient en position de devenir des bénédictions pour nous. Si votre ministère a été en bénédiction aux croyants et que vous avez dû passer par des années de préparations, vous vous réjouirez que Dieu amène de nouvelles âmes à servir avec puissance en peu de temps, parce que vous en serez forcément au bénéfice. Les ministères sont là pour tout le peuple, pas pour une partie d'entre eux, chaque nouvel ouvrier est une bénédiction de Dieu pour tous, qu'il soit de la première ou de la onzième heure.


e) La deuxième explication.

Je ne suis pas en train de dire qu'il y a deux possibilités et que l'une des deux est la bonne. Avec Dieu, les messages sont toujours multiples, il y a ce que nous comprenons aujourd'hui et ce que nous comprendrons demain. Mais ce que nous comprendrons demain n'invalidera pas nécessairement ce que nous comprenons aujourd'hui. Les différentes couches de la parole de Dieu font que chaque texte contient des manières variées d'être comprises.

C'est particulièrement vrai lorsqu'on s'attaque à la compréhension des paraboles.


e.1) Les heures dans la parabole.

Cette deuxième compréhension de la parabole des ouvriers de la onzième heure se base sur les heures auxquelles le maître embauche les ouvriers. Chaque heure nous donne une compréhension particulière, et la progression nous fait comprendre la onzième.

1️⃣ Le matin.

🔘 Matthieu 20.1-16 : « Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne ».

Cette heure nous rattache à un passage de l'évangile de Marc :

6 heures, jugement de Jésus / Marc 15.1 : « Dès le matin, les principaux sacrificateurs tinrent conseil avec les anciens et les scribes, et tout le sanhédrin. Après avoir lié Jésus, ils l'emmenèrent, et le livrèrent à Pilate ».

Cette heure nous parle de ceux qui n'étaient pas encore convertis. Jésus n'a pas encore porté nos péchés, il s'apprête à le faire dans les heures qui vont suivre, mais dans l'immédiat, il n'est pas encore l'expiation unique dont nous parle l'épître aux Hébreux. A n'importe quel instant il peut appeler 12 légions d'anges pour le sortir de la situation dans laquelle il se trouve (Matthieu 26.53) et éviter le sacrifice.

Cette heure nous parle de tous ceux qui sont morts avant que Jésus ne le soit.


2️⃣ La troisième heure.

🔘 Matthieu 20.3 : « Il sortit vers la troisième heure, et il en vit d'autres qui étaient sur la place sans rien faire ».

Cette heure nous rattache à un passage de l'évangile de Marc :

9 heures, crucifixion / Marc 15.25 : « C'était la troisième heure, quand ils le crucifièrent ».

Cette heure nous parle du pardon des péchés de tous. Non plus uniquement des juifs. Jésus est rejeté par les siens, mais comme il ne peut pas se renier, lui ne peut pas (et ne veut pas) les rejeter, par contre il s'ouvre aux nations.


3️⃣ La sixième et la neuvième heure.

🔘 Matthieu 20.5 : « Et ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers la sixième heure et vers la neuvième, et il fit de même ».

Ces deux heures ont été volontairement rattachées dans le verset 5. Certains passages de la parole de Dieu nous montrent que la redondance n'est pas un problème, aussi il aurait été parfaitement possible de citer la 6° et la 9° heure séparément. On n'était pas à un verset prêt. Ce verset nous rattache à deux passages de l'évangile de Luc :

12 heures, conversion du brigand / Luc 23.43-44a : « Jésus lui répondit : Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. Il était déjà environ la sixième heure ».

Cette heure nous parle de la conversion des perdus. C'est l'heure de la conversion du brigand sur la croix.

15 heures, mort de Jésus / Luc 23.44b-46 : « et il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure. Le soleil s'obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu. Jésus s'écria d'une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira ».

