- Saül -

FAQ

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1 - L'ébauche du rejet.

La période des juges suit une boucle perpétuelle. Le peuple est loin de Dieu, il se fait opprimer par ses ennemis, il crie à Dieu qui leur envoie un juge pour redresser la situation. Marchant dans l'obéissance, Israël est de nouveau souverain pendant la vie du juge, et ensuite le peuple repart dans ses travers.

La boucle reprend alors jusqu'au prochain juge, et ce, sans exception.

Le premier des rois sera nommé par le dernier des juges. Saül sera donc nommé par Samuel.

Cela ne signifie cependant pas que la boucle est rompue. Le juge était simplement la personne que Dieu envoyait pour remettre son peuple sur les rails. La différence dans ce qui se prépare, c'est la forme que va prendre le rejet du peuple.


a) L'idolâtrie de l'arche.

Alors que le peuple se trouve encore sans roi et que la demande est encore très loin d'être formulée, Israël est en guerre contre leur ennemi perpétuel, les Philistins. Et la prochaine bataille va être une cruelle défaite. A cette époque, Samuel représente déjà une particularité. Il est juge sur tout Israël ce qui, en plus de tous les rôles qu'il remplit, en fait la parfaite transition vers la constitution d'un royaume unifié sous la tutelle d'un homme unique qui portera le titre de roi.

🔘 1 Samuel 4.1-2 : « La parole de Samuel s'adressait à tout Israël. Israël sortit à la rencontre des Philistins, pour combattre. Ils campèrent près d'Ében Ézer, et les Philistins étaient campés à Aphek. 2 Les Philistins se rangèrent en bataille contre Israël, et le combat s'engagea. Israël fut battu par les Philistins, qui tuèrent sur le champ de bataille environ quatre mille hommes ».

Dans ce combat qui voit la mort de 4000 hommes, personne n'a pensé à consulter Dieu. Ca peut passer inaperçu, mais il n'en est pas fait mention. Par contre, alors que l'évidence de la défaite est là, soudainement le spirituel refait surface.

🔘 1 Samuel 4.3 : « Le peuple rentra au camp, et les anciens d'Israël dirent : Pourquoi l'Éternel nous a-t-il laissé battre aujourd'hui par les Philistins ? Allons chercher à Silo l'arche de l'alliance de l'Éternel ; qu'elle vienne au milieu de nous, et qu'elle nous délivre de la main de nos ennemis ». 

Ce verset est l'annonce d'une tragédie à lui tout seul. Le peuple ne recherche pas le concours de Dieu, ne lui demande pas conseil. Il se contente de considérer que l'arche de l'alliance les délivrera. Ils n'attendent plus la délivrance de Dieu mais de ce qui le représente. L'arche est devenue pour eux un veau qu'ils arborent fièrement en lui prêtant des capacités. Ils ont déjà remplacé Dieu en le réduisant au statut des dieux des nations alentours. Ils ont oublié que même l'arche de l'alliance est faite de bois et d'or et qu'elle n'a pas d'oreilles pour entendre. Israël dans le désert avait le veau de fonte ; Jéroboam avait les veaux d'or ; Israël, à cette époque, à l'arche de l'alliance ; l'église actuelle a la croix. Chacun en son temps a oublié que Dieu est Dieu et qu'il ne peut jamais se réduire. La puissance et l'autorité appartiennent à Dieu et pas à un veau, une arche ou une croix.

Dieu va donc les priver de cette arche qu'ils méprisent et leur montrer qu'elle n'est pas comparable aux dieux des nations. Il va s'en suivre toute l'histoire de la présence de l'arche chez les philistins et de son retour en Israël, histoires que nous trouvons dans les chapitres 5 et 6 du premier livre de Samuel et qui n'est pas le centre du sujet traité ici.


b) Retour et mépris de l'arche.

L'arche étant de retour, on pourrait penser que le peuple serait en liesse, mais ça n'est pas du tout ce qui va se passer. Ils l'ont perdu parce qu'ils la méprisaient et n'ont strictement rien fait pour la récupérer, c'est l'Eternel qui l'a fait revenir. Le texte pourrait faire croire que sont installation en Israël se fait de la bonne manière en raison de la consécration de celui qui va la garder, mais il n'en est rien.

Tout d'abord elle revient à Beth Schémesch, qui est une ville sacerdotale, et alors qu'elle arrive, les habitants ne trouvent rien d'autre à faire que de regarder dedans, ce qui montre le niveau d'ignorance de la Parole des habitants d'une ville de sacrificateurs.

🔘 1 Samuel 6.19 : « L'Éternel frappa les gens de Beth Schémesch, lorsqu'ils regardèrent l'arche de l'Éternel ; il frappa [cinquante mille] soixante-dix hommes parmi le peuple. Et le peuple fut dans la désolation, parce que l'Éternel l'avait frappé d'une grande plaie ».

Devant la catastrophe, pas de repentance, mais plutôt un rejet. Les habitants de Beth Schémesch ne se remettent pas en question mais choisissent plutôt d'éloigner l'arche et la confient à Kirjath Jearim. Seulement voilà, la réalité est qu'il y a 47 autres villes sacerdotales, et Kirjath Jearim n'en fait pas partie.

🔘 1 Samuel 7.1 : « Les gens de Kirjath Jearim vinrent, et firent monter l'arche de l'Éternel; ils la conduisirent dans la maison d'Abinadab, sur la colline, et ils consacrèrent son fils Éléazar pour garder l'arche de l'Éternel ».

La moindre des choses aurait été de la ramener à Silo, dans la tente d'assignation, d'où elle avait été prise.

C'est pour ça que la consécration dont on nous parle peut faire très spirituelle, dans la réalité cela revient a enterrer l'arche. Israël méprisait suffisamment Dieu pour considérer l'arche comme une arme et son retour ne les enchante pas.


c) Le cycle se poursuit.

Mise au rebut à Kirjath Jearim, l'arche de l'alliance passe 20 années sans que personne ne s'en soucis, et le peuple s'endurcit suffisamment pour finir une fois de plus sous la coupe des Philistins et avoir besoin de l'action de Dieu.

🔘 1 Samuel 7.2-4 : « Il s'était passé bien du temps depuis le jour où l'arche avait été déposée à Kirjath Jearim. Vingt années s'étaient écoulées. Alors toute la maison d'Israël poussa des gémissements vers l'Éternel. 3 Samuel dit à toute la maison d'Israël : Si c'est de tout votre coeur que vous revenez à l'Éternel, ôtez du milieu de vous les dieux étrangers et les Astartés, dirigez votre coeur vers l'Éternel, et servez-le lui seul ; et il vous délivrera de la main des Philistins. 4 Et les enfants d'Israël ôtèrent du milieu d'eux les Baals et les Astartés, et ils servirent l'Éternel seul ».

Le peuple revient donc très temporairement, par contre, il ne changera pas sa position par rapport à l'arche de l'alliance qui reste dans son isolement. Israël a besoin de Dieu, alors ils le servent, ce qui impliquent toujours que lorsque les choses iront mieux, ils le quitteront.

Et c'est ce qui se passe.

Finalement, toujours loin de l'arche, ils finissent par rejeter la personne de Samuel, et donc celle de Dieu, et vont demander un roi.

- Je t'ai donné un roi dans ma colère -

2 - Les prémices des rois (1 Samuel 8.1-22)

a) Le coeur du peuple.

Le peuple ne change pas, il garde ses travers. Les situations évoluent dans la forme, mais dans le fond elles restent toujours les mêmes. Alors que la vie de Samuel s'approchait de son terme, le peuple était bien conscient que ses fils ne pourraient pas le remplacer. Ils s'étaient corrompus et bien qu'exerçant la fonction de Juges (1 Samuel 8.2 : « Son fils premier-né se nommait Joël, et le second Abija ; Ils étaient juges à Beer Schéba »), ils étaient cupides et violaient la justice.

Devant l'évidence du changement d'autorité à venir, le peuple ne va pourtant pas chercher à se rapprocher de Dieu afin de ne pas avoir pour intermédiaires Joël et Abija. Leur coeur n'a pas changé depuis que l'Eternel est apparu sur la montagne dans le désert. Une fois de plus, la seule logique du peuple et de demander à Samuel de leur trouver un autre homme qui les commandera.

En outre, ils ne demandent pas des Juges intègres, un prophète ou un sacrificateur à la dimension de Samuel. Ca n'est donc même pas la volonté de ne pas perdre le contact avec Dieu qui les motive. Ils ont simplement l'opportunité de vivre un changement de régime, et tant qu'à faire, ils préfèreraient que Dieu ne soit plus l'origine de la chaîne d'autorité.

Cependant, s'ils veulent que Dieu ne soit plus leur guide, ils ne veulent pas des fils de Samuel qui de toute évidence ne suivent pas Dieu. C'est ça qui est intéressant. Ils ne veulent pas de Dieu, mais ils tiennent aux apparences. Ils auraient pu nommer un roi eux-mêmes, mais ils demandent à Dieu de le faire, c'est là que les apparences se trouvent. Ils refusent la volonté de Dieu et lui impose la leur, comme ça ils pourront dire que c'est le roi que Dieu leur a donné.

Leur coeur les porte à vouloir ce que les autres nations ont. Ca a toujours été leur fond. Le veau de fonte était un dieu à l'aspect animal, une création de l'artisanat humain, comme les autres peuples le faisaient. Ceux qui fuient Dieu cherchent toujours a adorer la créature, ils aiment à réduire Dieu au niveau d'une création, parce que ça leur permet de devenir son égal.

Dans le cas présent, c'est donc un roi que le peuple demande (1 Samuel 8.5 : « ... établis sur nous un roi ... ») et ils le veulent pour remplacement de ce que Dieu faisait. Ce roi aura pour tâche de les juger (1 Samuel 8.5 : « ... pour nous juger ... »). Comme souvent, dire une chose c'est en impliquer plusieurs autres. S'ils veulent qu'un roi les juges, c'est parce qu'ils ne veulent plus que Dieu le fasse. La demande du peuple consiste donc à chercher non plus un intermédiaire, mais un décideur autonome. Quelqu'un qui remplacera à la fois Dieu et son serviteur. Et ce qui motive leur demande est précisé juste après : « ... comme il y en a chez toutes les nations » (1 Samuel 8.5). Ils ne veulent plus de leur spécificité, ils veulent être comme les autres, quitte à se perdre avec eux.

Pourtant, devant l'évidence de la folie du peuple, Samuel fait quelque chose qui de nos jours peut paraître étonnant. Il va demander à Dieu. Le peuple ne demande rien à Dieu parce qu'il n'a pas de relation avec lui, il demande à Samuel. Charge à Samuel de se débrouiller comme il le veut pour le faire. On se rappellera que durant toute la période des juges, le peuple ne demandait pas de remplaçants à un juge, il préférait se corrompre jusqu'à ce qu'il paye un prix si élevé qu'il finissait par revenir à Dieu. La fin d'un juge était pour eux le début de l'ivresse. Comme le peuple n'a pas changé c'est également ce qu'ils sont en train de faire. Un juge va bientôt prendre fin, et ils font ce qu'ils faisaient depuis 400 ans, ils préparent la fête en demandant une administration qui n'ait plus Dieu à sa tête.

Dieu le sait, ne serait-ce que parce qu'il sait tout, mais la répétition fait que l'homme devrait également le savoir. La réponse de l'Eternel sera d'autant plus claire :

🔘 1 Samuel 8.7-9 : « L'Éternel dit à Samuel : Écoute la voix du peuple dans tout ce qu'il te dira ; Car ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux. 8 Ils agissent à ton égard comme ils ont toujours agi depuis que je les ai fait monter d'Égypte jusqu'à ce jour ; Ils m'ont abandonné, pour servir d'autres dieux. 9 Écoute donc leur voix ; Mais donne-leur des avertissements, et fais-leur connaître le droit du roi qui régnera sur eux ».


b) Les droits du roi.

Les droits du roi son intéressants, non pas forcément dans leur liste, mais plutôt dans la réaction du peuple. Lorsque Samuel va voir l'Eternel, il lui donne ces avertissements à transmettre au peuple.

🔘 1 Samuel 8.10-18 : « Samuel rapporta toutes les paroles de l'Éternel au peuple qui lui demandait un roi. 11 Il dit : Voici quel sera le droit du roi qui régnera sur vous. Il prendra vos fils, et il les mettra sur ses chars et parmi ses cavaliers, afin qu'ils courent devant son char ; 12 Il s'en fera des chefs de mille et des chefs de cinquante, et il les emploiera à labourer ses terres, à récolter ses moissons, à fabriquer ses armes de guerre et l'attirail de ses chars. 13 Il prendra vos filles, pour en faire des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères. 14 Il prendra la meilleure partie de vos champs, de vos vignes et de vos oliviers, et la donnera à ses serviteurs. 15 Il prendra la dîme du produit de vos semences et de vos vignes, et la donnera à ses serviteurs. 16 Il prendra vos serviteurs et vos servantes, vos meilleurs bœufs et vos ânes, et s'en servira pour ses travaux. 17 Il prendra la dîme de vos troupeaux, et vous-mêmes serez ses esclaves. 18 Et alors vous crierez contre votre roi que vous vous serez choisi, mais l'Éternel ne vous exaucera point ».

Le tableau est sombre. Les choses annoncées ne font pas réellement naître l'envie et il n'est pas nécessaire de les détailler, les relire suffit amplement. On pourrait penser que cela en ferait réfléchir plus d'un, pourtant ça n'est pas la réaction du peuple.

🔘 1 Samuel 8.19-22 : « Le peuple refusa d'écouter la voix de Samuel. Non ! Dirent-ils, mais il y aura un roi sur nous, 20 et nous aussi nous serons comme toutes les nations ; Notre roi nous jurera il marchera à notre tête et conduira nos guerres. 21 Samuel, après avoir entendu toutes les paroles du peuple, les redit aux oreilles de l'Éternel. 22 Et l'Éternel dit à Samuel : Écoute leur voix, et établis un roi sur eux. Et Samuel dit aux hommes d'Israël : Allez-vous-en chacun dans sa ville ».

En disant « Non ! », le peuple ne dit pas que les droits du roi n'entreront pas en effet, il ne fait que dire, 'non nous ne t'écouterons pas, n'essayes pas de nous convaincre'. Le rejet du peuple est tel qu'il ne résonne plus, à l'image du peuple haranguant Pilate pour obtenir la mort de celui qui n'a fait de mal à personne, quitte à libérer un meurtrier. La raison n'est plus présente, seule persiste la haine et le rejet. Pour eux, le plus important c'est de s'émanciper de Dieu, le reste pourra être réfléchis ultérieurement.


c) L'acceptation.

Devant l'évidence de ce que le peuple n'est pas venu discuter mais ordonner, Samuel retourne vers Dieu qui lui dit de nommer un roi. Tout le monde va donc rentrer chez soi en attendant la nomination dont le principe a été acté.


d) La position de Samuel.

Il peut paraître étonnant que Samuel fasse l'intermédiaire pour des requêtes qui sont aussi clairement l'expression du rejet de Dieu et de tout ce qu'il représente. On avait déjà quelque chose de ce type lorsqu'Aaron fait un veau de fonte pour le peuple, dans le désert. Pourquoi accepter ce qui de toute façon sera rejeté par Dieu ?

Il y a une chose qu'il est important de comprendre dans le rôle des serviteurs. Ils ne sont pas là pour décider à la place de Dieu, mais pour transmettre les décisions de Dieu. De nos jours beaucoup font la confusion. Cela fait que Samuel n'a pas à rejeter le peuple parce que le peuple rejette Dieu, il remplit son rôle en transmettant la requête. Qu'il sache probablement où cela mènera ne fait pas de doute, mais ça n'est pas son rôle de décider à la place de Dieu. Il ne faut pas confondre une intercession et une transmission. Lorsqu'Abraham où Moïse intercédaient pour le peuple, ils présentaient une situation. Un peu comme dans la prière en général, on ne dit pas à Dieu ce qu'il doit faire, on lui présente une situation, c'est lui qui connait les solutions, nous n'avons pas à trancher à sa place.

Samuel se comporte comme cela. Il sait que le peuple est en pleine rébellion, il sait que Dieu n'acquiescera pas, mais ça ne l'autorise pas à décider à la place de Dieu, ni de décider à la place du peuple. C'est pourquoi non seulement il transmet à Dieu la demande du peuple, mais c'est également la raison pour laquelle Samuel n'a pas non plus fait revenir l'arche de l'alliance à Silo pendant les vingt années qui ont passées.

Ca n'est pas lui qui décide.

3 - Selon le coeur des hommes (1 Samuel 9.1-10.27)

a) Les ânesses et le coeur de Saül.

La passé familial de Saül n'est présenté que courtement. On y apprend la vaillance de son père ainsi que le nom de ses ancêtres sur 5 générations. Précision nous est faite de l'impressionnante stature physique et de la beauté du jeune homme. Evidemment, il est difficile de ne pas faire le parallèle avec la situation de David, et on comprend mieux pourquoi Samuel se méprendra sur ses 7 frères. Dans le cas de Saül, l'Eternel avait choisi celui qui frappait les regards.

Les ânesses sont pour ainsi dire le commencement de l'histoire de Saül, et si ce n'est pas avec des mots dans ce cas-là, elles sont cependant parlantes. Pour accentuer la différence d'avec son successeur, on notera la position de Saül dans sa maison, il est fils, les serviteurs lui sont inférieurs et il a la confiance de son père alors que David était inférieurs aux serviteurs et que son père avait du mal à le regarder comme un fils.

La différence entre les deux hommes est également flagrante au regard de la fonction. David est berger, et ce qu'il apprendra dans cette fonction le conduira a devenir le berger d'Israël. Il avait en lui ce qu'il allait devenir.

Malheureusement pour lui, il en va de même pour Saül, et l'histoire des ânesses le montre avec netteté.


a.1) La nomination.

