- Nicodème -

Nicodème représente la multitude de croyants qui ont choisi de ne pas suivre Jésus. Bien qu'il représente beaucoup de monde de nos jours, il n'en reste pas moins quelqu'un de presque insignifiant dans les évangiles. Cité 5 fois, il ne l'est que dans l'évangile de Jean, les trois autres l'occultant totalement. Parmi ces cinq fois, trois se font dans le même passage.

Il représente tout ce qui fait la faiblesse de l'église qui se prétend de Dieu. Il sait que Jésus est Dieu, mais il refuse de changer.

Nicodème est un pharisien, et il n'y a pas de bons pharisiens. Il peut éventuellement y en avoir de 'moins pires' que les autres, mais c'est un ordre qui a rejeté Dieu depuis longtemps. Ils vivent de préceptes en rituels, donc aucun ne porte Dieu en lui. Jésus s'est clairement exprimé sur cet ordre dans le vingt-troisième chapitre de l'évangile de Matthieu, les qualifiant d'hypocrites et leur demandant : "Serpents, race de vipères ! comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne ?" (Matthieu 23.33).

Nicodème appartient à cet ordre et, quels que soient ses états d'âme, c'est lui qui fait le choix de ne pas en sortir. Il porte en lui ce qui a scellé la condamnation de Jonathan, le fils de Saül. Il sait qui est de Dieu et qui ne l'est pas, mais il fait le choix de rester avec ceux qui n'en sont pas. Jonathan est mort entouré de ses ennemis alors qu'il aurait pu être aux côtés de David, qui a été libéré des siens. Nicodème est resté dans les chaînes de l'esclavage des pharisiens lorsque Jésus est venu pour libérer les siens. Il n'a même pas l'excuse de ne pas l'avoir compris. Son choix était parfaitement éclairé.

Les récentes élucubrations d'un cinéaste perverti concernant ce personnage, lui donne une aura qui est loin d'être la bonne. Loin de cette propagande qui essaye de redéfinir les contours de la Parole de Dieu, les trois passages qui nous parlent de ce personnage sentent plus le fumier que l'encens.


a) La rencontre entre Nicodème et Jésus.

🔘 Jean 3.1-2 : Mais il y eut un homme d'entre les pharisiens, nommé Nicodème, un chef des Juifs, qui vint, lui, auprès de Jésus, de nuit, et lui dit : Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui.

L'introduction à ce personnage nous montre 4 choses :

  • Il est pharisien,
  • Il parle au nom des pharisiens ("nous savons"),
  • Il vient de nuit, signe de sa crainte d'être vu en présence de Jésus,
  • Il commence par brosser Jésus dans le sens du poil en usant de flatteries.

Jésus remarque de suite son discours séducteur et y répond en ce qui prend l'apparence d'un soufflet verbal :

🔘 Jean 3.3 : Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.

Nicodème s'est présenté de toute sa hauteur. Il a commencé par exprimer sa connaissance et la grandeur de son niveau de compréhension, et Jésus le remet à sa place en lui disant que le seul moyen qu'il pourrait avoir de comprendre la moindre chose serait de naître de nouveau.

La remise en place coupe court à l'introduction de Nicodème qui perd presque instantanément son statut de docteur de la loi pour devenir élève. En une phrase, Jésus a remis chaque chose à sa place. Nicodème n'affirmera plus rien et se contentera de demander des explications.

🔘 Jean 3.4 : Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître ?

L'occasion voulue par Jésus est là, il peut donc lui expliquer les choses telles qu'elles sont :

🔘 Jean 3.5-8 : Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est Esprit. Ne t'étonne pas que je t'aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau. Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit.

Très sommairement, Jésus explique à Nicodème qu'il est né de la chair et qu'il ne peut comprendre que les choses qui sont de la chair, lui précisant que pour comprendre les autres, donc celles au sujet desquelles il se prononce, il faudrait d'abord qu'il passe par le baptême d'eau et par le baptême du Saint-Esprit. Cela nous rappelle qu'il ne sert à rien de parler à des inconvertis et que nous devrions toujours garder à l'esprit que nous ne sommes pas du même monde. Tout ce que nous pouvons faire c'est le leur rappeler en leur faisant comprendre que le choix que nous avons fait dans le passé, ils peuvent le faire dans le présent. C'est la base même de ce que Jésus faisait depuis le début de son ministère (Matthieu 4.17 : "Dès ce moment Jésus commença à prêcher, et à dire : Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche").