C'est l'Église victorieuse. Par le don de sa vie, l'Église devient triomphante. C'est également la destruction du temple. Lorsque le voile se déchire, ça n'est pas la possibilité d'aller dans le Saint des Saints qui s'ouvre à nous, c'est le sanctuaire et le Saint des Saints qui, ne faisant plus qu'un, ne sont plus ni sanctuaire, ni Saint des Saints, mais une chose nouvelle. C'est donc la fin du temple tel que nous l'avions connu. Seul reste le trajet qui va de l'autel extérieur jusqu'à l'autel des parfums, le voile autant que le Saint des Saints n'étant plus sur terre. Or le trajet c'était Jésus qui menait jusqu'au Saint des Saints ou apparaissait le Père

C'est également le début de la nuit spirituelle qui a lieu en plein jour et la fondation spirituelle de l'Église de Christ.


4️⃣ La onzième heure.

🔘 Matthieu 20.6 : « Étant sorti vers la onzième heure, il en trouva d'autres qui étaient sur la place, et il leur dit : Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire ? ».

18 heures, Jésus est descendu de la croix / Marc 15.42-46 : « Le soir étant venu, comme c'était la préparation, c'est-à-dire, la veille du sabbat, - arriva Joseph d'Arimathée, conseiller de distinction, qui lui-même attendait aussi le royaume de Dieu. Il osa se rendre vers Pilate, pour demander le corps de Jésus. Pilate s'étonna qu'il fût mort si tôt ; fit venir le centenier et lui demanda s'il était mort depuis longtemps. S'en étant assuré par le centenier, il donna le corps à Joseph. Et Joseph, ayant acheté un linceul, descendit Jésus de la croix ».

La onzième n'est pas un instant, mais une période qui va de onze heures à onze heures et cinquante-neuf minutes. C'est la première fois que quelqu'un va faire quelque chose pour Jésus et non pas contre lui. C'est la quatrième fois que quelqu'un aura le courage de se prononcer pour lui depuis son arrestation. La première était Pilate qui ne voyait rien de mal en lui*, puis Juda** qui a témoigné de lui en rapportant les 30 deniers et finalement le brigand sur la croix***.

* 🔘 Luc 23.4 : « Pilate dit aux principaux sacrificateurs et à la foule : Je ne trouve rien de coupable en cet homme » ; Luc 23.14 : « ... je ne l'ai trouvé coupable d'aucune des choses dont vous l'accusez » ; Luc 23.22 : « ... Quel mal a-t-il fait ? Je n'ai rien trouvé en lui qui mérite la mort ».

** 🔘 Matthieu 27.3-4 : « Alors Judas, qui l'avait livré, voyant qu'il était condamné, se repentit, et rapporta les trente pièces d'argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens, 4 en disant : J'ai péché, en livrant le sang innocent. Ils répondirent : Que nous importe ? Cela te regarde ».

*** 🔘 Luc 23.40-42 : « Mais l'autre le reprenait, et disait : Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? 41 Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes ; Mais celui-ci n'a rien fait de mal. 42 Et il dit à Jésus : Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne ».

Joseph d'Arimathée est le premier à avoir eu le courage de se positionner après sa mort. Je rappelle qu'il est sans le Saint-Esprit, ce qui fait que son courage est d'autant plus impressionnant. Pilate vient tout de même de faire crucifier Jésus, mais Joseph ne craint pas pour sa propre vie.

Il faut bien entendu prendre en compte que Joseph d'Arimathée ne vient pas vers Pilate à 18 heures, mais un peu avant. Puisqu'il a encore fallu que le dirigeant de Jérusalem fasse vérifier la mort de Jésus et qu'ensuite Joseph aille descendre Jésus. Il aura encore juste le temps de l'amener dans un sépulcre proche parce que l'heure était trop avancée.


e.2) Cette signification de la onzième heure.

Dans cette compréhension, nous sommes tous des ouvriers de la onzième heure, et ce sont les personnages de l'ancienne alliance qui sont les ouvriers des autres heures. Cela nous donne une autre lecture du verset de Jean que j'utilisais déjà auparavant :

🔘 Jean 4.36-38 : « Celui qui moissonne reçoit un salaire, et amasse des fruits pour la vie éternelle, afin que celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble. 37 Car en ceci ce qu'on dit est vrai : Autre est celui qui sème, et autre celui qui moissonne. 38 Je vous ai envoyés moissonner ce que vous n'avez pas travaillé ; d'autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur travail.».