🔘 1 Samuel 9.3 : « Les ânesses de Kis, père de Saül, s'égarèrent ; Et Kis dit à Saül, son fils : Prends avec toi l'un des serviteurs, lève-toi, va, et cherche les ânesses ».

Si on se réfère à la formulation, alors Saül savait déjà que des ânesses s'étaient égarées mais il a besoin d'être envoyé, ça n'est pas en lui. David sautait sur l'ours et le lion pour protéger le troupeau. S'il paraît évident que tous les bergers ont un jour où l'autre vu une de leurs bêtes s'égarer, ce qui compte c'est ce qu'on nous dit, et dans le cas de Saül, c'est cet exemple qui est mis en avant alors que dans celui de David, c'est le fait de mettre sa vie en danger pour protéger le troupeau.


a.2) Le renoncement.

Tout ce qui arrive est significatif de ce que sera Saül en tant que roi, et ça n'est pas pour rien que la vie des deux rois commence par l'histoire de leur rapport au troupeau.

🔘 1 Samuel 9.5 : « Ils étaient arrivés dans le pays de Tsuph, lorsque Saül dit à son serviteur qui l'accompagnait : Viens, retournons, de peur que mon père, oubliant les ânesses, ne soit en peine de nous ».

Saül est près a abandonner les ânesses pour une raison qui, si elle paraît noble, c'est à dire les inquiétudes de son père, n'en reste pas moins un renoncement. Chercher les ânesses est la mission que son père lui a confié et il est près à ne pas le faire soi-disant pour éviter que ce même père ne s'inquiète. On remarquera plus tard dans le règne de Saül que ce qui pourrait paraître anodin ici est en réalité un mode de fonctionnement. Il justifie toujours ses actes en mettant en avant la responsabilité des autres. Ici, ça n'est pas qu'il en a marre, c'est que son père s'inquiète.


a.3) Un sacrifice qui ne me coute rien.

Tout ce qui précède son élection est important pour comprendre ce qui prendra place après. Dans le cas présent, les ânesses sont toujours perdues, et Saül veut rentrer en prenant son père pour prétexte. C'est son serviteur qui va présenter l'alternative consistant à aller consulter Samuel (1 Samuel 9.6 : « ... il y a dans cette ville un homme de Dieu). Rappelons-nous que tout Israël était allé vers cet 'homme de Dieu' et qu'il est censé donner prochainement le nom de celui qui règnera sur Israël, mais la maison de Saül n'a pas l'air très informée de la chose.

Il s'en suit alors la décision d'y aller, mais elle ne se fait pas sans nous révéler une nouvelle chose. Cette décision est la résultante d'une suite de trois versets :

🔘 1 Samuel 9.7-8 : « Saül dit à son serviteur : Mais si nous y allons, que porterons-nous à l'homme de Dieu [Absent] ? Car il n'y a plus de provisions dans nos sacs, et nous n'avons aucun présent à offrir à l'homme de Dieu. Qu'est-ce que nous avons ? 8 Le serviteur reprit la parole, et dit à Saül : Voici, j'ai sur moi le quart d'un sicle d'argent ; Je le donnerai à l'homme de Dieu, et il nous indiquera notre chemin ».

🔘 1 Samuel 9.10 : « Saül dit à son serviteur : Tu as raison : Viens, allons ! ».

Ce que Saül ne comprend pas, c'est que le don qui était fait à l'homme de Dieu n'avait pas d'importance en lui-même, il ne faisait que représenter l'offrande faite à celui qui allait parler au travers de l'homme de Dieu. Sa valeur n'est pas marchande, elle parle du coeur de celui qui offre. Saül est loin de ce genre de considérations, il reste ancré dans la chair et ne veut se soumettre à cette coutume que parce qu'elle fait partie des traditions. Il n'en comprend pas le sens et en déduit donc que le plus important est de ne pas venir les mains vides, même si ce ne sont pas ses mains qui sont pleines.

Dans une situation qui n'est pas sans rapports puisqu'elle parle du coeur de l'homme, David devra également offrir un sacrifice dans l'urgence. De la même manière, un serviteur proposera de pourvoir au dit sacrifice, mais le prochain roi d'Israël refusera :

🔘 1 Chroniques 21.24 : « Mais le roi David dit à Ornan : Non ! je veux l'acheter contre sa valeur en argent, car je ne présenterai point à l'Éternel ce qui est à toi, et je n'offrirai point un holocauste qui ne me coûte rien ».

Pour Saül, ça ne représente pas un problème, parce qu'il ne comprend pas que la véritable valeur du don est celle du sacrifice qu'il représente pour celui qui le fait.

On notera en outre, que c'est également la seule fois dans toute la Parole de Dieu qu'un homme de Dieu est simplement appelé « homme ». Si les traducteurs ont traduit « que porterons-nous à l'homme de Dieu », le texte original ne fait que dire « que porterons-nous à l'homme ». On peut considérer que c'est sous-entendu, mais ça ne reste pas moins la seule et unique fois où cela arrive dans la Parole de Dieu, et cela sort de la bouche de Saül, qui non seulement ne savait pas que quelqu'un de la dimension de Samuel était son voisin, mais qui en plus le réduit presque à sa dimension humaine, peinant à voir en lui le serviteur qu'il était.


a.4) Par soi-même plutôt que de demander à Dieu.

Bien que cela puisse ne sembler être qu'une petite précision, il faut cependant prendre en compte, suite à ce qui vient d'être dit, que Samuel habite à Rama (1 Samuel 7.17 : « Puis il revenait à Rama, où était sa maison ... »). Lorsque Saül et son serviteur arrivent dans la ville, il nous est fait la précision : « ... Ils étaient arrivés au milieu de la ville, quand ils furent rencontrés par Samuel qui sortait pour monter au haut lieu » (1 Samuel 9.14). Samuel vient donc de sortir de chez lui, ce qui confirme qu'ils se trouvent tous à Rama lors de cette rencontre.

Or Rama se trouve à environ 2 à 3 kilomètres à vol d'oiseau de Guibéa, lieu de résidence de Saül et de ses ancêtres. 

Donc bien qu'il soit évident que Saül n'ait pas fait le trajet en ligne droite, puisqu'il : « passa par la montagne d'Éphraïm et traversa le pays de Schalischa, sans les trouver ; ils passèrent par le pays de Schaalim, et elles n'y étaient pas ; ils parcoururent le pays de Benjamin, et ils ne les trouvèrent pas » (1 Samuel 9.4), il faut cependant garder une vision claire des distances dans un pays aussi petit qu'Israël (Ephraïm n'est qu'à 3 où 4 kilomètres de Rama). Si Saül est parti depuis quelques temps, ce qu'atteste le fait qu'ils n'aient plus de provisions dans leurs sacs (1 Samuel 9.7-8), l'énonciation des pays qu'il a traversé ne doit pas fausser la compréhension. Ce sont des zones géographiques bien inférieures à ce qu'on imagine naturellement en entendant parler de pays. Cela parle en réalité de la terre de Schalischa, de Schaalim et de Benjamin. Donc Saül et son serviteur sont partis vers le Nord et ont cherché les ânesses dans les montagnes d'Ephraïm, à quelques kilomètres de chez eux, ainsi que dans deux régions s'y trouvant (Schalischa et Schaalim). On est loin de l'épopée d'Omer.

Cependant, le but n'est pas de l'en blâmer mais de simplement comprendre réellement ce passage. Ce qui ressort de ce passage passe au-delà de ça.

Dans la réalité, les pérégrinations de Saül à la recherche des ânesses mettent autre chose en avant.

Ca n'est pas plus étonnant que cela qu'il ne les ait pas retrouvé. Bien que la zone de recherche soit plus petite que ce qu'on imagine, il n'en reste pas moins qu'on parle de retrouver des animaux qui ont décidé de partir en vadrouille. C'était presque peine perdu depuis le commencement. S'ils étaient perdus dans une ville ce ne serait pas simple de les retrouver, perdez de vue la personne que vous suivez ne serait-ce qu'un court instant et vous risquez de ne plus jamais la revoir. En allant plus loin, deux personnes qui se cherchent l'une l'autre pourraient ne pas se trouver sans informations ni moyens de communiquer. Là on parle de retrouver des animaux dans la nature, ils peuvent changer de directions n'importe quand, se diriger vers n'importe où, ne suivent pas forcément les routes humaines et pour ajouter à cela, rien ne dit qu'elles soient restées groupées.

La réalité est que le père de Saül lui a demandé de chercher les ânesses, il ne lui a pas dit comment.

Saül se voit donc demander quelque chose d'impossible et choisit de le faire par lui-même alors qu'il avait le prophète Samuel à 20 où 30 minutes de marche de chez lui. Au final, même devant l'échec de sa recherche il n'y pensera pas et c'est de son serviteur que l'idée viendra. Saül n'est pas un homme qui pense à Dieu, il ne pense qu'à lui-même, et il a besoin d'être entouré de personnes qui y pensent à sa place pour ne pas l'oublier totalement.


a.5) La rencontre.

Dieu connaissant toute chose, il a voulu la présence de ce serviteur aux côtés de Saül, parce que sans lui, Saül serait rentré bredouille et n'aurait pas croisé la route du prophète. Ca peut paraître étrange que l'Eternel ait choisi un homme comme celui que dépeignent les premiers textes qui parlent de lui. Pourtant il faut toujours garder à l'esprit que Saül n'est pas réellement le choix plein et entier de Dieu. Aussi étrange que cela puisse sembler, c'est tristement une réalité, souvent incomprise. Ca n'est pas une situation où Dieu décide tout seul de quelque chose, c'est le peuple qui a décidé en venant vers Samuel et en disant ce qu'il voulait. Le choix que l'Eternel fait est un choix dirigé. D'une certaine manière, il a une liste de course, un peu comme si vous partiez acheter des pates et que sur place c'est vous qui décidiez lesquelles, mais ça doit rester des pates. Le roi qu'il va choisir ne doit pas être selon son coeur, mais selon le coeur du peuple. La réponse doit être à l'image de la demande, or la demande du peuple portait en elle le rejet de Dieu. Il n'était donc pas possible que la réponse ne le porte pas également. C'est également pour cela que le peuple ayant négligé l'arche de l'alliance, Saül ne s'en inquiétera pas plus durant tout son règne.

Aussi, bien que Saül soit le choix de Dieu, dans la réalité il est premièrement le choix du peuple.

En outre, Saül est un parmi le peuple. Lorsque le peuple est venu demander un roi, il est évident, mais important de le rappeler, que cela signifiait qu'il demandait un chef parmi eux. Nous nous trouvons dans une version particulière de la révolte de Koré. La différence étant que tout le peuple vient demander la nomination d'un Koré, au lieu d'avoir Koré qui vient accompagné de tout le peuple. Pourtant le principe fondamental est le même. Le peuple considère qu'il peut se diriger tout seul et que ce sera désormais la tache de l'un d'entre eux.

Samuel de son côté a été averti « un jour avant l'arrivée de Saül » (1 Samuel 9.15), et Dieu l'informe de l'identité du fils de Kis lorsqu'il arrive à son contact (1 Samuel 9.17 : « Voici l'homme dont je t'ai parlé ; C'est lui qui régnera sur mon peuple »). Dans cette scène presque surréaliste, nous avons un vieil homme qui connaît un homme parce que l'Eternel lui parle de lui et lui donne les informations importantes. Dans l'autre sens nous avons un homme qui ignore tout d'un vieillard alors que le dit vieillard est le juge d'Israël depuis la presque intégralité de sa vie, qu'il est le prophète le plus craint de tout le pays, qu'il doit désigner le futur roi, et qu'il habite à 20 minutes à pieds de chez lui. Le fait que le serviteur de Saül soit obligé de lui parler de qui est cet homme pour essayer de le convaincre démontre qu'il n'en a vraiment aucune idée (1 Samuel 9.6 : « c'est un homme considéré ; tout ce qu'il dit ne manque pas d'arriver »). Quand on se rappelle du branle-bas de combat à l'arrivée de Samuel dans le village de David, on n'a pas le même tableau de brossé. De toute évidence, la maison de son père n'attache pas beaucoup d'importance à la volonté de Dieu. C'est une ville qui a une histoire dans le rejet de Dieu et dans la gravité de ses comportements, on se rappellera que les habitants de Guibea ont presque été entièrement exterminés suite à un comportement si abominable que les autres tributs sont montées contre elle pour obtenir justice et, ne l'obtenant pas, les ont massacrés (Juges chapitre 20).

On remarquera également que l'Eternel ne fait pas d'alliance avec Saül comme il le fera avec David, il le choisit pour son peuple, qui est nommé par trois fois dans la discussion que l'Eternel a avec Samuel (1 Samuel 9.16 : « tu l'oindras pour chef de mon peuple d'Israël. Il sauvera mon peuple de la main des Philistins ; Car j'ai regardé mon peuple, parce que son cri est venu jusqu'à moi »), et lorsqu'il s'approchera enfin de Samuel, alors que l'Eternel indique à son prophète que c'est l'homme dont il lui parlait, il précise : « Voici l'homme dont je t'ai parlé ; C'est lui qui régnera sur mon peuple » (1 Samuel 9.17). Le centre de la pensée de Dieu c'est son peuple. Il a toujours été dans sa pensée que son peuple ait un roi au-dessus de lui, mais ce roi devait être Jésus. Le peuple en a donc logiquement demandé un à l'image des hommes, presque une version antéchrist de ce que l'Eternel avait en tête. C'est le même principe que celui du mont Sinaï, l'Eternel voulait la grâce pour tout son peuple, ils ont refusé et en ont reçu une image périssable sous la forme de la loi de Moïse, en attendant d'être capable de la recevoir. Ici c'est une reproduction du schéma mais avec la royauté comme centre, en attendant qu'ils soient capables de recevoir celle du roi qui était initialement prévu, Jésus.


b) L'élection préalable.

Samuel va donc prendre Saül et l'amener avec lui en lui donnant une base suffisante pour qu'il puisse avancer dans la confiance.

🔘 1 Samuel 9.18-20 : « Saül s'approcha de Samuel au milieu de la porte, et dit : Indique-moi, je te prie, où est la maison du voyant. 19 Samuel répondit à Saül : C'est moi qui suis le voyant. Monte devant moi au haut lieu, et vous mangerez aujourd'hui avec moi. Je te laisserai partir demain, et je te dirai tout ce qui se passe dans ton coeur. 20 Ne t'inquiètes pas des ânesses que tu as perdues il y a trois jours, car elles sont retrouvées. Et pour qui est réservé tout ce qu'il y a de précieux en Israël ? N'est-ce pas pour toi et pour toute la maison de ton père ? ».

Evidemment Saül ne va pas comprendre grand chose à ce qui est en train de se passer, mais on ne peut pas vraiment l'en blâmer.

🔘 1 Samuel 9.21 : « Saül répondit : Ne suis-je pas Benjamite, de l'une des plus petites tribus d'Israël ? Et ma famille n'est-elle pas la moindre de toutes les familles de la tribu de Benjamin ? Pourquoi donc me parles-tu de la sorte ? ».

D'autant que la situation ne va pas en s'arrangeant. Il est introduit auprès des 30 personnes qui étaient conviées, donc probablement des personnes importantes, et il est placé à leur tête. Ca fait beaucoup a accepter. D'autant qu'on va le servir en lui donnant l'épaule de la bête ainsi que ce qui l'entoure, ce qui est la partie qui est normalement réservée aux sacrificateurs dans les sacrifices de prospérité/actions de grâce (Lévitique 7.34 : « Car je prends sur les sacrifices d'actions de grâces offerts par les enfants d'Israël la poitrine qu'on agitera de côté et d'autre et l'épaule qu'on présentera par élévation, et je les donne au sacrificateur Aaron et à ses fils, par une loi perpétuelle qu'observeront les enfants d'Israël »). Un peu comme si l'Eternel transférait au roi une partie du rôle du sacrificateur afin qu'il puisse régner sur le peuple (en réalité comme s'il la dupliquait, parce que le don est perpétuel pour les sacrificateurs).

Suite à leur repas, les deux hommes vont discuter sur le toit, probablement dans la maison de Samuel, mais il n'existe aucun texte relatant leur discussion. Finalement, à l'aube et juste avant que Saül ne reparte pour Guibéa, Samuel va à nouveau appeler Saül sur le toit. Il est possible que l'architecture d'alors n'incluait pas des chambres d'amis à tout va et que Saül et son serviteur y ont dormis. Le fait que Samuel appelle Saül sur le toit pour l'accompagner vers la sortie de la ville est en tous les cas parlant sur le fait que c'est Saül qui s'y trouvait et non Samuel. De la porte de la ville il va alors demander à Saül de dire à son serviteur de passer devant, ce qui en soit est impressionnant de rigueur. Il respecte les niveaux d'autorité. Le serviteur de Saül n'est pas sous l'autorité de Samuel, et il ne considère pas sa position de prophète et de juge comme lui donnant la moindre autorité sur lui, ce qui pourrait être une leçon d'humilité pour pas mal de monde. Ca n'est qu'ensuite qu'il va lui transmettre la parole de Dieu.

Il l'oint, l'embrasse et lui donne les directives suivantes, essentiellement composées de signes amenant son changement et lui permettant d'entrer dans son règne.

🔘 1 Samuel 10.1-6 : « Samuel prit une fiole d'huile, qu'il répandit sur la tête de Saül. Il le baisa, et dit : L'Éternel ne t'a-t-il pas oint pour que tu sois le chef de son héritage ? 2 Aujourd'hui, après m'avoir quitté, tu trouveras deux hommes près du sépulcre de Rachel, sur la frontière de Benjamin, à Tseltsach. Ils te diront : Les ânesses que tu es allé chercher sont retrouvées ; Et voici, ton père ne pense plus aux ânesses, mais il est en peine de vous, et dit : Que dois-je faire au sujet de mon fils ? 3 De là tu iras plus loin, et tu arriveras au chêne de Thabor, où tu seras rencontré par trois hommes montant vers Dieu à Béthel, et portant l'un trois chevreaux, l'autre trois gâteaux de pain, et l'autre une outre de vin. 4 Ils te demanderont comment tu te portes, et ils te donneront deux pains, que tu recevras de leur main. 5 Après cela, tu arriveras à Guibea Élohim, où se trouve une garnison de Philistins. En entrant dans la ville, tu rencontreras une troupe de prophètes descendant du haut lieu, précédés du luth, du tambourin, de la flûte et de la harpe, et prophétisant eux-mêmes. 6 L'esprit de l'Éternel te saisira, tu prophétiseras avec eux, et tu seras changé en un autre homme ».