Jusque-là, nous avons Nicodème qui étale son savoir, et Jésus qui lui fait comprendre que nous ne pouvons comprendre que ce qui est en accord avec ce que nous sommes. Si nous sommes de la chair, nous comprenons les choses de la chair et si nous sommes de l'Esprit, nous comprenons les choses de l'Esprit.

Suite à cela, il termine en lui disant qu'il n'est pas de l'Esprit :

🔘 Jean 3.8 : Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit.

Bien qu'on comprenne usuellement ce verset de manière générale, il est en réalité une réponse à Nicodème, et la troisième partie de la discussion, celle où Jésus dit à Nicodème où il se situe. Les trois parties sont identifiables de la sorte :

  1. Nicodème se positionne.
  2. Jésus dit à Nicodème qu'il y a deux camps indépendants l'un de l'autre, la chair et l'Esprit.
  3. Jésus dit à Nicodème qu'il est de la chair et ne peut rien comprendre à l'Esprit.

La conclusion de ce passage revêt une particularité assez unique. Comme très souvent, Jésus ne laisse pas planer le doute, il est tranchant. Nicodème est dans le flou, lui qui se présentait du haut de sa connaissance est complètement perdu : (Jean 3.9 : "Nicodème lui dit : Comment cela peut-il se faire ?"). C'est là que la particularité du discours de Jésus apparaît :

🔘 Jean 3.10-11 : Jésus lui répondit : Tu es le docteur d'Israël, et tu ne sais pas ces choses ! En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ; et vous ne recevez pas notre témoignage.

Il commence par faire un parallèle avec ce que Nicodème avait dit auparavant. Dans sa présentation, il avait affirmé que Jésus était un docteur venu de Dieu, c'est pour ça que Jésus, qui vient de préciser la différence entre la chair et l'Esprit, s'adresse à lui en le situant dans sa fonction : "Tu es le docteur d'Israël".

En d'autres termes, dans ce passage, Jésus lui dit : "je suis le docteur de l'Esprit, tu es le docteur de la chair, et tu ne peux comprendre ni ce que je suis, ni ce que je fais, et encore moins d'où je viens". La particularité se trouve ici, dans le verset 11. Pour la première fois, Jésus ne parle pas à la première personne du singulier, mais du pluriel. Il lui dit expressément : "NOUS disons ce que NOUS savons, et NOUS rendons témoignage de ce que NOUS avons vu; et VOUS ne recevez pas NOTRE témoignage".

Leur dialogue, qui de prime abord, paraissait personnel, est soudainement globalisé. Non seulement Jésus passe du particulier au général, mais pour la première fois il s'inclut dans ce général. Nous avons ici la plus claire expression de la séparation nécessaire d'avec le monde. Jésus exprime le fait que la différence qu'il pointait en discutant avec Nicodème est une différence fondamentale. Elle est vraie pour tous, dans toutes les situations. Cette séparation transcende la création elle-même. Il ne s'agit pas de dire que sur terre, il y a le camp de la chair et le camp de l'Esprit, mais qu'en toute chose il y a la nécessité d'être d'un côté ou de l'autre, et cela inclut Dieu. En faisant cela, Jésus s'identifie à ses disciples et il les identifie à lui. Ils ne forment qu'un, Jésus étant indissociable de son corps. L'affirmation est que leur témoignage est vrai et que Nicodème et les siens, qui eux également ne font qu'un, ne le reçoivent pas.

Dans ce passage, ce que nous avons c'est Jésus qui met Nicodème en fasse de ses contradictions et qui l'éclaire juste assez pour qu'il se rende compte qu'il est dans l'obscurité.


b) La fausse prise de position de Nicodème.

🔘 Jean 7.46-53 : "Les huissiers répondirent : Jamais homme n'a parlé comme cet homme. Les pharisiens leur répliquèrent : Est-ce que vous aussi, vous avez été séduits ? Y a-t-il quelqu'un des chefs ou des pharisiens qui ait cru en lui ? Mais cette foule qui ne connaît pas la loi, ce sont des maudits ! Nicodème, qui était venu de nuit vers Jésus, et qui était l'un d'entre eux, leur dit : Notre loi condamne-t-elle un homme avant qu'on l'entende et qu'on sache ce qu'il a fait ? Ils lui répondirent : Es-tu aussi Galiléen? Examine, et tu verras que de la Galilée il ne sort point de prophète. Et chacun s'en retourna dans sa maison".