On peut légitimement comprendre ce verset comme Jésus nous le disant personnellement, mais quand on le remet dans son contexte de l'époque, on se rend compte que Jésus disait à ses disciples qu'ils étaient les moissonneurs* et que d'autres avaient semé avant eux. Ces 'autres' en question ne peuvent qu'être les personnages de l'ancienne alliance.

Dieu nous annonce dans cette parabole que nous sommes au bénéfice de la semence que les personnages de l'ancienne alliance ont déposé, et donc que nous sommes tous des ouvriers de la onzième heure. Cela annonce également le salut des juifs, puisque nous aurons tous le même salaire et que nous nous réjouirons ensemble.

(* uniquement dans le cadre de cet exemple, cela ne s'applique pas à la moisson de la fin des temps)


f) L'ordre.

🔘 Matthieu 20.16 : « Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers ».

L'ordre qui est donné ici n'a rien à voir avec la parabole des invités qui se placent comme ils veulent et ou le premier prend le risque de finir dernier, parce que le dernier n'était pas désigné comme recevant la première place, mais une place plus élevée.

Dans le cas présent, Jésus ne fait pas de distinction autre que le fait d'être de la onzième heure ou non. Lorsque les gains sont distribués il nous est dit :

🔘 Matthieu 20.8-10 : « Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et paie-leur le salaire, en allant des derniers aux premiers. 9 Ceux de la onzième heure (17 heures) vinrent, et reçurent chacun un denier. 10 Les premiers vinrent ensuite, croyant recevoir davantage ; Mais ils reçurent aussi chacun un denier ».

Ça valide le fait que les ouvriers de la onzième heure ne soient pas techniquement des convertis tardifs. En réalité les différentes heures autres que la onzième sont traitées en groupe. Le serviteur paye tout le monde selon leur heure de prise de fonction, des derniers aux premiers, pourtant après ceux de la onzième heure, ce sont les premiers qui viennent. Il y a donc uniquement deux groupes et non pas un groupe par horaire. Les différentes heures ne marquent donc pas une différence qui pourtant est présente avec ceux de la onzième heure.

La raison en est simple, les premiers groupes (aube, 3°, 6° et 9° heure) représentent tous différentes étapes de l'ancienne alliance quand le dernier groupe représente la nouvelle.

C'est pour cela que dans sa conclusion, Jésus ne parle que des premiers et des derniers, mais pas des intermédiaires qui sont inclus dans le premier groupe, faisant parti de la même alliance.

C'est là que la courte allusion de Luc prend tout son intérêt. Dans sa version de l'interchangeabilité des premiers et des derniers il glisse une légère variation qui a tout son sens :

🔘 Luc 13.29-30 : « Il en viendra de l'orient et de l'occident, du nord et du midi ; Et ils se mettront à table dans le royaume de Dieu. 30 Et voici, il y en a des derniers qui seront les premiers, et des premiers qui seront les derniers ».

Ça nous rappelle que certains des premiers resteront les premiers et que certains des derniers resteront les derniers. N'oublions pas que les disciples de Jésus sont juifs et font donc factuellement parti des premiers, mais ils resteront les premiers. De la même manière, certains des derniers qui n'ont fait que transposer la rigueur de la loi en lui donnant l'apparence de la grâce pourront tout de même faire partie des derniers* ce qui est toujours mieux que de n'être aucun des deux (*pour peu qu'ils soient originellement de la première alliance).


Une fois cela compris, on comprend également plus facilement de quoi il est en train de parler. Ce qu'il met en avant parle de la fin des temps, comme souvent, et il annonce que si Israël a été le premier ouvrier, et l'église le dernier, il n'en reste pas moins que l'enlèvement des croyants (les vainqueurs de l'église) précède le retour de Jésus pour Armageddon, où Israël reçoit sa récompense. C'est en cela que les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     39 - L'invité sans tenue de noce (Matthieu 22. 1-14)

a) Le texte.