Alors que David aura dans les grandes lignes une préparation qui aura pris les 30 premières années de sa vie, Saül aura la journée.

🔘 1 Samuel 10.7 : « Lorsque ces signes auront eu pour toi leur accomplissement, fais ce que tu trouveras à faire, car Dieu est avec toi ».

🔘 1 Samuel 10.8 : « Puis tu descendras avant moi à Guilgal ; Et voici, je descendrai vers toi, pour offrir des holocaustes et des sacrifices d'actions de grâces. Tu attendras sept jours, jusqu'à ce que j'arrive auprès de toi et que je te dise ce que tu dois faire ».


c) L'élection publique.

La suite va être l'accomplissement de tout ce que Samuel a annoncé à Saül jusqu'à la reconnaissance de tous de ce qu'il est un homme différent par l'affirmation concernant sa paternité. Consécutivement à cela, il se rend au haut lieu.

🔘 1 Samuel 10.9-13 : « Dès que Saül eut tourné le dos pour se séparer de Samuel, Dieu lui donna un autre cœur, et tous ces signes s'accomplirent le même jour. 10 Lorsqu'ils arrivèrent à Guibea, voici, une troupe de prophètes vint à sa rencontre. L'esprit de Dieu le saisit, et il prophétisa au milieu d'eux. 11 Tous ceux qui l'avaient connu auparavant virent qu'il prophétisait avec les prophètes, et l'on se disait l'un à l'autre dans le peuple : Qu'est-il arrivé au fils de Kis ? Saül est-il aussi parmi les prophètes ? 12 Quelqu'un de Guibea répondit : Et qui est leur père ? -De là le proverbe : Saül est-il aussi parmi les prophètes ? 13 Lorsqu'il eut fini de prophétiser, il se rendit au haut lieu » .

Le changement de Saül semble effectif, mais personne ne change réellement un homme s'il ne le désire pas vraiment. L'Eternel lui a donné l'impulsion, lui a donné un coeur nouveau, mais cela ne signifie pas que l'ancien Saül ait disparu, et on va vite réaliser qu'il est toujours là et que l'Eternel n'a fait que mettre devant lui le chemin de la bénédiction et de la malédiction.


c.1) Le choix de l'ombre.

Si tout semble se passer parfaitement, Saül reste Saül. Aussi lorsque Abner, son oncle vient l'interroger sur son absence, le jeune homme a deux choix, dire la vérité ou mentir. Le texte ne laisse pas planer le suspens, il choisit de mentir. Il est bien plus facile de faire la volonté de Dieu lorsqu'on est entouré de personnes qui lui appartiennent, mais la réalité est qu'on se retrouve toujours entouré par des personnes qui n'ont pas la même inclinaison et à cet instant arrive immanquablement la peur du regard de l'autre.

🔘 1 Samuel 10.14-16 : « L'oncle de Saül dit à Saül et à son serviteur : Où êtes-vous allés ? Saül répondit : Chercher les ânesses ; Mais nous ne les avons pas aperçues, et nous sommes allés vers Samuel. 15 L'oncle de Saül reprit : Raconte-moi donc ce que vous a dit Samuel. 10.16 Et Saül répondit à son oncle : Il nous a assuré que les ânesses étaient retrouvées. Et il ne lui dit rien de la royauté dont avait parlé Samuel ».

On connaît Abner, et on connait sa force, il est évident que cet homme devait avoir une prestance hors du commun. Il finira par être le général des armées d'Israël, un stratège qui tiendra tête à David pendant longtemps. S'il n'a pas encore la position, nulle doute qu'il a déjà la stature. Saül de son côté est un homme de grande taille, il en impose et a l'attention de son oncle. Son propre père, Kis est connu pour être « un homme fort et vaillant » (14 Samuel 9.1). Il est probable qu'Abner voit en son neveu un autre exemple de l'héritage de vaillance de leur famille. Saul descend d'une lignée de guerrier et a toute l'apparence de quelqu'un qui pourrait bien un jour tous les surpasser. Pourtant, en face de son oncle, alors qu'il lui demande ce que le prophète Samuel lui a dit, il choisit d'oublier toute la partie concernant son règne à venir, malheureusement il ne s'en rappellera probablement jamais vraiment. On connait les exemples concernant la peur de certains d'être dirigés par ceux-là même qui leur étaient inférieurs un temps. C'est l'histoire de l'humanité. C'est déjà ce qui a causé les réprobations de Jacob à Joseph son fils, et qui a attiré la haine de ses frères.

Il n'en reste pas moins que Saül fait le choix du silence, et on notera qu'alors que Samuel lui disait de faire ce qu'il trouverait à faire dans la semaine qui les séparait de leur prochaine rencontre, le futur roi ne fera tout simplement rien. Lorsque Samuel lui faisait cette déclaration, il ne lui parlait pas de vaquer à ses occupations encore quelque jours avant leur rendez-vous. La précision de « ... car Dieu est avec toi » (1 Samuel 10.7) pointe directement des choses pour lesquelles le concours de Dieu est nécessaire.

Pendant toute cette semaine il aurait pu, à l'image de Gédéon, demander des signes divers afin de grandir dans sa foi, il aurait pu attaquer la garnison de Guibéa Elohim que le prophète avait désigné comme la dernière étape de sa transformation (1 Samuel 10.5 : « Guibea Élohim, où se trouve une garnison de Philistins »). Garnison que son propre fils, conduit par Dieu, attaquera peu de temps plus tard (1 Samuel 13.3 : « Jonathan battit le poste des Philistins qui étaient à Guéba... »).

Il y a bien des choses qu'il aurait pu faire, l'Eternel étant avec lui, mais il ne fera rien.


c.2) De Guilgal à Mitspa.

Une particularité se situe dans la localisation de la rencontre à venir.

Dans ses premières directives, Samuel avait dit à Saül :

🔘 1 Samuel 10.8 : « Puis tu descendras avant moi à Guilgal ; Et voici, je descendrai vers toi, pour offrir des holocaustes et des sacrifices d'actions de grâces. Tu attendras sept jours, jusqu'à ce que j'arrive auprès de toi et que je te dise ce que tu dois faire ».

Puis, alors que le jour de la révélation publique arrive finalement, le texte ne nous parle plus de de Guilgal :

🔘 1 Samuel 10.17 : « Samuel convoqua le peuple devant l'Éternel à Mitspa ... ».

Or nous savons d'un texte précédent que ces deux villes sont des trois dans lesquelles Samuel jugeait le peuple annuellement.

🔘 1 Samuel 7.16 : « Il allait chaque année faire le tour de Béthel, de Guilgal et de Mitspa, et il jugeait Israël dans tous ces lieux ».

La réalité est que si les deux affirmations de 1 Samuel 10.8 mentionnant Guilgal et 1 Samuel 10.17 mentionnant Mitspa ont beau se suivre, elles ne parlent pas l'une de l'autre. Il y a eu une autre rencontre entre les deux hommes, qui s'est déroulée à Guilgal et dont on ne nous parle pas. On peut faire des conjectures, mais pas avoir de certitudes.

Samuel et Saül avaient déjà discuté sans que l'on sache de quel sujet, sur le toit de la maison de Samuel. C'est quelques heures après qu'il lui donne rendez-vous une semaine plus tard, au lieu où il juge le peuple. Si le but de la discussion était simplement de lui donner des directives concernant son règne, il aurait pu lui dire de repasser chez lui, mais il fallait attendre le jour spécifique où il juge le peuple. C'est pour cela que bien que ne pouvant pas connaître le fond de la discussion, il n'en reste pas moins que la logique de base pointe vers la notion de jugement.

C'est donc après cette rencontre à Guilgal que les deux hommes vont à nouveau se rencontrer, mais cette fois-ci, à Mitspa.


c.3) L'option de la lumière.

Que l'on accepte de se préparer ou non, cela ne change pas le plan de Dieu, cela ne fait que changer notre niveau de préparation. Ca paraît logique, mais c'est une évidence qui n'est pas autant partagée qu'on pourrait le croire. Le plan de Dieu se déroule au millimètre, on ne repousse ni n'avance un évènement, on se prépare dans l'obéissance où on l'affronte dans l'impréparation. Saül n'était pas près, n'a pas pris le temps offert pour essayer de le faire, et va finir par régner de manière catastrophique. Par contre Dieu fera très exactement ce qu'il voulait, il va libérer son peuple. Saül ne fera que souffrir de son impréparation.

Aussi, bien que Saül n'ait rien fait depuis sa rencontre avec Samuel, cela ne retarde pas l'élection qui se passe à Mitspa.

🔘 1 Samuel 10.17 : « Samuel convoqua le peuple devant l'Éternel à Mitspa, 10.18 et il dit aux enfants d'Israël : Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël : J'ai fait monter d'Égypte Israël, et je vous ai délivrés de la main des Égyptiens et de la main de tous les royaumes qui vous opprimaient. 10.19 Et aujourd'hui, vous rejetez votre Dieu, qui vous a délivrés de tous vos maux et de toutes vos souffrances, et vous lui dites : Établis un roi sur nous ! Présentez-vous maintenant devant l'Éternel, selon vos tribus et selon vos milliers ».


c.4) Un roi dans sa colère.

Bien que Samuel sache parfaitement qui est le choix de l'Eternel puisqu'il l'a déjà oint quelques temps auparavant, le peuple n'en est pas encore informé. Or dans le cadre de décisions impactant toute la nation, il était de coutume de s'en remettre au sort. L'Urim et le thummim servaient à cela. Le livre des Proverbes résumant cette vérité avec beaucoup de simplicité : « On jette le sort dans le pan de la robe, mais toute décision vient de l'Éternel » (Proverbes 16.33). Cela permettait simplement de ne pas contester et attestait que ça n'était pas la décision d'un homme seul, mais de Dieu.

🔘 1 Samuel 10.20-21 : « Samuel fit approcher toutes les tribus d'Israël, et la tribu de Benjamin fut désignée. 21 Il fit approcher la tribu de Benjamin par familles, et la famille de Matri fut désignée. Puis Saül, fils de Kis, fut désigné ... ».

Finalement, ce qui était attendu par tous est arrivé, un roi vient d'être désigné. Le seul qui ne semble pas s'en réjouir à ce stade, c'est justement le principal intéressé. Rappelons nous qu'il sait parfaitement que ce jour est le jour de sa désignation. Il n'est pas comme le reste du peuple attendant le résultat de l'Urim et du Thummim, il le connait déjà. C'est le jour où il devient roi aux yeux de tout Israël. Mais il est introuvable. Chaque tribu a été appelée à son tour, il voyait le temps de l'appel de la sienne s'approcher. Puis quand l'appel de la tribu de ses pères a retenti, il a choisi soit de rester caché, soit d'aller le faire rapidement. On peut assez facilement imaginer Kis ou Abner croiser les doigts pour devenir le premier roi d'Israël, focalisant leur attention sur le nom qui allait être donné et ne remarquant pas l'absence de Saül. Pourtant c'est son nom qui "sort du chapeau".

Mais lui se planque.

🔘 1 Samuel 10.21 : « ... On le chercha, mais on ne le trouva point ».

Toute la tribu de Benjamin est à sa recherche, se cacher devient un travail à plein temps dans lequel il excelle. A tel point qu'il faut à nouveau consulter l'Eternel qui va indiquer où il se cache.

🔘 1 Samuel 10.22 : « On consulta de nouveau l'Éternel : Y a-t-il encore un homme qui soit venu ici ? Et l'Éternel dit : Voici, il est caché vers les bagages ».

Tout Israël demande un roi et celui qui est désigné semble être le seul qui ne veut vraiment pas l'être. "Semble", parce que les choses sont souvent trompeuses. Combien demandent des ouvriers dans la moisson pour se donner bonne conscience, mais préfèrent ne pas en être. Il est probable que beaucoup d'autres auraient eu une particulière appréhension, il se trouve simplement que c'est tombé sur Saül.

Sa cachette étant éventée, la suite ne se fait plus attendre.

🔘 1 Samuel 10.23 : « On courut le tirer de là, et il se présenta au milieu du peuple. Il les dépassait tous de la tête. 24 Samuel dit à tout le peuple : Voyez-vous celui que l'Éternel a choisi ? Il n'y a personne dans tout le peuple qui soit semblable à lui. Et tout le peuple poussa les cris de : Vive le roi ! ».

Le roi qui est issu de la colère de Dieu vient d'être nommé. Il ne reste plus qu'à attendre qu'il excite sa fureur (Osée 13.11 : « Je t'ai donné un roi dans ma colère, je te l'ôterai dans ma fureur »).


d) Chaque solution est le début d'un problème.

Maintenant que le peuple a obtenu ce qu'il demandait en la personne de Saül, il faut forcément que certains râlent Les réseaux sociaux n'ont rien inventés. Pourtant on doit admettre qu'on peut partiellement les comprendre. Vu comme il traînait du pied, se dire qu'il va sauver le peuple peut paraître difficile. D'autant que la demande d'un roi venant du rejet de l'administration de Dieu, ils regardent forcément dans la chair.

Leur duplicité est cependant évidente dans le texte qui suit :

🔘 1 Samuel 10.25-27 : « Samuel fit alors connaître au peuple le droit de la royauté, et il l'écrivit dans un livre, qu'il déposa devant l'Éternel. Puis il renvoya tout le peuple, chacun chez soi. 26 Saül aussi s'en alla dans sa maison à Guibea. Il fut accompagné par les honnêtes gens, dont Dieu avait touché le coeur. 27 Il y eut toutefois des hommes pervers, qui disaient : Quoi ! C'est celui-ci qui nous sauvera ! Et ils le méprisèrent, et ne lui apportèrent aucun présent. Mais Saül n'y prit point garde ».


d.1) Retour à la normale.

Une fois de plus, la suite consiste à rentrer à la maison, et Saül va reprendre sa vie d'avant, une partie du peuple ayant accepté de bon coeur le choix de l'Eternel.

Saül, comme à son habitude, ne fait rien.


d.2) L'odeur de la rébellion.

Depuis environ quatre cents ans le peuple passe son temps dans une boucle consistant à s'éloigner de Dieu, se corrompre suffisamment pour être sous la domination de ses ennemis, puis crier à Dieu pour avoir un libérateur qui les sauvera et les jugera. Une fois mort, ce juge sera invariablement suivi par la répétition de cette même boucle qui s'est répétée d'Othniel, premier des juges, à Samson, prédécesseur de Samuel. Maintenant que le temps de Samuel s'achève doucement, le peuple suit sa logique habituelle.

Alors qu'ils savent qu'ils ont besoin d'un sauveur, ils décident d'être ceux qui sont capables de savoir lequel ce sera. On note par ailleurs, et ça n'est pas sans importance, que leur plainte consiste en ce simple : « Quoi ! C'est celui-ci qui nous sauvera ! ». Quid de la requête dans sa forme première ? Rappelons qu'elle consistait dans l'affirmation suivante : « établis sur nous un roi pour nous juger ». Finalement leur plainte ne parle plus de jugement, mais uniquement de salut. Ils veulent un larbin qui vienne les sortir de leurs problèmes, pas un roi qui va leur dire quoi faire. D'où le mécontentement de certains.

4 - Le dernier virage (1 Samuel 11.1-12.25)

Comme d'habitude, l'homme ne fait la volonté de Dieu que forcé. Saül savait qu'il était roi, mais il l'a caché à tout le monde, même à sa famille. Maintenant l'Eternel l'a annoncé à tous à travers l'entremise de son serviteur Samuel, mais les choses ne changent pas. Saül est au champs, derrière les bœufs et Israël est exactement dans la même situation qu'avant. Si Saül est à l'image de ce que le peuple voulait, il manque de toute évidence de ce charisme qui unifie autour d'un dirigeant. Le peuple sait qu'il est roi, ça a été annoncé en grande pompe, mais basiquement ...

Pour que les tribus deviennent plus proactives, il va falloir une fois de plus que ce soit celui qu'elles rejettent massivement qui s'en occupe. Des enfants rebelles persuadés de s'être émancipés mais qui tiennent uniquement parce que leur père veille au grain de loin.

Dans le cas présent, cela va prendre la forme d'une menace étrangère.


a) La confiance des Ammonites.

🔘 1 Samuel 11.1-3 : « Nachasch, l'Ammonite, vint assiéger Jabès en Galaad. Tous les habitants de Jabès dirent à Nachasch : Traite alliance avec nous, et nous te servirons. 2 Mais Nachasch, l'Ammonite, leur répondit : Je traiterai avec vous à la condition que je vous crève à tous l'œil droit, et que j'imprime ainsi un opprobre sur tout Israël. 3 Les anciens de Jabès lui dirent : Accorde-nous une trêve de sept jours, afin que nous envoyions des messagers dans tout le territoire d'Israël ; Et s'il n'y a personne qui nous secoure, nous nous rendrons à toi ».

Si d'un point de vu personnel, Israël a l'impression d'avoir enfin un roi comme les peuples qui les entourent, la réalité est que ce n'est pas ce que les peuples en question voient. Pour eux, Israël n'a plus de Dieu, ils sont donc fragilisés. Les Hébreux viennent de rejeter ce qui faisait leur différence et leur force, c'est donc le moment de les abattre. D'autant que leur supposé roi est occupé aux champs ... ce qui paraît ridicule pour le rang qui est supposé être le sien.

C'est donc le moment parfait pour les attaquer.