Les deux autres passages concernant Nicodème seront très rapidement passés en revu. Le premier est donc celui où il tente d'influencer ses confrères pharisiens. La scène est la suivante : Des huissiers et des pharisiens discutent ensemble, les huissiers sont troublés par l'enseignement de Jésus, et les pharisiens interviennent immédiatement pour leur mettre la pression et les empêcher de poursuivre leur introspection. Ce faisant, ils chargent au maximum ceux qui croient dans les enseignements de Jésus, les qualifiants de "maudits".

C'est à ce moment-là qu'intervient Nicodème. Non pas pour se positionner par rapport à Jésus, mais pour se positionner par rapport à la loi. Là où certains voient une intervention de Nicodème en faveur de Jésus, la réalité est toute autre. Bien sûr, il sait que Jésus est plus que ce que pense son ordre, mais il sait également que se prononcer en sa faveur, c'est perdre ses privilèges, sa position sociale et professionnelle, et il tient bien trop à ses richesses pour prendre une vraie position. C'est pour cela qu'il ne prend même pas une position forte par rapport à la loi. Il aurait pu affirmer qu'ils devaient d'abord entendre un accusé avant de le condamner. Personne n'aurait pu lui répliquer quoi que ce soit, il aurait simplement montré en faisant cela, sa droiture par rapport à la loi. Mais même ça il ne l'a pas fait. Il préfère poser une question sur un sujet dont il connaît parfaitement la réponse, et s'expose donc à une suite qu'il ne peut contrôler.

S'étant positionné avec faiblesse, il est traité comme un faible et sa question plaintive est balayée avec mépris. Lui qui n'a pas accepté l'Esprit se retrouve méprisé par la chair. Jésus l'avait prévenu, ce qui est de la chair ne peut rien comprendre à l'Esprit. C'est ce qui se passe ici, Nicodème essaye de prendre la défense de Jésus, mais il choisit un argument charnel pour convaincre des êtres charnels, et se fait renvoyer dans les cordes sans ménagement.


c) Le corps de Jésus.

🔘 Jean 19.38-42 : "Après cela, Joseph d'Arimathée, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate la permission de prendre le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et prit le corps de Jésus. Nicodème, qui auparavant était allé de nuit vers Jésus, vint aussi, apportant un mélange d'environ cent livres de myrrhe et d'aloès. Ils prirent donc le corps de Jésus, et l'enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c'est la coutume d'ensevelir chez les Juifs. Or, il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne encore n'avait été mis. Ce fut là qu'ils déposèrent Jésus, à cause de la préparation des Juifs, parce que le sépulcre était proche".

Là aussi la réalité est souvent transformée.

Nicodème n'a pas réclamé le corps de Jésus, il n'a donc pas plus pris position. C'est Joseph d'Arimathée qui en fera la demande à Pilate. C'est également Joseph d'Arimathée qui décrochera le corps. Le rôle de Nicodème se limite à avoir rejoins Joseph pour l'embaumement. Donc une fois que personne ne peut les voir.


d) Conclusion.

On constate que dans les trois cas où une interaction a eu lieu avec Nicodème et Jésus, la nuit était proche ou présente. La première rencontre se fait nuitamment; la deuxième apparition de Nicodème dans les écrits se fait juste avant que tous retournent dans leur maison, donc juste avant que la nuit ne tombe, et la troisième se fait pendant la préparation, donc juste avant la nuit, sachant que l'obscurité était tombée dès la mort de Jésus.

Le monde pervers dans lequel nous vivons a du mal à comprendre que ne pas choisir Jésus, c'est faire un choix. Nicodème n'était pas entre deux eaux parce que personne ne peut se trouver là. "Celui qui n'assemble pas avec moi, disperse" (Matthieu 12.30) disait Jésus. Nicodème avait les deux pieds dans le monde. Il avait compris que Jésus était de Dieu, mais il a préféré le monde, et les apparences nocturnes n'y changent rien, elles n'étaient que l'expression de sa honte.

Simon a renié Jésus par trois fois, et il a pleuré. Nicodème était défenseur de la loi des hommes, pas de celle de Dieu, et jusqu'au bout, il se conformera à elle. Jusque dans le respect de la tradition de l'embaumement. Tout comme ses actions auprès des siens n'avaient porté aucun fruit, les bandes qu'il mettra à Jésus pour l'embaumer finiront par terre. Ce qui était nécessaire avait déjà été pourvu par Marie de Béthanie, et avait attiré l'approbation de Jésus et l'incompréhension des disciples.

Nicodème qui était de la chair n'aura rien compris du début à la fin de sa présence dans les évangiles. Il a cru tout du long qu'il pouvait faire coexister la chair et l'Esprit, mais, finalement, il n'aura pas eu l'Esprit et aura vécu dans la crainte de la chair.