🔘 Matthieu 22.1 : « Jésus, prenant la parole, leur parla de nouveau en parabole, et il dit : ».

🔘 Matthieu 22.2-7 : « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils. 3 Il envoya ses serviteurs [doulos] appeler ceux qui étaient invités aux noces ; Mais ils ne voulurent pas venir. 4 Il envoya encore d'autres serviteurs [doulos], en disant : Dites aux conviés : Voici, j'ai préparé mon festin ; Mes bœufs et mes bêtes grasses sont tués, tout est prêt, venez aux noces. 5 Mais, sans s'inquiéter de l'invitation, ils s'en allèrent, celui-ci à son champ, celui-là à son trafic ; 6 Et les autres se saisirent des serviteurs [doulos], les outragèrent et les tuèrent. 7 Le roi fut irrité ; Il envoya ses troupes, fit périr ces meurtriers, et brûla leur ville ».

🔘 Matthieu 22.8-10 : « Alors il dit à ses serviteurs [doulos] : Les noces sont prêtes ; Mais les conviés n'en étaient pas dignes. 9 Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. 10 Ces serviteurs [doulos] allèrent dans les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, méchants et bons, et la salle des noces fut pleine de convives ».

🔘 Matthieu 22.11-14 : « Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il aperçut là un homme qui n'avait pas revêtu un habit de noces. 12 Il lui dit : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noces ? Cet homme eut la bouche fermée. 13 Alors le roi dit aux serviteurs [diakonos] : Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. 14 Car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus ».


b) L'explication.

Parabole très simple mais qui peut paraître choquante si on ne prête pas attention au seul détail qu'il ne faut pas rater.


b.1) L'invitation originale.

Le roi qui fait des noces pour son fils est bien évidemment le Père céleste qui prépare l'union de son fils Jésus avec celle qu'on appelle usuellement l'épouse. On a tendance à réduire ce terme à un simple synonyme de l'église, mais il se trouve que ça ne l'est absolument pas et ça ne désigne pas réellement la même chose.

Le terme Israël ne vient pas de nulle part. On en accepte la traduction mais on ne réfléchit pas à son étymologie. Il est constitué de deux mots [Sarah] et [El]. En d'autres termes, la 'princesse de Dieu'. Or une princesse est soit la fille d'un roi, soit l'épouse de son fils. Israël était donc dès l'origine destinée à être l'épouse du Fils de Dieu. C'est parce qu'elle l'a rejeté que Jésus, le Fils en question s'est tourné vers le monde. Là est née l'église, qui n'est pas la nouvelle fiancée, mais le peuple parmi lequel une partie d'elle va naître. L'épouse du Fils, c'est tous ceux qui auront cru et obéît.

Dans la parabole, les invités sont en réalité les membres de la première épouse, Israël, mais qui n'ont pas reconnu l'époux à sa venue et ont refusé son invitation. Ils se sont irrités contre ceux qui en annonçait la venue* et contre ceux qui annonçait sa présence.

* 🔘 Matthieu 23.34-35 : « C'est pourquoi, voici, je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous tuerez et crucifierez les uns, vous battrez de verges les autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville, 35 afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel ».


b.2) La nouvelle invitation, l'apparente anomalie.

Les noces ayant été rejetées par les premiers invités, le roi décide d'inviter ceux qui premièrement ne l'avaient pas été. C'est spécifiquement dans les carrefours que ces nouveaux invités doivent être cherchés. Or un 'carrefour' c'est la croisée des chemins, ça représente le moment où deux routes différentes se croisent, celle qui était exclusive à Israël et celle qui était exclusive au monde. C'est à la croisée de ces deux routes que soudain ceux du monde peuvent devenir participant au seul chemin qui mène à Dieu, c'est-à-dire Jésus.