Leur confiance est telle que les Ammonites sont prêt à attendre une semaine, le temps que les habitants de Jabès cherchent du secours. Persuadés que personne ne viendra pour les sauver. Pourtant leurs intentions sont particulièrement mauvaises, ils ne viennent pas dans des dispositions guerrières normales. Ils veulent humilier Israël, et Jabès est un moyen pour le faire. Ils refusent tout compromis, aucune alliance, même une de celles qui de toute manière plongerait Jabès dans la servitude, à l'image des Gabaonites sous Josué. Les Ammonites ont bien l'intention de réduire Jabès à l'esclavage, mais il n'est pas question de le faire sans les humilier au préalable, et dans le même mouvement, d'humilier tout Israël. Le seul compromis qu'ils acceptent est de crever l'œil droit de toute la population, ce qui ne peut être vu que comme une manière de cracher à la face de ce même Dieu qu'Israël vient de rejeter. Dans la loi de Moïse, faire perdre son œil à un esclave ne se réparait qu'en lui rendant sa liberté *. Ici, ils veulent ce même signe comme marque de l'esclavage, manière de leur dire « votre Dieu vous dit que vous êtes libre, mais nous disons que vous nous appartenez, voyez qui a raison ».

* 🔘 Exode 21.26 : Si un homme frappe l'œil de son esclave, homme (Ebed) ou femme (Amah), et qu'il lui fasse perdre l'œil, il le mettra en liberté, pour prix de son œil.

Leur suffisance sera leur perte, par leur déclaration ils s'en sont pris non plus au peuple, mais à Dieu lui-même.


b) L'unification du royaume.

🔘 1 Samuel 11.4-7 : « Les messagers arrivèrent à Guibea de Saül, et dirent ces choses aux oreilles du peuple. Et tout le peuple éleva la voix, et pleura. 5 Et voici, Saül revenait des champs, derrière ses bœufs, et il dit : Qu'a donc le peuple pour pleurer ? On lui raconta ce qu'avaient dit ceux de Jabès. 11.6 Dès que Saül eut entendu ces choses, il fut saisi par l'esprit de Dieu, et sa colère s'enflamma fortement. 11.7 Il prit une paire de bœufs, et les coupa en morceaux, qu'il envoya par les messagers dans tout le territoire d'Israël, en disant : Quiconque ne marchera pas à la suite de Saül et de Samuel, aura ses bœufs traités de la même manière. La terreur de l'Éternel s'empara du peuple, qui se mit en marche comme un seul homme ».

Plusieurs choses sont à noter :

1️⃣ Personne n'informe Saül, c'est Saül qui, revenant des champs, voit le peuple en plein émoi et s'enquiert de la raison.

2️⃣ Découper les bœufs en parties qui sont envoyées aux différentes tribus n'est pas une choses commune. Bien que la pratique soit déjà arrivée dans la Parole de Dieu, il se trouve que c'est justement au sujet d'une infamie qui s'est déroulée dans le lieu ou ils se trouvent alors. Plus précisément, c'est suite au viol de la concubine d'un Lévite par les habitant de cette même ville que le Lévite va la découper et envoyer les morceaux aux tribus. Guibéa sera presque entièrement détruite pour conséquence. Maintenant, quelques siècles plus tard, c'est cette même ville, anciennement coupable qui réutilise cette façon de faire pour unir à nouveau le peuple, mais contre les Ammonites.

3️⃣ Bien que Saül soit poussé par l'Esprit de Dieu, il n'en reste pas moins tributaire de ses propres doutes et limitations. Nous ne sommes pas dans une configuration où Dieu utilise son serviteur mais dans celle où il se sert de lui. Comme il le ferait d'un païen. Dans le cas présent, on voit que la directive que Saül donne au peuple contient un élément étrange. Ses paroles sont : « Quiconque ne marchera pas à la suite de Saül et de Samuel ». Or Samuel n'est plus dans l'équation. C'est Saül qui règne, et Samuel est le représentant du Dieu, qui a été 'officiellement' rejeté. Les habitants de Jabès n'ont pas cherché le secours de l'Eternel, mais celui d'Israël, et c'est un roi selon leur coeur qui est censé répondre à l'appel.

On constate que le peuple démarre sa vie sans Dieu de la pire des manières qui soit, pourtant ce même Dieu qui a été rejeté ne rejette pas son peuple. Il les observe et s'occupe d'eux dans l'ombre. Il est la lumière, et donc ne la recherche pas. C'est lui qui saisit Saül afin qu'il ait enfin le courage de faire quelque chose de sa royauté, c'est lui qui saisit le coeur de tout le peuple pour qu'il s'unisse « comme un seul homme ».


C'est donc saisi par une terreur venant de l'Eternel que le peuple se réunit à Bézèk, fait informer Jabès de leur secours prochain, et part combattre Ammon, l'ennemi héréditaire. 

🔘 1 Samuel 11.8-11 : « Saül en fit la revue à Bézek ; Les enfants d'Israël étaient trois cent mille, et les hommes de Juda trente mille. 11.9 Ils dirent aux messagers qui étaient venus : Vous parlerez ainsi aux habitants de Jabès en Galaad : Demain vous aurez du secours, quand le soleil sera dans sa chaleur. Les messagers portèrent cette nouvelle à ceux de Jabès, qui furent remplis de joie ; 11.10 Et qui dirent aux Ammonites : Demain nous nous rendrons à vous, et vous nous traiterez comme bon vous semblera. 11.11 Le lendemain, Saül divisa le peuple en trois corps. Ils pénétrèrent dans le camp des Ammonites à la veille du matin, et ils les battirent jusqu'à la chaleur du jour. Ceux qui échappèrent furent dispersés, et il n'en resta pas deux ensemble ».

Ammon sera un ennemi constant d'Israël. Ils avaient déjà à plusieurs reprises tenté d'envahir Israël pendant l'époque des Juges (Ehud puis Jephté les ont repoussé). Maintenant qu'un changement de régime survient, ils sont les premiers à venir essayer de ravager la terre d'Israël et seront continuellement en guerre contre le royaume jusqu'à l'époque de Salomon.

Dans le cas présent, la bataille ne durera que jusqu'au début de l'après-midi, laissant Ammon exsangue, et Israël finalement unifiée dans la victoire.


c) La confirmation du règne.

🔘 1 Samuel 11.12 « Le peuple dit à Samuel : Qui est-ce qui disait : Saül régnera-t-il sur nous ? Livrez ces gens, et nous les ferons mourir. 11.13 Mais Saül dit : Personne ne sera mis à mort en ce jour, car aujourd'hui l'Éternel a opéré une délivrance en Israël. 11.14 Et Samuel dit au peuple : Venez, et allons à Guilgal, pour y confirmer la royauté. 11.15 Tout le peuple se rendit à Guilgal, et ils établirent Saül pour roi, devant l'Éternel, à Guilgal. Là, ils offrirent des sacrifices d'actions de grâces devant l'Éternel ; Et là, Saül et tous les hommes d'Israël se livrèrent à de grandes réjouissances ».


c.1) La gloire du vainqueur.

Tout comme Barak est allé au combat uniquement parce que Déborah était avec lui et qui n'a pas reçu de gloire, Saül n'est pas capable d'assumer sa position de roi et annonçait que le peuple devait les suivre, lui et Samuel. Il en résulte, tout comme la gloire retombait sur Déborah, que la gloire retombe sur Samuel. C'est à lui que le peuple s'adresse. Saül n'intervient que pour attirer l'attention, comme il le fera souvent. Il voit bien que c'est vers Samuel que tout le monde se tourne et donne un avis facile à donner. Il sera tout du long de son règne très large lorsqu'il s'agit de parler, mais beaucoup moins lorsqu'il s'agira de faire ce qui a été dit.

Ceci étant dit, devant la victoire qui n'est pas de petite taille, envisager que Saül puisse régner devient beaucoup plus facile pour le peuple. Tout le monde se rend donc à Guilgal, ancien campement de Josué, lieu où se trouve l'arche de l'alliance, pour l'établir roi. Ce qui pourtant avait déjà été fait quelques temps auparavant.


c.2) Les lieux de couronnement.

Saül a été oint à Guibéa de Benjamin, ville rebelle, couronné une première fois à Mitspa, ville de jugement de Samuel, et une deuxième fois à Guilgal, également ville de jugement de Samuel. Il représente l'église pervertie qui bien que ointe n'a pas profitée de son premier jugement et doit vivre le deuxième.

David de son côté a été oint à Bethlehem, couronné une première fois à Hébron, ville sacerdotale, et une deuxième fois à Jérusalem. C'est l'alliance dans le corps de Jésus par le pain que représente la maison du pain (Bethlehem), puis il est couronné à Hébron, la ville des sacrificateurs, puis à Jérusalem la ville des rois, représentant le sacerdoce royal qui nous est cité dans 1 Pierre 2.9.

Salomon finalement représente le passage du monde vers l'héritage de Dieu, du pied extérieur de la muraille de Jérusalem à l'intérieur de Jérusalem. Il est l'alliance dont Dieu précise qu'il ne se retirera pas d'elle. Celle qui est éternelle.


d) Un échappatoire pour le peuple.

Avec la nomination définitive d'un roi, la décision du peuple est actée. C'est donc le moment pour Samuel de faire un bilan de son service.

Bilan pendant lequel il fera une affirmation intéressante à relever. Affirmation qu'il fait par deux fois, parlant de son oint [mashiyach] qui, dans le cas présent, désigne Saül. Dans la nouvelle alliance, on traduirait ces deux versets en utilisant le mot 'christ'. Ce terme est utilisé 38 fois dans l'ancienne alliance et est porté aux nues par une horde de croyants. Sur les 38 fois, il désigne 10 fois directement Saül, et une fois indirectement.

Tout le chapitre 12 du premier livre de Samuel tient dans un discours du prophète dans lequel il rappelle la route qui a mené de la période des juges à cet instant où ils ont désormais un roi à leur tête. Il leur rappelle que c'est une faute, ce qu'admet le peuple et termine en leur rappelant que s'ils se comportent bien, l'Eternel sera quand même avec eux.

- La royauté -

1 - Le début des querelles.

Les chapitres 13 et 14 s'articulent de manière très peu intuitive. La même histoire est racontée deux fois, mais ce ne sont pas nécessairement les mêmes choses qui sont dites. Dans une lecture normale, il est probablement impossible de s'y retrouver correctement. En deux chapitres, on va passer du début à la fin du règne de Saül.


a) La particularité du début.

Saül a été oint deux fois pour roi sur Israël. Le début de son règne ne se situe donc pas au couronnement, mais à l'instant où Dieu l'a désigné. C'est de cela que parle le premier verset du chapitre 13 du premier livre de Samuel. 

🔘 1 Samuel 13.1 : « Saül était âgé de... ans, lorsqu'il devint roi, et il avait déjà régné deux ans sur Israël ».

Le problème de l'âge des différents protagonistes de la Parole de Dieu est récurrent. Non pas dans le sens où leurs âge seraient problématiques, mais dans le sens où nous nous contentons souvent de laisser notre imagination en décider au lieu de regarder précisément ce que nous disent les textes. Ainsi on imagine rarement que Joseph à 91 ans lorsque ses frères le rejoignent en Egypte ou encore qu'Abraham avait 75 ans à la mort de Noé.

La notion d'âge est une fois de plus abstraite lorsqu'on parle de Saül, d'autant que l'absence de sa précision dans un verset qui était supposé l'apporter ne simplifie pas la chose. Son âge n'est pas connu, et c'est bien dommage, parce que la manière dont on nous en parle pourrait faire penser que c'est un jeune homme, alors que dans la réalité il n'en est rien. C'est déjà un homme accomplit. Si on ne peut pas savoir avec précision quel âge il a au moment de son règne, on peut cependant en faire un estimation. Nous savons que son règne durera environ 15 ans. Par rapport à la scène présente, où il a déjà régné deux années, nous savons qu'il va sous peu rencontrer David qui a une quinzaine d'années et qui va lui succéder à l'âge de trente ans. Donc son règne va durer environ 15 à 17 ans. La fourchette basse représentant le temps depuis le couronnement et la fourchette haute le temps depuis la première onction. Or, lorsqu'il va périr, Abner mettra sur le trône son quatrième fils Isch Boscheth, dont on nous dit qu'il avait 40 ans, tout en sachant qu'il n'était pas l'ainé, puisque c'est Jonathan qui aurait dû en hériter.

Donc à son onction, il avait déjà plusieurs fils, dont l'un au moins, qui n'est pas son aîné, avait déjà 23 ans. On peut donc très facilement estimé qu'il avait plus de quarante ans.

Pour ajouter à cette problématique de l'âge, le verset suivant comporte également une précision. N'oublions pas ce que nous disait le premier, cela fait deux années que Saül a été oint pour roi sur Israël. C'est dans ce cadre qu'on nous dit :

🔘 1 Samuel 13.2 : « Saül choisit trois mille hommes d'Israël : Deux mille étaient avec lui à Micmasch et sur la montagne de Béthel, et mille étaient avec Jonathan à Guibea de Benjamin. Il renvoya le reste du peuple, chacun à sa tente ».

Ce qui signifie que deux ans après son onction, son fils Jonathan est déjà un chef de guerre avec 1000 hommes sous ses ordres, la moitié du nombre attribué à son père, le roi. Ce qui corrobore l'âge minimum de son père.

Nous avons donc Saül qui se trouve à Micmasch avec ses hommes et Jonathan qui se trouve à Guibéa de Benjamin avec les siens.


b) Le poste des Philistins.

L'Eternel a accepté un roi sur son peuple avec un pensée précise, le libérer. Comme Saül ne fait rien, il va falloir procéder autrement et forcer les choses.

La suite des versets de 1 Samuel 13.1-2 se trouve au début du chapitre suivant. C'est l'histoire de la prise du poste des Philistins. Des versets 14.1 à 14.14, Jonathan sera le premier de la famille de Saül a enfin faire quelque chose. Et c'est en se confiant en l'Eternel qu'il le fera (14.10 : « Mais s'ils disent : Montez vers nous ! Nous monterons, car l'Éternel les livre entre nos mains. C'est là ce qui nous servira de signe »). Dans cette première altercation, Jonathan tuera une vingtaine d'homme sur une petite surface d'environ 40 mètres carrés (1 demi arpent).


c) La nouvelle se répand.

Les hostilités sont lancées.

Après nous avoir détaillé la prise du poste des Philistins dans le chapitre 14, on retourne au chapitre 13 pour nous dire qu'il l'a fait.

🔘 1 Samuel 13.3 : « Jonathan battit le poste des Philistins qui étaient à Guéba, et les Philistins l'apprirent. Saül fit sonner de la trompette dans tout le pays, en disant : Que les Hébreux écoutent ! ».

Cependant, Saül étant en autorité, c'est à lui qu'on prête la victoire alors que, comme à son habitude, il n'a rien fait. Ce qui semble moins le déranger que lorsque David rentrera triomphant et que le peuple l'acclamera. Donc techniquement, alors que Jonathan remporte la victoire, cette dernière est attribuées à Saül, ce qui ne semble pas l'excéder, mais quand David remportera la victoire et qu'il en tirera gloire, il en viendra à détester David.

🔘 1 Samuel 13.4-5 : « Tout Israël entendit que l'on disait : Saül a battu le poste des Philistins, et Israël se rend odieux aux Philistins. Et le peuple fut convoqué auprès de Saül à Guilgal. 5 Les Philistins s'assemblèrent pour combattre Israël. Ils avaient mille chars et six mille cavaliers, et ce peuple était innombrable comme le sable qui est sur le bord de la mer. Ils vinrent camper à Micmasch, à l'orient de Beth Aven ».

Les hostilités commencent, et ça n'est que maintenant que Saül va chercher à savoir qui est responsable de la chute du poste des Philistins.

🔘 1 Samuel 14.15-17 : « L'effroi se répandit au camp, dans la contrée et parmi tout le peuple ; Le poste et ceux qui ravageaient furent également saisis de peur ; Le pays fut dans l'épouvante. C'était comme une terreur de Dieu. 16 Les sentinelles de Saül, qui étaient à Guibea de Benjamin, virent que la multitude se dispersait et allait de côté et d'autre. 17 Alors Saül dit au peuple qui était avec lui : Comptez, je vous prie, et voyez qui s'en est allé du milieu de nous. Ils comptèrent, et voici, il manquait Jonathan et celui qui portait ses armes ».

Devant la guerre qui se prépare, Israël est en infériorité évidente, et ce, sans même parler de son impréparation. Les Philistins couvrent la région et se masse aux alentours de Guilgal. Les hébreux fuient et se cachent, la peur saisit la plupart d'entre eux qui n'attendent pas pour fuir tant que c'est possible.

🔘 1 Samuel 13.6-7 : « Les hommes d'Israël se virent à l'extrémité, car ils étaient serrés de près, et ils se cachèrent dans les cavernes, dans les buissons, dans les rochers, dans les tours et dans les citernes. 13.7 Il y eut aussi des Hébreux qui passèrent le Jourdain, pour aller au pays de Gad et de Galaad. Saül était encore à Guilgal, et tout le peuple qui se trouvait auprès de lui tremblait ».


d) La réaction de Saül.

Devant la panique généralisée, Saül va enfin faire quelque chose. Pas son action la plus subtile, mais il va prendre une décision.


d.1) « Retire ta main ! ».

Il existe un verset qui semble ne pas avoir de sens dans le chapitre 14 mais qui s'éclaire lorsqu'on met la scène en parallèle avec les informations qu'on reçoit dans le chapitre 13.

🔘 1 Samuel 14.18-19 : « Et Saül dit à Achija : Fais approcher l'arche de Dieu ! - Car en ce temps l'arche de Dieu était avec les enfants d'Israël. 14.19 Pendant que Saül parlait au sacrificateur, le tumulte dans le camp des Philistins allait toujours croissant ; Et Saül dit au sacrificateur : Retire ta main ! ».