Une fois de plus la traduction dissimule quelque chose. Lorsqu'il nous est dit : « Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. 10 Ces serviteurs [doulos] allèrent dans les chemins ... » (Matthieu 22.9-10) on pourrait croire que les serviteurs ne vont pas là où le roi leurs a dit d'aller. La réalité est que le texte original ne nous dit pas simplement « carrefours », il parle de 'carrefours des chemins' ou encore de 'chemins qui sortent des chemins'. Evidemment de nos jours on parle simplement de carrefours, mais dans le texte la précision est importante. Le roi a envoyé ses serviteurs à la croisée de routes différentes, celles de la lignée du peuple de Dieu et celle de la lignée des enfants du monde. Un endroit qui réunit les deux en une promesse, et à partir de là les serviteurs du roi ont pu aller sur les chemins chercher ceux qui avaient été délaissés, parce qu'il leur était désormais possible de rejoindre le seul chemin du salut.

C'est alors que se trouve l'élément à ne pas mal comprendre et qui peut être source d'incompréhension.


b.3) Les bons et les méchants.

Dans le déterminant des invités, le roi donne la directive d'appeler tous ceux que ses serviteurs trouveront. Il n'est pas question de distinction. Cependant il ne s'agit pas de forcer qui que ce soit, mais uniquement de les appeler. Le texte nous disant alors que les bons et les méchants sont venus : 

🔘 Matthieu 22.9-10 : « Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. 10 Ces serviteurs [doulos] allèrent dans les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, méchants et bons, et la salle des noces fut pleine de convives ».

La salle des noces est alors pleine, de bons et de méchants, pourtant ce ne sont pas les méchants qui sont chassés, ce qui peut paraître étrange.  La raison en est simplement que Dieu ne fait pas de différence en fonction de ce que nous étions, il nous regarde différemment. Lorsqu'on regarde qui est chassé, il ne nous est pas dit que c'est un méchant et rien ne permet de le déduire.

Il est une chose qui n'est pas dite ouvertement mais qui est sous-entendue assez clairement.

Celui qui est chassé, qu'il ait été bon ou méchant, n'est pas identifié sur ce critère, mais sur celui de sa tenue (« ... un homme qui n'avait pas revêtu un habit de noces »).

C'est la tenue qui unifie les personnes et pas la manière dont ils sont indépendamment présentés.


b.4) Le coeur de l'homme.

Jérémie nous avait prévenue, tous les hommes ont un coeur mauvais (Jérémie 17.9 : « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : Qui peut le connaître ? »), il n'y a pas d'exception. Le coeur parle en réalité des pensées, et la différence entre les uns et les autres tient dans le nombre de fois où nous cédons, mais fondamentalement, l'homme laisse plus ou moins occasionnellement libre court à ses mauvaises pensées. Seul Jésus n'a jamais cédé, mais lui aussi a eu de mauvaises pensées, comme tout le monde, parce qu'il était homme.

Les 'méchants' et les 'bons' ne sont de cette sorte qu'aux yeux des hommes, pas aux yeux de Dieu. Pour Dieu nous avons tous péché puisque le seul péché est de ne pas avoir cru en son Fils Jésus, et en l'acceptant nous sommes tous lavés de cette faute. Donc les 'bons' et les 'méchants' ne parle pas de ce qu'ils sont dans la salle de noce, mais de ce qu'ils étaient aux yeux des hommes avant d'y entrer.

La différence entre le deux se trouvant dans ce qui est sous-entendu concernant les vêtements. Si celui qui est chassé l'est parce qu'il n'a pas la bonne tenue, c'est que ceux qui sont les bienvenus ont la bonne. Ils ont reçu les vêtements blancs dont nous parle le livre de l'Apocalypse.


c) Les appelés et les élus.

C'est cette célèbre déclaration de Jésus qui clôture cette parabole. Déclaration affirmant qu'il y a beaucoup d'appelés, et peu d'élus. Or l'appelé dans cette parabole désigne deux types de personnes mais qu'on peut englober dans une seule catégorie. Les juifs en font partie, le texte nous disant qu'ils ont été appelés et les membres de l'église qui refusent de se préparer également. Ces deux catégories n'en sont qu'une seule qui semble avoir une forme différente en raison de l'avancée de la révélation dans leurs époques respectives. Israël est le peuple de Dieu, ils ont reçu la promesse charnelle et ont donc tous été appelés, mais peu ont répondu. L'église est la deuxième appelée et répond au même principe. Si la séparation dans la première alliance se faisait entre Israël et le monde faisant d'Israël dans son intégralité des appelés, dans la nouvelle la séparation se situe entre l'église et le monde et de la même manière les appelés sont tous les membres de l'église.

Dans les deux cas, les élus sont ceux qui se sont préparés. Ça ne signifie pas qu'il y ait deux préparations différentes. La préparation est la même, et le chemin est unique. Donc la différence qui est faite entre les 'appelés' et les 'élues' n'est pas la séparation entre le monde et l'église, mais entre les croyants au sein du peuple de Dieu.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     40 - Le sel de la terre (Matthieu 5.13)

a) Le texte.

🔘 Matthieu 5.13 : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne sert plus qu'à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes ».


b) L'explication.

Le sel est simplement un exhausteur de goût. Ça paraît être une manière simpliste de dire les choses, mais c'est simplement ce qui est signifié ici. Il va de soi que le sel a une signification particulière dans la Parole de Dieu mais elle n'est pas indispensable pour comprendre ce que Jésus est en train de dire ici. Un enseignement complet sur ce sujet se trouve sur le site (LIEN).

Ici, il faut comprendre le parallèle avec des choses annoncées pour la fin des temps. Nous est annoncée la destruction de toutes choses, ceci incluant le ciel et la terre. Elles sont détruites parce que sans saveur aux yeux de Dieu. Si elles perdurent c'est uniquement en raison de notre présence. C'est la raison même de l'enlèvement de l'épouse. Tant qu'il n'y a ne serait-ce qu'un juste, la terre a de la saveur, mais s'il venait à disparaître, elle n'en aurait plus. Noé était le seul juste, il fallait qu'il entre dans l'arche pour que la destruction soit possible ; Lot était le seul juste, et il fallait qu'il sorte de Sodome pour qu'elle puisse être détruite.

L'enlèvement de l'épouse marquera le véritable début de la fin.

Cette parabole nous prévient que si nous cessons d'être le sel de cette terre, nous ne représenterons plus rien pour Dieu et nous ne bénéficierons plus de sa protection.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     41 - La semence, (ou la graine poussant secrètement) (Marc 4.26-29)

a) Le texte.

🔘 Marc 4.26-29 : « Il dit encore : Il en est du royaume de Dieu comme quand un homme jette de la semence en terre ; 27 Qu'il dorme ou qu'il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu'il sache comment. 28 La terre produit d'elle-même, d'abord l'herbe, puis l'épi, puis le grain tout formé dans l'épi ; 29 Et, dès que le fruit est mûr, on y met la faucille, car la moisson est là ».


b) L'explication.

La notion de semence est très présente dans les paraboles, mais ici c'est de manière un peu différente. Nous ne sommes pas dans le cadre de semences jetées qui trouvent plus ou moins d'ancrage dans les différents types de sols qu'elles rencontrent. La semence dont il est question est posée dans la terre, pas jetée au hasard. Or si la semence représente la Parole de Dieu, alors Jésus est en train de paraphraser ce qu'il disait à Esaïe alors qu'il était Dieu :

🔘 Esaïe 55.10-11 : « Comme la pluie et la neige descendent des cieux, et n'y retournent pas sans avoir arrosé, fécondé la terre, et fait germer les plantes, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui mange, 11 ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche : Elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli mes desseins ».

La Parole de Dieu fait toujours de l'effet, personne ne peut passer outre. Ça ne signifie pas que tous ceux qui ont entendu croiront, mais que tous prendront une décision. Une fois que l'homme a entendu quelque chose, il ne peut s'empêcher d'y penser, consciemment ou non (« La terre produit d'elle-même ») et à un moment donné, sa décision, une fois de plus consciente ou non, sera prise (« dès que le fruit est mûr »). C'est alors que viendra la moisson, du bon grain ou de l'ivraie.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     42 - Le serviteur revenant des champs (ou les serviteurs inutiles) (Luc 17.7-10)

a) Le texte.