Ce « Retire ta main ! » est intriguant de prime abord. D'autant que le verset suivant passe du coq à l'âne (14.20 : « Puis Saül et tout le peuple qui était avec lui se rassemblèrent, et ils s'avancèrent jusqu'au lieu du combat ».

Saül demande à Achija de faire venir l'arche de Dieu. Saül parle au sacrificateur alors que les bruits de fond que produisent les préparatifs dans le camp des Philistins remplissent l'atmosphère. Et soudainement arrive ce : « Retire ta main ! ». La question se pose, alors, retirer sa main de quoi ? Ca ne peut pas être de l'arche, on sait ce qui arrivera à Uzza une vingtaine d'années plus tard, et ce serait également arrivé à Achija s'il avait mis sa main sur l'arche. Peut-être que le sacrificateur essayait de retenir Saül pour qu'il n'aille pas au combat avant que Samuel ait présenté le sacrifice. Mais un détail balaye également cette deuxième possibilité. Saül ne parlait pas AVEC le sacrificateur, il parlait AU sacrificateur. Quoi qui ait pu être transmis en ce moment, c'était à sens unique. Saül parlait au sacrificateur, le brouhaha venant du camp Philistins allait en s'accroissant, et soudainement Saül ordonne au sacrificateur de retirer sa main.

Il ne lui demande pas de retirer sa main de l'arche ni de lui-même, mais du sacrifice, ce qui n'est pas moins grave. Et cela fait lien avec la suite du chapitre 13.


d.2) Holocauste et hypocrisie, le moment de Dieu.

On fait donc à nouveau un retour en arrière dans les textes, et la raison du « Retire ta main ! » se trouve ici, s'intercalant autour du verset 9 :

🔘 1 Samuel 13.8-15 : « Il attendit sept jours, selon le terme fixé par Samuel. Mais Samuel n'arrivait pas à Guilgal, et le peuple se dispersait loin de Saül. 13.9 Alors Saül dit : Amenez-moi l'holocauste et les sacrifices d'actions de grâces. Et il offrit l'holocauste. 13.10 Comme il achevait d'offrir l'holocauste, voici, Samuel arriva, et Saül sortit au-devant de lui pour le saluer. 13.11 Samuel dit : Qu'as-tu fait ? Saül répondit : Lorsque j'ai vu que le peuple se dispersait loin de moi, que tu n'arrivais pas au terme fixé, et que les Philistins étaient assemblés à Micmasch, 13.12 je me suis dit : Les Philistins vont descendre contre moi à Guilgal, et je n'ai pas imploré l'Éternel ! C'est alors que je me suis fait violence et que j'ai offert l'holocauste. 13.13 Samuel dit à Saül : Tu as agi en insensé, tu n'as pas observé le commandement que l'Éternel, ton Dieu, t'avait donné. L'Éternel aurait affermi pour toujours ton règne sur Israël ; 13.14 Et maintenant ton règne ne durera point. L'Éternel s'est choisi un homme selon son cœur, et l'Éternel l'a destiné à être le chef de son peuple, parce que tu n'as pas observé ce que l'Éternel t'avait commandé. 13.15 Puis Samuel se leva, et monta de Guilgal à Guibea de Benjamin. Saül fit la revue du peuple qui se trouvait avec lui : Il y avait environ six cents hommes ».

De la même manière qu'il abandonnait la recherche des ânesses à cause de l'inquiétude de son père, cette fois-ci il va se faire « violence ». Une fois de plus, ça n'est pas de sa faute, c'est celle des Philistins qui le pressent, et celle du peuple qui se disperse. Lui ne fait "qu'assumer les fautes des autres". A ses propres yeux, il doit probablement être impressionnant. Un roi qui "assume" les  manquements des autres !

Saül ne réalise pas que celui qui fait a plus d'importance que ce qu'il fait. En agissant de la sorte il a fait ce que bon nombre de croyants font. Il a désobéi à Dieu pour lui obéir. Il a eu de la considération pour ce que Dieu demandait de faire, mais pas pour la manière dont ça devait être fait. Les parallèles avec notre époque sont tragiquement nombreux. On réduit Dieu et ses ordres a son essence. Le problème est que résumer une chose se fait obligatoirement en en occultant certaines parties, et ces parties, sans même discuter de la validité de l'une ou de l'autre, ne seront pas les mêmes pour tous, parce que nous n'attachons pas tous la même importance aux choses. C'est la raison pour laquelle les moments de louange dans les assemblées n'en sont pas au regard de Dieu. Les pratiquants de ces simulacres ont réduit la louange à ce qu'ils considèrent important, sans rapport aucun avec le fait que leur réduction ait mis en avant ce qui avait réellement de l'importance. Nous sommes humains et la Parole nous dit clairement que les pensées de Dieu ne sont pas les nôtres (Esaïe 55.8 : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit l'Éternel »). Les réductions qui ont été faites ne peuvent pas l'avoir été en obéissant à la Parole de Dieu parce que Dieu ne demande rien de futile or si l'on peut s'exonérer d'une chose, c'est qu'elle n'a pas réellement de valeur.

Saül a réduit son obéissance à la simple présentation d'un holocauste, jugeant tout le reste vain. Quelqu'un d'autre aurait peut-être considéré le moment plus important, où encore le sacrificateur. Rappelons-nous que Saül fait se retirer le sacrificateur en poste afin de présenter lui-même l'holocauste. Lui qui vient d'une famille qui n'attache aucune importance à Dieu montre qu'il n'a aucun respect pour ses serviteurs. Quitte à ne pas attendre le moment de Dieu, il aurait au moins pu faire faire le sacrifice par le sacrificateur présent. Plus tard il ira jusqu'à vouloir présenter des bêtes dévouées par interdit. Ce qui compte pour ce premier roi d'Israël, c'est les apparences, les paroles vaines, ce qu'il démontrera à plusieurs reprises dans son règne.

Il est toujours dans la mentalité qui a poussé Israël à négliger l'arche en la considérant comme une arme. Dans son cas, c'est le sacrifice qui en est une, il n'est plus une obéissance, mais uniquement un moyen d'obtenir ce qu'il veut. N'en comprenant pas l'importance, il en néglige la forme, parce que vidé de sa substance, il n'est plus que la mise à mort d'un animal. Tout comme la louange est réduite à des chansonnettes.

La réponse de Samuel va parfaitement conclure ce que je viens de dire. Suite à l'holocauste que Saül vient de présenter, le prophète annonce : « tu n'as pas observé le commandement que l'Éternel, ton Dieu, t'avait donné ». Ca établit que le sacrifice n'était pas ce que Dieu demandait. Samuel ne lui a pas dit : "tu as observé le commandement de l'Eternel ton Dieu mais tu n'as pas respecté la forme et l'instant". Toutes ces choses sont inclues dans « le commandement »,  au singulier, dont parle le prophète.


e) Le conflit.

Une fois de plus, ce qui se passe se dissémine sur les deux chapitres. 1 Samuel 13.16-23 nous relate le début de la réponse des Philistins et le profond dénuement d'Israël dont les hommes de guerre n'avaient aucune armes de métal. 1 Samuel 14.20-23 nous donne la suite directe dans un descriptif qui s'exonère de la bataille elle-même pour ne nous en donner que l'issue. Comme fréquemment dans les guerres de l'Eternel, la victoire vient de Dieu, les Philistins qui « tournèrent l'épée les uns contre les autres » (1 Samuel 14.20).  sont victimes non pas réellement d'Israël, mais de celui qui les protège qui, au final, est celui qui les délivre (1 Samuel 14.23 : « L'Éternel délivra Israël ce jour-là »).

La mauvaise compréhension de cette délivrance caractérisera le règne de Saül, qui ne comprendra pas tout du long que l'Eternel ne le délivre pas lui, mais qu'il l'utilise pour son peuple. Saül n'est pas l'ami de Dieu, il n'en est que l'outil.


f) Le miel.

Vient alors une scène dans le chapitre 14 dont on pourrait se demander ce qu'elle fait là. On la pense détachée de tout ce qui a été dit dans les chapitres 13 et 14, alors qu'en réalité elle a autant d'importance que l'holocauste dont il était fait mention un peu plus tôt.

Tout commence par une déclaration qui respire l'orgueil : « Maudit soit l'homme qui prendra de la nourriture avant le soir, avant que je me sois vengé de mes ennemis ! » (1 Samuel 14.24-28). Saül ne se bat pas contre les ennemis de Dieu ou les ennemis d'Israël, il le fait contre les siens, et il va jusqu'à maudire ceux qui auraient l'audace de se nourrir avant que sa vengeance personnelle ne soit achevée. L'ironie étant que pour s'assurer de ce que le peuple fera bien sa volonté, il le force à jurer. Il exige d'eux leur parole pour s'assurer de leur soumission à son ordre délirant, et c'est d'autant plus cocasse qu'il demande d'eux ce qu'il n'a pas la décence de leur accorder. Devant le silence de l'Eternel alors qu'il l'interroge, il conclura qu'une faute à été commise et, afin de la régler, fera l'affirmation suivante : « Car l'Éternel, le libérateur d'Israël, est vivant ! Lors même que Jonathan, mon fils, en serait l'auteur, il mourrait » (1 Samuel 14.39). Il s'est donc engagé par serment devant l'Eternel et, dans un premier temps, il semblera se conformer aux paroles de sa bouche :

🔘 1 Samuel 14.44 : « Et Saül dit : Que Dieu me traite dans toute sa rigueur, si tu ne meurs pas, Jonathan ! ».

On part donc d'une déclaration particulièrement orgueilleuse, spécialement lorsqu'elle est faite par un homme qui règne depuis deux années et se contente depuis tout ce temps d'aller aux champs derrière les bœufs. On enchaîne par un serment très particulier fait devant l'Eternel. Un serment qui implique la mort de ceux qui lui désobéissent à lui, et non à l'Eternel. Le même Saül qui épargnera les ennemis de Dieu est prêt à tuer son propre fils. Ici il réalise une première, il instaure un jeûne pour lui et non pour Dieu, même Jézabel n'osera pas en son temps.

La réalité est que Saül parle beaucoup mais ne fait pas grand chose. Il est spécialisé dans les effets de manche, dans le clinquant, pas dans l'efficace. Interdire de manger à des soldats qui sont en pleine guerre lui donne l'impression de grandeur dont il a besoin, jurer "devant" l'Eternel (mais en réalité devant les hommes) qu'il tuera même son fils a le même but, sa propre grandeur. Le peuple peut entendre la droiture de ce roi, ne constatant pas encore le simulacre qu'elle représente dans la réalité. Il ne se passera cependant pas longtemps avant que Saül ne fasse l'éclatante démonstration de la valeur de sa parole, alors que le peuple le reprendra afin de protéger Jonathan (1 Samuel 14.46). Finalement, personne n'aura fait ce qu'il dit, pas même lui-même.

Par contre il aura poussé le peuple à pêcher en l'affamant. Parce que c'est la raison pour laquelle le peuple s'est rué sur la nourriture le soir tombé. Ils étaient épuisés par une journée a guerroyer le ventre vide. Quand l'épuisement est là, on est moins regardant sur la forme, et prendre le temps de tuer les animaux correctement devenait superflu, surtout dans une époque où de toute manière Israël est en pleine rébellion. Pour Saül ce sera une nouvelle fois une occasion de parler à tord et à travers. Cette fois-ci il reprochera au peuple de commettre une infidélité (1 Samuel 14.33), ce qui, venant de la bouche de celui qui présentait l'holocauste en lieu et place de Samuel à peine quelques heures auparavant, peut paraitre une affirmation légère.

Cependant, même si la duplicité du roi est évidente, il n'en reste pas moins que c'est le roi, et sa parole a une portée que la parole d'un autre n'a pas. Peu importe ce qu'il dit, cela implique Israël, parce qu'il est la voix de son peuple.

Pour finir, on se rappellera que Saül a cherché le conseil de Dieu pour savoir s'il devait poursuivre les Philistins. On notera à ce sujet que ça n'a pas été de sa propre initiative. Il voulait simplement continuer sur sa lancée, spécifiquement pour les piller (1 Samuel 14.36 : « pillons-les jusqu'à la lumière du matin »), et le peuple, dont il est l'image, était du même avis. C'est le sacrificateur qui va mettre en avant l'idée de consulter Dieu en premier lieu. Sans lui, une fois de plus, ni Saül ni le peuple n'auraient cherché à connaitre la volonté de Dieu. Ils n'auraient alors pas su que l'Eternel n'était pas avec eux et se seraient dirigés droit vers un désastre. C'est devant le silence de l'Eternel qu'ils vont le comprendre et il s'en suivra la condamnation de Jonathan. Pourtant, une fois le problème 'Jonathan' réglé, Saül ne cherche pas à nouveau le conseil de l'Eternel. Il arrête les hostilités et les Philistins rentrent tranquillement chez eux (1 Samuel 14.46 : « Saül cessa de poursuivre les Philistins, et les Philistins s'en allèrent chez eux »). Il devait se faire tard, l'envie n'était plus présente.


g) Le résumé de son règne.

La fin du chapitre 14 termine le résumé du règne de Saül. Il peut sembler étrange qu'aussi peu de choses y soient dites. De nombreuses autres choses sont pourtant citées dans la Parole de Dieu, mais elles ne le sont pas ici. La raison en est simplement que tout ce qu'il faut savoir sur son règne se trouve dans ces quelques lignes.

Il fera des choses qui peuvent paraître bien pire et que je citerais par après. Certaines de ces choses sont même totalement complémentaires avec ce qui est dit ici. Mais aussi complémentaire soient-elles, elles ne feraient que noyer l'essentiel qui se trouve mis en avant dans ces deux chapitres.

Pourtant, basiquement, on nous dit uniquement qu'il a présenté l'holocauste et que Jonathan a mangé du miel. Ca peut sembler peu. Cependant, si on regarde sous un autre angle, on cerne mieux la raison réelle de ce choix pour résumer le règne de Saül.


g.1) L'holocauste.

La première chose est donc effectivement qu'il a présenté l'holocauste, et au-delà de ce fait, ce qui compte c'est essentiellement qu'il n'a pas écouté la parole de Dieu. Il a regardé aux hommes et a piétiner le commandement de l'Eternel. Lorsque Simon cessera de regarder à Dieu, il coulera. Fort heureusement pour lui il s'en remettra immédiatement à lui et évitera le pire. Saül n'apprend rien de ses manquements, ce sont juste des manquement.

Par contre nous apprenons beaucoup sur lui. Il méprisait l'ordre de Dieu et le jugeait inférieur au sien.


g.2) Le miel.

Ce mépris qu'il a pour le commandement de Dieu est bien plus profond qu'il n'y parait. L'épisode du miel mangé par son fils nous révèle le vide sidérale de la parole du roi. Concrètement, tout le monde s'en moque, et, tragiquement, lui aussi. Ca ne nous montre pas seulement que tout le monde considère sa parole comme négligeable, cela appuie une réalité bien plus tragique. Il ne comprend pas l'importance d'une parole donnée et ça conduira à la mort de presque toute sa descendance. Plus tard il tentera de détruire les Gabaonites qui étaient liés à Israël depuis l'époque de Josué. Il le fera parce qu'il n'accorde pas d'importance à la parole donnée par Josué, et les survivants demanderont à David de réparer la faute de Saül. Réparation qui coutera la vie à presque l'intégralité de sa descendance. Tout cela parce qu'il n'accordait pas d'importance à la parole donnée, quel qu'en soit le protagoniste.

Dans le chapitre treize, on apprend qu'il a méprisé le commandement de Dieu, donc sa Parole :

🔘 1 Samuel 13.13 : « Samuel dit à Saül: Tu as agi en insensé, tu n'as pas observé le commandement que l'Éternel, ton Dieu, t'avait donné. L'Éternel aurait affermi pour toujours ton règne sur Israël ;

Ensuite, dans le chapitre quatorze, il commencera par parler très légèrement :

🔘 1 Samuel 14.24 : « La journée fut fatigante pour les hommes d'Israël. Saül avait fait jurer le peuple, en disant: Maudit soit l'homme qui prendra de la nourriture avant le soir, avant que je me sois vengé de mes ennemis! Et personne n'avait pris de nourriture ».

Et on voit la réaction de Jonathan son fils lorsqu'il l'apprend. Il n'y a aucun respect. Jonathan peut avoir raison autant qu'il le veut, le roi a parlé, mais sa parole ne porte aucune autorité, et son propre fils la conteste :

🔘 1 Samuel 14.29-30 : « Et Jonathan dit : Mon père trouble le peuple ; voyez donc comme mes yeux se sont éclaircis, parce que j'ai goûté un peu de ce miel. 30 Certes, si le peuple avait aujourd'hui mangé du butin qu'il a trouvé chez ses ennemis, la défaite des Philistins n'aurait-elle pas été plus grande ? ».

Finalement, Saül fait encore trois affirmations dans ce même chapitre quatorze, et chacune d'entre elle sera sans le moindre effet. Il commence par annoncer la poursuite des Philistins (1 Samuel 14.36 : « Saül dit : Descendons cette nuit après les Philistins, pillons-les jusqu'à la lumière du matin, et n'en laissons pas un de reste »), mais ne le fera pas. Ensuite il annoncera que son fils mourrait s'il était l'auteur de la faute ayant fermé l'oreille de Dieu (1 Samuel 14.39 : « ... lors même que Jonathan, mon fils, en serait l'auteur, il mourrait ... »), et on sait que Jonathan ne mourra pas ce jour-là. Finalement en parlant directement à son fils il lui annonce qu'il va mourir pour sa faute (1 Samuel 14.44 : « Et Saül dit : Que Dieu me traite dans toute sa rigueur, si tu ne meurs pas, Jonathan ! ») et on sait tous que ça n'arrivera pas plus. Dans le premier cas, bien qu'il l'ait annoncé, le sacrificateur dit autre chose et la parole du roi tombe à terre. Dans le deuxième cas, personne ne dit au roi ce qu'a fait Jonathan, pas même Jonathan. Dans le troisième cas, le peuple s'oppose à la parole du roi et donc il ne le fait pas.