🔘 Luc 17.7-9 : « Qui de vous, ayant un serviteur [doulos] qui laboure ou paît les troupeaux, lui dira, quand il revient des champs : Approche vite, et mets-toi à table ? 8 Ne lui dira-t-il pas au contraire : Prépare-moi à souper, ceins-toi, et sers-moi [diakoneo], jusqu'à ce que j'aie mangé et bu ; Après cela, toi, tu mangeras et boiras ? 9 Doit-il de la reconnaissance à ce serviteur [doulos] parce qu'il a fait ce qui lui était ordonné ? ».

🔘 Luc 17.10 : « Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : Nous sommes des serviteurs [doulos] inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire ».


b) Les mots.

Ici, presque plus qu'ailleurs, il est important de rappeler que le mot [doulos] ne se traduit pas par 'serviteur', mais par 'esclave'. Le [doulos] n'est pas libre, il est la propriété de son maître. Ce mot parle de ce que la personne est, alors que le mot [diakonos]* qui est également traduit par 'serviteur' parle du service et désigne un serviteur qui est loué (de nos jours on appelle ça un employé).

* ses dérivées parlent de services exécutés, librement ou par contrat. 


c) L'explication.

A travers une image très simple, Jésus nous rappelle que ce que nous faisons pour Dieu n'est pas un service que nous lui rendons, mais un service que nous lui devons. Il ne nous est redevable de rien et quoi que nous fassions, ça n'engendre pas de dette de sa part. Au contraire, ça n'est que le paiement de la nôtre. Notre soumission ne produit aucun mérite.

Il met également en avant l'importance de ne pas négliger la différence qu'il y a entre s'occuper des intérêts de son maître (labourer ou paître) et s'occuper de lui personnellement. Spirituellement, ça nous rappelle que notre relation avec son peuple ne nous dispense pas d'une relation personnelle avec lui, et que ce qu'il nous donne, bien qu'étant le fruit d'une pure grâce n'est pas exempt de se faire dans un ordre précis. D'abord nous nous occupons de lui, ensuite il s'occupe de nous.

{HAUT DE PAGE} {INDEX GENERAL}     43 - Le vrai cep (Jean 15.1-8)

a) Le texte.

🔘 Jean 15.1-2 : « Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron. 2 Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; Et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, afin qu'il porte encore plus de fruit ».

🔘 Jean 15.3-4 : « Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée. 4 Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s'il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi ».

🔘 Jean 15.5-8 : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. 6 Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche ; Puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent. 7 Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. 8 Si vous portez beaucoup de fruit, c'est ainsi que mon Père sera glorifié, et que vous serez mes disciples ».


b) L'explication.

Alors que les trois premières versions de l'évangile comportent plusieurs dizaines de paraboles chacune, Jean ne centre pas les souvenirs de sa vie avec Jésus autour de ce mode d'expression. Cette parabole est la seule qu'il va transmettre.

Chaque évangile a sa spécificité, si Matthieu est presque un pont entre l'ancienne et la nouvelle alliance, commençant par établir Jésus dans la lignée d'Abraham et de David, mais citant également plus d'une quarantaine de versets de l'ancienne alliance, Luc a une présentation sous l'angle de la femme, sa généalogie de Jésus sera faite du côté de la mère et dans de nombreux exemples, il parle de l'angle féminin, par exemple lorsque Matthieu parle du berger et de la brebis perdu, puis de la réjouissance avec les amis hommes du berger, Luc ajoutera la femme qui perd une drachme et qui se réjouie avec ses amies femmes ; c'est aussi le seul qui parle de la prophétesse Anne ; d'Elisabeth femme de Zacharie et mère de Jean Baptiste ; et ainsi de suite.

Jean de son côté présente une version de l'évangile centrée sur le rapport personnel avec Jésus. Il nous parle de proximité et de connaissance personnelle.

Cette unique parabole en suit le thème puisqu'elle va parler non pas directement de la fin des temps ou du royaume de Dieu, qui sont les deux thèmes présents dans presque toutes les paraboles, mais de proximité avec Jésus et du rôle autant du Père que du Fils.


b.1) L'image.