Finalement, après avoir dressé le terrible constat de la stérilité de sa bouche, le texte se termine par l'énumération de sa descendance et de ses victoires. C'est là le résumé de sa vie, et ce, malgré les horreurs qu'il va commettre durant son règne et qui ne sont pas prise pour exemple ici. Parce que tout ce qui le résume se trouve dans son mépris de la parole donnée.

Tout du long de la Parole de Dieu, l'Eternel nous rappelle l'aspect fondamental du respect de la parole donnée, voir de la parole tout court. Ca va de paire avec l'importance de la vérité puisque dire une chose pour ne pas la faire c'est avoir menti. Cette simple compréhension permet de réaliser pourquoi le résumé de la vie de Saül se fait sans parler d'évènements qui pourraient nous sembler plus important. Il se trouve simplement que la base de la personnalité de Saül encourage les comportements qu'il aura plus tard. Dans ces deux chapitres, la personnalité du premier roi d'Israël est réduite à son essence. C'est un homme qui n'a pas de parole, donc en qui il est impossible d'avoir confiance. C'est ce mépris pour la parole, tant celle des hommes que celle de Dieu qui lui coutera absolument tout. Selon le premier livre des chroniques, c'est spécifiquement parce qu'il n'a pas écouté la Parole de Dieu qu'il est mort (1 Chroniques 10.13 : « Saül mourut, parce qu'il se rendit coupable d'infidélité envers l'Éternel, dont il n'observa point la parole ... »).

Ce qu'il est incapable d'avoir envers lui-même, il ne peut pas plus l'avoir envers les autres, quand bien même l'un des autres en question est Dieu lui-même.

On peut assez facilement penser que David et Saül avaient tous les deux de sérieux problèmes. C'est tout simplement vrai. Par contre, l'important n'est pas réellement de savoir lequel avait les plus importants, en réalité, ce qui compte c'est de savoir quelle direction chacun de ces rois a prise. Les fautes de David étaient également extrêmement graves, mais il réglait ses problèmes au fur et à mesure et s'est amélioré tout du long de son règne. Saül a fait le trajet inverse, la gravité du début lui a servi de maître étalon qu'il ne dépassera jamais, ne faisant qu'empirer, encore et encore. Ca n'étaient pas leurs fautes qui étaient importantes, mais la réponse qu'ils y apportaient.

Saül est parti de très bas, et il a continué sa chute encore et encore.


g.3) Guerres et descendance.

L'orgueil ayant fait son chemin, Saül se prendra toute sa vie pour un grand guerrier. Dans la réalité il est le roi qui tremblait devant Goliath, et s'il a gagné toutes ces guerres, ça n'a jamais été parce que Dieu était avec lui, mais parce que Dieu était avec son peuple. Il l'a maintenu en place le temps de préparer David, lui laissant également suffisamment de temps pour se repentir, bien qu'il ne le fera pas.

Pour ce qui est de sa descendance, il y a unanimité concernant ses deux filles Mérab et Mical. Par contre, concernant ses fils les choses se compliquent un peu.

1 Samuel 14 nous en cite trois :

🔘 1 Samuel 14.49  : « Les fils de Saül étaient Jonathan, Jischvi et Malkischua ».

1 Samuel 31 nous donne les noms des trois fils de Saül qui sont morts avec lui durant la dernière bataille. La liste est confirmée dans le premier livre des chroniques :

🔘 1 Samuel 31.2 : « Les Philistins poursuivirent Saül et ses fils, et tuèrent Jonathan, Abinadab et Malkischua, fils de Saül ».

🔘 1 Chroniques 10.2 : « Les Philistins poursuivirent Saül et ses fils, et tuèrent Jonathan, Abinadab et Malki Schua, fils de Saül ».

Il n'échappera à personne que ça n'est pas la même liste.

Il faut également prendre en compte qu'à la mort de Saül et des trois fils qui l'accompagnaient, c'est un autre fils de Saül qui va régner : Isch Boscheth. Ce dernier a déjà quarante ans lorsqu'il devient roi et il n'était pas le successeur légitime. Ce qui fait qu'il était déjà né au début du règne de Saül tout en n'étant pas cité parmi ses fils. Il est possible que ce soit le fils d'une des concubines de Saül. Si c'est le cas ça ne doit pas être de Ritspa, la seule qui soit nommé puisqu'il ne l'appelle pas sa mère, mais la concubine de son père (2 Samuel 3.7 : « ... Pourquoi es-tu venu vers la concubine de mon père ? »).

🔘 2 Samuel 2.8-10 : « Cependant Abner, fils de Ner, chef de l'armée de Saül, prit Isch Boscheth, fils de Saül, et le fit passer à Mahanaïm. 9 Il l'établit roi sur Galaad, sur les Gueschuriens, sur Jizreel, sur Éphraïm, sur Benjamin, sur tout Israël. 10 Isch Boscheth, fils de Saül, était âgé de quarante ans, lorsqu'il devint roi d'Israël, et il régna deux ans. Il n'y eut que la maison de Juda qui resta attachée à David ».

Finalement, on sait également que Saül aura eu deux fils avec Ritspa : « Mais le roi prit les deux fils que Ritspa, fille d'Ajja, avait enfantés à Saül, Armoni et Mephiboscheth » (2 Samuel 21.8).

Le premier livre des Chroniques ne cite que 4 fils pour Saül : « Saül engendra Jonathan, Malki Schua, Abinadab et Eschbaal » (1 Chroniques 8.33) alors que nous avons à minima 8 noms. La structure des chroniques fait cependant que ceux qui n'ont pas eu de descendance ne sont pas cités (à moins qu'ils n'aient fait quelque chose de notable). La présence de seulement 4 noms peut donc parfaitement être cohérente. Par contre il est impossible en l'état de vraiment comprendre la descendance de Saül. Changer le prénom d'un enfant durant sa croissance étant fréquent, on ne sait pas si Jischvi (1 Samuel 14.49) a changé de nom ou s'il est mort prématurément, et on n'a aucune information sur la quasi totalité d'entre eux.

Jischvi : (1 Samuel 14.49).

Jonathan : (1 Samuel 31.2)  (1 Chroniques 10.2) :::: meurt dans le combat final contre les Philistins.

Malkischua : (1 Samuel 31.2) (1 Chroniques 10.2) :::: meurt dans le combat final contre les Philistins.

Abinadab : (1 Samuel 31.2)  (1 Chroniques 10.2) :::: meurt dans le combat final contre les Philistins.

Isch Boscheth : (2 Samuel 2.8) :::: meurt assassiné (2 Samuel 4.5-7).

Eschbaal : (1 Chroniques 8.33).

Armoni : (2 Samuel 21.8) :::: meurt dans la réparation de la faute sur les Gabaonites (2 Samuel 21.8).

Mephiboscheth : (2 Samuel 21.8) :::: meurt dans la réparation de la faute sur les Gabaonites (2 Samuel 21.8).

Holocauste et Sacrifice.

a) Le vêtement déchiré.

Bien que le résumé de son règne se limite à deux évènements spécifiques dont j'ai déjà parlé, il se trouve que l'un des deux fonctionne de paire avec quelque chose qui se déroule un peu plus tard. Tout le monde connaît les versets qui sont une parole de Samuel : « L'Éternel trouve-t-il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, comme dans l'obéissance à la voix de l'Éternel ? Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l'observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers. 23 Car la désobéissance est aussi coupable que la divination, et la résistance ne l'est pas moins que l'idolâtrie et les théraphim. Puisque tu as rejeté la parole de l'Éternel, il te rejette aussi comme roi » (1 Samuel 15.22-23). Or ces versets ne viennent pas issus de nulle part.

Le premier évènement dont j'avais parlé se trouve être la présentation de l'holocauste d'une manière inadéquate. Il s'agit de l'holocauste dont parlera Samuel quelques temps plus tard (L'Éternel trouve-t-il du plaisir dans les holocaustes). Dans son commentaire, Samuel y fait allusion en parlant de « l'obéissance vaut mieux que les sacrifices ». Les deux affirmations sont reliées mais il est assez facilement possible de ne pas les comprendre correctement. Le second évènement est la mise à part pour le sacrifice d'animaux dévoués par interdit.


a.1) Holocauste.

Il faut se rappeler que l'holocauste est un sacrifice en soi. Aussi, dans les verset 22 et 23, le texte est introduit et conclu par  trois choses qui englobent les deux évènements. Lorsque Samuel dit :

🔘 1 Samuel 15.22 : « L'Éternel trouve-t-il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, comme dans l'obéissance à la voix de l'Éternel ... ».

🔘 1 Samuel 15.23 : « ... Puisque tu as rejeté la parole de l'Éternel, il te rejette aussi comme roi ».

Il parle autant de l'holocauste (qui est un sacrifice) du chapitre 13 que des bêtes du sacrifice du chapitre 15.

Par contre ce qui se situe entre ces deux affirmations marche par paires.

🔘 1 Samuel 15.22-23 : « Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices ... 23 Car la désobéissance est aussi coupable que la divination ... ».

Qui signifie que si Dieu nous dit quoi faire et qu'on refuse de la faire, ça équivaut simplement à placer notre confiance dans une autre source d'inspiration. Ca nous place dans le cadre d'une demande à Dieu qui était plus la recherche d'un avis parmi d'autres. Un peu comme aux temps de Jérémie, lorsqu'il lui est demandé par Israël s'ils doivent se rendre à leurs ennemis ou non. Demander la conduite de Dieu pour n'en faire qu'à sa tête, c'est aux yeux de Dieu l'équivalent de la divination. Non pas seulement en ce que vous avez accepté l'avis d'un autre, mais surtout dans ce que vous avez consulté Dieu comme si ça n'était qu'une voyante.

🔘 1 Samuel 15.22-23 : « ... l'observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers. 23 ... la résistance ne l'est pas moins que l'idolâtrie et les théraphim ».

Dans cet exemple, le sens est également très fort. D'autant plus dans l'époque que nous vivons. Ca nous dit que si nous connaissons sa parole, alors refuser de faire ce qu'elle nous dit revient à transformer Dieu en idole. Ca parle entre autre de se réunir pour rendre un culte qui n'est pas agréé par Dieu parce qu'il ne correspond pas à ce qu'il demande. C'est une erreur de croire que si notre culte n'est pas conforme, Dieu nous pardonne parce que nous serions sous sa grâce. L'ignorance est coupable, lorsque le culte est fait en dehors de la volonté de Dieu, alors Dieu devient une idole et n'a pas plus de valeur que les théraphim. Il n'est pas en train de dire que si nous lui résistons nous serions l'équivalent des personnes qui, dans le monde, ont des idoles. Il nous dit que si nous résistons, alors celui que nous prétendons être notre Dieu est en réalité une idole. Ainsi nous ne sommes pas comme eux, nous sommes eux.

Dans les deux cas, il ne s'agit pas de changer de direction, de rejeter les sacrifices et la graisse des béliers au profit de l'obéissance et de l'observation de sa parole. Cela nous parle en réalité de faire les choses pour les bonnes raisons. Un sacrifice qui n'est pas le fruit de l'obéissance n'est pas agréé par l'Eternel et la graisse des béliers lui est sans saveur si elle n'est pas présentée dans l'observation de la parole de Dieu. Or, bon nombre de sacrifices et d'holocauste ne sont issus que de la volonté de maintenir des l'apparences.


a.2 ) L'importance de la parole.

Je disais plus tôt que le problème de Saül se situe dans le fait qu'il n'accorde aucune importance à la parole, tant donnée que reçue. C'est exactement ce que le prophète Samuel va mettre en avant :

🔘 1 Samuel 15.23 : « Puisque tu as rejeté la parole de l'Éternel, il te rejette aussi comme roi ».

Un tel comportement disqualifie obligatoirement. Si nous prenons en compte le fait que nous soyons sacrificateur et roi, cela en dit long sur nos obligations.


b) La décision d'un successeur.

C'est donc au chapitre 15 qu'on trouve une scène qu'on regardera plus en détail plus tard, mais dont un élément est important ici. Lorsque Samuel demande à Saül des explications sur ce qui est en train de se passer, sa réponse se fera en ces termes :

🔘 1 Samuel 15.15 : « le peuple a épargné les meilleures brebis et les meilleurs bœufs, afin de les sacrifier à l'Éternel, ton Dieu ».

Nous sommes donc en présence de la partie 'sacrifice' de l'affirmation de Samuel.

Evidemment, ce qu'il dit est vrai en toute circonstance et revêt une dimension toute particulière lorsqu'on l'applique au sacrifice de Jésus. Ca ne le déconnecte cependant pas d'une signification plus localisée. L'affirmation de Samuel relie les deux passages en ce qu'elle est un commentaire qui, s'il vient après le passage de 1 Samuel 15, parle de l'ensemble des deux actions.

Le fait de relier ces deux passages nous signale qu'il se trouve quelque chose d'important qui se poursuit de l'un à l'autre. L'élément en question étant l'élection de David. C'est également la raison pour laquelle le deuxième passage, bien que la faute y paraisse plus grande, n'avait pas sa place dans le résumé du règne de Saül. Le choix de ce qui caractérise Saül dans les chapitres 13 et 14 n'est pas basé sur la gravité, mais sur le type. Or, le type ayant été défini, tout ce qui va se dire par la suite concernant ce roi a un but autre que le roi en lui-même. Pour l'essentiel ça nous apprendra des choses sur David. C'est exactement le cas dans ces passages. Bien qu'on nous parle de deux fautes de Saül, en réalité le premier passage nous parle de lui quand le deuxième ne nous apprend plus grand chose à son sujet, ne faisant que nous confirmer ce que nous savons déjà. Par contre il nous aide à comprendre l'origine du futur roi d'Israël ainsi que le délabrement de la relation du peuple avec son Dieu.

Dans le premier passage, l'Eternel ne faisait qu'annoncer que le règne de Saül serait court, pas qu'il y mettait fin. Il affirmait ensuite avoir trouvé quelqu'un qu'il destinait à devenir le chef de son peuple. Ce qui place la décision de l'Eternel dans le futur du roi Saül.

🔘 1 Samuel 13.14 : « Et maintenant ton règne ne durera point. L'Éternel s'est choisi un homme selon son cœur, et l'Éternel l'a destiné à être le chef de son peuple, parce que tu n'as pas observé ce que l'Éternel t'avait commandé ».

Ca n'est qu'au chapitre quinze que l'Eternel établit définitivement sa décision, même s'il ne l'applique toujours pas.

🔘 1 Samuel 15.28 : « Samuel lui dit : L'Éternel déchire aujourd'hui de dessus toi la royauté d'Israël, et il la donne à un autre, qui est meilleur que toi ».

Bien que le choix d'un nouveau roi ait été fait par l'Eternel, Saül va rester en poste, et il va le rester encore longtemps. Parce que le choix de l'Eternel doit encore être formé. Le remplacement ne peut se faire instantanément. On sait que cela va encore prendre de nombreuses années. Le peuple va devoir porter le poids de sa faute, mais Dieu ne le rejette pas, et en attendant qu'un successeur soit prêt, Saül devra rester en poste.


b) La suite.

Les deux textes dont on a parlé ont une suite qui se pose comme leur conclusion.

Par deux fois ces textes nous parlent donc de la nomination d'un successeur, mais personne ne sait de qui il s'agit. Pas même Samuel.

Samuel va l'apprendre très peu de temps après. Alors qu'il est en train de se morfondre devant la situation.

🔘 1 Samuel 16.1 : « L'Éternel dit à Samuel : Quand cesseras-tu de pleurer sur Saül ? Je l'ai rejeté, afin qu'il ne règne plus sur Israël. Remplis ta corne d'huile, et va; je t'enverrai chez Isaï, Bethléhémite, car j'ai vu parmi ses fils celui que je désire pour roi ».

Il va faire ce que l'Eternel lui demande et ira oindre David. C'est à ce moment précis que l'esprit de l'éternel saisit David et quitte Saül.

🔘 1 Samuel 16.13-14 : « Samuel prit la corne d'huile, et l'oignit au milieu de ses frères. L'esprit de l'Éternel saisit David, à partir de ce jour et dans la suite. Samuel se leva, et s'en alla à Rama. 14 L'esprit de l'Éternel se retira de Saül, qui fut agité par un mauvais esprit venant de l'Éternel ».

Par contre, si Saül a toutes les opportunités possible pour comprendre que David a été choisi par Dieu*, il n'en aura la confirmation qu'après la mort de Samuel, par Samuel. Cela se déroule alors que Saül va consulter une femme qui évoque les morts. Si les avis sont partagés sur le fait que ce fut réellement Samuel ou pas, la réalité est que la Parole nous  dit que c'est lui ; Ne pas comprendre n'enlève rien à ce qui est écrit. C'est à cet instant que survient le texte qui est la conclusion des deux premiers passages. Le texte nous dit donc :

🔘 1 Samuel 28.16-18 : « Samuel dit : Pourquoi donc me consultes-tu, puisque l'Éternel s'est retiré de toi et qu'il est devenu ton ennemi ? 17 L'Éternel te traite comme je te l'avais annoncé de sa part ; l'Éternel a déchiré la royauté d'entre tes mains, et l'a donnée à un autre, à David. 18 Tu n'as point obéi à la voix de l'Éternel, et tu n'as point fait sentir à Amalek l'ardeur de sa colère ** : voilà pourquoi l'Éternel te traite aujourd'hui de cette manière ».

Dans ce texte David est nommé pour la première fois. Bien que Saül devait s'en douter fortement, c'est la première fois qu'il peut se baser sur une certitude. Ca se déroule également quelques jours avant sa mort. En outre, précisions est faite que l'origine de la séparation entre Saül et l'Eternel se trouve bien être le deuxième passage donc je parlais, la désobéissance lorsqu'il a refusé de dévouer par interdit ce que l'Eternel avait désigné.

(* 1 Samuel 18.8 : « Il ne lui manque plus que la royauté » ; 1 Samuel 20.31 : « il n'y aura point de sécurité ni pour toi ni pour ta royauté »).