🔘 Jean 15.1-2 : « Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron. 2 Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; Et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, afin qu'il porte encore plus de fruit ».

Jésus pose les choses simplement, établissant ce qu'il affirme à de nombreuses reprises, notamment dans le chapitre précédent* au sujet de l'origine paternelle de toutes les actions qu'on lui attribue. S'il se présente comme le cep, c'est bien le Père qui est le vigneron et qui émonde le sarment. Il est intéressant de noter que si les deux versets suivants vont transposer l'image, une information ne fera pas la bascule et doit être comprise au travers de ce qui est dit ici.

Le livre de l'Apocalypse nous dit : « Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j'aime » (Apocalypse 3.19), et c'est ce que nous constatons ici. Si on cerne assez rapidement l'action de Dieu concernant ceux qui ne portent pas de fruit, on ne prête pas suffisamment attention au fait qu'il émonde les bons sarments. Jésus nous dit que si nous portons du fruit, le Père retranche de nous ce qui n'en porte pas. Ça induit que nous pouvons porter du fruit sans être parfaits, que nos imperfections ne sont pas des empêchements et que fur-et-à-mesure des redressements, nous en porterons de plus en plus.

Maintenant si cette information est spécifiquement dans cette partie et est absente des deux versets suivants, l'inverse est également vrai, bien que la suite soit un complément explicatif, elle va également contenir des informations complémentaires qui ne sont pas sans importance.

* 🔘 Jean 14.10 : « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; Et le Père qui demeure en moi, c'est lui qui fait les oeuvres ».


b.2) Sa transposition.

🔘 Jean 15.3-4 : « Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée. 4 Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s'il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi ».

Jésus reprend alors ce qu'il disait dans la première partie en se posant à nouveau ouvertement comme étant le cep mais en précisant notre position de sarment plus clairement. La précision d'importance consiste à nous dire que nous sommes incapables de porter du fruit de nous-même, ce que je disais déjà dans une autre parabole. Les fruits que nous portons ne sont que les témoignages de celui à qui nous sommes rattachés. Ils ne peuvent qu'être l'expression de la Parole de Dieu. Ainsi les fruits témoignent bien de nous, mais par capillarité ils témoignent de celui qui nous a transformé. Si nous sommes le sarment, la sève du cep coule en nous, et le fruit bien que porté par nous, est la conséquence du travail du vigneron (le Père) et de ce que le cep à fait passer en nous.


b.3) La finalité.

🔘 Jean 15.5-8 : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. 6 Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche ; Puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent. 7 Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. 8 Si vous portez beaucoup de fruit, c'est ainsi que mon Père sera glorifié, et que vous serez mes disciples ».

Cette fois-ci Jésus fait le lien entre les deux premières parties pour clairement dire les choses : « Je suis le cep, vous êtes les sarments », réaffirmant notre incapacité à faire les choses par nous-même et l'obligation d'être en lui pour que nous puissions porter du fruit.

Une figure de style apporte une précision intéressante. Chose connue, mais tristement peu prise en compte, Jésus nous fait deux fois la même affirmation, mais dans des termes changeants :

1️⃣ « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure »

2️⃣ « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous »

Etablissant qu'il est la parole et réduisant à néant les affirmations laxistes posant la grâce comme tampon de toute chose. Jésus n'est en aucun cas dissociable de la Parole, il ne l'apporte pas, il l'est. Si la Parole n'est pas en nous, Jésus n'y est pas et celui en qui elle ne se trouve pas témoigne contre lui-même qu'il n'est pas rattaché au cep.

Une fois de plus, la finalité de la parabole la rattache à la fin des temps alors que Jésus nous explique que celui qui ne fait pas un avec lui sera jeté au feu, préfigurant la géhenne, et nous rappelant que si l'unité est présente entre lui et nous, alors tout ce que nous demanderons nous sera accordé (qui est également une des réponses à l'absence d'accomplissement de beaucoup).

Il conclut alors sur les deux significations des fruits que nous devons porter. Ils glorifient le Père en attestant l'autorité du Fils sans lequel nous ne pouvons rien.