(** 1 Samuel 18.8 : « Ainsi parle l'Éternel des armées : Je me souviens de ce qu'Amalek fit à Israël, lorsqu'il lui ferma le chemin à sa sortie d'Égypte. 3 Va maintenant, frappe Amalek, et dévouez par interdit tout ce qui lui appartient ; tu ne l'épargneras point, et tu feras mourir hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs et brebis, chameaux et ânes »).

1 Timothée 4.16 : Veille sur toi-même et sur ton enseignement ; persévère dans ces choses, car, en agissant ainsi, tu te sauveras toi-même, et tu sauveras ceux qui t'écoutent.

versus Jésus : aux hommes cela est impossible.

L'hypocrisie de Saül

L'hypocrisie est une chose particulière. On l'associe rarement au mensonge parce que dans notre époque, il y a une différence entre les deux. Par contre cela ne signifie pas qu'il y en ait une dans la parole de Dieu. C'est pour cela que Jean parle d'hypocrisie dans tous ses textes, mais ne parle jamais de mensonge, alors que les autres écrivains parlent tous de mensonges, mais jamais d'hypocrisie. Ce ne sont pas deux sujets différents, mais uniquement deux manière de parler de la même chose. Aussi, dans le cas de Saül, bien que je parle d'hypocrisie, dans la réalité cela parle tout autant de mensonge.


a) Les ânesses.

Lorsque Saül est envoyé chercher les ânesses il va rapidement en avoir marre. De toute manière il n'y avait presque aucune chance qu'il puisse les trouver en usant de la méthode qui était la sienne. Son hypocrisie est multiple et commence dans la raison qu'il invoque pour rentrer : « retournons, de peur que mon père, oubliant les ânesses, ne soit en peine de nous » (1 Samuel 9.5).

🔘 1 Samuel 9.5-7 : « Ils étaient arrivés dans le pays de Tsuph, lorsque Saül dit à son serviteur qui l'accompagnait : Viens, retournons, de peur que mon père, oubliant les ânesses, ne soit en peine de nous. 6 Le serviteur lui dit : Voici, il y a dans cette ville un homme de Dieu, et c'est un homme considéré; tout ce qu'il dit ne manque pas d'arriver. Allons y donc ; peut-être nous fera-t-il connaître le chemin que nous devons prendre. 7 Saül dit à son serviteur : Mais si nous y allons, que porterons-nous à l'homme de Dieu ? Car il n'y a plus de provisions dans nos sacs, et nous n'avons aucun présent à offrir à l'homme de Dieu. Qu'est-ce que nous avons ? ».

On notera que le serviteur n'a pas abandonné l'idée de trouver les ânesses, Saül si. Lui, il veut rentrer. Il sait que leur provision sont à sec alors il a besoin d'une excuse. Il ne peut pas simplement dire qu'il en a marre et qu'il veut rentrer. Il lui faut une raison valable qui se trouve être la supposée inquiétude de son père. S'il rentre ça n'est pas parce qu'ils n'ont plus de nourriture, ni en raison d'un éventuel raz-le-bol, il rentre parce qu'il est un "bon fils".

De la même manière, lorsqu'il dit à son serviteur : « Mais si nous y allons, que porterons-nous à l'homme de Dieu ? Car il n'y a plus de provisions dans nos sacs, et nous n'avons aucun présent à offrir à l'homme de Dieu. Qu'est-ce que nous avons ? », la réalité est qu'il sait qu'il n'a plus rien, c'est même la raison pour laquelle il veut rentrer. Alors pourquoi demander : « Qu'est-ce que nous avons ? » lorsqu'il sait qu'il n'a rien. Il dit "nous" mais il pense "tu", ce qui en soit est déjà un sacrée hypocrisie. D'autant plus importante qu'il compte aller chez Samuel et lui offrir un présent qui appartient à son serviteur alors que ça n'est pas le serviteur qui va vers Samuel, mais bien Saül.

Saül cumule.


b) Sa nomination.

La royauté n'a agit que comme révélateur de l'hypocrise permanente de Saül. Sa famille entière est problématique. Alors qu'il va être oint, il ne connait l'existence du prophète d'Israël, qui est un vieil homme et qui a été juge depuis presqu'aussi loin que la mémoire peut remonter le concernant, que depuis quelques minutes, voir heures. Pourtant c'est ce même Samuel qui doit nommer le future roi d'Israël, et il se trouve qu'ils sont presque voisins. Quel croyant, de nos jours, s'il avait l'équivalent de Samuel qui habite à 20 minutes à pied de chez lui, ne le saurait pas ? Saül n'a jamais entendu parler de lui, et ce, parce que personne dans sa famille ne lui en a parlé de toute sa vie.

C'est une famille qui vit loin de l'Eternel, de générations en générations.


b.1) Le silence.

Le premier signe qu'il y a un problème chez Saül se trouve au moment où il rentre chez lui après avoir cherché les ânesses. Il va croiser son oncle (Abner) et lui dira être allé chez Samuel. Or, alors que son oncle lui dit de TOUT lui dire sur ce qu'a annoncé le prophête, ce dernier cache toute la partie concernant les ânesses.

Il aurait pu éluder la question, voir même simplement lui dire que c'était personnel. En prétendant qu'il n'avait parlé que des ânesses, il ment.

🔘 1 Samuel 10.14-16 : « L'oncle de Saül dit à Saül et à son serviteur : Où êtes-vous allés ? Saül répondit : Chercher les ânesses; mais nous ne les avons pas aperçues, et nous sommes allés vers Samuel. 15 L'oncle de Saül reprit : Raconte-moi donc ce que vous a dit Samuel. 16 Et Saül répondit à son oncle : Il nous a assuré que les ânesses étaient retrouvées. Et il ne lui dit rien de la royauté dont avait parlé Samuel ».


b.2) Derrière les bagages.

Quelques temps plus tard, la reconnaissance de sa royauté doit se faire devant le peuple. Samuel sait qui sera désigné parle sort, et Saül le sait également. Samuel doit s'en remettre au sort parce que le peuple doit attester de ce que ça n'est pas le choix d'un homme mais celui de Dieu. Il peut donc procéder au tirage au sort en toute tranquillité.

Par contre le comportement de Saül est plus troublant. Il sait qu'il va être désigné. S'il pensait que ce qui se déroule était un simulacre, il serait simplement resté à sa place. Il est parti se cacher parce qu'il sait très bien que ça va tomber sur lui. C'est là que se trouve l'hypocrisie, il n'avait pas de problème à être oint, pas de problème à être placé à la tête des convives dans le repas à Rama, pas de problème pour qu'on lui donne la partie réservée de la bête. Mais là, les choses vont changées, en devenant roi les regards vont se tourner vers lui et il va devoir prendre des décisions, choses qu'il ne fait jamais.

Depuis le début il est un suiveur. C'est son père qui lui demande de chercher les ânesses, son serviteur qui lui dit d'aller chez Samuel, Samuel qui dirige toute leur rencontre. Il n'y a pas d'exemple où il fasse quelque chose de sa propre initiative. Même lorsque Samuel lui donne différents signes, dont il sera à chaque fois le spectateur, même lorsqu'il en est également acteur, il finit en lui disant : « Lorsque ces signes auront eu pour toi leur accomplissement, fais ce que tu trouveras à faire, car Dieu est avec toi » (1 Samuel 10.7). Pourtant le texte ne montre absolument rien qu'il ait fait. Au contraire, il est rentré dans la maison de son père et est retourné au champ.

Saül ne fait jamais rien.

Pourtant dans un court instant il doit devenir officiellement le roi d'Israël et va devoir prendre des décisions de lui-même. C'est une chose de demander un roi, c'en est une autre d'accepter de l'être. C'est l'équivalent de prier pour qu'il y ait des ouvriers dans la moisson mais ne pas vouloir en être.

🔘 1 Samuel 10.19-24 : « Et aujourd'hui, vous rejetez votre Dieu, qui vous a délivrés de tous vos maux et de toutes vos souffrances, et vous lui dites : Établis un roi sur nous ! Présentez-vous maintenant devant l'Éternel, selon vos tribus et selon vos milliers. 20 Samuel fit approcher toutes les tribus d'Israël, et la tribu de Benjamin fut désignée. 21 Il fit approcher la tribu de Benjamin par familles, et la famille de Matri fut désignée. Puis Saül, fils de Kis, fut désigné. On le chercha, mais on ne le trouva point. 22 On consulta de nouveau l'Éternel : Y a-t-il encore un homme qui soit venu ici ? Et l'Éternel dit : Voici, il est caché vers les bagages. 23 On courut le tirer de là, et il se présenta au milieu du peuple. Il les dépassait tous de la tête. 24 Samuel dit à tout le peuple : Voyez-vous celui que l'Éternel a choisi ? Il n'y a personne dans tout le peuple qui soit semblable à lui. Et tout le peuple poussa les cris de : Vive le roi ! ».

Ca signifie également que pendant tout ce temps, tout le monde attendait de savoir qui serait le premier roi d'Israël; Son père et son oncle Abner son de grands combattants, ils pouvaient légitimement espérer, et à dire vrai de nombreuses personnes devaient espérer être désignées. Mais Saül a laissé sa propre famille dresser des scénarii en ne leur disant pas la vérité. Et là, il n'est même pas capable d'assumer son silence, qui est déjà coupable en soi, en présence de sa famille. Il va se cacher derrière les bagages comme un enfant qui ferme les yeux et croit qu'on ne le voit pas.

 

c) L'holocauste.

Lorsque Saül a accomplit sa désobéissance et que Samuel va le constater, lui demandant des comptes, la réaction du roi est intéressante. Il sort pour aller le saluer (1 Samuel 13.10), et lorsque le prophète lui demande ce qu'il a fait, sa réponse est folle :

🔘 1 Samuel 13.11-12 : « Samuel dit : Qu'as-tu fait ? Saül répondit : Lorsque j'ai vu que le peuple se dispersait loin de moi, que tu n'arrivais pas au terme fixé, et que les Philistins étaient assemblés à Micmasch, 13.12 je me suis dit : Les Philistins vont descendre contre moi à Guilgal, et je n'ai pas imploré l'Éternel ! C'est alors que je me suis fait violence et que j'ai offert l'holocauste ».

C'est comme s'il avait assumé le retard de Samuel. Il faudrait presque le féliciter de sa désobéissance.

Et même, il s'est "fait violence". Il présente la chose comme s'il avait fait une bonne chose, comme s'il n'en avait pas vraiment envie est que ça lui avait couté des efforts démesurés de palier au retard de Samuel.

Alors que dans la réalité le texte est clair. Sur les 2000 hommes qui étaient avec lui, 1400 s'en étaient déjà allés et il ne lui en restait plus que 600. Il avait peur et a agit de manière inconsidérée parce qu'il voulait une solution immédiate pour régler ce qu'il pensait être un problème.


d) Amalek, un cas d'école.

L'ordre de l'Eternel était très clair concernant Amalek :

🔘 1 Samuel 15.3 : « Va maintenant, frappe Amalek, et dévouez par interdit tout ce qui lui appartient ; tu ne l'épargneras point, et tu feras mourir hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs et brebis, chameaux et ânes ».

Ce que Saül a fait est tout aussi clair :

🔘 1 Samuel 15.9 : « Mais Saül et le peuple épargnèrent Agag, et les meilleures brebis, les meilleurs bœufs, les meilleures bêtes de la seconde portée, les agneaux gras, et tout ce qu'il y avait de bon ; ils ne voulurent pas le dévouer par interdit, et ils dévouèrent seulement tout ce qui était méprisable et chétif ».

Après cette victoire il ira s'ériger un monument à Carmel, puis Samuel le rejoindra à Guilgal. Et l'accueil que lui fait Saül est hallucinant. Gardons à l'esprit le verset 9 qui est écrit plus haut :

🔘 1 Samuel 15.13 : « Samuel se rendit auprès de Saül, et Saül lui dit : Sois béni de l'Éternel ! J'ai observé la parole de l'Éternel ».

Saül est censé être accompagné de ses guerriers, mais il est entouré de troupeaux, ce qui pique évidemment la curiosité du prophète. La remarque de Samuel en paraît d'autant plus cinglante :

🔘 1 Samuel 15.14 : « Samuel dit : Qu'est-ce donc que ce bêlement de brebis qui parvient à mes oreilles, et ce mugissement de bœufs que j'entends ? ».

La chose est entendue, la désobéissance de Saül ne semble pas contestable. Pourtant c'est bien ce qui va se passer. Saül affirme avoir été obéissant, il aurait obéit à la parole de l'Eternel. Et pourtant il sait qu'il ment, mais la valeur de la chose dite est passée de faible à inexistante dans sa vie. Alors qu'il vient juste de dire qu'il a observé la parole de l'Eternel, il se justifie sur les bruits des animaux qui l'entourent. Le texte exacte nous dit que :

🔘 1 Samuel 15.15 : « Saül répondit : Ils les ont amenés de chez les Amalécites, parce que le peuple a épargné les meilleures brebis et les meilleurs bœufs, afin de les sacrifier à l'Éternel, ton Dieu ; et le reste, nous l'avons dévoué par interdit ».

Ce qui, si on met tout bout à bout, nous dépeint le fait que Saül est obéissant (« J'ai observé la parole de l'Éternel ») mais que le peuple ne l'est pas (« Ils les ont »), par contre, lorsque cela semble redevenir positif, il s'inclut de nouveau dans son discours (« nous l'avons dévoué par interdit »). Saül n'a aucune conscience de ce que représente l'autorité, il est juste une individualité supérieure aux autres. Tout cela en trouvant une fois de plus une manière d'essayer de justifier ce qu'il vient de faire (« afin de les sacrifier à l'Éternel, ton Dieu ») tout en sachant pertinemment qu'il est désobéissant. On pourrait penser qu'il est tellement ancré dans le mensonge qu'il ne se rend plus compte de la différence avec la vérité, mais c'est faux, il a conscience de ce qu'il est en train de faire, il croit simplement qu'en faisant semblant d'y croire il le fera devenir réalité.

Samuel ne fera pas l'erreur si courante de nos jours qui consiste a essayer d'argumenter pour convaincre Saül de son péché. Saül est conscient de sa faute, donc le prophète enchaîne directement sur la remise des choses à leur place. Et là ! surprise ! c'est Saül qui essaye d'argumenter et d'imposer sa droiture :

🔘 1 Samuel 15.20-21 : « Saül répondit à Samuel : J'ai bien écouté la voix de l'Éternel, et j'ai suivi le chemin par lequel m'envoyait l'Éternel. J'ai amené Agag, roi d'Amalek, et j'ai dévoué par interdit les Amalécites ; 21 mais le peuple a pris sur le butin des brebis et des bœufs, comme prémices de ce qui devait être dévoué, afin de les sacrifier à l'Éternel, ton Dieu, à Guilgal ».

On a exactement le même schéma qu'auparavant, Saül est un roi obéissant qui suit la voix de l'Eternel (« J'ai bien écouté la voix de l'Éternel ») (« j'ai suivi le chemin par lequel m'envoyait l'Éternel ») (« J'ai amené Agag, roi d'Amalek ») (« j'ai dévoué par interdit les Amalécites ») ; par contre, le vilain peuple n'en fait qu'a sa tête (« mais le peuple a »), et tout cela pour finir par affirmer que l'Eternel n'est pas son Dieu mais celui de Samuel (« afin de les sacrifier à l'Éternel, ton Dieu, à Guilgal » ). Pourtant Josué avait été clair envers Israël (Josué 6.18 : « Gardez-vous seulement de ce qui sera dévoué par interdit; car si vous preniez de ce que vous aurez dévoué par interdit, vous mettriez le camp d'Israël en interdit et vous y jetteriez le trouble »).

Et après tout cela, le plus fou c'est que Saül va continuer de s'enfoncer. Samuel initie son départ et est stoppé par le roi qui dans le mouvement lui déchire le pan de son manteau. Vient alors sa condamnation, à laquelle il répond en révélant une fois de plus son hypocrisie, tout en admettant qu'il sait qu'il a pêché.

🔘 1 Samuel 15.30-31 : « Saül dit encore : J'ai péché ! Maintenant, je te prie, honore-moi en présence des anciens de mon peuple et en présence d'Israël ; reviens avec moi, et je me prosternerai devant l'Éternel, ton Dieu. 31 Samuel retourna et suivit Saül, et Saül se prosterna devant l'Éternel ».

Il savait qu'il avait pêché et ne finit par l'admettre qu'alors que la discussion a cessée et que Samuel s'en va. En d'autres termes, étant donné qu'il n'a pas réussi à convaincre le prophète, il accepte d'admettre sa faute. Donc le même roi qui était prêt à tuer son fils pour avoir désobéit à sa parole (qu'il ne connaissait même pas) et à qui il demandait de ne rien cacher de ce qu'il avait fait, désobéit volontairement à la Parole de Dieu et argumente avec le prophète de l'Eternel pour essayer de faire croire que c'est lui qui a raison, tout en sachant qu'il a tord.

Et au final, il ne se repent même pas, il demande à ce que Samuel donne l'apparence que tout va bien et l'honore devant les anciens du peuple et devant Israël. En échange il accepte de se prosterner devant un Dieu qui n'est pas le sien mais celui de Samuel.


e) La nécromancienne.

Saül, le roi qui aime les apparences plus que la vérité, va mettre un comble à son hypocrisie.

Recherchant un avis, il va interroger l'Eternel et n'aura pas de réponse. Il va de soit que le roi ne va pas chercher pourquoi il n'y a pas de réponse, il va se contenter de reposer la même question en boucle, en usant de moyens différents. Il est plus facile de prétendre que c'est la méthode qui est mauvaise plutôt que de se poser des questions sur ce qui en lui peut provoquer ce silence de l'Eternel. D'autant que comprendre le pourquoi risque d'imposer un changement dans sa personne pour que les choses s'améliorent, et l'ensemble de son règne nous montre une pente descendante constante. Ca n'est pas à quelques heures de sa mort qu'il va soudainement renverser la vapeur.

Il essayera d'avoir une réponse par les songes, ensuite par l'urim, puis par les prophètes et finalement, aucune méthode ne fonctionnant, il va passer par les sentiers battus. Dans le cas présent, son choix se porte vers une femme qui évoque les morts.

Une journée avant de mourir il va se rendre chez cette femme. Il est évident que c'est une faute en soi, mais une fois de plus, chez lui elle témoigne d'une profonde hypocrisie. La raison en est simplement que c'est lui qui les a exterminé du pays et qui a interdit leurs pratiques, et soudainement, il en cherche une pour le servir, mais dans l'ombre, en laissant cette pratique être interdite, mais uniquement pour les autres. Tant qu'il pouvait avoir des réponses autrement, il était intransigeant envers elle, mais soudainement lorsque le silence devient assourdissant, il a recourt à leurs services.

De la même manière, évoquer les morts équivaut à une condamnation à mort, mais pas pour ce cas, parce que c'est lui qui en a besoin.


f) Le reste.

Ses mensonges permanents se retrouvent partout dans son règne. Que ce soit sa fille Mérab qu'il promet mais ne donne pas, sa fille Mical qui sert de piège dans l'espoir de voir David mourir sous la main des Philistins, ses affirmations qu'il cessera de poursuivre David alors qu'il continue, l'extermination d'une ville sacerdotale parce que le sacrificateur en place à fait ce qu'il a toujours fait (consulter Dieu pour David).

Et même lors de l'épisode avec Goliath. Il aurait de le combattre lui-même mais envoie un adolescent et demande à ce qu'on lui revête son armure, alors qu'il fait une tête de plus que le peuple et que David n'a pas finit sa croissance. Il veut être participant d'une victoire dans laquelle il n'a aucune part.

Lorsqu'il se plaint qu'on prête 10000 tués à David et que 1000 à lui, cela signifie qu'il aurait voulu qu'on chante l'inverse, pourtant il sait que c'est une réalité.

Les exemples sont particulièrement nombreux et les citer tous n'a pas réellement de sens.

Les conséquences de son hypocrisie

Ce que les menteurs réalisent assez peu, c'est que leurs mensonges ont des conséquences.


a) Sa colère contre Jonathan.

Saül ira jusqu'à devenir l'ennemi de son propre fils et tentera de la tuer, tout cela en lui reprochant de comploter avec David pour lui enlever le trône. Mais il sait que c'est faux. Il refuse de regarder la réalité en face et se retrouve obligé d'inventer une situation pour essayer de légitimer son comportement de plus en plus emprunt de haine et donc dénué de logique.


b) Le sacrifice de ses filles.

Sa volonté de faire du mal à David le fera regarder ses filles comme des pièges dressés devant David. Plus tard, les cinq fils de Mérab seront mis à mort pour payement de la faute de Saül qui n'a pas respecté la parole de Josué. Mical de son côté deviendra une femme adultère lorsque Saül la mariera à un autre homme alors qu'elle est toujours la femme de David.


c) La ville de sacrificateur.

Que dire d'une telle folie ? Lui qui avait refusé de dévouer les Amalécites par interdit alors que c'était le commandement de Dieu, ira jusqu'à exterminer une ville entière de sacrificateurs, hommes, femmes et enfants pour sanction d'une faute qui n'existe pas.


d) Sa propre vie.

Evidemment, le prix ultime sera celui de sa propre vie et de celle de trois de ses fils, de sa lignée royal et finalement de la quasi extinction de sa descendance.

Un bien triste parallèle.

L'ordre réel des chapitres 13 et 14

🔘 1 Samuel 13.1-2 : Saül était âgé de... ans, lorsqu'il devint roi, et il avait déjà régné deux ans sur Israël. 2 Saül choisit trois mille hommes d'Israël : Deux mille étaient avec lui à Micmasch et sur la montagne de Béthel, et mille étaient avec Jonathan à Guibea de Benjamin. Il renvoya le reste du peuple, chacun à sa tente.

🔘 1 Samuel 14.1-14 : Un jour, Jonathan, fils de Saül, dit au jeune homme qui portait ses armes : Viens, et poussons jusqu'au poste des Philistins qui est là de l'autre côté. Et il n'en dit rien à son père. 14.2 Saül se tenait à l'extrémité de Guibea, sous le grenadier de Migron, et le peuple qui était avec lui formait environ six cents hommes. 14.3 Achija, fils d'Achithub, frère d'I Kabod, fils de Phinées, fils d'Éli, sacrificateur de l'Éternel à Silo, portait l'éphod. Le peuple ne savait pas que Jonathan s'en fût allé. 14.4 Entre les passages par lesquels Jonathan cherchait à arriver au poste des Philistins, il y avait une dent de rocher d'un côté et une dent de rocher de l'autre côté, l'une portant le nom de Botsets et l'autre celui de Séné. 14.5 L'une de ces dents est au nord vis-à-vis de Micmasch, et l'autre au midi vis-à-vis de Guéba. 6 Jonathan dit au jeune homme qui portait ses armes : Viens, et poussons jusqu'au poste de ces incirconcis. Peut-être l'Éternel agira-t'il pour nous, car rien n'empêche l'Éternel de sauver au moyen d'un petit nombre comme d'un grand nombre. 14.7 Celui qui portait ses armes lui répondit : Fais tout ce que tu as dans le cœur, n'écoute que ton sentiment, me voici avec toi prêt à te suivre. 14.8 Hé bien ! Dit Jonathan, allons à ces gens et montrons-nous à eux. 14.9 S'ils nous disent : Arrêtez, jusqu'à ce que nous venions à vous ! Nous resterons en place, et nous ne monterons point vers eux. 14.10 Mais s'ils disent : Montez vers nous ! Nous monterons, car l'Éternel les livre entre nos mains. C'est là ce qui nous servira de signe. 11 Ils se montrèrent tous deux au poste des Philistins, et les Philistins dirent : Voici les Hébreux qui sortent des trous où ils se sont cachés. 14.12 Et les hommes du poste s'adressèrent ainsi à Jonathan et à celui qui portait ses armes : Montez vers nous, et nous vous ferons savoir quelque chose. Jonathan dit à celui qui portait ses armes : Monte après moi, car l'Éternel les livre entre les mains d'Israël. 14.13 Et Jonathan monta en s'aidant des mains et des pieds, et celui qui portait ses armes le suivit. Les Philistins tombèrent devant Jonathan, et celui qui portait ses armes donnait la mort derrière lui. 14 Dans cette première défaite, Jonathan et celui qui portait ses armes tuèrent une vingtaine d'hommes, sur l'espace d'environ la moitié d'un arpent de terre.

🔘 1 Samuel 13.3-5 : Jonathan battit le poste des Philistins qui étaient à Guéba, et les Philistins l'apprirent. Saül fit sonner de la trompette dans tout le pays, en disant : Que les Hébreux écoutent ! 4 Tout Israël entendit que l'on disait : Saül a battu le poste des Philistins, et Israël se rend odieux aux Philistins. Et le peuple fut convoqué auprès de Saül à Guilgal. 5 Les Philistins s'assemblèrent pour combattre Israël. Ils avaient mille chars et six mille cavaliers, et ce peuple était innombrable comme le sable qui est sur le bord de la mer. Ils vinrent camper à Micmasch, à l'orient de Beth Aven.

🔘 1 Samuel 14.15-17 : L'effroi se répandit au camp, dans la contrée et parmi tout le peuple ; Le poste et ceux qui ravageaient furent également saisis de peur ; Le pays fut dans l'épouvante. C'était comme une terreur de Dieu. 16 Les sentinelles de Saül, qui étaient à Guibea de Benjamin, virent que la multitude se dispersait et allait de côté et d'autre. 17 Alors Saül dit au peuple qui était avec lui : Comptez, je vous prie, et voyez qui s'en est allé du milieu de nous. Ils comptèrent, et voici, il manquait Jonathan et celui qui portait ses armes.

🔘 1 Samuel 13.6-7 : Les hommes d'Israël se virent à l'extrémité, car ils étaient serrés de près, et ils se cachèrent dans les cavernes, dans les buissons, dans les rochers, dans les tours et dans les citernes. 13.7 Il y eut aussi des Hébreux qui passèrent le Jourdain, pour aller au pays de Gad et de Galaad. Saül était encore à Guilgal, et tout le peuple qui se trouvait auprès de lui tremblait.

🔘 1 Samuel 14.18-19 : Et Saül dit à Achija : Fais approcher l'arche de Dieu ! - Car en ce temps l'arche de Dieu était avec les enfants d'Israël. 14.19 Pendant que Saül parlait au sacrificateur, le tumulte dans le camp des Philistins allait toujours croissant ; Et Saül dit au sacrificateur : Retire ta main !

🔘 1 Samuel 13.8-23 : Il attendit sept jours, selon le terme fixé par Samuel. Mais Samuel n'arrivait pas à Guilgal, et le peuple se dispersait loin de Saül. 13.9 Alors Saül dit : Amenez-moi l'holocauste et les sacrifices d'actions de grâces. Et il offrit l'holocauste. 13.10 Comme il achevait d'offrir l'holocauste, voici, Samuel arriva, et Saül sortit au-devant de lui pour le saluer. 13.11 Samuel dit : Qu'as-tu fait ? Saül répondit : Lorsque j'ai vu que le peuple se dispersait loin de moi, que tu n'arrivais pas au terme fixé, et que les Philistins étaient assemblés à Micmasch, 13.12 je me suis dit : Les Philistins vont descendre contre moi à Guilgal, et je n'ai pas imploré l'Éternel ! C'est alors que je me suis fait violence et que j'ai offert l'holocauste. 13.13 Samuel dit à Saül : Tu as agi en insensé, tu n'as pas observé le commandement que l'Éternel, ton Dieu, t'avait donné. L'Éternel aurait affermi pour toujours ton règne sur Israël ; 13.14 Et maintenant ton règne ne durera point. L'Éternel s'est choisi un homme selon son cœur, et l'Éternel l'a destiné à être le chef de son peuple, parce que tu n'as pas observé ce que l'Éternel t'avait commandé. 13.15 Puis Samuel se leva, et monta de Guilgal à Guibea de Benjamin. Saül fit la revue du peuple qui se trouvait avec lui : Il y avait environ six cents hommes. 16 Saül, son fils Jonathan, et le peuple qui se trouvait avec eux, avaient pris position à Guéba de Benjamin, et les Philistins campaient à Micmasch. 13.17 Il sortit du camp des Philistins trois corps pour ravager : L'un prit le chemin d'Ophra, vers le pays de Schual ; 13.18 L'autre prit le chemin de Beth Horon ; Et le troisième prit le chemin de la frontière qui regarde la vallée de Tseboïm, du côté du désert. 19 On ne trouvait point de forgeron dans tout le pays d'Israël ; Car les Philistins avaient dit : Empêchons les Hébreux de fabriquer des épées ou des lances. 20 Et chaque homme en Israël descendait chez les Philistins pour aiguiser son soc, son hoyau, sa hache et sa bêche, 13.21 quand le tranchant des bêches, des hoyaux, des tridents et des haches, était émoussé, et pour redresser les aiguillons. 13.22 Il arriva qu'au jour du combat il ne se trouvait ni épée ni lance entre les mains de tout le peuple qui était avec Saül et Jonathan ; Il ne s'en trouvait qu'auprès de Saül et de Jonathan, son fils. 13.23 Un poste de Philistins vint s'établir au passage de Micmasch.

🔘 1 Samuel 14.20 : Puis Saül et tout le peuple qui était avec lui se rassemblèrent, et ils s'avancèrent jusqu'au lieu du combat ; Et voici, les Philistins tournèrent l'épée les uns contre les autres, et la confusion était extrême. 21 Il y avait parmi les Philistins, comme auparavant, des Hébreux qui étaient montés avec eux dans le camp, où ils se trouvaient disséminés, et ils se joignirent à ceux d'Israël qui étaient avec Saül et Jonathan. 14.22 Tous les hommes d'Israël qui s'étaient cachés dans la montagne d'Éphraïm, apprenant que les Philistins fuyaient, se mirent aussi à les poursuivre dans la bataille.

🔘 1 Samuel 14.23 : L'Éternel délivra Israël ce jour-là, et le combat se prolongea jusqu'au-delà de Beth Aven.

🔘 1 Samuel 14.24-28 : La journée fut fatigante pour les hommes d'Israël. Saül avait fait jurer le peuple, en disant : Maudit soit l'homme qui prendra de la nourriture avant le soir, avant que je me sois vengé de mes ennemis ! Et personne n'avait pris de nourriture. 14.25 Tout le peuple était arrivé dans une forêt, où il y avait du miel à la surface du sol. 14.26 Lorsque le peuple entra dans la forêt, il vit du miel qui coulait ; Mais nul ne porta la main à la bouche, car le peuple respectait le serment. 14.27 Jonathan ignorait le serment que son père avait fait faire au peuple ; Il avança le bout du bâton qu'il avait à la main, le plongea dans un rayon de miel, et ramena la main à la bouche ; Et ses yeux furent éclaircis. 14.28 Alors quelqu'un du peuple, lui adressant la parole, dit : Ton père a fait jurer le peuple, en disant : Maudit soit l'homme qui prendra de la nourriture aujourd'hui ! Or le peuple était épuisé.

🔘 1 Samuel 14.29-30 : Et Jonathan dit : Mon père trouble le peuple ; Voyez donc comme mes yeux se sont éclaircis, parce que j'ai goûté un peu de ce miel. 14.30 Certes, si le peuple avait aujourd'hui mangé du butin qu'il a trouvé chez ses ennemis, la défaite des Philistins n'aurait-elle pas été plus grande ?

🔘 1 Samuel 14.31-33 : Ils battirent ce jour-là les Philistins depuis Micmasch jusqu'à Ajalon. Le peuple était très fatigué, 14.32 et il se jeta sur le butin. Il prit des brebis, des bœufs et des veaux, il les égorgea sur la terre, et il en mangea avec le sang. 14.33 On le rapporta à Saül, et l'on dit : Voici, le peuple pèche contre l'Éternel, en mangeant avec le sang. Saül dit : Vous commettez une infidélité ; Roulez à l'instant vers moi une grande pierre.

🔘 1 Samuel 14.34-37 : Puis il ajouta : Répandez-vous parmi le peuple, et dites à chacun de m'amener son bœuf ou sa brebis, et de l'égorger ici. Vous mangerez ensuite, et vous ne pécherez point contre l'Éternel, en mangeant avec le sang. Et pendant la nuit, chacun parmi le peuple amena son bœuf à la main, afin de l'égorger sur la pierre. 14.35 Saül bâtit un autel à l'Éternel : Ce fut le premier autel qu'il bâtit à l'Éternel. 14.36 Saül dit : Descendons cette nuit après les Philistins, pillons-les jusqu'à la lumière du matin, et n'en laissons pas un de reste. Ils dirent : Fais tout ce qui te semblera bon. Alors le sacrificateur dit : Approchons-nous ici de Dieu. 14.37 Et Saül consulta Dieu : Descendrai-je après les Philistins ? Les livreras-tu entre les mains d'Israël ? Mais en ce moment il ne lui donna point de réponse.

🔘 1 Samuel 14.38-46 : Saül dit : Approchez ici, vous tous chefs du peuple ; Recherchez et voyez comment ce péché a été commis aujourd'hui. 14.39 Car l'Éternel, le libérateur d'Israël, est vivant ! Lors même que Jonathan, mon fils, en serait l'auteur, il mourrait. Et dans tout le peuple personne ne lui répondit. 14.40 Il dit à tout Israël : Mettez-vous d'un côté ; Et moi et Jonathan, mon fils, nous serons de l'autre. Et le peuple dit à Saül : Fais ce qui te semblera bon. 14.41 Saül dit à l'Éternel : Dieu d'Israël ! Fais connaître la vérité. Jonathan et Saül furent désignés, et le peuple fut libéré. 14.42 Saül dit : Jetez le sort entre moi et Jonathan, mon fils. Et Jonathan fut désigné. 14.43 Saül dit à Jonathan : Déclare-moi ce que tu as fait. Jonathan le lui déclara, et dit : J'ai goûté un peu de miel, avec le bout du bâton que j'avais à la main : Me voici, je mourrai. 14.44 Et Saül dit : Que Dieu me traite dans toute sa rigueur, si tu ne meurs pas, Jonathan ! 14.45 Le peuple dit à Saül : Quoi ! Jonathan mourrait, lui qui a opéré cette grande délivrance (Yeshua) en Israël ! Loin de là ! L'Éternel est vivant ! Il ne tombera pas à terre un cheveu de sa tête, car c'est avec Dieu qu'il a agi dans cette journée. Ainsi le peuple sauva Jonathan, et il ne mourut point. 14.46 Saül cessa de poursuivre les Philistins, et les Philistins s'en allèrent chez eux.

🔘 1 Samuel 14.47-48 : Après que Saül eut pris possession de la royauté sur Israël, il fit de tous côtés la guerre à tous ses ennemis, à Moab, aux enfants d'Ammon, à Édom, aux rois de Tsoba, et aux Philistins ; Et partout où il se tournait, il était vainqueur. 14.48 Il manifesta sa force, battit Amalek, et délivra Israël de la main de ceux qui le pillaient.

🔘 1 Samuel 14.49-51 : Les fils de Saül étaient Jonathan, Jischvi et Malkischua. Ses deux filles s'appelaient : L'aînée Mérab, et la plus jeune Mical. 14.50 Le nom de la femme de Saül était Achinoam, fille d'Achimaats. Le nom du chef de son armée était Abner, fils de Ner, oncle de Saül. 14.51 Kis, père de Saül, et Ner, père d'Abner, étaient fils d'Abiel.

🔘 1 Samuel 14.52 : Pendant toute la vie de Saül, il y eut une guerre acharnée contre les Philistins ; Et dès que Saül apercevait quelque homme fort et vaillant, il le prenait à son service.